‹ De la greffe animaleChapitre 7 sur 12 · ÉTAT ACTUEL UE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL UE LA SCIENCE

Ce chapitre contient un résumé sommaire des faits de greffe animale publiés jusqu'à ce jour. Je n'ai pas cru devoir m 'astreindre à la fastidieuse énumération de tous les cas similaires cités par les auteurs. Les personnes qui seraient désireuses de compléter celte liste pourront se reporter à la Physiologie de Burdach, à la thèse de Blandin, à celle de Wiesmann, aux articles de Percy et de P. Bérard, et aux traités d'autoplaslie; mais j'ai fait mes efforts pour ne laisser échapper aucune observation qui présentât quelque particularité digne d'intérêt. Je rappelle tout naturellement ici, mais sans aucun détail, les résultats des expériences racontées au précédent chapitre.

Je divise ce chapitre en deux paragraphes : le premier comprend les faits dans lesquels la partie greffée n'a pas été immédiatement et

complètement détachée de ses connexions; c'est là la greffe en deux temps, si je puis ainsi m'exprimer; dans le second prennent place tous les cas de greffe après séparation complète, de greffe en un seul temps. Cette division, sans doute, n'est rien moins que naturelle; mais elle a l'avantage de la simplicité, et présente dans l'application pratique, sous le rapport du résultat, un certain intérêt ; enfin les faits ne sont pas assez nombreux pour songer à une classification naturelle qui se tirerait soit du point de vue zoologique, soit du point de vue analomique.

$ 1". — <■■ .il. en deux lemp».

Je dis en deux temps, mais il est évident que ces temps peuvent être multipliés. Ainsi fit Duhamel, coupant successivement et à plusieurs reprises toutes les parties, même l'os, de la jambe d'un poulet, jambe qui continua à vivre, après avoir perdu à tour de rôle tous ses rapports avec le corps.

Ici se trouve la limite difficile à tracer qui sépare la greffe de la cicatrisation. Quand la partie incomplètement séparée est implantée au voisinage ou à distance, nous disons qu'il y a greffe; si elle est remise en place, nous disons qu'il y a simple cicatrisation; au fond, cependant, les phénomènes sont les mômes, et ne diffèrent que par le lieu où ils s'opèrent. La condition capitale qui les domine est celle adhérence persistante avec le corps, qui permet au fragment de vivre à son ancienne manière jusqu'à guérison. On sent, d'autre part, que dans le cas de replacement, en faisant varier les dimensions de cet isthme nourricier, si elles augmentent, on arrive à la solution de continuité pure et simple; si elles diminuent jusqu'à se réduire presque à zéro, on passe à la greffe en un temps. Mais il ne faut pas trop demander aux classifications et aux définitions. Quoi qu'il en soil, je ne m'occuperai ici que de la greffe avec transplantation, négligeant à dessein, malgré l'intérêt qu'ils présentent, les lails si nombreux de réintégration de parties presque entièrement détachées du corps.

t" Anaplastie cutanée ou muqueuse.

Celte greffe, de beaucoup la mieux étudiée et la plus souvent pratiquée, doit être divisée, au point de vue où je me place ici, en anaplastie par la méthode française, qui est à peine une greffe, anaplastie au voisinage ou par la méthode indienne, et anaplastie à distance ou par la méthode italienne.

Je ne reviendrai pas sur l'historique rapide que j'ai tracé de ces méthodes dans le premier chapitre ; je me garderai bien aussi d'entrer dans le détail de leur étude, car je n'aurais rien de mieux à faire que de copier tant de livres magistraux. L'énumération seule de leurs procédés généraux et des lésions à la réparation desquelles elles ont été appliquées m'entraînerait trop loin. Je nie bornerai à signaler l'heureuse innovation de Roux, le premier qui eut l'idée de transplanter provisoirement un lambeau avant de lui donner son lieu de destination définitif; c'est ainsi qu'il fit voyager un morceau delà lèvre inférieure sur la lèvre supérieure, et de là sur la région la plus élevée de la joue.

L'anaplaslie cutanée d'un animal à l'autre, en deux temps, n'avait, je crois, jamais été tentée. L'observation rapportée page /|0 . en rend la possibilité manifeste ; il faudrait, pour varier la démonstration, agir immédiatement en séparant le lambeau par trois côtés, au lieu de passer par la longue et pénible voie des greffes siamoises. Mais il serait nécessaire pour cela d'avoir à sa disposition des animaux plus gros et plus dociles que des rats.

Le transport de muqueuses à la place de peau a été opéré avec succès, de même pour l'échange inverse; ces essais chirurgicaux ont mis en évidence le fait connu déjà de la transformation des téguments; rentrée dans une cavité, la peau est devenue muqueuse; étalée au dehors, la muqueuse a pris les apparences de la peau.

Dans l'anaplaslie cutanée, on peut sans inconvénient enlever quel-

ques fibres musculaires. Il paraît même que ces fibres, après la cicatrisation, reprennent leurs fonctions; Blandin aurait donné le mouvement à une paupière supérieure refaite en y transportant le muscle sourcillier. Peut-être ce mouvement était-il simplement dû aux fibres ménagées de l'orbiculaire.

2° Greffe périostique.

Dans ses premières expériences, M. Ollier laissait encore adhérer à l'os par une extrémité le lambeau périostique, qu'il fixait clans les chairs. Mais c'est au paragraphe suivant qu'on verra quel brillant parti il a tiré de cette belle expérience, en détachant complètement son lambeau.

M. Ollier, M. Fs'élaton, M. Langenbceck ont tenté heureusement d'utiliser en chirurgie ce moyen de faire de l'os. Ils sont ainsi parvenus, les deux premiers, à donner une base osseuse et solide au nez nouveau de la rhinoplastie indienne, le dernier à obturer les perforations de la voûte palatine. On a aussi proposé de consolider les pseudarthroses par un manchon de périoste ; mais je ne sais pas si cette opération hardie a jamais été pratiquée sur l'homme. Cette voie véritablement nouvelle ouverte à la chirurgie paraît devoir mener à de féconds et brillants résultats.

3° Membres.

C'est par le procédé de la greffe en deux temps que j'ai obtenu mes premières greffes parasitaires internes; ainsi j'ai agi dans les observations rapportées page 50, et je croyais alors celte précaution nécessaire. Depuis, je me suis aperçu qu'elle était inutile, et que la greffe directe donnait d'aussi bons résultats.

Mais les deux temps sont indispensables, paraît-il, pour obtenir le parasitisme externe; encore faut-il prolonger un certain nombre de

jours le premier temps. On a vu plus haut les deux procédés que j'avais mis en pratique; je ne reviens pas sur ces faits.

On a vu aussi que je n'étais pas encore parvenu à obtenir le parasitisme externe d'une queue appartenant à un autre animal; mais j'ai évidemment échoué par des raisons pratiques, et non à cause de quelque impossibilité biologique. Encore une fois, il me faudrait pour l'expérience d'autres animaux que des rats.

4° Greffes siamoises.

J'appelle ainsi, par abréviation, ces greffes dans lesquelles deux individus entiers sont accolés l'un à l'autre, réunis par une communication sanguine, mais vivant tout à fait individuellement.

Cette forme nouvelle de la greffe, qui n'avait, je crois, été imaginée ou du moins exécutée par personne, m'a réussi, comme on l'a vu dans des cas assez variés, et entre animaux notablement éloignés zoologiquement, comme chat et rat. Je renvoie pour le détail de ces résultats au précédent chapitre.

§ II. — tireur en un seul temps.

1° Productions plianériques.

A. Poils. — Dzondi, le premier, tenta la transplantation des poils; il s'agissait de refaire des cils pour une paupière inférieure; mais il ne réussit pas. Dieffenbach fut plus heureux ; il vit quelques-uns, mais en très-petit nombre il est vrai, des poils qu'il avait transplantés, continuer à vivre. Wiesmann a aussi quelquefois réussi, et cela dans des expériences faites sur lui-même et sur des amis. Selon Dieffenbach, on peut même obtenir un bon résultat en transplantant des poils de chat sur un lapin; bien mieux, des poils de mammifère sur un oiseau.

Mes expériences sonl, on l'a vu plus haut, demeurées infructueuses. Ce n'est cependant pas ce motif qui me détermine à faire quelques réserves sur les assertions que je viens de reproduire. Eu examinant ce qui se passe lors de l'arrachement d'un poil, on voit que dans les meilleures conditions on ne peut enlever que la papille et une partie de la gaine vaginale interne. Or, il est bien difficile de croire que ces parties soient suffisantes à entretenir la vie de ce produit et à permettre son accroissement. Bien plus, les poils auxquels font allusion les auteurs étaient, selon leur rapport, des poils adultes, c'est-à-dire dont la papille devait être à peu près complètement flétrie. Je ne puis donc m'empôcher de croire qu'il y a eu là quelque erreur d'observation, et mes expériences me fournissent un moyen de l'expliquer. Lorsqu'on enfonce dans un petit trou fait à la peau, un poil fraîchement arraché, il n'est pas toujours traité en corps étranger. Quelquefois la peau se resserre autour, le consolide, puis le repousse lentement, en sorte qu'il paraît croître parce qu'il fait de plus en plus saillie à l'extérieur ; mais si on l'arrache, il est facile de voir qu'il n'a nullement grandi.

Un des arguments mis en avant par Wiesmann en particulier, c'est qu'en arrachant la production phanérique (il s'agissait d'une plume qu'il s'était implantée), il éprouva quelque douleur, et vit apparaître une goutte de sang; mais autant lui fui arrivé pour une épine, par exemple, et cet argument est de nulle valeur.

B. Plumes. — Demétrius déjà [Cur. accip., 600), au rapport de Haller, disait que les rémiges d'un oiseau peuvent être implantées sous la peau d'un autre. On cite aussi à ce propos, mais à ton, d'Àrcusia, qui n'a jamais prétendu enseigner qu'un moyen de raccommoder les pennes cassées des faucons. Dieffenbach a replacé avec succès de jeunes plumes arrachées ; il en a aussi transplanté de pigeons sur poulets et même sur mammifères, en ayant soin de choisir dos plumes trèsjeunes ; et il réussissait quelquefois. Wiesmann a confirmé ces résultais et s'est môme implanté une plume de poulet sur le bras gauche. Dief-

riERT — 1863. 9

fenhach affirme que dans ce? conciliions les plumes continuent à croître, mais moins rapidement. On a vu que j'ai tenté trente ou quarante fois sans succès l'implantation de jeunes plumes encore saignantes sous la peau de rats blancs.

Au reste, je crois devoir élever le même doute sur les transplantations de plumes que sur celles de poils, et cela pour des raisons analogues.

C. Ergots. — Les ergots des oiseaux reprennent très-aisément racine. Dieffenhach a transplanté des ergots de pigeons dans des plaies faites à la peau, et les a vus croître jusqu'à leurs proportions ordinaires. Hunier en a fait autant pour des ergots de coq, greffés même d'un animal à la patte d'un autre. Mais s'il est une greffe classique et connue de tous, c'est celle de l'ergot d'un jeune coq sur sa crête. Pratiquée depuis longtemps dans les basses-cours, elle fut scientifiquement étudiée par Hunter, Duhamel et Baronio, qui en précisèrent les conditions anatomiques. On sait qu'il faut emporter avec l'ongle le tubercule osseux qui en forme la base. L'ongle continue à croître indéfiniment, puisqu'on en a vu de 9 pouces de long. D'après Baronio. un ergot ainsi implanté grandit de 5 pouces en deux ans. Une tentative que j'ai faite pour greffer un ergot de coq sur la crête d'un dindon, n'a pas réussi.

0. Dents. — Hunter a montré de manière évidente par ses injections, que les dents arrachées, puis replacées dans leur alvéole, recouvrent leurs communications vasculaires. Wiesmann a répété avec soin l'expérience et vérifié l'heureux résultat. Baronio l'a constaté par injection chez l'homme même. Percy et Bicheraud ont donc eu tort dans leur dénégation, ou plutôt dans l'explication toute mécanique qu'ils ont mise en avant. Selon ces auteurs, la dent se trouverait retenue seulement par l'union des gencives et le resserrement de l'alvéole ; elle ne reprend pas racine, dit Kicherand, « comme le croit le vulgaire. » Ces huis étaient même connus des anciens dentistes, et Fau-

chard protend que la sensibilité se rélablil dans ces dents replantées. Cependant Frank vante cette pratique à La suite des arrachements pour cause de névralgie ou môme de carie.

Les dents peuvent être transplantées, comme je l'ai dit plus haut, d'une bouche à l'autre. Baronio dit avoir vu dans un cas semblable l'injection poussée par les vaisseaux passer dans la dent. Dès le temps d'Amb. Paré cette opération se pratiquait, et Pouteau témoigne que de son temps elle était familière aux dentistes. Hunier lui donna l'appui de son immense autorité, et cependant elle fut bientôt abandonnée par ses propres élèves, des accidents graves s'étant présentés ; son annotateur, Th. Bell, ne pense môme pas qu'il existe un seul cas où elle ait eu un succès complet.

Je ne sache pas que personne ait essayé d'échanger des dents entre mammifères différents. Mais tout le monde connaît la fameuse expérience de Hunter, d'une dent humaine implantée dans la crôte d'un coq, qui se mit par son bulbe en communication avec les vaisseaux de cette crête. Cette expérience capitale, dont les pièces se voient au Hunlerian muséum, a été répétée avec le môme succès par A. Cooper. M Philipeaux, ayant implanté de celte façonla dent d'un jeune lapin, a constaté aussi qu'elle avait parfaitement repris, et croit même qu'elle avait poussé.

2° Membranes et organes simples (1).

A. Cornée. — L'idée de remplacer une cornée détruite par une autre cornée d'homme ou d'animal, appartient, selon M. Serre (de Montpellier), à un oculiste français, Pellier de Quengzy. Dieffenbach s'en empara ; puis des expérimentateurs anglais el allemands, Moêsner, en 1823, Beisinger, en 1824, Drolshagen, dix ans après, d'autres encore reprirent ces tentatives sur les animaux. MM. Feldmann, Florent Cuvier el Desmarres s'en sont tout spécialement occupés. La

(4) Je demande grâce pour cette expression, qui n'est rien moins qu'exacte, mais que. j'ai dû employer pour faciliter le classement des faits.

cornée transplantée adhérait très-vite à l'anneau laissé en place de l'ancienne cornée; mais bientôt elle se couvrait de vaisseaux venus, bien entendu, des vaisseaux de la sclérotique; quand celte vaseularisalion disparaissait, on trouvait un lambeau cornéal opaque et tout ratatiné. Ces résultats peu encourageants, bien qu'on en ait dit, et bien qu'on aie cru pouvoir expérimenter sur l'homme, ont été obtenus dans des transplanlations de lapin sur lapin, de chat sur lapin; des expérimentateurs ont même prétendu que la même vascularisation se développait lorsqu'on opérait non plus avec une cornée naturelle, mais avec une cornée artificielle en verre ou en caoutchouc.

B. Périoste. — La reproduction de l'os a été obtenue comme je l'ai dit, par M. Ollier, avec un lambeau de périoste complètement détaché et transplanté dans une région éloignée du corps. Le succès a élé à peu près constant. Presque toujours encore il réussissait en portant le lambeau sous la peau d'un autre animal de la même espèce. Mais s'il s'agissait d'un animal d'autre espèce, il rencontrait des difficultés de plus en plus considérables à mesure que la distance zoologique de ses deux animaux augmentait. Souvent il y avait suppuration, résorption ou enkystement; dans d'autres cas le périoste continuait à vivre, se pénétrait de nouveaux vaisseaux, mais avait perdu sa propriété sécrétoire; c'est ce qui est arrivé plusieurs fois du chien au lapin, et même du lapin au poulet. Enfin il a vu une fois un petit fragment osseux développé sous la peau d'un lapin au moyen d'un lambeau de périoste d'un jeune chien.

Dos résultats tout à fait semblables se sont produits lorsque l'habile chirurgien lyonnais transplantait un lambeau de la dure-mère, membrane dont il a démontré ainsi l'identité fonctionnelle avec le périoste.

On verra plus loin que cette réussite peut être obtenue en passant d'un animal à un autre de la même espèce, alors que le premier est mort déjà depuis un temps notable. N'est-onpas en droit d'espérer que les chirurgiens, qui peuvent avoir si souvent du périoste humain encore presque \ivanl, utiliseront quelques jours celte magnifique aptitude à la greffe? Il sera important, dans ce cas, d'expérimenter avec

du périoste emprunté il un enfant, plus épais, pins actif à la reproduction osseuse, et plus facile à détacher de l'os.

C. Os. — Merrem el Wallhër sont parvenus chez des chiens et des chais a faire reprendre des couronnes d'os crâniens enlevés par le trépan. M. Plourens a eu le même succès, en opérant sur des chiens et des cochons d'Inde; il a même pu, chez ces derniers animaux, faire échange de couronnes osseuses entre deux individus. Walther a osé mettre une fois celte méthode en pratique sur l'homme, et, contrairement à son opinion, je pense, avec M, Ollier, qu'il a échoué; Maunoir et Merrem n'ont pas hésité à la recommander, mais quand on lit que la plaie du malade de Walther a suppuré trois mois, on ne peut que s'effrayer, et proscrire comme l'a fait M. Velpeau, une opération si propre à faciliter l'inflammation el la suppuration de l'intérieur du crâne.

M. Ollier, sur trois expériences, a réussi trois fois à remplacer les os d'un lapin par un os semblable pris sur un autre lapin. Ce beau résultat doit encourager singulièrement, ce me semble, les chirurgiens à quelque essai sur l'homme, dans les cas de résection partielle ou totale d'un os : l'occasion s'en trouverait fréquemment dans la chirurgie militaire.

Mais autant il serait rationnel défaire celte tentative de l'homme à l'homme, autant il faudrait se garder de suivre le précepte de Merrem et l'exemple de Percy, et d'introduire dans l'organisme humain un fragment osseux d'animal. M. Ollier n'a pu obtenir entre chien el lapin de véritables greffes, ce qui prouve au moins la rareté des succès, et a toujours vu ses os transplantés s'enkyster et se désagréger. Il est donc permis de traiter de fable la fameuse histoire racontée par Job van Meeckern, de ce seigneur russe à qui un Tarlare avait d'un coup de sabre enlevé une portion du crâne ; le chirurgien boucha celte perte de substance avec un morceau de crâne de chien qui reprit parfaitement. Mais cette immonde héléroplastie attira sur le sujet les foudres de l'excommunication, et le malheureux seigneur fut obligé de se faire retrancher le bestial fragment : on neditpass'il survécut à celle seconde opération.

D. Nerfs. — MM. Philipeaux et Vulpian sont les premiers qui aient eu la pensée de transplanter un fragment nerveux, et j'ai dit ailleurs à la solution de quel important problème physiologique ils avaient fait servir celle belle expérience. Ce serment, au bout six mois, contenait une grande quantité de tubes restaurés.

L'expérience a été faite et réussie chez un chien, d'une part, chez une poule, de l'autre. Mais ayant tenté de transplanter un nerf de chien sur rat, de cochon sur lapin, ces physiologistes ont échoué.

E. Muscles. — Blandin et d'autres auteurs défendent vivement Tagliacozzo et les siens de l'accusation portée contre eux par Ambroise Paré, Ptirmann, etc.. de faire entrer des fibres musculaires dans leur lambeau.

Cependant, et l'on en trouvera dans le prochain paragraphe des preuves irréfragables, le muscle peut reprendre, même dans les conditions de séparation immédiate et entière. Sancassani et Baronio ont même vu chacun un vendeur de baume s'enlever un morceau démuselé du bras, le remettre en place et guérir? Wiesmann a réussi dans une expérience sur quatre chez des oiseaux, et dans quelques autres chez des grenouilles.

F. Crêtes de coq. — Wiesmann s'est efforcé quatre fois vainement de faire reprendre une crête de coq coupée ; une cinquième expérience lui a donné un résultat qui ne me paraît pas très-concluant.

3° Organes composés.

A. Peau. — La greffe cutanée en un temps, avec remise et place du lambeau détaché, est certainement l'une de celles qui a été le plus fréquemment essayée, quoique bien moins souvent que la greffe en deux temps. Elle réussit rarement, il faut le dire : de Laf.iye l'a inutilement tentée plusieurs fois; vingt-deux expériences sur des mammifères n'ont donné à Wiesmann qu'une seule réussite manifeste, et un cas douteux ; il a échoué dans un essai sur une grenouille, dans

un grand nombre sur des poissons et des mollusques, et deux sur des sangsues. G. Juencketl, au rapport de Graefe, a toujours échoué. Je tiens de M. Philipeaux lui-même qu'il n'a pas en de meilleurs résultats. Dieffenbach, parmi beaucoup de cas, n'a vu que trois fois des lambeaux de peau délacbés reprendre chez des lapins ; il n'a jamais réussi chez les oiseaux. Toujours heureux, s'il faut l'en croire, Baronio compte en bien plus belle proportion ses succès. Mais Gohier (1), professeur à l'Ecole vétérinaire de Lyon, en suivant à la lettre les indications de l'auteur italien, n'a pas eu à beaucoup près autant de bonheur.

Les auteurs n'ont pas recueilli un très-grand nombre de faits propres à l'homme, sans doute à cause du peu d'importance de la lésion. M. Velpeau a vu reprendre la pulpe d'un doigt complètement détaché, de même M. Dubroca. de même encore M. Ollier. Mon père s'étant enlevé d'un coup Je couteau un assez notable lambeau de peau à la base de l'indicateur gauche, le remit en place où il reprit si bien que la trace se voit à peine.

S'il s'agit non plus de remettre en place, mais de transporter le lambeau d'une région à l'autre, les causes d'insuccès augmentent beaucoup. Cependant, ce serait là, suivant Dutrochet qui tenait ses détails de son beau-frère général au service du prince Mahratt Scindiah, ce serait un procédé de rhinoplastie quelquefois employé dans l'Inde. Ce général l'a vu mettre en usage, avec succès, sur un de ses soldats, à qui on fit un nez avec la peau de la fesse. Dans un cas extrême, Bùnger de Marbourg imita celte pratique, el prit pour réparer le nez d'une femme un lambeau de la peau de la cuisse ; une réussite inespérée couronna celte hardie lenlative : la moitié seulement du lambeau s'en alla en gangrène. Baronio détachait deux lambeaux, l'un à droite, l'autre à gauche, el les changeait de place ; il fit ainsi sur divers mammifères un bon nombre d'expériences heureuses. Mais Gohier, qui voulut les répéter, ne sut pas réussir; Wiesmann non plus, dans

(t) Cité par Percy : Ente.

une tentative : peut-être le climat d'Italie est-il pour quelque chose dans les bonnes fortunes du chirurgien milanais?

Enfin, peut-on réussir à échanger les peaux entre animaux différents? Baronio dit encore oui; mais ni Collier, ni Wiesmann, ni moi-même dans seize expériences, n'avons pu réussir; cependant, comme on l'a vu plus haut, je crois avoir obtenu deux ou trois fois un résultat encourageant. Ce qui m'étonne, ce n'est pas que l'auteur italien ait réussi, c'est qu'il ait réussi dans une aussi forte proportion.

R. Testicules, ovaires, ele .. — Hunier eut l'idée d'introduire dans la cavité abdominale d'une poule les testicules d'un coq, chose tout aussi utile, ajoiite-l-il avec humour, que la tentative de Dean Swift pour faire une race «le moutons sans laine. Le testicule s'unit par de fausses membranes aux organes voisins, et des vaisseaux sanguins de nouvelle formation pénétrèrent sa substance. Richerand a eu tort de nier ce dernier fait. Mais ce testicule ne continue pas sa fonction sécrétante. Hunier avait déjà signalé qu'il changeait d'apparence et de texture; M. Philipeaux s'en est assuré plusieurs fois.

Je renvoie à ce que j'ai dit plus haut de mes expériences sur le transport dans la cavité peritonéale de matrices, d'ovaires. Il y a eu dans certains cas de véritables greffes avec communication sanguine, entre animal et fragment appartenant à la même espèce. Il faudra nécessairement pousser plus loin l'expérience.

4° Membres.

A. ÏS'ez. — On me permettra de profiter de l'arrêt du parlement de Paris qui a déclaré, après longues hésitations, que le nez est un membre du corps. La chose avait été vivement débattue autrefois entre Zacchias, Carpzue et autres savants hommes.

Les histoires de nez coupés, tombés à terre et réintégrés en leur place, abondent dans la science, et surtout chez les auteurs anciens. Jusqu'au XVIe siècle, cependant, aucun exemple authentique n'avait

été cité, et Lanfranc, Guy de Chaulîac, Paracelsc et autres, étaient jusqu'à un certain point fondés dans leurs dénégations. Mais les faits racontés par Fioraventi, Molinelli, Michel Leyseri, Nicolaùs 151cgny, etc., auraient dû convaincre Dionis qui en 1707 les considérait tous « comme des contes faits à plaisir. » Il est vrai qu'il niait de même la rhinoplastie ; il est vrai encore que tous les chirurgiens de son époque ne partageaient pas son avis : car lorsque Garcngeot publia l'observation qui est restée classique, ni Quesnay, ni Lapeyronie, etc.. ne firent voir d'incrédulité. Ce ne fut que longtemps après, selon Percy, qu'un certain Monlaulieu, caché sous le pseudonyrned'Alcrippe, commença à se moquer de Garengeot. Les injures et les railleries se déchaînèrent alors avec une telle violence contre lui, qu'en 1758, Loubct osait à peine confier à un ami le récit d'une observation semblable. Depuis celte époque, bien des faits nouveaux se sont produits. Hoffacker (de Heidelberg) a constaté plusieurs cas à lui seul, Chéilus un cas, Bridenback un cas, dans lequel il fallut disputer le nez à un chien qui s'en était emparé, Wiesmann un cas, Carlizzi un cas, Dieffenbach un cas, etc.. La réussite est donc hors de doute; mais elle a probablement lieu assez rarement, car Percy a essayé vainement, cette réunion, dix ou douze fois. 11 est vraisemblable que sa fréquence doit varier selon que le fragment détaché contient ou non quelque morceau des os nasaux. De plus, chose très-instructive, les expériences faites sur le mufle des chiens, des lapins, etc., n'ont réussi, ni à de Lafaye, ni à Percy, ni à Richerand, ni à M. Phili peaux, et une seule fois à Dieffenbach, parmi un grand nombre de tentatives. Ceci montre qu'il faudrait se garder de conclure trop \ite de l'animal à l'homme à cause des conditions secondaires de l'expérience. Celle réflexion s'applique à ce qu'il nous reste à dire sur les oreilles et les doigts.

Serait-il possible de faire remplacer sonnez absent par celui d'un autre homme? Cela répugne, dit Lisfranc, à l'heureuse philosophie de notre siècle; cela paraît même avoir toujours répugné, car Nicolaùs Blegny et Dionis rapportent seuls, sans y croire beaucoup, chacun l'his-

toiro d'un emprunt semblable, et cet emprunt fut fait à main armée.

B. Oreilles. — Les raccoutrages d'oreilles sont moins fréquents que ceux du nez. Le premier fait cité est celui de Regnault, qui remit une oreille arrachée tout entière par la morsure «l'un cheval. Magnin en fil autant pour la plus grande partie de la conque, de même Manni. Wiesmann rapporte aussi une observation personnelle.

Personne n'a jusqu'à présent réussi dans les expériences faites sur les animaux, ni Dieffenbaeh, ni M. Philipeaux, etc.

C. Fragments divers. — Percy a vu reprendre des menions, des pommettes entières abattues d'un coup de sabre ; de même Hoffacker (d'Heidelberg). Percy recommande même avec insistance de tenter toujours la réunion immédiate dans cette excision des os du crâne et de la peau qui les recouvre, que les anciens appelaient 2-orac-a;vi<7ao'î ou detlulatio.

D. Doigts. — Il semble que la présence des os dans les parties lésées devrait augmenter considérablement la difficulté delà réunion ; ce sont cependant les doigts et bouts de doigts repris dont l'histoire nous fournit le plus d'exemples, et les plus aulhentiquement constatés. On a obtenu des succès, que la séparation ait eu lieu dans la continuité ou dans la contiguïté des os, ou dans les deux a la fois par une blessure oblique.

Sans parler des faits plus anciens de Bossu, de Hunter, de Flurant, etc., W. Balfour en 1815, publia une observation détaillée d'une phalange coupée et remise en place avec succès ; observation certifiée par témoins et authentiquement affirmée par devant le juge Duncan Cowan Peu à près, Bailey en rapporta une semblable, et en France, le docteur Lespagnol une autre encore, entourée aussi d'attestations testimoniales. Wiesmann cite trois nouveaux cas, Hoffacker d'autres encore, et de même MM. Sommé, Piédagnel qui redoutait encore en 1830 le ridicule de Garengeot, Joberl (dcLamballe), Ollier, etc.

Cependant Dieffenbach a échoué cinq fois sur cinq tentatives, et il

est probable, en somme, pour les doigte comme pour les nez, que les échecs sont très-nombreux.

E. Queues. — Diefïcnhach, M. Philipèaux et d'autres, se sont efforcés en vain de faire reprendre des queues coupées de jeunes chats et de jeunes chiens, malgré la précaution de raser les poils et de maintenir le-; parties dans un contact intime.

Selon Elien, la queue des lézards et des serpents coupée en deux se rejoindrait, cl J.-B. Porta en dit autant pour les lézards. Cela est très-peu probable pour quiconque connaît la lenteur de cicatrisation de ces êtres. Wiesmann a fait l'expérience sur un orvet, plusieurs tritons et salamandres, et n'a pas réussi.

Baronio a pu implanter, dans une crête de coq, le bout de la queue d'un jeune chat ; les poils furent conservés, et continuèrent à grandir. Ai -je besoin de dire que je me contente d'inscrire ce fait, et n'en prends en aucune façon la responsabilité?

On a vu dans le deuxième chapitre comment j'ai échoué dans mes tentatives pour faire vivre par séparation immédiate la queue d'un rat à l'état de parasite externe, et combien, au contraire, il est facile d'en obtenir le parasitisme interne. Je ne reviens pas sur ces faits, non plus que sur ceux des pattes incluses qui ont été suffisamment détailles. Je ferai seulement remarquer que leur analyse anatomique concorde absolument avec ce qui a été dit à propos des greffes périostiques et nerveuses. Je rappellerai aussi que je n'ai obtenu de véritables greffes qu'entre animaux de même espèce ; de mammifère à mammifère j'ai eu tolérance , avec résorption très-lente des parties molles; de mammifère à oiseau, élimination ou eukyslement et résorption des parties osseuses. On sent combien de pareils faits doivent me mettre en garde contre les mirifiques narrations du greffeur italien que j'ai tant de fois cité.

F. La guérison des parties enlevées se borne-t-elle à des parties minimes, comme le nez, une oreille, un doigt? Peut-elle avoir lieu dans le cas de lésions plus graves ? S'il faut en croire de Horn, Marcel

Donat, le Mercure de France de décembre 1755, etc., la main entière aurait pu reprendre, ne tenant plus que par un tendon ou un mince lambeau cutané. Stevenson aurait même vu dans ces conditions un brn« tout entier se cicatriser. Quelle que soit l'importance de ce pont cutané, sur laquelle nous reviendrons dans le prochain chapitre, on doit rester on présence de pareils faits dans le doute philosophique, comme disait Lisfranc; et M. Yelpeau rappelle spirituellement à ce propos le cas bien autrement remarquable où Panurge guérit Epislemon d'une blessure bien autrement grave, puisqu'il s'agissait de la tète enlevée, «il a fus la justement vene contre vene, nerf contre nerf, » spondyle contre spondyle, alfin qu'il ne fut torly colly. .. lui feit à » l'entour quinze ou sèze points d'aigueille... En cesle façon feul Epis- » temon guary, excepté qu'il eut une toux seiche, dont il ne peut onc- » ques guarir, sinon à force de boyre. » (Pantagruel, liv. n, chap. xxx. ) Enfin, Baronio a planté dans une crête de coq l'aile d'un serin-, les plumes de celte aile tombèrent, pour repousser plus lard avec leur couleur primitive.

Ce serait à la fin de ce paragraphe un peu fantaisiste, qu'il faudrait placer le procédé mis en pratique, selon Olaiis Magnus, par les peuple? du Nord pour guérir lobec de lièvre, «que les femmes ont amassé pour étant grosses avoir sauté par-dessus la tète d'un lièvre.» Ce procédé consistait à intercaler dans la fenle aussitôt que l'enfant est né, «la peau de l'estomach d'un petit poussin frais tué et écorché ». J'en fais autant pour le récit de Th. Barlolin sur ce matelot, qui, ayant eu une partie de la paroi abdominale enlevée en sorte qu'on voyait ses viscères, fut guéri par la greffe d'un morceau de chair de mouton, lequel combla le vide. Enfin, pour couronner dignement cette série, rapportons la v éridique histoire citée par Pierre Borel, d'un berger de Tarascon qui, s'élanl planté dans la poitrine une épine de prunier sauvage, vit au bout d'un an pousser un arbuste, qui donna des fleurs et des fruits.

G. Individus entiers. — Dans ce paragraphe devront venir se ranger,

si jamais elles réussissent, les expériences que j'ai entreprises sur la transplantation dans la cavité périlonéale d'oeufs de mammifères, et sur la greffe de leurs embryons. Pour le moment, je ne saurais d'autre fait à citer que la célèbre expérience par laquelle Trembley introduisit une hydre dans l'estomac d'une autre hydre; les deux animaux se soudèrent : expérience exlraordinaircmenl délicate, de l'aveu de Trembley même, et que malgré mes soins je n'ai pu répéter.

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