EXPÉRIENCES
§ Ier. — ■ 'ransplantatlon <i<- produit* plinnoriques.
À. — Dents.
Je dois à mon ami M. le docteur Magilol communication d'une observation fort intéressante ; il s'agit de l'avulsion complète d'une incisive d'enfant, de sa remise en place trois heures après l'accident, et de sa reprise parfaite, attestée par sa translucidité persistante. Les faits de cet ordre sont connus, et les auteurs en rapportent un certain nombre; mais il n'en est guère qui présentent le caractère de précision scientifique qu'on remarquera dans la narration suivante :
Le 8 juin 1859, mademoiselle de L..., âgée de dix ans, jouant dans un jardin, est projetée violemment la l'ace en avant contre les dalles d'un perron. Lorsqu'au bout de quelques minutes, on relève l'enfant évanouie, on s'aperçoit que, par suite de la rencontre sur l'angle d'une marche de la lèvre supérieure, celle ci a été violemment contusionnée, et présente, en outre, à sa face postérieure une plaie verticale donnant lieu à une hémorrhagie assez abondante. En même temps, on reconnaît qu'une desdents, incisive médiane gauche, manque dans la bouche, et que les trois autres sont plus ou moins luxées et rejetées en arrière. On fait des recherches au sujet de la dent absente et on la retrouve dans le sable au pied du perron. Cet accident se passait à dix heures du matin, à cinq lieues de Paris. On décida aussitôt que l'entant sera conduit à Paris, et on me l'amena en effet.
Au moment de mon examen, trois heures se sont écoulées depuis l'accident. La lèvre supérieure présente une tuméfaction considérable, et offre à l'intérieur, vers la ligne médiane, une plaie verticale d'environ 1 centimètre et demi de longueur, plaie résultant de la contusion de la lèvre sur les couronnes des dents incisives ;
(1) Je saisis avec plaisir l'occasion de remercier mes collègues et amis MM. Berthelot, Marie et Neyret, du concours obligeant qu'ils m'ont prêté pour l'exécution de ces expériences.
iiert. — 1863. 5
une large ecchymose se rencontre sur la joue gauche, au voisinage rie l'aile du nez.
La bouche est encore encombrée de caillots de sang ; la portion antérieure du bord alvéolaire présen'e une désorganisation complète : l'incisive médiane droite et les deux latérales sont refoulées en arrière et pendent en réalité dans la bouche, n'offrant plus que de faibles adhérences au maxillaire et à la gencive, qui est déchirée et tuméfiée.
Ces trois dents ne présentent point de fracture, si ce n'est toutefois l'incisive médiane dont l'angle interne de la couronne a été brisée.
L'incisive médiane gauche a été conservée dans un mouchoir et m'est alors présentée Elle a été complètement luxée sans aucune fracture et sans avoir entraîné de parties molles ; elle est couverte de sable, mais ne parait avoir perdu que trè--peu de sa couleur et de sa transparence.
Dans le d< sir de tenter le rétablissement à leur position première de toutes les parties, les dents renversées dans la bouche sont ramenées doucement en avant; l'alvéole de la dent absente est lavé avec soin et débarrassé des caillots qui l'emplissent; puis la dent lavée elle-même est replacée. Alors un bandage en 8 de chiffre, fait de soie plate cirée et noué à chaque interstice dentaire, maintient l'une à l'autre les quatre incisives ainsi rétablies.
Gargarisme permanent avec de l'eau glacée et compresses froides sur la face.
Alimentation liquide.
Le 10 juin, après quelques accidents généraux, l'état local s'est notablement amélioré. La lèvre est un peu dégonflée et les dents paraissent avoir repris quelque solidité; aucun phénomène phlegmasique du côté des gencives.
Pendant les jours suivants, l'amélioration continue.
Enfin, le 28 juin, le bandage, qui s'est spontanément détaché sur un point, est retiré. Les dents présentant alors une solidité suffisante sont abandonnées à ellesmêmes.
Un mois après, le 26 juillet, la consolidation est complète ; seulement l'incisive médiane gauche, celle qui a été complètement détachée, présente une très-légère coloration grisâtre générale, et l'on trouve sur le point de la gencive correspondant à sa racine un étroit orifice lîstuleux, suite d'un petit abcès survenu les jours précédents.
Le 20 novembre 1861, c'est-à-dire deux aimées et demie après l'accident, les dents sont solidement implantées dans la mâchoire à leur position normale: l'orifice fisluleux, après avoir persisté pendant plusieurs mois, s'est depuis longtemps fermé; on ne remarque point de modification d'aspect et de coloration sur aucune de ces dents, et le résultat est absolument complet, si ce n'est toutefois la légère difformité qui résulte de la fracture de l'angle interne de l'incisive médiane droite.
li. — Poils et plumes.
J'ai fait au moins cinquante transplantations de poils et de plumes sous la peau de rais blancs. Je n'ai obtenu aucune apparence de succès, cl l'on verra, dans le ebapitre suivant, pourquoi je me permets d'élever des doules sur la possibilité de la réussite, malgré les affirmations d'auteurs recommandâmes. J'ai toujours observé, soit élimination, soit cnkyslemenl, ou encore absorption sauf la matière colorante dans le cas des jeunes plumes. Quelquefois j'ai vu le poil maintenu quelque temps par la peau resserrée, puis ebassé petit à petit; ce qui me semble expliquer la croissance apparente qu'avaient signalée quelques observateurs.