‹ De la glycosurieChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des conditions qui déterminent la présence du sucre dans l'urine, au point de vue physiologique et patliologique. — Pathogénie.

Avant les recherches de. \I. Cl. Bernard, avantque l'on regardât le sucre comme un élément normal de l'économie, on ne connaissait la glycose que dans le diabète; et, en vérité, on n'avait aucune raison de la chercher ailleurs, puisque c'est dans ce cas seulement que les urines, par leur abondance et divers autres caractères, attirent particulièrement l'attention. Mais, après que l'on eut reconnu le sucre dans le foie et dans le sang du cœur droit, sa disparition dans le cœur gauche, et l'influence des centres nerveux sur ces |)hénomènes, on dut se demander si les conditions normales de la formation et de la destruction de la glycose se maintiendraient dans le cas de troubles apportés aux organes qui ont des rapports si intimes avec la glycogénie. Les expériences entreprises eurent le singulier bonheur de répondre aux prévisions, et d'enrichir la science d'une série de faits précieux.

Les divers points examinés ont été les suivants ; nous les énumérons on ra|)portant, on même temps, l'hypothèse qui a servi de guide.

Si la glycose est un produit normal de l'économie, existe-l-il des étais physiologiques où elle se retrouve dans l'urine? Réponse : On trouve du sucre chez les femmes en état puerpéral et d'allaitement.

Si le foie produit la glycose, les perturbations de cet organe en font-elles apparaître dans l'urine? Réponse : Dans quelques cas de contusion du foie, il y a glycosurie; mais il n'y en a pas dans les diverses maladies spontanées du foie.

Si le sucre est détruit dans le poumon, les perturbations de ce viscère peuvent-elles produire la glycosurie? Réponse aflirmative. Découverte de la glycosurie dans l'inhalation de l'éther et du chloroforme.

Si le sucre est formé sous l'influence du pneumogastrique et d'un point déterminé du quatrième ventricule, les lésions de ces parties produisent-elles la glycosurie? Réponse allirmalive.

Les maladies avec défaut d'hématose, comme le choléra, sontelles accompagnées de glycosurie? Nous verrons la réponse.

Comme corollaire enfin on a dû rechercher, et, celle fois, sans aucune prévision, les conditions glycogéniques de tous les divers états morbides.

En sorte que nous voyons autour d'une théorie qui, nous l'avons dit, a été attaquée, s'élever un groupe de questions qui, sans elle, n'eussent jamais été posées; nous voyons que chacune de ces questions a été suivie d'une découverte, et que si cette théorie venait à succomber, elle aurait eu le singulier mérite et le bonheur étonnant d'avoir donné naissance à des découvertes qui ne sauraient plus périr.

A. — Glycosurie a l'état normal.

Une pensée devait naturellement venir: puisque le sucre est normal dans l'économie, peut-être se Irouve-l-il aussi dans l'urine normale. Pendant longtemps on n'en a pas trouvé. Si l'on voulait soutenir celle idée qui n'a d'ailleurs rien que de très physiologique, on devait d'abord incriminer les réactifs, et c'est ce qui vient d'être tenté tout récemment. Rappelons ici que Rruecke avait déjà montré l'infidélité de certains réactifs;

ayant introduit de l'uriiiu diabétique dans une urine saine, il n'avait pas pu tout d'abord y déceler le sucre par la liqueur de Baneswill ; il avail dù recourir à des procédés plus délicats. Le liquide dut être précipité d'abord par le sous-acétate de plomb filtré, décoloré, etc.

Le môme M. Bruecke a cependant admis que l'urine normale de l'homme contient toujours de petites quantités de sucre (1).

Nous savons que M. Béhier croit à l'existence du sucre normal.

Tout récemment, M. J. Lecoq (2) a reprod'uit la même opinion. Il indique tout d'abord les dangers ou les insuffisances des moyens d'analyseconnus : le réactif de Mialhe et celui deBœltger, modifié par M. Béhier ne sont pas assez sensibles; la fermentation peut s'opérer dans une urine qui ne contient pas de sucre, si le levain de bière dont on se sert est ancien et que l'amidon qu'il renferme se soit transformé en glycose; le polarimètre est rarement à la disposition des médecins. Quant aux liqueurs de Barreswill ou do Pehiing, elles sont beaucoup plus sensibles. Il emploie le réactif de Fehling récemment préparé et à réaction alcaline; il est à peu près certain alors que cette liqueur ne sera pas réduite par l'acide urique ou les matières organiques de l'urine. Il faut alors par l'acétate de plomb précipiter ces matières ainsi que les sels filtrés, se débarrasser du plomb par un courant d'hydrogène sulfuré, filtrer de nouveau, et Ton obtient alors une urine claire, limpide, bien transparente, et qui ne contient plus ni matières colorantes, ni matières organiques ; après cette épuration, le réactif décèle facilement de très faibles quantités de sucre.

Ces précautions prises, M. Lecoq procède cà ses recherches et établit qu'il y a toujours du sucre normal dans l'urine et que la quantité en est toujours plus élevée après le repas.

Nous no sommes pas disposé à nier ce fait, mais il ne saurait infirmei' 1(!S observations d'aucun autre médecin; lorsque l'on constate du sucre, dans les cliniques, sans prendre aucune des

(1) Gazelle médicale, 1859, p. 6û7.

(2) Gazette hebdomadaire, 9, 16, 30 janvier 1863, p. 19. 35 et 67.

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précautions précédentes, il est bien évident que l'on a affaire du ?ucre en excès, c'est-à-dire à du sucre pathologique.

B. — Glycosurie dans ses rapports avec l'alimentation.

Un excès d'alimentation sucrée produit la glycosurie ; ce fait déjà observé par Dupuytren et Thenard, par M. Boucliardal, par M. le professeur Rayer, a été conlirmé de nouveau par M. Bernard. Ce dernier a particulièrement donné le duHrc auquel le sucre doit s'élever dans le sang pour passer dans l'urine; ce chiffre est 0,3 pour lûO.ll fait observer à cette occasionqu'un certain nombre de sécrétions ne s'opèrent que dans des conditions analogues et qu'il y a à considérer à cet égard une question de limites.

(], — Glycosurie chez les femmes enceintes ou nourrices.

M. Hipp. Blot (1) annonça à l'Académie que le sucre existe normalement dans l'urine de toutes les femmes en couche, de toutes les nourrices et d'un certain nombre de femmes enceintes ; il s'est assuré que ces urines « présentent réunies ces quatre propriétés qui n'appartiennent qu'aux sucres : 1° de réduire la liqueur cupropotassique ; 2° de brunir les solutions alcalines caustiques de potasse ou de chaux ; 3" de donner, par la fermentation, de l'alcool et de l'acide carbonique ; li" enfin, dedévier à droite la lumière polarisée.

Ce fait était très important en ce qu'il montrait dans certaines circonstances données la glycosurie à l'état normal dans l'économie. Cependant le 29 juin 1857, M.Leconte s'éleva contre cette communication en déclarant qu'il n'avait jamais réussi à délerminer la fermentation alcoolique, et en faisant observer que la réduction du cuivre devait être attribuée, non pas au sucre, mais à différents autres principes, et surtout à l'acide urique, que l'urine des nourrices renfermait en proportion très notable. Cette objection laissa la question indécise jusqu'au

(1) Comptes rendus de l'Académie des scienccsj G octobre 185G, p. C76.

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moment où M. le professeur Bruecke (1) vint donner raison â M. Blot par des considérations que nous citons textuellement: « Si l'on ne peut pas nier la réaction de l'acide urique sur la liqueur de Fehling, il est également établi qu'il ne réduit pan le sous-azotate de bismuth et qu'il ne brunit pas par la potasse ^ tandis que M. Blot a signalé l'ormellement que ce dernier phénomène s'observe avec l'urine des femmes enceintes et des nourrices.

» Pour prouver l'absence complète du sucre dans l'urine des nourrices, M. Leconte la traite par l'acétate neutre de plomb et en sépare le précipité ainsi formé, par la filtralion. La liqueur filtrée réduisant encore, il la traite par l'ammoniaque et filtre de nouveau. Cette fois la liqueur filtrée, soumise à l'épreuve de réduction, ne fournit plus d'oxydule, pas plus que la liqueur résultant de la décomposition du précipité par l'hydrogène sulfuré. Ici, je dois tout de suite faire remarquer que l'épreuve de réduction habituellement employée mérite bien peu de confiance lorsqu'il s'agit de constater la présence du sucre dans une liqueur riche en ammoniaque. (M. Leconte s'est servi, comme liqueur d'épreuve, d'une solution alcaline de cuivre préparée d'avance.) Mais, même en admettant la non-existence du sucre tant dans la liqueur que dans le précipité, on peut objecter, et M. Leconte lui-même s'est fait cette objection, que le sucre pourrait bien avoir été détruit par suite de l'action de l'ammoniaque. Pour se mettre à l'abri de celte objection, il a recours encore à un autre procédé. Il prend !x litres d'urine, fortement acide, d'une nourrice ; il la traite par l'acide acétique et évapore jusqu'à ce que le liquide se trouve réduit au cinquième de son volume primitif; puis il traite avec de l'alcool à 38 degrés, et après avoir filtré, il chasse l'alcool. Enfin, il traite par la liqueur cuivrée. En agissant ainsi, il n'a obtenu qu'une réduction insignifiante, beaucoup plus faible que celle de l'urine.

» Comme ce procédé jouit auprès de beaucoup de personnes d'une confiance absolue, j'ai voulu l'examiner avec soin. Dans ce but, j'ai ajouté à l'urine d'un homme bien portant de l'urine

(1) Des propriélcs réductrices que l'urine humaine, à l'état de sanlé, doit à la présence du sucre (Journal de physiolngie, ISri»), p, 3:18).

d'un diabétique en quantité suffisante pour obtenir, à l'épreuve de Trommer, un précipité assez notable d'oxydule bydraté finement pulvérisé, ne se déposant qu'avec une certaine peine. J'ai traité ce mélange par le procédé de M. Leconte.En examinant le résidu de la solution alcoolique (évaporée), je n'ai d'abord obtenu aucune trace d'oxydule. Ce ne fut que le lendemain qu'une des épreuves en avait déposé une certaine quantité ; et néanmoins ce résidu possédait des propriétés fortement réductrices. En effet, il noircissait complètement le sous-azotate de bismuth, et il décolorait des quantités assez notables d'une solution étendue de sulfate de cuivre; mais en même temps, il se développait une forte odeur d'ammoniaque qui s'opposait à la précipitation do l'oxydule formé, et dont l'existence était suffisamment démontrée par la réoxydation au contact de l'air atmosphérique. Il en résulte que pour la recherche de petites quantités de sucre, ce procédé ne possède nullement l'efficacité qu'on lui avait attribuée.

» J'ai encore examiné, sans addition d'urine diabétique, l'urine d'un homme adulte, d'un garçon de huit ans et d'un garçon de quatre ans, et j'ai constaté que le résidu mentionné (de la solution alcoolique) réduisait dans les trois cas du sous-azotate de bismuth et qu'il décolorait de petites proportions d'une solution cuivrée, mais sans donner naissance à un précipité d'oxydule sous forme de poudre). »

M. Blot a ajouté aux considérations précédentes la note que voici : « Ce qui me paraît résulter de plus intéressant des recherches consignées dans ce travail, c'est l'impossibilité pour Bruecke de retrouver, par le procédé de M. Leconte, le sucre qu'il avait mêlé à une urine normale , en y ajoutant une quantité ■d'uritie diabétique suffisante pour que le mélange donnât, avec le réactif de Trommer (sulfate de cuivre et potasse), une réaction très nette et un précipite très abondant d'oxydule pulvérulent (le cuivre.

» 11 est également utile d'ajouter que, dans ce même mélange, 'le sous-azotate de bismuth d'une part, et la potasse de l'autre, décelaient également bien la présence de l'urine diabétique ajoutée. »

Ce sujet est tellement important que nous citerons presque complètement les remarques de M. Blot sur cette glycosurie normale : « Chez toutes les femmes en couche (45 fois sur Zi5), c'est au moment de la sécrétion laiteuse que le sucre commence à exister dans l'urine en proportion suffisante pour être dosée. Chez beaucoup de femmes, il n'apparait qu'à cette époque; chez quelques-unes, on en trouve auparavant, mais le plus souvent en quantité peu considérable. Si la sécrétion lactée se continue, le sucre continue de passer dans l'urine, avec des variations quotidiennes encore inexpliquées. Quand la sécrétion lactée est très abondante, la proportion du sucre est, en général, grande; si elle est peu active, l'urine est peu sucrée. Aussi, l'examen des urines peut-il servir , jusqu'à un certain point , à juger de la valeur d'une nourrice. Si la sécrétion laiteuse est diminuée ou tarie par une cause quelconque, et en particulier par le développement d'un état morbide plus ou moins grave , le sucre diminue ou disparaît complètement; si l'état morbide fait place à la santé , et que la sécrétion laiteuse se rétablisse , le sucre reparaît. Enfin, les urines continuent à renfermer du sucre,: tant que la sécrétion laiteuse persiste. J'en ai trouvé des proportions très notables (8 grammes sur 1000 grammes d'urine) chez une nourrice qui allaitait depuis vingt-deux mois. Je n'ai pas besoin d'ajouter que toutes les femmes enceintes , en couche , ou nourrices , ne présentent aucun des symptômes du diabète. Au contraire , leurs urines sont , en général , d'autant plus riches en sucre que la santé est meilleure et se rapproche le plus possible de l'état normal ou physiologique.

» Quand la lactation cesse , le sucre disparaît des urines et cela dans un temps variable chez les différents sujets

» J'ai dit que la quantité de sucre variait chez les différents sujets, et aux différentes époques de la lactation; j'ajouterai qu'elle est, le plus ordinairement, beaucoup moindre que datis le diabète. La quantité que j'ai pu ainsi constater a varié depuis 1 et 2 i>ramines jusqu'à 12 grammes pour 1000 grammes d'urine.

» (]hez les femmes enceintes , le sucre se rencontre environ dans la moi lié des sujets observés. »

D. — GlYOOSL'RIF. dans ses rapports AVRC LRS lésions 1)1'

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