INTRODUCTION. VII
D'accord avec l'anatomie, la physiologie arrive à démontrer graduellement que chaque espèce d'élément remplit un rôle qui lui est propre, et s'altère accidentellement d'une manière autre aussi que ne le font les éléments dissemblables. Parmi ceux-là même qui cherchent à étudier celte diversité des altérations de tissus, il s'en trouve cependant qui tombent dans les incohérences que je viens de rappeler. C'est là une conséquence à peu près inévitable des observations an atomiques lorsqu'elles sont faites empiriquement, c'est-à-dire sans distinguer l'étude des divers ordres de caractères des éléments anatomiques, du même
de la consistance, du mode de déchirure, et autres caractères visibles à l'œil nu, à deviner la nature intime, c'est-à-dire la composition anatomique élémentaire des tumeurs, par exemple, qui ne peut être constatée qu'avec des instruments amplifiants et à tel ou tel grossissement déterminé, on n'est jamais tombé juste. Associer dans les descriptions les nomenclatures anciennes (fondées sur cette forme de l'empirisme alors inévitable), à d'autres plus récentes, mais qui ne s'appuyent pas sur la comparaison de l'état morbide à l'état normal, constitue une inconséquence manifeste ; celle-ci ne laisse que des rapports rares et éloignés entre les descriptions et la réalité qu'elles sont destinées à traduire en signes, parce que les termes sont contredits par la nature même des faits qu'ils devraient exprimer. Lorsqu'on recherche la cause de cette manière de faire, on ne la trouve que dans la tendance qu'ont certains esprits à subordonner les résultats de leurs observations à d'anciennes hypothèses que ces observations même renversent, dans l'espoir de donner une autonomie à l'anatomie pathologique et à ses nomenclatures. L'examen des liens naturels (bien que ne se manifestant qu'accidentellement) qui unissent les états morbides à l'état sain , et qui font que la nomenclature pathologique doit être un dérivé de celle qui est usitée en anatomie normale, se trouve ainsi rejetée au dernier plan, au grand détriment de la pratique de l'art aussi bien que de la science.
VIII Ix\ïllODUCTION.
genre d'examen fait sur les tissus ; sans observation des éléments aux différentes phases de leur évolution normale avant d'en constater les altérations. C'est par cette confusion qu'on arrive à la doctrine qui n'admet pas de délimitation entre les épithéliums et les cellules neri^euses ou les globules rouges et blancs du sang, les fibres musculaires, les spermatozoïdes, etc., etc.; à cette doctrine, en un mot, qui réduit toutes les espèces d'éléments anatomiques à une seule ou à n'être que des formes instables d'une seule et même espèce type, avec possibilité pour chaque forme de passer à l'une quelconque de toutes les autres indifféremment, sous de nombreuses influences accidentelles et en moins de temps qu'un élément n'en met normalement pour arriver de l'état embryonnaire à celui de plein développement; doctrine séduisante, car elle évite toute préoccupation sur les connaissances qu'il est nécessaire d'acquérir d'abord avant de pouvoir arriver à constater les caractères distinctifs de ces espèces.
L'unité d'agent entraînant l'unité d'action, cette doctrine ne peut faire aussi de toutes les propriétés d'ordre organique que des formes instables les unes des autres ou d'une propriété fictive et met toute la vie dans une cellule, c'est-à-dire dans la seule des formes d'éléments iont ce système admet l'existence. Placer les propriétés végétatives, plus la contractihté et l'innervation tout à la fois, dans une seule espèce d'élément anatomique revient , en fait , à ne plus laisser possible une distinction entre des propriétés aussi radicalement différentes, pas plus qu'entre les éléments qui en sont
LNTRODUGTION. IX
doués. Autant vaudrait réduire à uo seul ordre également les altérations si distinctes dont chaque espèce d'élément est le siège, alors que les différences qui séparent ces espèces se manifestent aussi bien par leurs altérations , que par leur constitution normale et le rôle qu'elles remplissent; alors que ces différences se montrent, dès les premières périodes de leur évolution, par des altérations qui parfois les atteignent à cette époque comme plus tard. Ramener ainsi de force le normal ouïe pathologique à l'unité n'est que réduire tout cà une illusion. C'est dans l'intérêt d'une hypothèse, remplacer par l'homogénéité et conséquemment par la confusion la plus complète, la notion de solidarité entre les parties nécessairement diverses, qui constituent un organisme; notion de solidarité qui, dans l'étude du normal et du pathologique, couronne celle des divers degrés de l'organisation et celle de la diversité tant du siège que de la nature des actes accomplis ; notion qui montre non pas l'unité, ni l'identité des composants, mais leur concours dans un tout formé d'espèces de parties simples, diverses de nature, aussi bien que géométriquement distinctes individuellement; sans que cette solidarité vienne rien enlever à chacune de celles-ci de leur individualité anatomique et physiologique, en l'absence de laquelle le tout pourrait encore représenter une masse, mais non un organisme.
D'un autre côté, les bizarreries dans les interprétations sont nombreuses, ainsi qu'on le comprend facilement, de la part de ceux qui croient qu'il est possible de juger les résultats auxquels conduisent les observations mi-