Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne
2. Époques dites aurignacienne, solutréenne, magdalénienne, tonnant le paléolithique super ieurt
de façon indissoluble; ici, lamelles d'une rare petitesse, pourvues, cependant, tout comme les épées de plus tard, d'une soie plus mince encore, et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. Quel dommage, en face de cette variété d'instruments, de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire, habitation, appareil de chasse et de pêche, des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex, et peut-être l'outil avait-il maintes fois éveillé le besoin, l'organe créé l'industrie.
Plus nouvellement venu, l'outillage en os, stimulé sans doute par l'imitation de la pierre, égala alors son concurrent. Voilà, du temps d'Aurignac, des pointes aussi fines que celles de silex; et voici, du temps de La Madeleine, des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle, que le seul métal pourrait en produire de semblables. Et je ne parle pas des épingles, des perçoirs, des ciseaux, des marteaux, des poinçons, des harpons, des bâtons de commandement, des pendeloques en dents perforées, des tubes à couleur.
Car maintenant, nous n'avons plus seulement devant nous des instruments, mais aussi des récipients. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe, des os évidcs en tube. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages, et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes.
A chaque jour, des industries nouvelles prenaient naissance dans ce monde de travail et de réflexion. Cette ocre qui sert à colorer, ce suif qui sert à éclairer, ces aiguilles, ces pendeloques, ce sont les premiers essais de la bijouterie, de la couture, de la chimie, de la droguerie. L'esprit humain rayonne en tout sens pour ne négliger aucun des emplois de la matière.
Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés
d'améliorer leurs armes, leurs engins de combat *. On dirait que depuis le premier âge du silex, l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur. Déjà, lors du reflux dans les cavernes, les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. Maintenant, ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition, d'os ou de pierre, légers, petits, élégants et fins, ne peuvent être des instruments bien redoutables. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme, où Tarchéologie permet dé juger d'une société, les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'iiistoire : plus de coups de poing, et pas encore de haches ni d'épées. Le monde de France n'invente que des manières de travailler.
Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages, merveille dont la découverte, sous nos yeux et de nos jours, a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France ^
Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes : non qu'ils aient voulu imaginer des figures ou composer des scènes, mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux, plantes ^, animaux et humains même. D'où leur est venu ce don imprévu, qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques *? La race était-elle supérieurement douée, de netteté dans l'intelligence, de sûreté dans l'observation, de discipline dans le geste? La rareté
1. Sauf, peut-être, le perfectionnement de la flèche et de sa pointe.
2. Voyez le Répertoire de l'art quaternaire de Salomon Rcinach (1913, Paris, Leroux).