TRAITEMENT
Après ce que nous avons dit précédemment, il ne nous r^te, pour terminer le sujet, qu'à exposer brièvement l'ensemble des moyens qui nous ont paru les plus favorables à la réunion des organes ou parties d'organes accidentellement séparés.
On devra donc avant tout opérer la réunion le plus promptement possible après avoir toutefois débarrassé les parties, destinées à être remises en contact, du sang et autres impuretés qui pourraient s'y trouver. L'eau alcoolisée ou le vin tiède seront très-propres à cet usage. Dès que l'écoulement sanguin aura cessé, et pour cela il sera parfois nécessaire de tordre ou de lier quelques vaisseaux, qui, non-seulement peuvent saigner pendant longtemps, mais encore donner lieu à une hémorrhagie secondaire qui viendrait rompre les faibles adhérences déjà établies entre les surfaces greffées. Dès que l'écoulement sanguin aura cessé, dis-je, on devra procéder à la réunion des parties, soit au moyen de bandelettes de diachylon, soit par la suture, selon que l'un ou l'autre de ces moyens sera d'une application plus facile et maintiendra mieux les surfaces en contact. Il faudra veiller à ce que les parties profondes soient aussi en rapport immédiat et à ce qu'elles n'éprouvent ni tiraillement, ni compression, ni dérangement, car l'immobilisation est une des premières conditions de succès. Si l'écoulement sanguin se manifestait de nouveau, il faudrait en chercher la source et combattre l'hémorrhagie par des moyens simples, la ligature, la torsion, la compression, etc., et se bien garder d'employer le perchlorure de l'eroules autres coagulants énergiques, qui joueraient
Armaignac. 4
le rôle de corps étrangers et s'opposeraient à la réunion. Si ' le sang venait de l'extérieur et surtout de la partie greffée, on pourrait le laisser couler, s'il était peu abondant, en veillant toutefois à ce qu'il ne s'infiltrât pas dans la plaie. Après que tout écoulement aura cessé, et qu'on aura réuni les parties par la suture, on nettoiera et on séchera parfaitement, avec des éponges fines ou des linges usés, les bords de la solution de continuité, et on y étendra une couche de collodion élastique, qui s'opposera à la pénétration de l'air et des germes dans la plaie, et produira en même temps une action contentive douce et égale. On pourra recouvrir le tout de quelques couches d'ouate maintenues par un bandage approprié, noi| dans le but d'entretenir de la chaleur dans la greffe, mais pour que celle-ci soit moins comprimée par le bandage. Il faudra surveiller le malade et découvrir la partie au moins deux fois dans les vingt-quatre heures, pendant les premiers jours. Si le lambeau devenait turgescent, livide, congestionné, comme on l'a observé plusieurs fois pour le nez, il faudrait prescrire des compresses d'eau froide alcoolisée ou faire apt | pliquer une ou plusieurs sangsues, jusqu'à ce que l'organe ait recouvré ou à peu près sa couleur normale. Au boul de quarante-huit heures, ou plus tard, selon les cas et les conditions dans lesquelles se trouvera la plaie, on pourra enlever quelques points de suture avec beaucoup de précautions, pour ne pas rompre les adhérences établies, et repasser une couche de collodion. Si tout va bien, et qu'il n'y ait pas de complications, il conviendra, au bout de quatre ou cinq jours, d'augmenter l'épaisseur de l'ouate, afin d'obtenir alors une température ussez élevée autour de la greffe. En effet, si, dans les premiers temps, le lambeau a besoin de froid pour conserver plus longtemps sa vitalité, car il n'a pas encore de relations vasculaires avec l'organisme, plus tard, quand ces mêmes relations sont établies, il ex;ge un certain degré de chaleur pour que la circulation puisse se faire plus facilement et con*
'Ma
■QVtti...|
'VsJ
de coUodion élasti
uQe actioncoate, le tout de
ans la greffe, i F le bandage, 'la partie au moii pendant les premied livide, congestionné îr le nez, i Icoolisée ou faire- a| ju a ce que l'erg normale. Au boni ,n les cas et les coi lie,onpourrae^ pde précautions,!
ou cinq l00', Vf
rtain
courir ainsi à la nutrition de l'organe, un instant réduit à ses propres ressources, et dans lequel la vie était pour ainsi dire en suspens ou à l'état latent.
Nous croyons inutile ou nuisible toute espèce de topiques liquides ou solides, en dehors de ce que nous avons dit précédemment, et par conséquent le pansement sera d'une extrême simplicité. La réunion peut être complète et totale au bout de quelques jours ; d'autres fois il reste une portion plus ou moins étendue, dépourvue d'adhérence, qu'on doit traiter comme une plaie simple, en favorisant par tous les moyens possibles la réunion par seconde intention. Nous avons oublié de dire, et c'était du reste trop élémentaire pour nous y arrêter, que la partie détachée devait être remise exactement à la même place qu'elle occupait avant sa séparation. Bien que ce soit très-douteux, si le cas se présentait d'avoir à appliquer une partie prise sur un autre individu, il faudrait évidemment lui donner une conformation telle, qu'elle s'appliquât exactement sur la plaie de l'individu qui devrait la recevoir, ou approprier les dispositions de cette dernière. Nous ne voyons guère d'applications de cette dernière méthode que dans les cas où, par exemple, un sujet privé du nez, d'une oreille ou d'un autre organe, se déciderait à faire remplacer la partie qui lui manque par une partie analogue, prise sur un autre sujet mort violemment, et chez lequel on pourrait faire l'emprunt presque aussitôt après la mort. Dans les hôpitaux et pendant la guerre, si malheureusement celle-ci ne disparaît pas chez les nations civilisées, on trouverait de Fréquentes occasions de pratiquer l'opération que nous avons signalée et qui, dans les cas de réussite, donnerait évidemment des résultats bien plus beaux que les autoplasties les plus parfaites, quand il s'agirait de restaurations de nez, par exemple, tout en exposant le malade à moins de dangers et à moins de douleurs.
Si de semblables opérations ne sont pas pratiquées chez
nous, nous ne voyons pas de raison suffisante pour les exclure de la pratique, surtout dans les cas où on ne peut pas faire autre chose, et peut-être qu'en appelant de nouveau l'attention des chirurgiens sur ce point de pratique, pourrons-nous plus tard enregistrer quelques succès qui ne se sont pas encore reproduits jusqu'à ce jour, malgré le fait dont Dionis rapporte l'histoire (1) et dans lequel un voleur, dans une attaque nocturne, ayant eu le nez coupé, courut se faire panser chez un chirurgien, qui le lui demanda pour le remettre en place. Ne l'ayant pas retrouvé, les camarades du larron sortirent, coupèrent le nez au premier individu qu'ils rencontrèrent et le portèrent tout chaud au chirurgien, qui le recolla et le recousit très-heureusement.
Quoique nos prétentions soient fort modestes et que nous n'ayons aucune part dans la gloire qui reviendra à ceux qui •pratiqueront avec succès l'opération, nous nous trouverons cependant suffisamment récompensé si, par notre travail, nous pouvons faire entrer de nouveau les praticiens dans unevoie, selon nous, injustement délaissée.
(1) Percy. Dictionnaire ej 60 vol. art. Ente animale.