C. — Entre rat albinos et rat de Barbarie
Même opération, et en six jours même résultat, malgré la minceur excessive de la peau du rat de Barbarie; en avant se trouve un petit foyer purulent.
(1) 11 est bon de rappeler que le rat albinos appartient à l'espèce du Mus rattus ; le surmulot est le M. decumanus.
(2) Le rat de Barbarie (.1/. striatus) diffère considérablement des rats de nos pays, par la forme de son corps et par son système de coloration; certains mammalogistes le rangent même dans un sous-genre spécial.
11 est remarquable que cette espèce de canal dont j'ai parlé, formé par les peaux des deux animaux, était ici oblitéré par une membrane verticalement tendue, formée de tissu cellulaire condensé; il y avait ainsi une cloison, et comme une séparation entre les deux individus appartenant à deux espèces déjà assez
distantes.
Le rat blanc étant mort, sans cause apparente, je n'ai pu m assurer de l'état des vaisseaux, car les artères du rat de Barbarie sont tellement ténues, qu'elles ne peuvent supporter aucune pression, aucune ligature, et (pie l'injection en est presque impossible par les procédés ordinaires. Cependant, en coupant la peau du rat blanc très-près de la ligue de jonction, j'ai vu apparaître quelques gouttelettes de sangqui provenaient évidemment de l'individu vivant.
Une autre tentative faite entre deux animaux semblables n'a pas réussi , j'avais cru pouvoir m'exempter du bandage, et sans cette précaution les greffes entre rats blancs elles-mêmes ne réussissent pas.
n. — Entre rat albinos et cochon d'Inde .
Ce sont encore deux rongeurs, mais bien différents l'un de l'autre. J'ai tenté une fois la greffe; le troisième jour, le cochon d'Inde étouffa le rat ; il n'y avait aucune adhérence, et même une lame de pus concret séparait les deux animaux. Je n'ai pas répété l'expérience, les cris continuels des cobayes les rendant insupportables dans un appartement ; de plus, ils sont tellement farouches et brusques, que les accidents sont par trop à craindre.
E. — Entre rat et chat.
Lorsque je fus ainsi parvenu à greffer l'un à l'autre deux animaux d'espèce différente, mais appartenant au même ordre, je résolus, après l'infructueuse tentative que je viens de rapporter, au lieu d'augmenter progressivement les dislances zoologiques des deux êtres, de franchir de suite un grand intervalle. Je voulus essayer s'il ne serait pas possible de réunir l'un à l'attire deux animaux dont la différence serait comparable, zoologiquement parlant bien entendu, à celle qui sépare un mammifère carnassier, par exemple, de l'homme, celte tentative pouvant mettre sur la voie de quelque application pratique.
Faute de mieux, et restreint clans mon choix par des nécessités pratiques, je m'adressai à un rat et à un chat, à un rongeur et à un car-
nassier, persuadé, autant qu'il est possible de mesurer ces choses, que je me rapprochais ainsi beaucoup de l'équation zoologique désirée.
J'ai fait jusqu'à ce jour six expériences. Ce petit nombre s'explique en partie par la difficulté de se procurer déjeunes chats à l'âge convenable pour avoir quelques chances heureuses. Il ne faut pas que l'animal ait dépassé six semaines; plus il est jeune, mieux cela vaut. Le mieux est donc de l'élever chez soi, à la condition que la mère qui le nourrit ne témoigne pas aux rats une antipathie du reste bien excusable.
Dans ces six expériences, j'ai employé le même procédé par ablation d'un lambeau cutané, et réunion immédiate avec points de sûreté et bandage. J'avais cru devoir me servir d'abord de bandage plâtré ou dexlriné; le dincbylon est bien préférable. J'ai à peine besoin d'ajouter qu'il faut prendre pour le rat de grands soins de propreté.
Dans deux de ces six expériences, le rat a été placé transversalement sur le dos du chat, sa plaie à lui étant sous le ventre. J'ai complètement échoué dans les deux cas ; malgré la précaution prise de couper au rat les deux tendons d'Achille, il se soulevait trop énergiquement.
Trois des autres chats étaient malheureusement des chats de deux mois au moins, vifs, indociles et méchants; l'autre était plus jeune, mais malade.
Voici l'analyse de mes notes sur ces quatre tentatives:
N°l. — Bandage dexlriné. Après quatre jours, le chat a mis les choses dans un tel élat, que je suis obligé de séparer les deux animaux. Je fais la chose avec grand soin: les lèvres cutanées n'ont contracté aucune adhérence; il y a même un peu de pus dans quelques points, en bas. Mais les surfaces saignantes sont intimement unies; en les séparant avec précaution, on aperçoit un grand nombre de tractus celluleux qui les réunissent; ces tractus contiennent de petits vaisseaux sanguins qui, allongés de 1 à 2 millimètres, se rompent, et arrosent de sang la surface des deux plaies ; celles-ci, mises à nu, sont très-nettes et ne présentent aucune trace de pus.
N° 2. — Bandage plâtré. Ré?.isle mieux, quoique le plâtre soit mauvais. Cependant, au bout de sept jours, le rat fait de telles contorsions, le chat pousse de
tels cris, et ce nue je vois de la plaie m'inspire si peu de confiance, que je défais complètement le bandage. Même alors je n'espère rien ; cependant j'injecte dans le rectum du chat une dissolution alcoolique étendue d'eau, de 5 centigrammes d'atropine, et j'attache le chat île manière qu'il ne puisse ni se lécher ni lécher le rat; quatre heures après, les pupilles de celui-ci commencent à se dilater. J'examine alors les choses de plus près. Tous les points de suture sont arrachés, et il n'y a nulle part adhérence entre la peau des deux animaux; mais il n'en est pas ainsi pour les parties profondes. Au contraire, l'union entre elles est si forte, si intime, que le rat, complètement libre, peut sans l'ébranler en rien, exécuter les mouvements, les tiraillements les plus violents.
Il eût été sage de remettre un autre bandage, et d'attendre. Mais ne pouvant résister à ma curiosité, et espérant mieux encore d'une autre expérience, je détache le rat, et je constate sur certains points une réunion par première intention, qui me donne beaucoup de sang, et sur d'autres l'établissement d'un tissu de cicatrice qui a parfois une consistance presquecartilagineuse.
N° 3. — Ce chat est le plus méchant des trois. Bandage à la dextrine et au diachylon. Je suis forcé de séparer les animaux après trois jours seulement, le chat ayant brisé le bandage et à moitié tué le rat. Déjà cependant il existe des ponts de communication qui donnent du sang aux deux plaies quand on les rompt ; aucune cicatrisation entre les peaux.
N° U. — Chat de cinq semaines, mais faible et malade. Bandage circulaire au diachylon, avec bretelles en avant, pour empêcher le recul du bandage: c'est le meilleur système. Les choses vont très-bien pendant cinq jours; vers la (indu cinquième, le chat se couche sur le rat et l'étouffé. Les deux plaies sont séparées par une couche mince de pus concret, que percent cinq petits îlots de bourgeons charnus établissant déjà communication évidente entre les deux animaux. Les peaux sont simplement agglutinées, mais non réunies.
Il est donc évident qu'une adhérence est possible entre chat et rat ; il est probable que celle adhérence comporte la communication vasculaire; mais ce dernier point n'est pas démontré, même par l'empoisonnement belladone, car on pourrait dire à la rigueur qu'il y a eu endosmose à la surface de contact, bien que, après la séparation des deux animaux, les liquides qui baignaient la plaie, portés sur l'œil d'un rat, n'en aient aucunement dilaté la pupille; l'injection seule pourra préciser le fait. En tout cas, l'adhérence, au contraire de ce qui a lieu entre deux rats, s'est faite par les parties profondes; les peaux n'y ont jamais pris part.
Ce n'est là qu'un résumé, ce ne sont pas des conclusions; il n'est pas possible d'en poser en face d'expériences dont la plus longue n'a duré que sept jours; mais il est permis de concevoir de belles espérances quand l'on agira dans des circonstances plus favorables. Une de mes causes d'insuccès a été la mauvaise confection de mes bandages ; le diacbylon, bien préférable, me donnera peut-être de meilleurs résultats, et, du reste, des expériences nouvelles sont en train tandis que j'écris ces lignes.
J'attends avec impatience le jour où il me sera loisible d'agir suides animaux plus maniables et vivant mieux ensemble; je veux surtout qu'ils soient plus gros, afin de tenter l'échange cutané.
Car on a pu remarquer que je n'ai raconté aucune expérience tendant à échanger des languettes de peau adhérentes encore par un pédicule qui devra être coupé plus tard, espèce de méthode italienne entre deux individus. C'est que, réduit à mes rats, j'ai échoué, ce qu'expliquent bien facilement la minceur de la peau et la petitesse du lambeau que l'on peut emprunter sans péril. Il faudrait, pour avoir quelque chance, agir sur des animaux ayant au moins la taille d'un petit chat.
J'ai cependant tenté une semblable greffe entre un jeune chat et un lapin pesant déjà deux à trois livres; le lambeau avait été emprunté au chat: au bout de deux jours, sa moitié postérieure était évidemment moite ; la vue de plusieurs bourgeons charnus me faisait espérer quelque chose de la moitié antérieure, lorsque tout à coup, par une de ces bizarreries bien connues des physiologistes, le lapin mourut sans cause connue, et pour ainsi dire plein de vie.
La transplantation de la peau est le but vers lequel je dois tendre dans cet ordre d'expériences, parce que j'y trouverai peut-être matière à quelque application chirurgicale, et en même temps à d'intéressantes observations physiologiques. Qui peut affirmer ce qui adviendrait si, au lieu d'animaux dont la patience est passée en proverbe, l'un des êtres mis en expérience était raisonnable, liorno sapiens? On verra dans le troisième chapitre que bien des greffes constatées chez l'homme n'ont pu être reproduites chez les animaux, et l'on comprend, sans
— hl —
qu'il soit nécessaire d'y insister, toutes les raisons purement pratiques de cette différence. Je ne crains donc pas de dire qu'un résultai, môme médiocre, obtenu dans des expériences, constitue une probabilité sérieuse pour le cas d'application à l'homme.
F. — Entre batraciens urodèles.
Parmi les animaux inférieurs, je n'ai essayé de la greffe siamoise qu'entre des Triton cristatus ; constamment mes animaux sont morts, au bout de deux semaines au plus, dans un état d'émaciation horrible, mais sans avoir en quoi que soit commencé à se greffer. Cela est bien en rapport avec la lenteur que mettent leurs plaies à se cicatriser. Je continue cependant ces tentatives.
Réussirais-je sur des oiseaux? J'en doute, à cause de leur mobilité excessive. Peut-élre pourrait-on essayer sur de jeunes pigeons avant que les plumes fussent poussées.
Et d'oiseau à mammifère? Serait-il possible de greffer un rat sur les appendices de la gorge d'un coq? Si j'en croyais Baronio, qui a fixé une queue de chat dans une crête de coq, je répondrais immédiatement oui; mais il est nécessaire d'attendre l'expérience, et sage de compter sur un échec.
Je n'en finirais plus si je voulais continuer à énumérer des projets ; je dirai seulement que j'ai jusqu'ici opéré par première intention, et qu'il importe de varier les expériences sous ce rapport, et d'attendre la suppuration et les bourgeons charnus pour réunir les deux animaux. C'est ainsi du reste que les choses se sont passées à mon insu dans la greffe entre rat et chat.
§ 11. — Transplantations entances immédiates.
J'ai tenté à plusieurs reprises de transplanter immédiatement un lambeau de peau complètement délaché. Je n'ai pas essayé la remise en place, parce que les expériences de Wiesmann en avaient suffisamment démontré à la fois et la possibilité et la difficulté; j'ai toujours agi, au contraire, par échange d'un individu sur l'autre.
— IxS -
Huit expériences ont été faites de rat sur rat, deux de chien sur chien, une de rat sur lapin, une de chat sur rat, deux de chat sur lapin et réciproquement. Dans toutes j'ai attendu pour réappliquer les lambeaux que l'effusion du sang fût terminée; j'ai quelquefois lavé les lambeaux cl la plaie avec de l'eau ou du vin ; la réapplication a été maintenue par des points de suture, et souvent, en outre, par un bandage; le temps au bout duquel elle a été faite a varié entre cinq et vingt minutes.
Sur ces seize tentatives, aucune n'a été couronnée de succès; la peau transplantée ou se desséchait ou se gangrenait perdant d'abord ses poils. Dans trois cas seulement j'ai cru obtenir un résultat encourageant.
Sur un jeune rat, mort cinq jours après l'opération (mars), la peau de rat transplantée avait conservé ses poils, paraissait souple et fraîche; elle adhérait manifestement, non par les bords, mais par les parties profondes, par des tract us cellulaires, sans pus; mais qu'en serait-il a ri venu? — Un morceau de peau de chat transplanté sur rat avait au bout rie six jours (mars) toutes les apparences de la vie ; mais le septième les poils tombèrent et elle devint livide. — Enfin la peau du chat transportée sur le lapin me présentait de semblables apparences lorsque le lapin mourut après trois jours.
Je n'ai rapporté ces résultais, qui sont loin d'être concluants, que pour indiquer dans quelle proportion se rencontrent, dans ces expériences, les espérances de succès. On verra dans le chapitre suivant ce qu'ont obtenu d'autres expérimentateurs.
§ III. — Transplantation dans le péritoine.
J'ai introduit un assez bon nombre de fois des utérus, des cornes utérines, des ovaires de ralte dans la cavité périlonéale de rats. Je dirai plus loin quel but je me proposais dans ces expériences.
Or, aucune de ces opérations en apparence très-graves n'a occasionné d'accidenls, ni chez le rat dans l'abdomen duquel j'introduisais ces organes, ni chez la ratio à laquelle je les empruntais; à peine un peu de fièvre que trahissait leur soif, voilà tout.
L'autopsie la plus rapprochée a été faite au bout de treize jours; il s'agissait d'un ovaire et d'une corne utérine contenant plusieurs fœtus gros comme une lentille ; lesjoursqui suivirent l'opération, j'avais constaté une augmentation considérable de l'organe inclus. A l'ouverture, la corne utérine était grossie, épaissie, gonflée par du pus dans lequel flottaient quelques débris des fœtus morts. Elle avait contracté de nombreuses adhérences avec les organes voisins, et ces adhérences étaient sillonnées de vaisseaux se distribuant dans les parois de la tumeur.
Celle transformation en un kyste purulenl a été le sort commun de toutes les matrices et de lous les ovaires que j'ai soumis a l'expérience. Les cornes utérines, sous la pression intérieure, s'hypertrophient et subissent des modifications qui les fait ressembler à de vraies matrices ordinaires en gestation; ainsi, dans un cas où la corne ne contenant aucun embryon, introduite depuis deux mois, avait atteint la grosseur de deux phalanges, la face interne était devenue extrêmement tomenteuse; sa paroi, si mince auparavant, était épaisse et musculeuse. Une de ces greffes a présenté une particularité de détail assez intéressante ; la matrice parasitaire recevait le sang des vaisseaux du testicule gauche, avec lequel elle avait contracté des adhérences assez intimes; ces adhérences avaient peu à pou fait remonter cet organe dans le Ventre, et il avait un volume considérablement moindre que celui du côté opposé.
J'ai deux fois introduit dans le péritoine de rats une corne utérine et un ovaire de chatte; dans le premier cas, la chatte était morte depuis une heure, et avait séjourné, le ventre ouvert, dans l'eau froide. Dès le soir, le rat est fort malade et crie quand on le touche ; le lendemain il meurt, et l'autopsie montre une péritonite très-intense, avec les organes du chat pâles et macérés. La seconde expérience date d'un mois seulement, et l'animal n'a pas encore été sacrifié; il est resté une fistule abdominale suppurante pendant quinze jours, ce qui m'est rarement arrivé ; on sent dès aujourd'hui une petite tumeur adhérente aux parois du ventre, qui probablement se développera en kyste.
Les organes contenant des os peuvent aussi être assez impunément introduits dans le périloine d'un rat, et quelquefois s'y greffer.
Ainsi, le 22 avril, j'y plaçai la mâchoire supérieure d'un rat nouveau-né. Le 25 juin, l'ouverture de l'animal me montra cet organe enveloppé dans un kyste
BERT. — 1863. y
épais avec qui il faisait tellement corps que je ne pus le retirer que par macération ; ce kyste était très-vasculaire; les os de la mâchoire avaient continué de croître, mais en présentant de grandes anomalies de forme ; je ne retrouvai pas de dents, qui, probablement, s'étaient de bonne heure détachées pour aller former quelques autres petits kystes que je n'ai pas suffisamment cherches.
Mais la patte d'un jeune oiseau, introduite depuis trois mois, était réduite à ses os enveloppés d'une fine membrane qui adhérait à la peau et aux intestins, et ne contenait pas de vaisseaux. Dn résultat analogue m'a été fourni par une queue de têtard de grenouille, qui n'a, du reste, pas plus que les autres organes, occasionne d'accidents.
Ç IV. — Parasitisme Interne «ou» la peau.
Je désigne sous celte expression les expériences dans lesquelles des queues, dos pattes, etc., ont été insinuées dans le tissu cellulaire souscutané.
A. Rut sur rat. — Mes premières tentatives avaient pour but le parasitisme externe. On verra au paragraphe suivant, les procédés divers que je mettais en usage. Ils appartenaient tous à la greffe en deux temps : les membres ainsi transplantés étaient restés pendant un temps variable, dans un cas jusqu'à sept jours, en rapport avec l'animal auquel ils appartenaient. J'ai fait ainsi quatorze expériences, sept sur des pntles, sept sur dos queues; toutes ont eu pour sujets de jeunes rais d'un mois au plus.
Une de ces observations a été publiée en détail, et la pièce présentée à la Société de biologie (voy. Gazette médicale, 1863). En voici l'analyse :
Le 2 août 1802, une patte mesurant environ 16 millimètres, est introduite sou» la peau d'un jeune rat par le procédé qui sera décrit plus bas, procédé en deux temps; cette patte l'ut séparée, le U, du rat âgé de quinze jours dont elle faisait partie Deux mois après apparut à son extrémité une tumeur fluctuante, qui grossit, et, le 20 janvier 1863, jour où je sacrifiai l'animal, étaitenviron delà taille d'une noix. En examinant la patte incluse, on voit qu'elle adhère intimement à la peau, et qw'elle est reeowerte par un développement assez serré de tissu cellulaire sillonné de vaisseaux qui pénètrent évidemment dans le membre parasitaire.
M. A. Vulpian, que je ne saurais trop remercier en toutes circonstances de sa complaisance affectueuse, a Lien voulu examiner au microscope cette pièce; il a constaté I.i dégénérescence des fibres musculaires, dont aucune ne présents de stries transversales. Les nerfs plantaires sont pour lui en voie de Régénération ; ils contiennent en effet, outre quelques granulations graisseuses, des tubes nerveux primitifs rares et de diamètre peu considérable : 0""",OOG au plus, au lieu de 0m,n,011 ou 0mm,012 que présentent les tubes primitifs des rats.
Le squelette delà patte a notablement augmenté ; il mesure du calcaueumaux premières phalanges 21 millimètres, au lieu de 16. Au reste, la forme est normale; les os ont augmenté en longueur comme en épaisseur, mais l'ossification est complète! les épipliyses soudées, ce qui n'a pas lieu dans la patte même du rat qui porte le parasite, laquelle ne mesure que 23 centimètres; le ligament plantaire même est osseux, et forme comme un pont au-dessus de la cavité plantaire.
Sous ce pont passe le kyste, qui est bilobé ; il contient une matière athéromateuse composée uniquement de cellules épidermiques dont beaucoup ont encore leur noyau.
Les deux points les plus importants de celle expérience sont, on le voit, l'accroissement à peu près normal du squelette, et la régénération des tubes nerveux après leur destruction complète, selon les lois constatées par MM. Philipeanx et Vulpian,
Les résultais de mes quatorze expériences sur cette greffe en deux temps peuvent être répartis ainsi : quatre morts (deux pâlies, deux queues) au boul de deux à quatre jours ; un échec (une queue) avec élimination complèle; un échec (une queue) avec suppuration, élimination de quelques vertèbres, et résorption des parties molles; deux demi-succès (deux pattes) avec suppuration et élimination partielle; six succès, six greffes véritables (trois pâlies et (rois queues), dont la plus complèle est celle que je viens de rapporter. Une queue avait, en quatre mois, passé de 3e, 3 à 6%5; ses articulations étaient roules, non ankylosées; les faisceaux musculaires de renforcement qui partent de chaque vertèbre, avaient subi la dégénérescence graisseuse; mais les tendons et les os avaient grandi comme à l'étal normal; la queue était appliquée contre la peau par des trac tus celluleux qui contenaient un grand nombre de vaisseaux la pénétrant sur toute sa surface.
Sur une patte greffée depuis deux mois, qui n'avait pas changé de dimensions, les stries musculaires avaient disparu ; les nerfs commen-
çaient à se régénérer ; on y voyait çà et là des tubes nerveux de moindre dimension, et des granulations graisseuses très fines disposées en série. Un de mes animaux, qui vit encore, porte au flanc gauche une patte qui, dans les premiers jours, suppura et s'élimina en partie; depuis la fin de mars tout était rentré dans l'ordre, quand le 12 juillet je viens d'ouvrir un abcès au niveau de celle pal te parasitaire; il y a probablement là-dessous quelque nécrose, fait assez curieux qui montre dans la partie greffée une maladie consécutive à sa greffe.
Des succès semblables ont été obtenus, et d'une manière bien plus saisissante, par la greffe en un seul temps : ici le membre qui doit devenir parasitaire est totalement séparé de l'animal qui le porte, et introduit, dépouillé de sa peau, dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un autre animal.
Je n'ai appliqué cette méthode qu'à des queues et à des mâchoires : pour la queue, réussite presque constante ; pour les mâchoires, échecs constants par élimination. Voici quelques détails :
Le 8 mars, je coupe à un rat né le 26 février l'extrémité de la queue sur une longueur de 2 centimètres et demi, et l'introduis, après l'avoir écorehée, sous la peau d'un jeune rat du même âge, en faisant un petit trou à la peau, et préparant une sorte de loge avec un instrument mousse qui ne déchire guère de vaisseaux. Guérison complète en quelques jours. La queue grandit rapidement, et le S mai, elle a plus que doublé en longueur; j'y fais alors à travers la peau deux fractures, qui deviennent dtfns les jours suivants le siège d'un gonflement notable, et enfin guérissent, en laissant un cal facile à sentir. Le 20 juin, la queue incluse mesure environ 9 centimètres, ce qui, joint au 2 centimètres et demi que mesure le moignon de la queue naturelle (au moment de l'expérience j'avais eu soin d'en retrancher 3 centimètres de celle-ci, afin de pouvoir apprécier plus tard), donne 11 centimètres et demi ; or, la queue intacte d'un rat né le 22 février a 13 centimètres et demi de longueur. Ainsi non-seulement la queue parasitaire a grandi, mais elle a grandi sensiblement aussi vite que si elle fût restée à l'extérieur ; cependant, elle avait présenté pendant le premier mois un retard notable dans son accroissement. S'arrêtera-t- elle à son maximum ordinaire de longueur, ou continuera-t-elle à grandir après l'avoir atteint? Je suis à peu près certain qu'elle s'arrêtera, et cependant j'ai cru devoir conserver, pour m'en assurer expérimentalement, l'animal vivant.
En palpant à -travers la peau, on sent que la queue parasitaire est appliquée contre elle, mais sans lui adhérer, pas même au niveau des lèvres de la plaie, et
qu'elle se meut librement au-dessus des tissus soùs-jacents ; elle est contournée en crosse, et ses articulations paraissent à peu près complètement immobile?.
Dans un autre cas, examiné deux mois après la greffe, l'autopsie m'a montré que l'augmentation de dimension des os s'était laite régulièrement, mais surtout en longueur ; les saillies osseuses qui correspondent aux insertions tendineuses ne s'étaient pas développées.
Parmi quatre ou cinq autres tenlatives do greffe immédiate de rat blanc à rat blanc, une seule a été suivie d'élimination de la queue introduite; les aulres ont réussi complètement, mais sans présenter aucune particularité digne d'intérêt, et je n'ai pas cru devoir multiplier beaucoup des expériences dont la réussite paraît presque assurée.
Dans toutes ces expériences, l'introduction de la queue écorchée avait été faite quelques minutes au plus après son amputation. Mais une autre fois je n'ai pratiqué cette opération que vingt deux heures après la mort de ranimai; ce temps comprenait une nuit dans laquelle la température a oscillé entre 10 et 15 degrés centigrades; or, au bout d'un mois, la queue parasitaire, longue primitivement de 2 centimètres, en mesurait déjà 3, et elle a continué à croître. Comme je ne connaissais pas alors les résultats obtenus dans ce sens par M. Ollier, cette expérience m'avait singulièrement frappé.
Aulant j'ai été heureux dans la transplantation des queues, autant j'ai été mal récompensé de mes essais pour transplanter de la même facondes mâchoires de rais uouveau-nes, afin de voir ce que deviendraient les dents. Sept tentatives m'ont donné sept insuccès; il y a eu suppuration éliminatrice dans six cas; le septième aurait peut-être été favorable, car au bout d'un mois une erreur dans les étiquettes de mes rats me fit retirer de la peau de l'un d'eux une mâchoire supérieure qui paraissait avoir contracté des adhérences, mais n'avait certes pas grandi.
Il était naturel d'essayer ce procédé de greffe si simple, et qui m'avait donné des résultats si inespérés en opérant sur des animaux d'espèces différentes. C'est ce que je n'ai pas manqué de faire, mais avec peu de succès.
B. Surmulot sur rat albinos. — Introduit le 18 mai sous la peau d'un rat albinos 3 centimètres de queue écorchée appartenant à un surmulot âgé de quinze jours. Guérison rapide. Aujourd'hui, la queue ne paraît avoir eu aucune manière grandi.
G. Bat sur cochon d'Inde. — Même opération le 8 mai, pour 5 centimètresde queue de rat. Le 17, l'un des Cobayes meurt avec un assez vaste abcès qu'a excité le corps étranger. Chez l'autre, la queue est restée, et la cicatrisation opérée; le 12 juillet, je trouve la queue adhérente à la peau, mais réduite à son squelette, les parties molles étant résorbées.
D. Bot sur chu'. — Deux expériences : dans la première, la queue du rat s'est retrouvée après dix-neuf jours enveloppée d'une membrane très-vascuiaire, et évidemment diminuée dans ses dimensions. La seconde est faite le 16 mai : le chat vit encore, et je sens que le membre introduit est adhérent à la peau, et n'a nullement grandi. Dans ces deux cas, la guérison fut rapide, et sans suppuration.
E. Citât sur rat. — Sur sept essais, cinq éliminations; dans un sixième, guérison momentanée, puis, six semaines après, abcès par lequel je retire une vertèbre macérée. Malheureusement, n'ayant pas pris assez de précautions, j'arrache en même temps la queue entière- non sans rompre des adhérences manifestes; cette queue parait parfaitement vivante, niais n'a pas augmenté. Ce résultat est, on le voit, assez encourageant. La septième queue est encore sous la peau, mais depuis trop peu de temps pour qu'on en puisse rien dire.
F. Oiseau sur rat. — Cinq fois j'ai introduit sous la peau de rats des pattes ou des ailes de jeunes moineaux ; cinq fois j'ai eu suppuration, et une fois inflammation si violente que le rat est mort.
G. Bat sur oiseau. — D:ms les appendices de la gorge de deux coqs et d'un dindon, j'ai placé des queues et des mâchoires de rat. Deux mois après, les fils de suture n elaient pas encore tombés, bien que la plaie lut guérie depuis bien longtemps. Les membres introduits étaient enveloppés d'un kyste à parois épaisses ; ils passaient au gras, et leur squelette même était entièrement résorbé.
§ *'. — Parasitisme externe.
Un de mes plus vifs désirs était d'obtenir la greffe d'un membre qui vivrait, non plus entièrement caché sous la peau, mais en grande partie au dehors, à la façon des membres parasitaires des monstres polyméliens.
J'ai fait, comme on l'a vu au paragraphe précédent, quatorze expériences sur des rats pour tenter d'obtenir celte greffe d'un animal à un
autre : quatorze expériences infructueuses. Voici comment je m'y prenais : Je faisais un trou à la peau du flanc de l'un des animaux, et avec un instrument mousse; déterminais dans le tissu cellulaire souscutané une sorte de loge où ne se trouvait que fort peu do sang épanché. J'écorchais alors une patte postérieure (celle du côté opposé, Lien entendu) à un autre animal du même âge, l'introduisais dans la loge dont je viens de parler, et réunissais par quelques points de suture le manchon cutané de la patte avec les lèvresde l'orifice pratiqué dans la peau ; je maintenais ensuite mes deux rats au contact à l'aide de points de sûreté etde bandages. Je me promettais, une fois l'adhérence établie et l'échange vasculaire obtenu, de séparer graduellement le membre mis en expérience de l'animal qui le portait, en procédant par ligature de vaisseaux, constriclion lente, etc.
Mais, dans tous les cas, sauf deux,' il arriva ceci : au bout de deux ou trois jours, le rat dont la patte était écorchée pâlissait, refusait de manger, et mourait: alors je coupais la patte au niveau de la peau, et elle devenait un parasite interne, comme il a été dit plus haut. Une fois, celui qui mourut fut le rat-sujet, celui qui portait le membre inclus. Une autre fois, j'étais arrivé sans accidents au septième jour, et j'espérais beaucoup, lorsqu'en pratiquant la ligature de l'artère fémorale du membre inclus un faux mouvement de l'aide étouffa l'animal; ayant alors fait l'amputation à quelques millimètres de la plaie, je vis le sang sortir en nappe, et si abondamment qu'il me fallut, de peur d'accident, employer le perehlorure de fer.
Ne pouvant réussir avec les pattes, j'essayai des queues, et, chose bizarre, je vis que quelques centimètres de queue écorchée, lésion bien insignifiante en apparence, entraînaient fatalement aussi la mort de mes animaux, bien que j'eusse pris, dans un cas au moins, la précaution de pratiquer préalablement entre eux la greffe siamoise pour éviter les tiraillements.
Je me vis alors obligé de renoncer à ces tentatives, au moins tant que je n'aurais à ma disposition que des rats, et je me bornai à essayer la greffe autosite, d'un animal sur lui-même.
J'ai pour cela mis en pratique deux procédés :
Premier procédé. — J'écorche l'extrémité do la queue d'un rat, j'introduis celte extrémité dans un orifice pratiqué à la peau du dos, je couds les Lords cutanés, et après avoir coupé les tendons fléchisseurs de la queue pour rendre celle-ci à peu près immobile, je laisse les choses en position pendant quelques jours. Au bout de ce temps, je fais à la base de la queue une ligature très-serrée, puis je la coupe à une certaine dislance du trou fait à la peau. J'ai ainsi un tronçon extérieur dont le gros bout est le plus éloigné du corps. Si donc la circulation s'y rétablit, elle s'y rétablira en sens inverse de l'étal normal, le sang artériel se dirigeant du petit vers le gros bout, de la périphérie du membre au centre, et le sang veineux, au contraire, du centre à la périphérie, malgré les valvules des veines; et c'est ce qui est arrivé. Voici, en effet, les résultats do deux expériences ainsi instituées :
1° Rat né le 8 janvier; le 30 avril, écorché 5 centimètres de queue, et introduit cette extrémité sous la peau du dos; points de suture. Le 6 mai, ligature trèsserrée à la base de la queue, celle-ci devient insensible; la ligature est après cinq jours retirée; le lu, je la replace et serre très-fort, et le 16, je coupe avec des ciseaux un tronçon de U centimètres et demi, dont l'extrémité ne donne pas de sang. Dès le lendemain, les piqûres faites à ce tronçon fournissent un sang noir et de la sérosité; la greffe est établie, mais par l'extrémité incluse, car les plaies cutanées ne sont pas encore réunies. .Malheureusement l'animal prend l'habitude de ronger la queue parasitaire, et la mange complètement le 20 juin.
Le 12 juillet, je fais l'autopsie qui me montre la queue incluse grandie de 1 centimètre, appliquée contre la peau par un tissu cellulaire assez lâche, contenant de petits vaisseaux, mais adhérentes aux lèvres de la plaie cutanée ; là un gros vaisseau veineux s'abouche à plein canal avec une des veines latérales de la queue, et le sang reflue aisément jusqu'à son extrémité.
2° Rat né le 15 avril; le 8 mai, écorché 5 centimètres de queue, et introduit comme ci-dessus. Le 15, section circulaire de la peau, le 17, ligature très -serrée, le 18, amputation; au bout de quelques instants, le sang revient en nappe par l'extrémité de la queue coupée ; et il s'en faut encore de beaucoup que les adhérences cutanées se soient établies; il y a donc anastomose profonde. Après quelques heures, le tronçon, d'abord pâle, reprend la couleur normale, et en le piquant on obtient de la sérosité et dusang. La cicatrisation de l'extrémité du tronçon marche régulièrement, bien qu'un peu plus lentement que celle du moignon caudal ; il
s'élimine le 15 juin un morceau de vertèbre coupé en deux; la guérison définitive se fait du 20 au 25 par l'extrémité du moignon d'abord, par [celle du tronçon ensuite.
Le 20 mai, la. queue incluse étant de 5 centimètres, le tronçon parasitaire mesurait 2U millimètres, et le moignon caudal 1 centimètre, à partir de l'anus. Aujourd'hui, 15 juillet, la queue incluse est d'environ 7 centimètres, le tronçon de 31 millimètres et le moignon de 18 millimètres, ce qui donne pour la partie laissée à l'état normal un allongement de 80 pour 100, le parasite interne ayant grandi seulement de u0 pour 100 et l'externe 30 pour 100.
Mais enfin, cet allongement est encore assez notable, et la somme de ces trois longueurs donne à peu près celle de la queue intacte d'un rat du même âge. Une desquammation épidermique s'est laite sur le membre parasitaire, mais les poils n'ont pas paru tomber. Aujourd'hui il présente la coloration normale, les piqûres donnent immédiatement du sang, et les petites plaies qu'on y pratique guérissent aussi vite que sur une queue restée dans ses conditions normales. Pour étudier la rapidité de l'absorption dans ce tronçon, j'en ai ébarbé l'extrémité, et l'ai plongée dans un bout de doigt de gant plein d'extrait aqueux de belladone; la dilatation pupillaire n'est apparue qu'au bout de trois quarts d'heure. Ceci me surprit tort, et j'en tirais déjà une conclusion bien défavorable sur l'état de la circulation dans le tronçon caudal, sachant que cette dilatation est presque instantanée quand on introduit le poison sous la peau. Mais ayant répété l'expérience de la même manière sur une queue en place, il a fallu environ une heure pour voir se manifester le phénomène pupillaire.
Ainsi la circulation est aussi rapide dans le parasite que dans une queue ordinaire, où, comme on le voit du reste, elle est singulièrement lente; et cependant cette circulation s'efluctue en sens inverse de son cours normal, comme je l'ai expliqué plus haut.
Il ne me reste plus à attendre que le retour de la sensibilité, si toutefois il doit s'effectuer ; et, clans ce cas, l'ébranlement sensitif devra, lui aussi, se transmettre dans les nerfs du tronçon caudal, du gros bout vers le petit bout, c'est-à-dire, comme la circulation, dans une direction opposée à sa marche habituelle.
Ces conditions paraissaient, a priori, défavorables; pour en juger d'une manière exacte, j'ai employé le procédé suivant :
Deuxième procédé. — Sur la partie moyenne de la queue d'un rat j'enlève un anneau cutané. A la peau du dos du même animal, je fais deux trous séparés par une dislance égale à la longueur de la partie dénudée. Ayant frayé le passage entre ces deux trous avec un instrument mousse, j'y insinue la queue du rat, de telle façon que l'extré-
mité non dénudée sorte tout entière au delà de l'orifice le plus éloigné, et que la partie éeorehée soit contenue sous la peau; en d'autres termes, je fais de la queue un véritable selon. Puis, les points de suture et l'anglaisement pratiqués, je laisse les choses en place pendant un temps, après lequel je sépare le membre de manière qu'il dépasse par ses deux extrémités; j'ai donc deux tronçons parasitaires, dont l'un est dans ses conditions habituelles, au point de vue du cours du sang dans son intérieur, dont l'autre est dans des conditions inverses. Je pourrai donc examiner comparativement ce qui se passera dans l'un et l'autre tronçons.
Or, comme on va le voir, le temps ne m'a encore permis de rien conclure.
Le 2 juillet, cette opération est pratiquée sur trois rats; immédiatement après, le bout libre de la queue devient bleuâtre par arrêt de la circulation cutanée.
1 A. Rat né le 3 juin. — Dès le lendemain, l'extrémité de la queue se flétrit; l'animal pâlit de plus en plus, et, craignant qu'il ne meure, j'ampute le 5 sa queue à 2 centimètres du premier orifice cutané. Dans les jours suivants, les deux tronçons se noircissent, se dessèchent et meurent; quant à la partie incluse, elle parait greffée ; mais un abcès se forme par lequel sort une vertèbre nécrosée.
2° B. Rat du 22 février. — La couleur normale revient dès le lendemain au bout libre de la queue; la sensibilité s'y maintient jusqu'au 5 ; mais le 6, elle a disparu, le tronçon se flétrit, et le 7, est mangé par l'animal. Celui-ci, qui a eu une patte brisée pendant l'opération, paraît fort malade, et sa peau se gangrène au niveau de la queue incluse, que je retire alors en pleine suppuration.
3° C. Rat né le 15 avril. — La couleur normale est aussitôt revenue, et la sensibilité persiste dans l'extrémité caudale; vers le 8. un petit abcès se forme au niveau de la partie incluse, je l'ouvre et il me donne une suppuration sanieuse qui annonce quelque carie. Malgré la persistance de cet accident, la queue incluse paraissant adhérer fortement, les cicatrices cutanées étant formées, je fais le 13 une ligature très-serrée, et le IU une amputation qui laisse du côté du gros bout un tronçon caudal long de 23 millimètres; l'extrémité qui dépasse mesure 43 millimètres. Le sang s'écoule par ce tronçon, et les deux fragments, surtout, ce me semble, le fragment terminal donnent du sang aux piqûres. Aujourd'hui 18, ils présentent la coloration naturelle, sont bien vivants, et le travail de cicatrisation s'opère. Je regrette d'être obligé d'arrêter là mon observation ; je ferai seulement
remarquer combien d'accidents ont suivi des opérations qui paraissaient devoir être si simples !
§ \l. — Greffe il'ii'iir* on «romliryonM.
Je dois à mon savant maître, M. Graliolel, l'idée d'une expérience dont les résultats pourraient être bien curieux, mais dont l'exécution est entourée de grandes difficultés. II s'aguail de prendre dans les trompes de Fallope ou dans les cornes utérines de mammifères des œufs fécondés, mais n'ayant encore contracté aucune adhérence, et de les transporter dans le péritoine d'un autre animal, afin de voir si ces œufs s'y développeraient, et si du ventre d'un rat mâle, par exemple, quelque embryon pourrait être extrait comme un autre Bacchus.
Si l'on ne changeait pas d'espèce, la réussite, une fois l'opération bien exécutée, serait très-probable, et l'on obtiendrait une greffe qui présenterait les conditions habituelles d'une grossesse péritonéale. Mais que dire si l'on changeait d'espèce? Obtiendrait-on le développement d'un œuf dans la cavité abdominale d'un animal très-voisin de celui qui a fourni cet œuf, le développement d'un œuf de surmulot dans le péritoine d'un rat? Cela, je n'hésite pas à le dire, paraît vraisemblable pour des espèces très-peu éloignées. El s'il en est ainsi, ne serait-il pas possible de rapporter à quelque modification profonde de l'œuf, au moment même de sa formation, ces apparitions spécifiques qui embarrassent tant les naturalistes?
Je me garde bien d'insister sur le développement de ces idées, qui, du reste, ne m'appartiennent pas. L'expérienc ■>, réduite à elle-même, serait suffisamment intéressante; mais, malheureusement, malgré la direction de M. Gerbe, qui a bien voulu m'aider de ses savants conseils et de sa main habile, je n'ai pu parvenir à greffer des œufs. Il est vrai que nous avons opéré sur des rats chez lesquels des difficultés de détail interviennent, et je conçois bien plus d'espérances de tentatives faites sur des lapins.
C'était dans le but de voir se développer des embryons que j'avais introduit dans le péritoine ces utérus et ces ovaires dont j'ai parlé plus
haut. J'ai essayé aussi d'y greffer directement à nu de jeunes embryons munis ou non de leur placenta, et, dans tous les cas, j'ai échoué, les embryons ayant été écrasés par les mouvements de l'intestin et résorbés.
Mais s'il ne m'a pas été possible de reproduire la greffe fœtale, j'ai voulu tenter de la prolonger, 'de forcer le fœtus à rester quelque temps dans la cavité utérine après l'époque normale de l'accouchement. Ces expériences qui touchent à une importante question zoologique, et qui ont été aussi pratiquées sur les rats, dont les nouveau-nés sont si peu développés, dont l'accouchement est une sorte d'avorlement normal , ne m'ont pas jusqu'ici donné de résultats notables, car les fœtus sont constamment morts au plus lard cinquante-huit heures après l'époque où régulièrement ils auraient dû sortir.