IV
Pour reconnaître en quoi une lésion est grave , il s agit de parcourir les différentes phases que présente son histoire naturelle. Il faut étudier son siège , les prédispositions de 1 individu, les causes , les symptômes et les accidens qui peuvent troubler sa marche , ses altérations matérielles , son traitement. Enfin, elle peut être elle-même cause oc^asionelle , prédisposante , ou déterminante d autres lésions.
Ce n’est point le moment de nous étendre sur chacune de ces phases : nous allons en dire tres-peu de mots , afin de lier les diverses parties de notre travail , et de constater que nous en sentons
l’importance en médecine légale.
L’on sait combien les prédispositions individuelles contribuent a procurer une maladie par la moindre cause occasionelle , ou aggraver
c<ille qui existe , pour que nous ayons besoin de nous, étendre sur ce point.
En effet, il est des personnes qui, à la moindre cause, offrent des phenomeiies graves ; d autres qui présentent des symptômes graves ou ataxiques qui disparaissent avec la plus grande facilité.
Nous devons ranger parmi les prédispositions capables de rendre grave toute lésion, les diathèses et les cachexies les plus communes et les plus fâcheuses, telles que les (Huthfsrs-scrophuleuse , vénérienne, scorbutique, l’asthénie, l’état nerveux, l’état pléthorique, la disposition gangréneuse que l’on remarque chez certains sujets.
La cause agit sur la gravité des maladies quand il y a défaut de rapport avec les habitudes d’un individu : ainsi celui qui mène une vie sédentaire sera plus impressionnable au froid et plus à même de contracter une angine , un torticolis catarrhal , etc. Elle exerce encore une influence en raison de son intensité ; ainsi , si la cause est physique, cette influence sera en raison de la masse du corps contondant, de la vitesse avec laquelle il est mis en mouvement, de sa forme , de sa composition chimique. Il est aussi des causes qui exercent une action spéciale : les poisons.
La saison. Si une plaie du cpu est faite pendant l’automne, le sujet sera disposé aux affections catarrhales ; dans celte saison et au printemps, à l’angine tonsillaire , trachéale, etc. Pendant l’été, il sera plus disposé à 1 hémorragie. Le froid sec peut aider l’apparition de mouvemens nerveux , etc. Le froid aggrave les plaies. ( Hippoc. aph, ] Beaucoup d’hommes meurent, en hiver, de petites blessures, tandis qu’ils ne seraient pas morts en été. ( A. Paré. )
La constitution pendant laquelle régnera la fièvre catarrhale appelée grippe contribuera à aggraver toute lésion du cou.
Les symptômes pourront prendre une telle importance, qu’ils fixeront l’attention spéciale du praticien; si, par exemple, l’inflammation qui accompagne une lésion acquiert une très-grande intensité; si la solution de continuité prend la forme idcérative ou gangréneuse.
Des accidens nerveux pourront naître de la plus légère lésion 'chez
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l’un ; chez l’autre , ce seront des accidens comateux , de l’irrégula-^ rite, de l’ataxie, l’hémorragie, etc.
Les altérations matérielles préexistantes, inhérentes à la maladie ou survenues pendant sa marche, doivent être notées comme capables d’en faire apprécier la gravité. J’ai vu une plaie légère du cou, qui n’avait intéressé que les tégumens et le cartilage thyroïde dans le sens longitudinal, sans toucher aux parties molles intérieures, être suivie de la mort parce qu’etlU'CDmmuniquait , à la faveur d’une perforation spontanée, avec deux ulcères placés à l’intérieur du larynx. (Ephém. de Montp. )
La moindre compression du cou peut être accompagnée d’accideus graves chez celui qui porte uu anévrisme ou des tubercules dan» cette région.
La blessure d’une glande du cou peut occasioner la dégénération squirrheuse de celle-ci, et la porter au point de nuire aux fonctions des organes cervicaux.
Le traitement J nul, inconvenant par le fait du malade, des assistans ou du médecin, présente à l’expert un élément de gravité.
Ainsi des saignées trop abondantes , une diète sévère chez un sujet lymphatique, dans le but de modérer l’hématose, sont susceptibles de provoquer rulccration des tuniques d’un vaisscap qui n’aurait été qu’effleuré 'dans son enveloppe celluleuse.
Si une lésion devient cause occasionelle ou prédisposante d'une autre^ la gravité sera en raison de l’influence que la première exerce sur la seconde, et de l’importance de l’organe affecté; ainsi un abcès prenant sa source dans les vertèbres ou les parties molles , se rompant dans les voies aériennes, pourra donner la mort par suffocation.
Si la rupture a lieu dans le pharynx, une maladie gastrique simple ou putride en sera la suite.
Une contusion sur le cou prédisposera à l’angine , à la trachéite.
Enfin, la lésion du cou sera la cause nécessaire d’une autre, lorsque, par exemple, l’éraîllure d’une tunique, d’une artère, provoquera un anévrisme; la section d’un filet nerveux l’insensibilité des tégumens; lorsqu’une angine produisant un gonflement considérable des amyg-
' dales et des parties environnantes, amènera l’asphyxie; lorsqu’une pustule maligne produira le même résultat.
Le siège de la lésion étant un des points importons de notre question , nous l’avons renvoyé ici afin de le mettre en évidence dans notre travail , et d’en faire une étude spéciale.