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CHAPITRE III

DE LA. DURÉE DE LA VITALITE DES TISSUS ET DES CIRCONSTANCES NUISIBLES OU FAVORABLES A LA GREFFE.

La vitalité, avons-nous dit, persiste dans les tissus aprè1 la mort de l'individu, à plus forte raison doit-elle persiste dans une partie quia été enlevée sur un animal vivant. Mai tenant cette vitalité se conservera-t-ell.e assez longtemp pour que la greffe n'éprouve pas de changements ultérieu et conserve les caractères qu'elle avait sur l'individu qui e était porteur, ou bien passera-t-elle par une série de méta morphoses qui en changeront la nature et, par conséquent les propriétés? C'est ce que nous allons examiner. Nous au rons d'abord à considérer : a, constitution anatomique de greffe ;b. conditions relatives à la solution de continuité c. influence des milieux.

a. La texture anatomique de la greffe a une grande i fluence sur les chances de réussite et, en premier lieu, no devons dire que, toutes choses égales d'ailleurs, l'adhérence se fera d'autant mieux que la greffe sera plus vasculaire et d'une constitution anatomique plus simple ; cependant presque tous les tissus sont susceptibles de se greffer et les expériences de P. Bert, à cet égard, ne laissent aucun doute. D'après physiologiste, les éléments anatomiques se conduisent ainsi qu'il suit, dans le cas, bien entendu, de la greffe parfaitement réussie : les uns continuent à vivre et à jouir de toutes leur? propriétés vitales, tels sont les éléments osseux, cartilagineux, tendineux, lamineux; d'autres disparaissent peu à peu, comme la fibre musculaire, qui perd ses stries, se réduit à sa gaîne celluleuse ou se transforme .en graisse ; la fibre nerveuse, enfin, présente les phénomènes successifs de dégénérescence

et de réintégration qu'ont si bien décrits MM. Vulpian et Philipeaux.

Les expériences de P. Bert portaient sur des queues de rat, c'est-à-dire sur des parties complexes contenant à la fois du tissu osseux, du tissu cartilagineux, du tissu musculaire, du tissu fibreux. Toutes ces parties continuaient de vivre et de croître sous la peau du nouvel individu qui en était porteur presque avec la même rapidité qu'elles l'eussent fait si on les avait laissées à leur place primitive. Non-seulement elles croissaient, mais elles étaient susceptibles de passer par certains processus pathologiques, absolument comme à l'état normal : c'est ainsi que les fractures opérées sous la peau dans la partie greffée, après que cette dernière avait de solides adhérences, se consolidaient au moyen d'un cal ne différant en rien d'un cal ordinaire. Par conséquent, non-seulement la partie est susceptible de vivre, mais encore de réparer ses lésions. Seul le tissu musculaire s'atrophie constamment, disparait ou passe à l'état graisseux.

Ce qui se passe dans les expériences s'est produit aussi sur l'homme, et c'est ainsi que dans quelques observations de division des doigts, nous avons trouvé après la guérison l'intégrité de l'organe conservée, la soudure de l'os complète et la fonction rétablie. Il faut dire aussi que le succès est rarement aussi complet, et que l'os surtout est, la plupart du temps, résorbé ou éliminé.

Il y a dans l'existence de toute -partie greffée trois stades bien distincts : dans le premier, elle est séparée du corps auquel elle appartenait et soumise à l'action des milieux extérieurs ; pendant le second, elle est à l'abri de ces milieux et baignée immédiatement par le plasma épanché autour d'elle ; le troisième marque son admission définitive dans le nouvel organisme dont les vaisseaux sanguins se mettent en communication directe avec les siens propres.

b. Les circonstances relatives à la solution de continuité de

la greffe se rapportent à la façon dont la division a eu lieu. La partie peut être sectionnée nettement par un instrument tranchant, ou bien être en quelque sorte arrachée, soit avec lés dents, soit par la pression d'une porteviolemment fermée, comme il en existe quelques exemples. On pourrait croire, de prime abord, que ces dernières conditions dans lesquelles les parties sont plus ou moins contuses et déchirées sont très-défavorables à la réunion, et cependant il existe plu^ sieurs observations de succès obtenu dans de semblables circonstances, tandis que dans d'autres cas où la section était nette et régulière le succès n'a pu être obtenu. Nous pensons, néanmoins, que la contusion est une circonstance défavorable, mais que l'irrégularité de la plaie n'a pas d'importance ; l'essentiel, c'est que l'affrontement des parties qui doivent être unies soit maintenu le plus exactement possible. Dans le cas donc où l'on aurait à réunir un organe séparé dont la surface de section serait irrégulière, il nous semble inutile de recourir à un avivement préalable, si les surfaces peuvent être facilement mises en contact. En effet, comme le répètent tous les anatomistes, le corps humain, êt le règne animal en général, affecte peu ou point les formes géométriques pures, surtout les surfaces planes y sont fort rares, et il n'y a pas de raison pour que l'adhérence se produise plus facilement entre deux surfaces planes qu'entre deux surfaces qui s'engrènent pour ainsi dire l'une dans l'autre, à la condition toutefois, et c'est très-essentiel, qu'il n'y ait pas de vide entre les parties mises en contact et que ni le pus ni d'autres impuretés, ni l'air puissent se trouver emprisonnés.

Le temps pendant lequel la greffe est restée séparée du corps a aussi une grande influence, et l'on comprend que plus tôt la greffe sera appliquée, plus il y aura, toutes choses égales d'ailleurs, de chances de réussite ; mais, en se plaçant dans certaines conditions que nous indiquerons plus tard, nous savons que ce temps peut être assez long et que pendant

plusieurs jours les greffes conservent leur vitalité et sont aptes à contracter des adhérences. On ne peut ici fixer de limites, car les conditions physiologiques se lient les unes aux autres, et il y a toujours plusieurs éléments dans la question. Si. dans les expériences sur les animaux, et pour les greffes incluses, la séparation a pu être une fois de sept jours sans nuire au succès, chez l'homme on n'a jamais observé un tel laps de temps quoique cependant, comme nous le verrons quand nous traiterons des greffes cutanées, celles-ci soient aptes à se greffer après plus de vingt-quatre heures. Les conditions de température et de milieux jouent ici un rôle tout à fait principal comme nous allons le voir.

c. Conditions de milieux. On sait que les fermentations et les décompositions animales se font d'autant plus facilement que la température s'élève au-dessus de zéro d'un nombre de degrés variable, mais oscillant en général entre 25° et 50°. Au-dessus et au-dessous de ces chiffres, la décomposition, quoique possible, est cependant plus lente. Or, la greffe, une fois séparée de l'organisme, se met bientôt en équilibre de température avec l'extérieur, vu son petit volume, si on ne prend aucune précaution pour l'y soustraire, et par conséquent doit subir l'influence de cette température. ,Si c'est pendant l'été, ou que la chose se passe dans un pays chaud, la partie séparée ne pourra conserver sa vitalité que très-peu de temps, et, après quelques heures au plus, nous croyons le succès impossible. »

Sans cloute nous n'ignorons pas que P. Bert a réussi fi greffer des queues de rat qui avaient séjourné cinq ou six minutes dans des tubes de verre exposés dans une étuve à une température de 44, 46, 57°; mais ce qui a lieu pour les greffes incluses ne se produit pas aussi facilement pour un organe qui, au lieu d'être enveloppé de toute part par les sucs nutritifs, n'a qu'une surface souvent fort restreinte, par la-

Quelle peuvent pénétrer les liquides et s'établir les rapports vasculaires, comme cela a lieu pour les sections de nez, d'oreilles ou de doigts.

Une température basse, au contraire, s'opposera aux décompositions organiques, et les tissus étant intacts pourront de la sorte conserver pendant longtemps leur aptitude à se greffer, car MM. P. Bert, OUier et Georges Martin, ont dé4 montré que des queues de rat et des lambeaux de peau étaient susceptibles d'adhérence, après une exposition de plusieurs heures dans la glace fondante ou môme dans des mélanges réfrigérants où le thermomètre marquait — 7° et — 12°. Nous trouverons dans le chapitre suivant, qui traitera de la partie clinique de la question, quelques considérations et quelques applications pratiques résultant de ce que nous avons exposé plus haut.

Mais si la température joue un certain rôle dans la question des milieux, avant la greffe, son influence n'est pas moins notable après que les parties destinées à se réunir sont mises en contact, et, en étudiant attentivement les observations qui existent dans la science, nous avons pu nous convaincre que le froid appliqué après la greffe a été favorable à cette dernière, et dans plusieurs cas a seul prévenu la gangrène, que rendait imminente la turgescence du lambeau.

Dans les expériences qui ont été tentées sur l'influence de divers agents sur les greffes, on a vu que certains corps exercent une action délétère promptement mortelle sur les éléments anatomiques, comme, par exemple, les acides phosphorique et acétique, l'eau bromée ; l'eau pure elle-même a une action également funeste dès que l'immersion se prolonge un certain temps, surtout si la température en est élevée. La sécheresse ou l'humidité extérieure paraissent sans influence. Ceci nous fournira quelques indications pour les méthodes de pansement et les soins consécutifs à l'opération.

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