FOIE
Si l'on exerce des pressions et une sorte de rnalaxation sur la région hépatique chez un animal en santé, on ne larde pas à voir l'urine se charger de glycose (Bernard). A-t-on détaché de la matière glycogène du foie, a-t-on changé les conditions de la circulation hépatique, et excité plus particulièrement cette circulation intime qui serait en rapport avec la production du sucre? C'est ce que nous ne pourrions dire. Dans tous les cas , le fait existe. Il n'était pas difficile de partir de cette donnée pour rechercher le sucre dans les cas de contusion de la région hépatique, et l'on a rencontré, en effet, les accidents traumatiques en rapport avec cette donnée expérimentale.
M. le professeur Bernard parle d'un individu qui , à la suite d'un coup de pied de cheval, reçu dans l'Iiypochondre droit, présenta du sucre dans ses urines jusqu'au moment où il fut guéri de sa contusion.
On s'est posé la môme question à propos des maladies spontanées du foie.
Nous n'avons trouvé qu'une seule condition pathologique du foie dans laquelle on ait observé la glycosurie. La voici : Comme la goutte a de fréquents retentissements sur le foie, M. Bernard s'est demandé si la congestion dont il est alors le siège ne pourrait pas devenir le point de départ d'une glycosurie temporaire, . et il a en effet trouvé un cas de cette nature. Il donne à cetto variété le nom de diabète alternant; il l'a observé dans un cas où l'acide urique était très abondant dans l'urine; enfin il invoque le témoignage de M. Rayer qui a vu plusieurs cas de celle nature chez des goulleux.
On peut aussi consulter, sur ce sujet, les travaux de M. Bence Jones (1) sur les modifications de l'urine dans les maladies.
A part ce fait, nous ne trouvons que des renseignements né'
(1) London nmlico chirtirg. Transact., vol. XXVf.
galirà. M. le prolesseiir Moiiiieret avait déjà dit, à pro[)os de la glycosurie : « Pour noire pari, nous ne l'avons presque jamais rencontrée dans les laits nombreux de maladies du Ibie qu'il nous a été donné d'observer (1). »
Voici de nouveaux renseignements conlirmatifs.
Nous avons analysé scrupuleusement le livre de M. Frerichs sur les maladies du foie, et dépouillé les cent vingt-sept observations qui servent de base aux idées générales exprimées dans cet ouvrage. Le texte même ne mentionne la glycosurie que deux Ibis. Au chapitre Foie adipeux^ M. Frerichs se contente de la phrase suivante : « C'est avec le diabète sucré que l'on trouve le moins de matière grasse dans le foie. » Mais dans le chapitre qui traite de l'hypertrophie du foie, l'auteur cite trois cas de diabète oij l'autopsie montra le foie manifestement hypertrophié, et rappelle une observation de M. Cl. Bernard dans laquelle le foie pesait 2500 grammes, et contenait, à poids égal, deux fois plus de sucre qu'un foie normal. Il termine par les réflexions suivantes ; « Cette anomalie de nutrition du foie n'est pas une lésion constante du diabète. Sur soixante-quatre cas réunis par Griesinger, trois Ibis seulement l'hypertrophie de l'organe était considérable , dix fois elle était médiocre. Il m'est aussi arrivé de ne trouver, ni dans le volume de la glande, ni dans les rapports des éléments cellulaires, aucune trace d'hypertrophie ou de nouvelle formation. »
Les observations sont relevées avec le plus grand soin et mentionnent toujours l'état des urines; l'absence de glycose est môme signalée plusieurs fois, ce qui prouve que les recherches étaient dirigées de ce côté. Eh bien! quelle que soit l'affection principale, kyste, cancer, hypertrophie, congestion, la glycosurie n'est signalée qu'une fois (obs. VIII). Il s'agit dans cette observation d'un cancer du pancréas avec ictère, oblitération du canal cholédoque, et ectasie des conduits biliaires. La glycosurie apparut pendant les vingt-cinq derniers jours de l'existence du malade. AI. Frerichs ajoute les remarques suivantes : « Bright a déjà décrit un cas où le diabète se développa dans les mômes
- (l) Palh. rjén., l. III, p. G9.'t.
circoiislances qu'ici. Des observations de cette nature prouvent combien pou la production du sucre dans le foie est troublée par la stase de la bile. J'ai été frappé de la IVéquence des maladies du pancréas dans le diabète ; sur neuf cas, je trouvai Tatrophie et la dégénérescence graisseuse de cette glande cinq fois ; il reste encore à décider s'il y a là un rapport de causalité et de quelle nature il est. »
A propos de cette dernière réflexion, nous ferons la simple remarque que, dans une des observations de M. Lécorché, consignées dans les Archives de médecine, le pancréas était petit, comme atrophié.
E. — Glycosuuik dans ses rapports avec la. respiration. — Anesthésiques. — Choléra.
M. Reynoso, considérant combien sont notables et importantes les modifications que les fonctions liématosiques subissent chez les vieillards par suite de la détérioration sénile de leurs organes respiratoires : dépression latérale du thorax, projeciion du sternum en avant , roideur des articulations costovertébrales, dureté ou ossification des appendices cartilagineux, raréfaction du parenchyme pulmonaire, oblitérations des vaisseaux, etc.; remarquant que de telles conditions étaient, dans sa théorie, on ne peut plus favorables à la production de la glycosurie , a entrepris à la Salpêtrière, avec M. Dechambre, une série d'expériences pour vérifier si les faits de la clinique concordaient avec les données de la théorie.
Ils expérimentèrent sur vingt-quatre femmes tontes âgées de soixante-dix à quatre-vingt-douze ans 5 parmi elles, dix-neuf étaient tout à fait saines ; on s'était assuré par un examen minutieux qu'elles étaient exemptes de toux habituelle ou d'étouftemenis, qu'elles ne portaient actuellement aucun signe physique ou symplomatologique d'affoclion [pulmonaire et cardiaque , oui de toule nuire maladie oapablt^ de g(^ner la respiration, de tellesorte (|iie l'insullisance de combuslion, si elle avait lieu, ne pouvait être attribuée qu'à l'état du poumon engendré par la séni--
lité; les cinq autres étaient également d'une boniu; santé', à part quelque affection traumalique. Or, dans tous ces cas, l'analyse chimique montra la présence d'une sensible quantité do sucre. Deux fois seulement on n'eut avec la liqueur de Barreswil qu'un léger nuage jaunâtre peu signilicatif. Poursuivant ses recherches, M.Reynoso a constaté la présence du sucre dans les urines chez des malades dont la respiration était troublée, soit par une maladie propre du poumon , soit par l'effet d'une autre affection qui jetait quelque trouble dans l'accomplissement normal de cette fonction. Ainsi, il a constaté la présence du sucre dans les urines des tuberculeux, et la quantité en était d'autant plus grande que la période de la maladie était plus avancée et que les phénomènes inflammatoires étaient moins intenses. Il en a trouvé dans la pleurésie, la bronchite chronique, l'asthme, etc.
Dans le choléra, selon cet auteur, il doit y avoir du sucre dans les urines, car, d'après les ex])ériences de M. Rayer, le poumon ne fait dans cette maladie subir à l'air aucun ou presque aucun changement. La chose est probable, mais elle est à vérifier.
Rappelons enfin que M. Reynoso a constaté directement que si Ton anesthésie un animal avec de l'éther, du chloroforme, si on lui fait respirer im gaz incapable d'entretenir la vie , très rapidement on observe du sucre dans les urines.
Un grand nombre de praticiens ont vérifié les assertions de M. Reynoso , et nous n'avons pas appris qu'aucune recherche les ait jamais infirmées.
F. — Glycosurie dans ses rapports avec les maladies