CACHEXIE TUBERCULEUSE
Je vais maintenant transcrire complètement l'autopsie d’un malade âgé de 33 ans, qui mourut avec une cachexie prononcée, un état de phthisie des plus notables, survenu après une tuberculisation qui remontait à plusieurs années :
Jean R..., 33 ans, (Pitié, salle Saint-Athanase, n° 20. Mort le 10 janvier 1869.)
Autopsie, faite le 12 janvier 1869, par H. Liouville, interne du service de M. le docteur Marrotte.
Cavité crânienne. — Crâne assez dur. A la face interne quelques petites ecchymoses.
Cerveau. — Suffusion séreuse, abondante par îlots, existant dans les mailles de la pie-mère, qui, par places, est très-injectée. Le tissu du cerveau est dur, mais la substance blanche assez pâle, peu injectée, et s’étire comme de la pâte de guimauve. Les méninges s’enlèvent sans exulcérer bi substance grise. Dans plusieurs points de cette substance grise du lobe droit , à la partie postérieure, existe, sur les circonvolutions, un petit piqueté rouge en forme d’îlot de la grandeur de 3 centimètres, et traduisant une petite hémorrhagie de peu d’intensité. Rien dans différentes coupes du cerveau, du cervelet ou de la protubérance. Les olives sont très-dures.
Du côté droit, sur la face externe de la pie-mère, une dilatation arrondie assez bien limitée, sur le parcours d’un vaisseau; elle ne disparaît pas par l’eau; elle ressemble à un anévrvsme.
Le microscope montre en effet qu’il s’agit d’un anévrysme miliaire ,• les deux parties de vaisseau afférentes et efférentes de cet anévrysme sont remplies d’une masse gris noirâlre qui semble avoir oblitéré tout le parcours du vaisseau.
Même apparence pour l’anévrysme lui-même.
Cavité thoracique . — Adhérence considérable des plèvres.
Adhérence des poumons, principalement à droite et au sommet. Sérosité dans la cavité du péricarde.
Cœur. — Consistance do mollesse, non friable. Pas de rétrécissement sous-aortique. Pas de rétrécissement aortique.
Poumons. — Poumon droit. Au sommet, tuberculisation dans toute l’étendue avec cavernes, pneumonie chronique et gangrène pulmonaire caractérisée par la transformation du poumon en détritus verdâtres, à odeur prononcée, se présentant parfois sous formes d’îlots irréguliers, sphacelés, entourés, quelques-uns, de petites zones rougeâtres. L’odeur de toutes ces parties rappelle celle de la gangrène. Les ganglions sont tuméfiés, indurés, volumineux. Les bronches épaissies; leur membrane muqueuse a une couleur un peu verdâtre et présente par places, de petites ulcérations. Le poumon n’est'perméable que dans son tiers inférieur.
Poumon gauche. Dans toute son étendue, il est farci de tubercules, se présentant sous forme de petits îlots de granulations grises, développées au milieu d’un tissu pulmonaire, très-emphysémateux, surtout quand les granulations sont isolées, mais s’indurant et s’hépatisant lorsqu’elles deviennent plus nombreuses, à tel point que par places elles forment un tissu dur qui tombe au fond de l’eau. Au sommet existait une caverne de la grosseur d’une mandarine, remplie d’un détritus gris rougeâtre à odeur un peu prononcée. Vers la base se trouvaient des dilatations bronchiques remplies de pus et formant de petits abcès.
Cavité abdominale. . — Rien dans le foie, qui est peu graisseux. La bile est jaunâtre; rien dans la vésicule.
Reins. — Rien de notable.
Rate. — Volumineuse, dure, congestionnée à la coupe.
Estomac. — Rien de spécial.
Intestins. — Ulcérations dans le duodénum, dès la valvule pylorique. Non loin de ces ulcérations, petites masses blanchâtres, probablement tuberculeuses. Quelques ulcérations sont rouges, très-injectées, érodant la muqueuse, une partie de la musculeuse, mais n’ayant point perforé le péritoine qui,
à leur niveau, est injecté, un peu froncé, et présente de petites granulations grisâtres delà grosseur d’un tête d’épingle, formant sur la face péritonéale des dessins en forme de lignes irrégulières qui suivent la direction des vaisseaux. Les tubercules, soit sous forme de petites masses jaunâtres, soit sous forme d’ulcérations isolées ou agglomérées, vont en augmentant jusque vers la valvule iléo-cœcale. A ce niveau les lésions sont tellement fortes qu’elles ont détruit la valvule iléo-cœcale, qui n’offre plus à ce niveau qu’un boursouflement rougeâtre, mamelonné, ulcéré. L’orifice de l’appendice iléo-cœcal est également altéré. Il est considérablement augmenté, à tel point qu’il laisse pénétrer le doigt. Tout son calibre est augmenté dans cette proportion. L’intérieur est tapissé d’ulcérations tuberculeuses, et le péritoine lui-même, à sa partie externe, est très-injecté, rugueux, offrant des altérations analogues à celles des points intestinaux où existent des tubercules.
Des lésions pathologiques analogues peuvent occuper d’autres vaisseaux que ceux du cerveau ; ainsi dans deux des cas de méningite cérébro-spinale tuberculeuse, observés par moi, chez Y adulte, eu 1869 et 1870, à l’hôpital de la Pitié, j’ai rencontré, en examinant le fond de l’œil, des altérations des vaisseaux rétiniens qui m’ont paru importantes à noter et intéressantes à rapprocher des lésions vasculaires cérébrales, que j’avais signalées également chez d’autres tuberculeux.
Ces modifications consistaient en :
Dilatations énormes des vaisseaux, par l’engorgement du sang, qui distend irrégulièrement les conduits, leur donne des apparences bosselées, et rend inégales leurs parois;
Ecchymoses multiples, de grandeurs différentes, placées sur le trajet des conduits ainsi altérés; elles sont diversement disséminées;
Enfin, dilatations ampullaires bien circonscrites, anévrysmes pariétaux , constatés sur les vaisseaux rétiniens.
Les premières altérations se reconnaissaient de suite à une simple inspection; mais pour ces dernières (les dilatations anévrysmales ), si déjà, à l’œil nu et avec une loupe, on distinguait sur le trajet du vaisseau gorgé de sang une petite masse un peu arrondie paraissant bien être sur la paroi du vaisseau, toutefois on ne la déterminait nettement qu'avec le microscope.
Autour d’elles, existait comme une zone jaunâtre ecchymo tique, à peu près arrondie aussi, bien qu’elle fût moins régulière que le point central plus foncé.
Arrivons maintenant à la maladie de Bright.