DERNIERS CAROLINGIENS ET PREMIERS CAPÉTIENS
Le traité de Verdun reconnaît la France. — Universalité des mots Francs et Français; fusion des races. — Il n'y a plus qu'an roi en France. — Le roi de France, empereur dans son royaume; espérances de Gallicanisme. — Valeur souveraine du tilre roynL
— De V opinion publique vers Van mille. — Velléités de^ constitutions. — Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les villes. — Retour aux habitudes de la civilisation classique.
— Renaissance romane et architecture de pierre. — L'imagerie chrétienne. — Nouvelle vitalité du sol et des routes. — Forces nouvelles des provinces et des petits pays. — L'idée de Gaule vit toujours dans les écoles. — Réveil de l'historiographie française et râle souverain de la gloire de Charlemagne. — Le patriotisme français à sa naissance. — Paris s'annonce de nouveau comme capitale. — Formation d'une langue française.
— Avènement d'une littérature française et nationale; la « Chanson de Roland »
Le traité de Verdun, qui démembra l'Empire de Charlemagne, sanctionna l'existence publique du royaume de France et lui assigna quelques-unes de ses limites naturelles.
On a dit beaucoup de mal du traité de Verdun : qu'il
1. Voir surtout Pfister, Études sur le règne de Robert le Pieux (1885, Paris, Vieweg); Lot, Les derniers Carolingiens (1891, Paris, Bouillon); Lot, Éludes sur le règne de Hugues Capet et la fin du X^ siècle (1903, Paris, Champion); le résumé de Luchaire, //isfoi>e de France de Lavisse, t. II, IP p. (1901, Paris, Hachette).
recommençait les sottises des partages mérovingiens; qu'il mutilait la France en donnant à la Germanie la rive gauche du Rhin; et on a dit aussi que c'était un acte insignifiant, sans portée pour l'avenir. Rien de tout cela n'est vrai.
Le nom de Germanie ne franchit pas le Rhin pour pénétrer jusqu'à la Meuse : il resta limité par les eaux du fleuve; et si plus tard le roi des Germains se déclara maître en Alsace, puis en Lorraine, puis entre les Alpes et le Rhône, c'est parce qu'on le laissa faire, conquérir et voler à sa guise, sans tenir compte des lois naturelles du sol et des traditions historiques des peuples. Mais au traité de Verdun les terres orientales de la Gaule appartenaient à un royaume distinct, vague héritier de l'ancienne Austrasie; et des habitants de ce royaume, gens d'Alsace, de Lorraine, de Bourgogne ou de Provence, nul ne pensait qu'ils ne fussent point des Francs : c'étaient seulement « les Francs du milieu ». Gerbert lui-même, le plus passionné des hommes, au temps où il aima les rois d'outre- Rhin et où ils possédaient l'Alsace, n'eût point osé prononcer que cette Alsace était terre germanique '.
Le royaume des Francs occidentaux, celui de Paris et d'Orléans, était sans doute rejeté bien en deçà du Rhin, en deçà même de la Meuse : on ne lui concéda qu'une Gaule amputée. Mais enfin il allait jusqu'à rOcéaii, jusqu'aux Pyrénées, jusqu'à la Méditerranée du Languedoc. De la Gaule il recevait l'essentiel, les énergies terrestres les plus actives, la Saône et le Rhône sur leur rive droite ^, la Seine et tous ses affluents, la Loire et la Garonne en l'entier de leurs bassins, et aussi, ces puissants rivages de la Manche et de l'Atlantique où pouvait se reconstituer la fortune de la marine armoricaine. Cet ensemble, qui
1. Le passage des lettres de Gerbert (édit. J. Havet, collection Picard, 1889; lettre 39, p. 37), Germanum Brisaca Rheni [Rhenanil] litoris, doit être interprété, non pas avec l'idée, que je crois fausse, que Brisach était encore sur la rive gauclae (l'a-t-il même jamais été?), mais comme si Brisach, port du Rhin sur la rive droite, était en Germanie.