RÉSUMÉ
Femme Victorine L..., 34 ans, morte le 20 janvier 1869. Pitié (salle Rosaire, n° 11).
Affection cardiaque ancienne. Rhumatismes articulaires. Hémiplégie gauche (attaque brusque, mais sans perte de connaissance).
i bronchite.
Pleurésie.
Œdème du poumon.
Œdème des membres paralysés. Mort.
mi
Autopsie .
Affection cardiaque ancienne. Endocardite des plus considérables.
( Valvules sygmoïdes de l'aorte.
Productions végétantes. | Valvule mitrale.
Rétrécissement et insuffisance
Valvule tricuspide.
Valvules sygmoïdes aorte.
Valvule mitrale.
Valvule tricuspide.
Embolies artérielles multiples et gangrènes consécutives dans plusieurs organes.
Poumon. . P. droit. Gangrène; Ramollissementlocalisé. R. droit.
Reins.
Encéphale.
R. gauche.
Infarctus anciens et récents.
Anciennes hémorrha- j Anévrysmes miliaires gies cérébrales. . . ) cérébraux.
Traces d^ltérations J Anévrysmes miliaires
memngees.
méningés.
Lobe droit du Cerveau : Ramollissement par Infarctus.
Au n* Il de la salle du Rosaire est couchée une femme Agée de 34 ans, qui a présenté les phénomènes suivants :
Il y a environ deux mois, dix jours avant son entrée à l’hôpilal, elle tomba de son lit en voulant se lever; elle essaya de se remettre sur pied sans pouvoir y réussir, et resta ainsi jusqu’au soir où elle fut relevée. Elle venait d’être frappée d’une hémiplégie gauche; tout [ce côté du corps était complètement paralysé. Mais il n’y avait pas eu en même temps perte de la connaissance.
Le 21 novembre 1868, elle entrait à la Pitié, service de M. le Dr Marrotte, et peu de temps après, un œdème assez considérable envahissait les membres atteints de paralysie, en commençant par le bras.
Puis survint une pleurésie du côté droit, non encore complètement guérie au moment de notre examen.
Antécédents. — Il y a un an, bronchite aiguë, avec hémoptysie ayant duré quinze jours.
Bonne santé habituelle, sauf des palpitations de cœur, dont elle souffre depuis longtemps, palpitations assez violentes pour déterminer, toutes les fois qu’elle se livre à des occupations fatigantes ou à une marche rapide, une dyspnée intense, avec de la toux et un peu d’expectoration. Elle semble de plus avoir eu des douleurs des membres que l’on peut rapporter au rhumatisme.
Parents encore vivants, jouissant d’une bonne santé.
Etat actuel (6 janvier 1869). — La malade est dans le décubitus dorsal; le faciès est anxieux, pâle, sauf une légère coloration des pommettes. La face offre une paralysie du côté gauche, caractérisée par une déviation de la bouche, qui augmente dès que la malade parle; la commissure labiale gauche est plus abaissée, et les deux lèvres restent presque en contact dès qu’on la fait parler, tandis que la commissure labiale droite, plus élevée relativement, s’entr’ouvre pour la parole. Celle-ci est donc un peu altérée dans son expression.
Le sillon naso-labial du côté gauche est très-excavé; la joue
de ce côté est pendante. Les pupilles sont toutes deux dilatées ; la pupille gauche est peut-être un peu plus dilatée ; l’œil gauche serait un peu plus proéminent, et la paupière gauche tendrait à s’abaisser davantage.
Le bras et la jambe du côté gauche sont complètement paralysés; si on les soulève, ils retombent inertes; cependant le mouvement seul est aboli. La sensibilité générale persiste; et si l’on pince un des membres affectés, la malade, bien que ne pouvant pas les relever, accuse de la douleur, et l’on voit son visage se gripper. Elle a eu une brûlure à la jambe droite, par suite de l’application d’une boule d’eau chaude.
Il y a perte de la sensibilité tactile, en même temps que du mouvement. Il lui est impossible de reconnaître les objets par le toucher. Elle prétend que, chez elle, dans les quelques jours qui ont précédé son entrée à l’hôpital, elle sentait trèsbien le plancher sous son pied malade lorsqu’on la posait par terre.
La température des membres paralysés et œdématiés parait à la main un peu moins élevée que celle du côté opposé.
Il y a, ainsi que nous l’avons déjà dit, un œdème' assez considérable au côté gauche. L’œdème existe aux deux membres du côté gauche et au membre inférieur du côté droit. Pour le membre inférieur du côté gauche, l’œdème est complet aux pieds, à la jambe et à la cuisse, un petit peu aux parois du ventre. Pour le membre supérieur, l’œdème occupe les doigts, la main, l’avant-bras et le coude, mais s’arrête là. L’œdème est blanchâtre, non douloureux.
Cœur . — Battements tumultueux, rapides; bruit de souffle rude, paraissant être au premier temps et à la base surtout, parfois un peu superficiel, comme râpeux.
Peu ou point de troubles cérébraux. L’intelligence est nette, la parole facile; la malade répond très-bien aux questions qu’on lui adresse.
Du côté des voies digestives, il y a de l’anorexie; la langue
est épaisse, blanche, un peu sale, la bouche amère; la malade accuse une soif assez vive. Elle a quelquefois des nausées. Il lui est arrivé de vomir peu de temps après ses repas, un quart d’heure, dit-elle, et de rendre, au milieu de glaires abondantes, les matières alimentaires telles qu’elle les avait prises. Un peu de constipation. Pas de troubles dans l’émission des urines.
Du côté des voies respiratoires, on observe de la toux avec expectoration sanglante. La percussion pratiquée en avant et dans la région sous-claviculaire donne les résultats suivants : à gauche sonorité normale, à droite sonorité un peu exagérée. A ce même côté, on perçoit par l’auscultation des rôles sonores nombreux.
Dyspnée, augmentation du nombre des mouvements respiratoires. L’état de la malade rend impossible l’examen en arrière.
Pleurésie à droite, datant de plus de trois semaines environ, dont le siège précis, les limites et le degré ne peuvent pas être actuellement déterminés.
Par la pression, on développe une douleur très-vive au niveau de l’angle costo-xyphoïdien et de l’attache sterno-claviculaire du sterno-mastoïdien du côté droit. Rien de semblable au côté gauche.
C’est dans ces conditions pathologiques que la malade meurt le 18 janvier 1869.
L’autopsie est faite le 20 janvier 1869 (1).
Les deux membres inférieurs sont œdématiées, ainsi que les parois abdominales, à peu près également. L’avant-bras et la main de chaque côté sont aussi infiltrés, et cela plus du côté gauche que du côté droit.
Les pupilles sont égales, toutes les deux très-d datées.
Sur le cuir chevelu existent, à la partie postérieure, trois
(1) A cette autopsie assistaient MM. Charrier, Lemonnier et Ménard.
loupes, une à la partie médiane , les deux autres sur les parties latérales, à peu près symétriques. L’une a la grosseur d’une cerise, les deux autres d’une petite noisette et d’un pois. Le contenu de ces petites tumeurs est de la matière caséeuse d’une odeur assez prononcée. Sur la face interne de l’aponévrose épicrânienne on trouve de petites hémorrhagies sous la forme d’un pointillé rouge assez prononcé.
Cavité crânienne. — Le crâne est dur et épais. — La dure-mère est assez fortement distendue; à sa face interne, quelques néo-membranes peu épaisses, mais abondantes, disséminées. Dans les mailles du tissu sous-arachnoïdien, sérosité de coloration jaune ocrée; sur quelques-uns des vaisseaux très-injectés de ces méninges on aperçoit de petites masses hémorrhagiques, qui affectent tous la forme d’une petite tache assez bien circonscrite, un peu arrondie, légèrement épaisse; ce sont de petits anévrysmes miliaires méningés. La consistance du cerveau est partout dure, sauf dans une zone de la partie antérieure du lobe de l’occipital droit, où existe dans l’espace de deux circonvolutions de la longueur de 0“, 06 sur 0m,03 de largeur un état de ramollissement avec fluctuation , toutefois sans destruction de la couche grise superficielle et sans autre manifestation méningée qu’une coloration jaune ocrée, très-nette, et qui nous semble être la traduction d’un ancien épanchement sanguin. Non loin de là, deux vaisseaux de la masse cérébrale présentent sur leurs parois des dilatations arrondies, très-bien limitées, en forme de petit grain ( Anévrysmes miliaires). Toute la base du cerveau est imbibée d’une coloration jaunâtre ocrée.
Les vaisseaux de la base ne paraissent point très-athéromateux, au moins à la première vue. Il ne semble rien y avoir sur les nerfs crâniens. Les méninges s’enlèvent facilement du côté gauche. — Rien dans différentes coupes de l’hémisphère gauche.
Rien dans différentes coupes du cervelet, de la protubérance et du bulbe; intégrité et symétrie complètes de ces différentes parties.
Hémisphère droit. — L'artère sylvienne ne présente rien de spécial à son origine; mais au niveau où elle se trifurque, la division moyenne présente un aspect blanchâtre, rugueux, dans une étendue de deux centimètres et demi , où elle forme comme un petit cordon où le sang ne passe plus. ( Oblitération ancienne.) Or, c’est justement l’artère qui nourrit le département où se trouve circonscrit le ramollissement dont nous avons parlé. Une nouvelle subdivision de cette même artère offre encore dans son calibre oblitéré une différence considérable avec les vaisseaux voisins , qui sont remplis de sang. Au delà du ramollissement les vaisseaux paraissent retrouver leur calibre et leur coloration, due à la distension par du sang. — En faisant une coupe d’avant en arrière de tout le lobe , à une distance de deux centimètres de la grande faux du cerveau et parallèlement à elle, on s’assure que le ramollissement qui paraissait superficiel est plus profond , qu’il a au moins cinq centimètres d’épaisseur. Il s’étend dans une direction verticale vers la partie interne de la circonvolution des corps calleux dont il a ulcéré, une partie de la substance grise , de telle sorte qu’il laisse à sa place un tissu ramolli, jaunâtre, présentant les mêmes caractères que ceux décrits plus haut. — Et qu’il a détruit surtout la substance blanche, qui est érodée, ulcérée à son niveau, et qui laisse écouler un liquide blanc grisâtre, un peu louche, exactement analogue à du lait de chaux. Le liquide est contenu dans des excavations faites au détriment de la substance blanche, excavations dans l’intérieur desquelles se voient les restes d’un tissu mal déterminé à l’œil nu, donnant l’aspect de mailles fines au milieu desquelles on aperçoit quelques vaisseaux encore teintés de sang. De plus, il y a sur cette sorte de trame un état grenu blanc grisâtre qui donne une apparence chagrinée à cette membrane.
Tout le reste de cet hémisphère cérébral n’offre d’altération ni dans ses vaisseaux , ni dans les substances blanches ou grises.
Cavité thoracique. — Épanchement des deux côtes. —
Adhérences faibles. — Pleurésie du côté droit avec fausses membranes striées récentes. Elles sont infiltrées de liquide rougeâtre. Elles ont une apparence striée formant de petits dessins irréguliers.
Cœur . — Dans le ventricule gauche existent des traces & endocardite ancienne, très-prononcées. — Zones blanc grisâtre, indurées, froncées. A ce niveau il y a de la myocardite trèsapparente à une coupe perpendiculaire.
L'aspect de la cavité est ainsi modifié.
Il y a des inégalités; elles sont irrégulièrement réparties, très-apparentes à la simple inspection, et des rugosités senties par le doigt.
Il y a des modifications dans la composition lisse du conduit , et les doigts introduits de bas en haut éprouvent la sensation d’une sorte de rétrécissement, au-dessous de l’anneau aortique, à environ un centimètre. Il y a donc là une sorte de cercle pathologique étroit (0m,G5) et ce que nous avons dénommé un anneau ( Vanneau sous- aortique). Un peu plus haut le doigt est plus libre ; c’est la partie circulaire du bord adhérent des valvules (0,070); la portion du bord libre étant ici également un peu resserré (0,060).
L’aorte étalée, mesure 0,08 cent.
L’épaisseur des parties cardiaques est 0,03 (maximum, cœur gauche).
La valvule mitrale (0,025) est mouchetée de taches avec épaississement jaunâtre , mais seulement sur sa face ventriculaire ; elle est rugueuse et comme indurée par places. Dansl’auricule gauche, existe un polype à contenu glandulofibrineux, d’aspect puriforme. Il adhère par sa base d’une façon assez solide.
L’aorte offre des plaques scléro-athéromateuses, plus manifestes à un centimètre au-dessus des valvules sygmoïdes. Le cœur droit offre également des altérations (visibles du côté de l’endocarde), des valvules et appréciables aussi dans ses parois.
La valvule tricuspide offre un aspect froncé, rigide en grande partie.
On note de petites végétations en forme de mamelons surmontés de petites productions nouvelles surajoutées. La comparaison qui vient de suite à l’esprit est celle qu’on ferait avec des petites mûres à graines multiples et agglomérées; ou des productions syphilitiques dites choux-fleurs.
Zones d’édocarde également altérées; teinte blanchâtre de ces parties indurées et rétractées.
Aspect jaunâtre, sensation élastique des parois musculaires, avec teintes nuancées aux coupes (myocardite ancienne). Dans les vaisseaux du poumon, on trouve des modifications notables de la face interne de quelques conduits , et , non loin du caillot , quelques plaques scléroathéromateuses assez avancées déjà, sur les divisions de l’artère pulmonaire.
Cavité abdominale. — Foie: volumineux, aspect noix muscade très-prononcé aux différentes coupes : bile abondante, verdâtre, épaisse.
Bâte très-dure.
Rein droit. — Il présente un infarctus considérable à sa partie supérieure.
Rein gauche. — 11 est le siège de plusieurs infarctus de degrés différents. Les uns de coloration jaune ocrée, les autres de teinte bleuâtre, pigmentée. L’aspect du rein est tout à fait bombé. Par places le tissu paraît comme ramolli, dans de certaines zones, toutes les parties des infarctus sont entourées de limites rougeâtres déchiquetées, un peu saillantes comme dans la ligne de démarcation des gangrènes.