Strabon, IV
moyen souverain par lequel l'homme peut commander à l'homme '.
Il est vrai qu'elle était en bronze, et que le bronze demeurait une chose rare : il faut le faire venir de loin, il est matière de commerce, et non pas d'exploitation directe. Mais voici qu'on vient de découvrir le fer ^, et le fer se rencontre sur tous les territoires de la France, en Armorique comme en Franche-Comté, en Périgord comme en Lorraine. Chaque province, chaque tribu même, pourra bientôt avoir son métal et forger ses épces ^.
En même temps, l'étranger s'avançait vers ces terres heureuses et riches. Les navigateurs grecs de la Méditerranée, héritiers de Minos, finirent par les découvrir et rêvèrent de les exploiter à leur profit, au même titre que les Armoricains exploitaient les mers du Nord. Eux aussi, Samiens, Rhodiens ou Phocéens *, étaient des trafiquants en quête de cuivre, d'étain et d'ambre, et des marins ambitieux de l'empire des mers.
Vers l'an 600 avant notre ère, les Phocéens fondèrent un premier comptoir à Marseille, le roi du pays leur ayant concédé un port et la colline à triple butte qui le domine au Nord. Et par là encore, du fait de cette arrivée, mille dangers de lutte surgiront pour les fils des Hyperboréens.
Cependant, ce n'est pas la guerre que les hommes du
1. Déchelette fait apparaître l'épée au troisième âge du bronze, qu'il place en 1600-1300 (t. II, p. 199 et suiv.).
2. Les archéologues de l'école de Déchelette font finir l'époque du bronze et commencer l'âge du fer vers l'an 900. Le premier âge du fer, qu'on appelle l'époque de Hallstall (Autriche) et qu'on place entre 900 et 500, correspond aux derniers temps ligures, immédiatement antérieurs à l'époque celtique. Il est étudié au point de vue arcliéologique par Déchelette, Manuel, t. II, IP partie, 1913.
3. Il ne serait pas impossiijle que les Druides aient pris des mesures contre la propagation du fer. i^
4. Au cours du vii« siècle avant notre ère. Jusqu'à nouvel ordre, je n'accepte que des Phocéens pour la venue en Gaule.
12f) DE LA GAULE A LA FRANCE
Midi leur apporteront tout d'abord. Les Grecs qui viennent de s'installer, sont des négociants et, s'il le faut, des guerriers. Mais ils ne tiennent pas à conquérir, et ils ne se battront que pour se défendre. Ce qu'ils veulent, c'est uniquement troquer des marchandises autour d'un port confortable et d'une résidence inviolable. Et puis, ce sont aussi des hommes d'intelligence fine et d'un goût parfait. Ulysse leur patron a beau être marin, soldat, commerçant et pirate : ce n'est pas un preneur de terres, et son rêve est de vivre jusqu'à son dernier jour auprès du foyer de ses aïeux; et il sait l'art de bien dire, il a la curiosité de tous les hommes et de toutes les choses, il ne cesse de réfléchir sur les faits, les êtres et les causes, il discerne et il aime les belles œuvres et les nobles actions. Ses élèves, à leur tour, pourront éduquer les élèves des Druides. Pour le bonheur de la Gaule, je redoute moins l'arrivée des Grecs à Marseille, que les ardeurs militaires qui naîtront dans les provinces.
En ce moment, cette société druidique vivait dans la paix. La force de la religion, l'intensité du travail agricole unissaient les familles entre elles et les tenaient unies à la vie régulière du sol. Qu'entre ces cinq cents rois il n'y eût jamais conflit et combat, ce serait sottise que de le croire : mais le besoin de l'accord était le plus puissant parmi les hommes; la terre et le prêtre qui leur commandaient étaient des maîtres de concorde •.
1. J'ai reconstitué ce pacifisme en examinant l'état habituel des grandes sociétés agricoles et sacerdotales, en m'aidant des textes et traditions relatifs aux Ilyperboréens »t aux Ligures, en remarquant ce que les voyageurs classiques ont dit de la Grande-Bretagne en un temps où elle était l'image de la Gaule druidique.