CHAPITRE IV
Quelques considérations sur l'étiologie.
Dans les chapitres précédents, nous avons donné les renseignements précis que possède la science sur le mode de production de certaines espèces de glycosurie. Il est inutile que nous revenions sur les conditions pathogéniquoîs qui président au développement do ce phénomène dans la grossesse, dans les affections cérébrales, les maladips pulmonaires, etc.
La connaissance de ces faits nous a servi à comprendre l'origine d'un certain nombre de cas de diabète, qui semblent obéir à des lois identiques. Rien ne ressemble plus à la glycosurie par •piqûre du quatrième ventricule que la glycosurie suite de contusion du crâne; à la glycosurie suite d'inhalation chloroformique , que la glycosurie suite de maladie pulmonaire, etc. Mais il n'en est pas de même de tous les cas de diabète permanent, et malgré les résultats si remarquables et si inespérés de la physiologie, il reste encore à dégager plus d'une inconnue. Il en est un grand nombre qui échappent aux explications déjà données, et il est indispensable de leur consacrer quelques dévelo|)pements spéciaux. Ignorant donc pour ces faits particuliers la cause immédiate et prochaine d'oii ils dérirent, nous sommes obligé de demander à l'étiologie générale et
dropisie ascite, rien ; la sérositù pelvienne, rien ; 2 hémiplégies apoplectiques, rien ; 2 fièvres intermittentes, douteux ; i congestion cérébrale avec strabisme, oui ; 2 amauroses, oui ; 1 gangrène sénile éliminée ; rien ; 1 gangrène spontanée non éliminée, douteux ; 1 squirrhe du foie, rien ; 1 gangrène de la vessie, rien , I hydrocéphalie chronique, oui ; les larmes, traces ; 2 bronchorrhées, oui ; 1 pleuropneumonie aiguë, rien ; 1 gangrène du poumon, oui , beaucoup ; 1 croup, rien ; 1 croup, oui, beaucoup ; le (oie, oui ; 1 phlhisie laryngo-pulmonaire, rien , 4 phthisies pulmonaires, oui ; les crachats, oui ; phlhisie pulmonaire avec tumeurs gommeuses, la sueur, rien ; 3 épilepsies longtemps après l'attaque, oui ; 1 crétin, rien ; 1 idiot, rien ; 1 démence rien ; 1 imbénillité, rien ; 1 manie, rien ou douteux ; 1 paralysie des aliénés, douteux ; 1 démence avec manie, douteux ; 1 lypémanie, très douteux ; i paralysietrcmblantc congénitale, rien ; i paralysie générale progressive au début, oui.
commune tous les renseignements qu'elle peut nous fournir. Elle ne nous donnera pas, il est vrai, l'explication du mécanisme intime par lerpiel se produit le symptôme glycosurie, mais elle nous permet de saisir, au moins, quelques-unes des conditions dans lesquelles agissent plus fréquemment et plus manifestement les influences pathogéniques.
En conséquence, nous allons parcourir quelques-uns des faits relatifs à l'étiologie proprement dite, et l'on sera libre, à propos de chacune des causes, de se rattacher à la condition pathogénique qui paraîtra la plus satisfaisante.
Age. — Le diabète est une affection de Vâge adulte; c'est S'.:rtout de trente à quarante ans qu'on l'observe; cependant il n'est pas absolument rare dans \enfance. Mac-Grégor, Robert Willis, KoUo, Jonhson, Bouchardat, Valleix et beaucoup d'autres Tout observé chez des enfants de trois, neuf et douze ans. — M. Uaiiner en a observé un cas chez un enfant d'un an {Casper's Wochehschrift, Union médicale, 1851). Toutefois, le docteur Vénables a peut-être été trop loin en disant que c'est u:ie affection très commune chez les enfants. Ainsi Guersant a dit n'en avoir jamais rencontré que deux exemples tant à Fliùpital que dans la clientèle; M. Paul Guersant a eu l'occasion d'opérer d'une cataracte un enfant atteint de diabète. Pendant six mois de recherches sur ce point à l'hôpital des Enfants, M. le docteur Laborde n'en a trouvé que deux cas. En général, chez les enfants c'est dans la coqueluche, après les convulsions, dans l'asphyxie, qu'on le rencontre, mais en somme, c'est un phénomène rare. Un médecin, de nos amis, a perdu un de ses enfanis, petite fille de cinq ans, d'un véritable diabète : on a constaté tous les jours, pendant longtemps, l'existence d'une grande quantité de sucre dans l'urine. Ce même médecin connaît une famille dans laquelle quatre jeunes fdles ont succombé à la même affection avant l'âge de vingt ans; le grand-père était mort tuberculeux. Nous avons dit ce qu'il fallait penser de la glycosurie temporaire chez les enfanis atteints de névroses (épilepsie, convulsion, éclampsie), de maladies asphyxiques (bronchites, croups, coqueluches). ftULecoq a examiné les urines de deux enfants et a trouvé chez l'un 1 ijramme, chez l'autre
2 grammes par litre d'urine après l'ingcslion de l'oculenls et de sucreries. Ces enfants étaient d'ailleurs bien portants. Comme on le voit, il s'agissait ici de la glycose dite normale. Les urines ont été examinées avec les précautions que prend habituellement M. Lecoq ; la glycose n'aurait pas probablement été trouvée sans les précautions exceptionnelles de cet expérimentateur.
Dans la vieillesse, ce phénomène est plus rare encore; on n'en trouve qu'un très petit nombre de cas dans les auteurs. jM. Cazalis, dans une communication orale, nous a dit qu'il avait quelquefois constaté la glycosurie chez les vieilles femmes de la Salpôtrière d'une manière accidentelle; jamais il ne Pavait vue chez elles constituer une maladie. Nous avons vu que 31. Dechambre considère la glycosurie comme fréquente chez les vieillards atteints d'affections pulmonaires.
Sexe. — Le diabète est beaucoup plus fréquent chez l'homme que chez la femme 5 sur 225 cas réunis par Griesinger, 172 sont relatifs à des hommes. La femme seule est sujette à une espèce particulière de glycosurie, celle de la grossesse.
Tempérament. — Rien à dire sur ce sujet. Cependant M. le professeur Landouzy (1), de Reims, a fait remarquer que le diabète est très fréquent chez les gens d'une forte constitution. Nicolas et Gueudeville l'avaient déjà remarqué sur les sujets à tempérament musculeux, contrairement à Cawley et Willis, qui l'attribuaient au tempérament lymphatique. Cependant MM. Bouchardat et Jordaô reconnaissent l'influence du tempérament nerveux et des émotions morales, et M. Landouzy luimôme cite un fait confirmatif à cet égard (2).
IJérédilé. — Celte cause a été tour à tour admise et rejetée 5 cependant la science possède assez de cas pour permettre de lu considérer comme réelle. — Ainsi Isenflamm a vu sept enfants de la même famille atteints de diabète, l'. Frank en a observé aussi deux cas; Rollo, Willis, Prout, Stener, Blumembach et Clarke ont aussi cité des faits à l'appui de cette opinion. Nous avons déjà dit que M. le docteur Thierry Micg avait observé
(1) llùlcl-Uicu (le Ucims, cliriiiiiic ilc M. Landouzy, nmi J8G2.
(2) Gazelle des hôpitaux, 13 niai 1802.
Racle. 5
quatre cas de diabète, avant vingt ans, dans une famille dont le grand-père était tuberculeux. La maladie ne semble pas se transmettre toujours directement; des parents pbtbisiques ont des enfants diabétiques, et réciproquemenl. 5 malades des 22 diabétiques de Griesinger étaient nés de parents pbtbisiques; dans un cas, plusieurs parents du malade étaient épileptiques. Tout ce qui précède est relatif au diabète.
Alimentation. — Rien à cet égard que nous n'ayons déjà dit précédemment.
Climats. — « Le diabète, dit M. Contour (1) , n'est nulle part plus commun qu'en Hollande et en Angleterre, et Robert Willis dit que son ami Babington en a vu ù une même époque jusqu'à trente-trois cas dans la clientèle de son père, et dans cbacun de ces cas, on s'était assuré que l'urine était sucrée. On a cru voir, dans la température froide et bumide du climat la seule cause do cette grande fréquence ; mais la manière de vivre des habitants de ces contrées a peut-être une influence plus grande sur la production de la maladie que la constitution même de l'atmosphère. On voit , en efl'et , le diabète devenir plus rare dans d'autres pays froids et se montrer plus fréquent dan certains pays chauds. Ainsi le docteur Lefèvre dit qu'il compulsa les registres des principaux hôpitaux civils et militaires de l'empire russe, et qu'il n'y trouva pas mentionné un seul cas de diabète. James Wylien'en a pas non plus rencontré un seul exemple, parmi plus de deux millions de soldats qu'il a pu examiner comme inspecteur militaire; toutefois P. Franck en a observé deux cas dans un assez court espace de temps. D'un autre côté, le diabète est loin d'être rare au Bengale, n C4eylan, à Saint-Domingue , en Egypte, où l'Arabe Rabbi Mapes l'a vu vingt fois en dix ans. P. Franck l'a rencontré plus souvent en Italie qu'en Allemagne. «Pendant vingt ans, dit-il, que nous avons exercé chez les différents peuples de l'Allemagne, notre patrie, nous n'avons vu que trois fois cette maladie que bien des personnes n'ont jamais observée; en Italie, dans le court espace de huit ans, nous en avons rencontré sept exemples. En France,
(1) Thèse. Paris, 1845.
le diabète esl assez commun, et M. Rayer en a vu plus de trente cas. Les observations que j'ai recueillies m'avaient porté à le croire plus fréquent en Normandie , et l'on voit cette opinion émise et soutenue par Nicolas et Gueudevillc, qui attribuent cette fréquence à la nourriture des habitants de cette province et surtout aux boissons fermentées, comme le didre par exemple, dont ils font un très grand usage. »