LÉSION UES VAISSEALX SANGUINS
Les artères carotides et les veines jugulaires internes , comme les nerfs dont nous venons de parler , sont susceptibles d cire comprimées et abrasées par une tumeur ou un corps etranger qui les atteindrait. La gêne de la circulation cérébrale , ou un anévrisme , et même une perforation, selon la forme du corps comprimant, en seront la conséquence.
Le danger des plaies des artères différera selon que le malade aura été secouru ou ne l’aura ^as été.
Les succès de ligature de la Parotide prescrivent celte opération dans les cas de blessure qui intéresse ce vaisseau ou scs premières divisions.
L’on a vu l’artère carotide coupée en totalité par un très-petit instrument.
Le docteur Leuret rapporte l’observation d’un officier qui se suicida avec de petits ciseaux dont font usage les personnes qui font de la broderie. Il se fit au cou une incision irrégulière , longue de trois travers de doigts. La trachée-artère était incisée entièrement et paraissait l’être d’un seul coup; la tunique externe de l’œsophage était coupée de l’étendue de deux lignes. La veine jugulaire gauche était ouverte, la droite mise à nu; l’artère carotide droite coupée en totalité; les nerfs avoisinant cette artère étaient également divisés.
La blessure de cette artère principale amènerait infailliblement et
eu Irèsrpeii cl’iiistans la mort si le blessé n était secouru sur-le-champ par des mains habiles. Les plaies étendues de l’artère vertébrale sont nécessairement mortelles sur-le-champ.
V utnera ferè morlem afJ'eruntj quœ magnas venas quæ sunt in collo lœserunt. ( Hip. prœcl. )
MM. Marc et Levrault donnèrent un rapport sur un suicide simulant 1 assassinat à cause de la gravité de la blessure. II y avait trois plaies au cou, dont une avait pénétré jusqu’à la colonne vertébrale et coupé la carotide, la jugulaire, etc. Une circonstance fcsait pencher en faveur de l’homicide ; c’est qu’un médecin appelé d’abord avait marché dans le sang, taché le pavé et fait croire à l’assassinat.
Lorsque la thyroïdienne supérieure est atteinte, la mort survient assez promptement si les secours manquent. Quelquefois des divisions de la thyroïdienne ou des rameaux de la sublinguale fournissent l’hémorragie. La simple position de la tête inclinée sur la poitrine, et la syncope qui survient sauvent les jours du malade.
Il ne faut le rappeler à la vie que lorsqu’on se sera rendu maître du sang. Des négligences à cet égard devraient être notées dans l’exercice médico-légal.
Les expériences de quelques physiologistes tendraient à prouver que des troncs artériels peuvent être piqués sans que la mort s’ensuive nécessairement.
Si le corps vulnérant agissait sur les gros vaisseaux en désorganisant leurs parois sans les rompre, la mort surviendrait par hémorragie, à la chute des escarres, vers le neuvième jour.
Les piqûres , les déchirures des tuniques des artères peuvent donner lien au développement d’un anévrisme dont la gravité est en raison du calibre du vaisseau.
Souvent les artères carotides échappent à l’instrument piquant ou tranchant, surtout s’ils sont mal acérés, en fuyant devant eux, tandis que ces instrum'ens auraient blessé une artère d’un calibre inférieur, ce qui pourrait faire croire à la lésion des premiers.
Tel est le cas de suicide opéré à la vue de personnes peu distantes, au cimetière du Père-Lachaise, à l’aide de trois coups de
rasoir à la gorge. Les carolides étaient intactes; les jugulaires externes, les thyroïdiennes, la jugulaire interne gauche étaient divisées. Le médecin qui rapporte cotte observation pense que , sans une anomalie de la jugulaire interne, la mort ne serait peut-ctre pas survenue: L’individu survécut une demi-heure à celte vaste blessure , qui présentait un pied de circonférence , trois pouces et un quart de largeur, et deux de profondeur.
Telle est encore l’observation connue de ce barbier , transporté à l’Hôtel-Dieu de Paris , qui , à trois reprises et sans succès , se porta l’instrument tranchant au cou, bien qu’il eût, par ses lectures sur l’anatomie de celte région, cherché à diriger sa main.
Un autre fait de suicide est rapporté par M. Lisfranc : une plaie, résultant de deux coups de rasoir à la partie anterieure du cou, offrait une étendue de quatre pouces; les veines jugulaires externes , les artères thyroïdiennes étaient ouvertes , les muscles sterno-mastoïdiens intéressés dans les quatre cinquièmes de leur diamètre antéropostérieur; le larynx l’était par une incision large de trois hgnes sur l’espace crico-lhyroïdien. Les artères carolides et les veines jugulaires internes restèrent intactes au fond de la plaie.
L’hémorragie fut abondante , une syncope prolongée la suspendit presque complètement. La ligature des vaisseaux fut faite et la gue^rison eut lieu.
L’ouverture de la veine jugulaire externe seule n’est pas très-grave; la simple position de la tête et une légère compression suffisent pour arrêter l’hémorragie.
Celle de la jugulaire interne est grave et promptement mortelle, non-seulement par l’hémorragie , mais encore par le phénomène attribué à l’absorption de l’air. L’on se souvient des accidens promptement mortels survenus entre les mains de chirurgiens distingués
opérant des tumeurs dont les , vaisseaux avaient augmenté de calibre.
L’ouverture de la jugulaire interne peut être l’effet d un accident. Ainsi on a vu un enfant tué inconsidérément par son père : le couteau avait entamé la jugulaire interne près de la clavicule, en soi te que l’héûiorragie fut promptement mortelle.
La lésion morbide ne peut être douteuse dans les cas de compression par tumeur.
La déchirure peut dépendre d’un corps étranger introduit du dehors , par ou contre la volonté du malade. Il pourra arriver aussi qu une lésion physique des parties voisines des vaisseaux soit la cause occasionelle du développement d’une lésion organique capable de produire la compression et la déchirure.
Dans ces derniers cas, le médecin pourrait être appelé à répondre sur cette possibilité. Il devra bien se souvenir que ces lésions organiques ne viennent qu’avec la prédisposition.
Lésions des muscles du cou. Les diverses espèces de torticolis par affection catarrhale ou rhumatismale , contraction spasmodique par paralysie d’un sterno-mastoïdien , peuvent être confondues avec la déviation de la tête provenant du déplacement d’une apophyse transverse des vertèbres cervicales : comme celle-ci, capable doccasioner quelques dangers, pourrait être attribuée à une violence extérieure, il est important de distinguer ces deux maladies.
Le torticolis qui est produit par une contraction spasmodique ou par la paralysie, est quelquefois de fort longue durée; il peut devenir grave sous ce rapport, surtout chez les enfans. Il produit quelquefois chez eux une altération des vertèbres du cou.
La section du muscle stèrno-mastoïdien n’a d’autre conséquence que de dévier la tête dans le moment de la blessure. Dans le fait cité plus haut , tiré du service de la Pitié , à Paris , les deux sterno-mastoïdiens avaient été coupés presque en totalité. Cette vaste plaie guérit.
Il est possible que la section subite et étendue des muscles de la partie antérieure du cou , situés dans la région sous-maxillaire , produise un renversement de la langue et détermine l’asphyxie.
Le fait suivant le prouverait : dans une opération de cancer de l’os maxillaire inférieur, au moment où l’opérateur détacha les muscles de cet os, la langue se porta subitement vers le pharynx, et elle aurait
inévitablement asphyxié le malade si le chirurgien ne se fût hâté d’inciser la trachée-artère" pour ouvrir un passage à l’air,
^ous n’entrons pas dans des détails sur d autres muscles dont la lésion a’olTre rien de grave par elle-même.