II. — OBSERVATIONS SUR L'HOMME
Dans une statistique, publiée par M. Bérenger-Féraud, médecin principal de la marine (1), on trouve de nombreuses recherches à ce sujet et la relation détaillée d'une foule de cas, mentionnés dans les auteurs ou inédits, de réunion ou de conservation d'organes ou de parties d'organes plus ou moins séparés du corps. Le nombre des faits recueillis alors était déjà de 224, dont voici l'énumôration succincte :
(I) Gazette des hôpitaux. Paris, 1870.
Lambeau cutané du crâne 7
— ostéo-cutané du crAne. :J.
— cutané de la face "2
— ostéo-cutané du la face. 5
Nez 65
Oreilles \\
Langues M
Doigts 8K
Parties de la main ou du pied.. 9
Poignets %
Avant-bras 8
Bras 9
Portions de la jambe 4
II est vrai que dans un grand nombre de ces faits la partie tenait encore par un pédicule plus ou moins étroit, et par conséquent nous ne nous en occuperons pas, mais nous y trouvons aussi, pour le nez, par exemple, 15 observations de1 division complète suivie de réunion ; pour le pavillon de L'o-I reille 4 observations ; pour les doigts 34 observations.
Si quelques-uns de ces faits ne sont pas complètement pro-' bants, les autres sont rapportés par des auteurs qui ne permettent pas le moindre doute. En effet, que nous ne prêtions pas une foi aveugle à certains faits de Bridenbac, de Blégnyj de Dionis, de Fioraventi, la chose est naturelle ; mais pouvons-nous écarter sans discussion ce fait si contesté, et toujours représenté de Garengeot? L'autorité de Chélius peutelle être laissée de coté sans appel? Le fait de Regnault, si simplement raconté avec les moindres détails, n*est-il pas de nature à faire réfléchir? Enfin la dénégation nous semble impossible pour les faits de Renzi (de Naples), de Hoffacker, qui se sont passés de nos jours, et tout en reconnaissant que la réunion est infiniment plus rare et plus difficile dans les cas de division complète, elle parait assez possible pour justifier toute tentative de conservation.
Revenons nu peu sur ces observations. Il serait inutile, el
surtout trop long, à notre avis, de les reproduire, il nous suffira d'en constater le résultat, l'authenticité et diverses circonstances particulières.
Les quatre observations de division complète du pavillon de l'oreille sont signées de Magnin, Laurent (neveu de Percy). Mauni, Regnault. En outre elles contiennent assez de détails pour qu'il n'y ait pas le moindre doute à leur sujet. Dans un de ces cas l'oreille di visée n'avait été réunie qu'un certain nombre d'heures après l'accident. La cicatrisation a toujours été rapide et a eu lieu par première intention.
Dans les cas de réunion du nez quelquefois la partie divisée avait été contuse, souillée dans le ruisseau et foulée aux pieds, comme dans le fait de Garengeot ; d'autres fois, à part la contusion des parties, il s'est écoulé un temps assez longavant la réunion.
Quant aux sections de doigts ou de parties de doigts les noms de Beau, Despretz, Gorse. Piedagnel, Velpeau, son attachés à ces 34 observations.
Si nous voulons avoir une idée de ce que peut la nature en certains cas, il nous suffira de dire que dans les 27 cas où le siège de la section est indiqué nous trouvons que la partie divisée a été :
1+ fois la phalangette dans sa continuité.
3 fois la phalangine.
4 fois la phalangette dans la contiguïté. 6 fois la pulpe du doigt.
I lans tous ces cas, l'os, les tendons, le derme ou l'épidémie ont pu reprendre vie, tantôt en totalité, c'est-à-dire toutes ces parties à la fois, tantôt partiellement. Toujours l'épiderme a soufferl plus que le derme et constamment l'ongle est tombé lorsqu'il étail compris dans la partie divisée. 11 semblerait M1"' pendant le temps que le derme, ainsi séparé momentanément <les parties qui en assuraient la nutrition, amis pour se créer de nouvelles relations vasculaires, il n'a pu suffire à
l'entretien de son enveloppe protectrice qui, tirant de ce dernier sa nourriture par une véritable imbibition, est tombée llétrie comme un corps étranger. C'est seulement après avoij récupéré son intégrité fonctionnelle que le derme a sécrété de nouvelles cellules épidermiques destinées à le recouvrir. L'ongle nouveau a été le plus souvent déformé, ayant des cannelures, des nodosités, ou bien n'adhérant par sa face profonde qu'aux environs de sa matrice.
La partie divisée a été souvent longtemps insensible, d'autres fois la sensibilité est revenue après peu de jours, tënfin tantôt le doigt est resté ankylosé, lorsque la section avait eu lieu dans une articulation, tantôt celle-ci a conservé son intégrité fonctionnelle. La suppuration a été quelquefois nulle et la réunion s'est faite par première intention, cas le plus heureux que puisse souhaiter le chirurgien, mais néanmoins le succès a été très-souvent possible, malgré une suppuration assez abondante qui alors a nui non à la solidité, mais à la perfection de la réparation au point de vue de l'aspect de la cicatrice. L'os s'est réuni souvent par un cal comme dans une simple division osseuse ; quelquefois il a été éliminé en totalité ou en partie.
Les observations précédentes ne peuvent fournir aucune conclusion relativement à l'âge le plus favorable à ces réunions ou, si l'on veut, à ces greffes, car les malades étaient tantôt des enfants, tantôt des adolescents, tantôt des hommes de 24, 42, 4^ ans ; de sorte que l'âge adulte ne doit point s'opposer aux tentatives de conservation ou de réunion.
Dans la thèse du Dr Georges Martin (1) se trouvent consignés un certain nombre d'autres cas de parties plus ou moins considérables de nez, d'oreilles, etc., dont la réunion a pu être opérée également avec succès. Nous en extrayons les observations suivantes que nous 'donnons considéra-
il) Thèse de Paris. 1,873.
blement abrégées pour ne pas surcharger notre travail de étails inutiles.
Observation du Dr Bunger (\). — Reformation du nez avec un lambeau de peau complètement séparé de la cuisse après fustigation de cette partie; par le professeur Bunger, à Marburg. Succès.
Obs. du Dr Iloffacker (de Heidelberg). — Portion de nez coupée et demeurée complètement séparée du corps pendant vingt-cinq minutes. Succès.
Obs. d'Henry Bailly (Thetford, Horfolk). — Première phalange du médius complètement séparée par une machine à hâcher la paille. Réunion une heure et demie après l'accident; succès complet après cinq semaines, le doigt conservant toutes ses fonctions.
Obs. du Dr Imtnisek (d' Heidelberg). — Lèvre et nez complètement séparés d'un coup de sabre et réunis trente-six minutes après par la suture. Guérison par première intention, complète au bout de huit jours.
Obs. du Dv Smeels (de Liège). — Rondelle de peau enlevée d'un coup de couteau à la face dorsale de l'annulaire gauche. Remise en place du lambeau; contention au moyen de bandelettes d'emplâtre agglutinatif; réunion rapide par première intention.
Obs. du Dr Dubreuil, professeur agrégé delà Faculté. — Pulpe du doigt et ongle complètement arrachés par la fermeture d'une porte. Fixation du lambeau au moyen de bandelettes de diachylon. Guérison complète au bout do vingt jours.
Obs. du Dr Laboulbène, professeur agrégé de la Faculté. — Section accidentelle d'une petite rondelle de peau sur le pouce gauche. Réapplication du lambeau quelque temps après; pansement avec du tabac à priser (mode du pays, à la campagne) et fixation du lambeau avec une simple bande. Guérison rapide et complète.
Obs. de M. Petit, interne des hôpitaux. — Section transversale de l'extrémité du médius gauche et de l'ongle; fixation quelque temps après au moyen de bandelettes de diachylon; pansement ouaté; réunion complète au bout de quelques jours; retour de la sensibilité.
lre Obs. du Dr Immiseh (d' Heidelberg). — Section complète du nez par an coup de sabre; suture de l'organe un quart d'heure après; compresses chaudes; rétablissement de la circulation; tuméfaction de la
(1) Journal de Graefe et Walther, t. IV, liv. iv, p. r>69, 1823.
partie puis gangrène le troisième jour par afflux trop considérable de sang déterminé par les compresses chaudes.
2" Obs. — Môme cas que le précédent. Compresses froides pendant trois jours; réunion complète du nez; cessation des compresses. Le quatrième jour, le malade s'endort le nez enfoncé dans l'oreiller chaud. Gangrène de l'organe.
3° Obs. — Portion d'oreille sectionnée par un coup de sabre; réunio-i et compresses froides pendant huit jours. Au bout de ce temps, l'écoulement de sang qui avait persisté jusqu'alors ayant été arrêté par un camarade du malade, le morceau d'oreille tomba en gangrène.
Obs. du JJV Cadiat, professeur agrégé de la Faculté. — En juin 187*2, un ouvrier eut le doigt indicateur coupé complètement par une scie circulaire au niveau de la tète de la première phalange. M. Faure, interne de garde, envoya chercher le doigt resté à l'atelier, le réunit par des sutures métalliques et fit appliquer des cataplasmes chauds. Le lendemain le doigt était chaud et vivant; 3 sangsues se remplirent successivement de sang à l'extrémité du doigt. On supprima les cataplasmes chaud ; et on mit des compresses froides de vin aromatique. Deux jours après le doigt était livide et sans vie.
1° Obs. du Dr Bastien. — Section complète de l'index droit au niveau de la deuxième phalange; pansement deux heures après l'accident au moyen de bandelettes d'ouate; quarante-huit heures après, adhérence parfaite mais soulèvement de l'épiderme. Deux jours après, tout l'épi— derme était décollé. On enleva le doigt et on constata une adhérence très-solide de toute la surface de section et même de l'os. L'arrachement fut douloureux et suivi d'un écoulement sanguin abondant.
28 Obs. — Section oblique de la première phalange de l'index; pansement ouaté deux heures après l'accident. Trois jours après, le doigt était chaud et adhérent sur toute la surface de section à peu près. L'épiderme étant entièrement décollé et le succès paraissant incertain, on arracha le lambeau. 11 s'ensuivit une vive souffrance et un écoulement sanguin assez abondant.
3e Obs. — En 1853, un jeune homme eut le pouce coupé au-dessus de l'articulation de la deuxième phalange. Trois ou quatre heures après le doigt fut rappliqué par Malgaigne. Le malade alla bien pendant huit jours, au bout desquels il fut pris de tétanos. On ôla l'appareil et on constata une adhérence incomplète mais très-solide du fragment que l'on arracha. Le malade mourut de tétanos.
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^ — - o m- ru.
Enfin, nous ajouterons encore deux observations communiquées par le Dr Bourgougnou (de Monlrichard) (1) :
Obs. 1. — Un homme de 56 ans, sanguin, lymphatique, s'enlève la pulpe du médius d'un coup de faucille en coupantde la luzerne. Arrivé chez lui environ vingt minutes après l'accident, je réclame le morceau de chair; on le retrouve, je le lave et laisse tremper quelques minutes dans l'eau tiède; puis, après l'avoir essuyé légèrement, je le rajuste à sa place et le fixe avec de petites bandelettes de sparadrap. Du quatrième au huitième jour la reprise paraît bien assurée, mais notre homme, qui tient plus à son temps qu'à l'intégrité de son doigt, se livre à un travail pénible, et le lendemain le lambeau récollé a passé du rose au noir et s'est détaché en deux ou trois jours à la façon d'une eschare produite par la, pierre à cautère ou le fer rouge.
2e Obs. — Un autre de môme âge à peu près, sanguin, nerveux, s'enlève la pulpe du médius et de l'annulaire en travaillant un morceau de bois avec un couperet et accourt chez moi pour que je le panse; les plaies ont 2 centim. de iong sur 1 j|2 de large et sont inclinées sur le côté externe; je le renvoie chez lui chercher les morceaux qu'il rapporte; celui de l'annulaire porte un quart de l'ongle que j'enlève avec mes pinces de trousse; sur l'autre je trouve adhérente une portion de phalange grosse comme une lentille; je l'enlève avec mes ciseaux et, après avoir trempé ces morceaux quelques minutes dans l'eau tiède, je les rapplique chacun à sa place et les y maintiens par de fines bandelettes enduites et recouvertes.de plusieurs couches de collodion, en ayant soin d'éviter de faire l'enveloppement complet du doigt pour empêcher la constriction. Bien que la première phalange du médius ait été totalement divisée par l'instrument tranchant, la réunion s'est faile par première intention sur l'un et l'autre doigt; seulement il s'est produit une eschare au centre du lambeau dont j'avais enlevé ur>6 portion d'os. Il n'y a eu de suppuration que dans ce point et pour sa chute qui n'a pas compris plus du quart de la greffe dont le reste formait un large anneau.
Aujourd'hui, deiix mois après l'accident, on distingue difficilement la ligne qui marque la circonférence des lambeaux recollés, dont la sensibilité est à peu près normale.
Il ne faudrait pas cependant se dissimuler que, quoique la réunion doive toujours être tentée, elle survient invariable-
(1) Gazette des hôpitaux, 1875, p. 756*
ment, et Percy (I), après avoir défendu la bonne foi de Garengeot, et donné la relation détaillée du fait qui fit tant de bruit au commencement du siècle dernier, dit que pendanl longtemps il s'est mis. lui aussi, du côté des rieurs, et doutait qu'un nez complètement séparé de la face pût, étant rappliqué avec précaution, contracter des adhérences, s'y cicatriser, et recouvrer, en un mot, la vie qui lui est propre et dont il avait été privé, mais que cependant il suspend son jugement et croit la chose possible, puisqu'il y en a des exemples authentiques, mais assez difficile à obtenir,, puisque sur 10 ou 12 tentatives de ce genre qu'il a faites dans sa vie, il n'a jamais obtenu de succès.
Lanfranc n'y avait aucune confiance, et disait : « Eos deri- « deo et niendacii impudentissimi arguo, qui affirmare au- « dent aliquot portasse nasum incisum in manu , qui illis « postea fuerit in suum locum restitutus. »
§ 111. — EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX ; GREFFES D'ORGANES ENTIERS ET DE PORTIONS D'ORGANES.
Après cette longue énumération de faits observés sur l'homme, il nous semble qu'il ne sera pas inutile de consigner les résultats obtenus sur les animaux par les divers expérimentateurs qui se sont occupés de la question. Nous citerons en première ligne M. Paul Bert, dont les expériences sur des queues de rat, exécutées en 1863, sont fort intéressantes au point de vue physiologique. Cet auteur prenait la queue d'un jeune rat et, après l'avoir dépouillée de son enveloppe cutanée, la plaçait sous la peau d'un autre rat, et observait ce qui s'était passé au bout de quelques semaines ou de quelques mois. Variant ensuite l'expérience, et pour
(1) Percy. Dictionnaire en 60 vol., art. Ente animale. Tome XII, p. 339.
observer la durée de la vitalité dans la greffe, il ne se contentait plus de pratiquer l'opération aussitôt après avoir sectionne la queue, mais il faisait subira cette dernière diverses préparations qui consistaient, par exemple, à la confiner plus ou moins longtemps dans un tube de verre ; à l'exposer à des températures variables ; à la soumettre au contact de liquides ou de gaz divers, etc., et d'autres épreuves dont nous parlerons lorsque nous nous occuperons de la vitalité des tissus; en outre de cela, le môme auteur a pratiqué aussi ce qu'il a appelé la greffe siamoise, par analogie avec ce qui avait lieu chez les deux frères célèbres dont le souvenir est dans toutes les mémoires. Dans ce cas, il a observé de véritables relations vasculaires entre les deux individus ainsi unis, et une solidarité telle, qu'un médicament ou un réactif administré à l'un des animaux, pouvait facilement faire effet ou être constaté chez l'autre.
Dans une série d'expériences (1), MM. Legros et Magitot ont cherché à greffer des tissus ou des organes à l'état embryonnaire afin d'en étudier le développement. Le follicule dentaire et les organes qui le constituent ont été pris dans 88 greffes qui ont été pratiquées de la façon suivante : 10 prises sur des chiens nouveau-nés et transportées sur des cobayes adultes, se répartissaient de la manière suivante : follicules entiers, 6; organes de l'émail isolés, 3; bulbe seul, i. Ces expériences ont toutes donné des résultats négatifs et se sont terminées par résorption ou par suppuration ; les greffes étaient introduites immédiatement après leur extraction du chien, tué par la section du bulbe, sous la peau de l'animal réunie ensuite par une suture.
Les 78 autres greffes ont-été invariablement pratiquées de chiens nouveau-nés ou jeunes sur chiens adultes. Le temps pendant lequel ces greffes ont été maintenues, a varié de
; (1) Compies-rendus do l'Académie des sciences, 4874, p, 357.
13 à 54 jours, et il est bon de dire en passant qu'une série de 2f> greffes, qui sont ainsi restées le temps maximum, se sont toutes résorbées.
Ces 78 greffes se divisent de la manière suivante :
Portions de maxillaires avec follicules inclus 5
Follicules isolés et entiers 26
Bulbes dentaires isolés. 16
Bulbes restés couverts de leur chapeau de dentine rud,i-
mentaire 7
Organes de l'émail isolés et greffés avec un lambeau de
muqueuse buccale 1!)
Organes de l'émail avec le chapeau de dentine sous-
jacent I
Chapeaux de dentine isolés 4
Le résultat définitif a été le suivant : II Parmi les follicules complets transplantés, 7 ont continué de vivre, ce qui établit une proportion de 25 p. 1.00. Ces 7 follicules se sont accrus régulièrement, sauf dans un cas où Squelques troubles de nutrition ont amené la production de . puei dentine globulaire et de faisceaux irréguliers de prismes H; : d'émail. || Les 16 greffes de bulbes dentaires ont donné seulement
ilipea
3 résultats positifs, soit environ 20 p. 100. Un nouveau cha- Il v . peau de dentine s'est reproduit tout à fait régulier dans deux I cas, et dans le troisième un peu altéré dans sa nutrition et globuleux. Ils étaient tous dépourvus d'émail.
Quant aux autres greffes , elles se sont toutes terminées II ( - j invariablement par suppuration , avec élimination ou absorption. . Il
On peut conclure de ces expériences :
1° Que les transplantations sur des animaux d'un autre ordre zoologique ont donné un résultat négatif.
2° Que les expériences consistant à transplanter des portions plus ou moins volumineuses de mâchoire , avec des
follicules inclus, ont échoué pur suppuration ou résorption.
3° Que les greffes de l'organe de l'émail isolé, paraissent vouées invariablement à la résorption.
4° Que les follicules et les bulbes dentaires peuvent continuer de vivre et de s'accroître.
5° Que l'accroissement, dans les cas de succès, se fait avec peu de différence avec l'état normal.
Dans la séance du 27 novembre 1869, M. Vulpian a présenté, à la Société de biologie, de la part de M. Philipeaux, un rat albinos, sur lequel il avait obtenu une greffe de la rate. Le rat avait un an lorsque l'expérience a été faite. M. Philipeaux, à cette époque, le 20 août 1869, a introduit, dans l'abdomen de l'animal, la rate d'un jeune rat âgé de 25 jours; l'organe avait, lors de son introduction, 12 millimètres de longueur, 4 de largeur et 3 d'épaisseur.
Trois mois et six jours après l'opération, on a trouvé la rate greffée absolument de la même couleur et du même aspectque la rate propre de l'animal. Son volume s'était accru, car elle mesurait 12 millimètres de longueur, 9 millimètres de largeur et 4 millimètres d'épaisseur. On voyait, à sa face profonde, quelques vaisseaux très-petits qui en sortaient ou y pénétraient.
Dans cette expérience, la greffe avait été faite sur un animal de même espèce que celui qui l'avait fournie, et par conséquent ne pouvait en rien infirmer la loi posée par MM. Paul Bert, Ch. Legros et Magitot, à savoir : que la greffe ne réussit que sur des animaux d'une même espèce zoologique ou d'un ordre très-voisin; mais le 11 décembre de la même année, M. Vulpian présentait, à la même Société de biologie, toujours de la part de M. Philipeaux, un exemple d'une greffe d'une dent dans la crête d'un coq, et dont voici la relation :
Le 13 janvier 1853, M. Philipeaux, après avoir fait une incision dans la crête d'un jeune coq, y introduisit une inci-
Armaignac. o
sivo d'un cochon d'Inde né depuis quelques heures. La denl, bien complète, était munie de son bulbe, et avait été placée dans la crête dé telle sorte, que le bulbe fût dans la profondeur de la plaie et l'extrémité libre vers l'extérieur.
Cette dent avait, le jour de l'opération, 8 millimètres de long sur 2 millimètres de diamètre. Le coq fut tué dix mois après l'opération. La dent qui, le jour où elle avait été insérée dans la crête, était entièrement cachée dans la plaie, faisait, au moment de la mort du coq, une saillie de 5 millimètres,; et sa longueur totale était de 13 millimètres. Elle s'était donc accrue de 5 millimètres.
On pourrait rapprocher cette expérience de celles de J. Hunter et de A. Cooper, mais ce qui en fuit l'intérêt majeur, c'est qu'il s'agit de greffe d'un mammifère sur un oiseau, c'est-à-dire sur un animal d'une classe zoologique différente.
Dans une note, présentée à l'Académie des sciences le 27 mars 1865, par M. Flourens, au nom de M. Mantegazza qui s'est livré à de nombreuses recherches sur la greffe ani-> maie, nous trouvons le paragraphe suivant : «J'ai greffé, et; pour plusieurs classes d'animaux, presque tous les organes. Il y a des tissus qui sont atteints de la dégénération graisseuse; il y en a qui végètent dans le nouvel organisme en y contractant des adhérences par de nouveaux vaisseaux et du tissu conjonctif. Dans la grenouille, le testicule continue de produire des zoospermes, et l'estomac, après avoir contracté' des adhérences vasculaires, produit toujours du mucus et du suc gastrique. Après vingt-sept jours, j'ai pu obtenir des digestions artificielles parfaites avec l'estomac greffé.
La rate peut vivre longtemps dans un autre organisme chez les batraciens, et peut même augmenter de poids.
L'ergot d'un coq a pu vivre l'espace de huit ans dans l'oreille d'un bœuf, et y acquérir le poids de 396 grammes.
Dans une antre partie de mon travail, j'ai greffé de la
fibrine pure sans globules ni rouges ni blancs, et je l'ai vue s'ors-aniser et se transformer en pus, tissu conjonctif, cel- Iules granuleuses et en nouveaux vaisseaux. En variant les expériences de mille manières, en étudiant l'organisation du sang greffe ou retenu dans un vaisseau, j'ai pu me convaincre de la fausseté du principe de l'École de Berlin : « Omnis cellula ex cellulâ. » La fibrine est un principe immédiat de l'organisme, et, d'elle-même, par le contact des tissus vivants, peut s'organiser.
Virchow a depuis longtemps signalé ce fait, que des élé ments cellulaires détachés d'une tumeur à la surface de l'estomac ou de l'épiploon étaient tombés dans les parties déclives de la cavité abdominale, et, en s'y greffant et proliférant, avaient donné naissance à une nouvelle masse de néoplasme, principalement dans le cul-de-sac recto-vésical chez l'homme, ou dans les culs- de-sac recto -utérin ou utérovésical chez la femme. Mais, bien que les conditions anatomiques et physiques paraissent favorables à une semblable migration, et que cette preuve soit surlout invoquée pour étayer la théorie cellulaire de l'École allemande, nous ne pouvons pas du tout en vérifier directement ni expérimentalement la certitude. Gzerny, de Vienne, a échoué complètement dans quatre tentatives, pour greffer des morceaux de tumeurs sur des plaies en granulation.
Le Dr de Lantilhac (1) dit qu'il existe dans le musée de Hunter les testicules d'un coq complètement adhérents dans le ventre d'une poule où ils avaient vécu pendant longtemps sans perdre de leur volume naturel.
A. Bérard (2) dit, d'après Dieffenbach, que des plumes jouissant encore de leur vitalité, prirent racine dans de petites plaies faites à la peau d'oiseaux appartenant à la même
(l) Thèse .le Montpellier, 1848, n0 Tà.
{i) Dict. de méd.en25 vol., art. Néoplastie.
— 9ti —
espèce. Wisernan, au rapport de Burdach, s'étant transporte dans la peau du bras une plume tirée de la tête d'une poule, éprouva de la douleur et une petite perte de sang lorsqu'il l'arracha, un mois après. Charles Darcusia (Traité de fauconnerie, Paris, 1805) prétend qu'on peut remettre de grandes plumes aux oiseaux chez lesquels elles ont été rompues ou arrachées.
Baronio a fait des essais bien plus curieux encore. 11 a greffé avec succès l'aile d'un serin et la queue d'un chat sur la crête d'un coq.
Hunter rapporte, clans ses œuvres, qu'il implanta dans la crête de gallinacés des dents humaines fraîchement extraites et que ces dernières contractèrent de solides adhérences. Des injections bien faites lui démontrèrent d'une manière évidente la continuité vasculaire des parties implantées avec celles qui les avaient reçues. Les pièces ont été vues en IH.'të par Jobert de Lamballe. Plus tard ces expériences furent tentées par A. Gooper et suivies du même succès.
Florent Cunier, dans ses expériences de transplantations de cornées de lapin, a réussi non-seulement sur le lapin, mais aussi sur le chien. M. Desmarres a fait aussi de nombreuses recherches sur le même sujet, ainsi que M. Pawer, médecin à l'hôpital Saint-Barthélemy. Nous en parlerons un peu plus loin lorsque nous nous occuperons de la partie clinique de la greffe.
Sans nous arrêter plus longtemps aux récits plus ou moins dépourvus de crédit scientifique de Bartholin qui rapporte qu'un matelot, portant une plaie assez grande à la face, y plaça un morceau de viande de mouton qui contracta des adhérences suffisantes pour cacher convenablement sa difformité ; de Olaus qui prétend avoir vu rétablir une lèvre affectée de division congénitale au moyen d'une portion de volaille, nous ne pouvons cependant nous empêcher de parler des greffes d'os et de périoste pratiquées par M. Ollicr et par
M. Philipeaux. Le chirurgien de Lyon a démontré que le périoste d'un jeune animal transporté dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans le tissu musculaire et dans d'autres régions, continue de vivre et de former des couches osseuses. Tl a démontré également que cette membrane périostique pouvait se greffer à la surface d'un ulcère, et présenté un malade chez lequel il avait pratiqué depuis vingt jours cette opération. Un lambeau de périoste de 6 centimètres carrés avait . été enlevé sur une jambe qu'il venait d'amputer et étalé sur la surface granuleuse d'un ulcère en voie de réparation. L'adhérence avait eu lieu et persistait, comme nous venons de le dire, vingt jours après Fopération.
Dans ses expériences sur les transplantations osseuses, le même auteur se bornait à remettre en place la rondelle d'os enlevée par la couronne de trépan. M. Philipeaux s'est placé dans des conditions plus favorables : au lieu de remettre en place le disque enlevé par la couronne de trépan, il le transportait sur un autre animal chez lequel il avait fait au crâne une ouverture avec le même instrument, mais en se servant d'une couronne plus petite. De cette façon, la rondelle osseuse remplissait complètement l'ouverture destinée à la recevoir et se trouvait placée dans de très -bonnes conditions d'immobilité et d'adhérence. Cet auteur, bien qu'ayant enlevé le péricrâne et la dure-mère des rondelles osseuses, a vu ces dernières se souder d'une façon plus ou moins complète dans leur nouvelle situation. Tantôt il y a eu exfoliation d'une partie plus ou moins complète de la lame externe de la rondelle, tantôt celle-ci n'a subi aucune perte de substance et s'est greffée en entier par sa base et par sa circonférence. Les animaux qui faisaient le sujet de ces expériences étaient des cobayes âgés de 40 jours.
Au commencement de ce siècle ces mêmes expériences ont été tentées en Allemagne, et Maunoir (1), habile et savant
(1) Maunoir. Questions de chirurgie, p. 115.
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chirurgien de Genève, a pu dire que ces expériences amèneront tôt ou tard les chirurgiens à remplir l'ouverture faite au crâne au moyen d'un disque rapidement enlevé pendant le pansement sur un animal avec la même couronne dont on s'est servi pour trépaner.