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quelques jours plus tard la surface est moins irrégulière ; elle est soulevée; on dirait qu'elle se soulève par sa périphérie pour se mettre au niveau des parties voisines, le centre reste déprimé ; la peau n'est plus luisante ; quelques croûtes sont tombées ; plus tard encore, la surface greffée est nivelée ; la peau est évidemment plus épaisse ; elle commence à se détacher des parties profondes par sa périphérie ; sa sensibilité est plus grande ; sa couleur, d'abord rouge, est rosée maintenant, et deviendra normale avec le temps. Voici d'ailleurs 2 observations.
Obs. III (personnelle).— Phil. G..., opéré par M. Pierre Delbet pour des ulcères siégeant aux deux jambes ; le plus grand a 6 cent, de hauteur ; un autre 4; les deux autres très petits. Le malade se présente à l'hôpital 3 mois après l'opération. Il a continué son métier.
Voici ce que Ton constate : les deux petits ulcères greffés sont au niveau des téguments : on ne les distingue que par les squames très minces qui les recouvrent : le résultat senjble parfait.
Le plus grand est recouvert d'une peau rosée, adhérente aux parties profondes ; son aspect est bien meilleur que quand le malade est sorti ; la surface est presque entièrement nivelée, on observe une légère dépression centrale : la peau semble plus épaisse et ne luit plus: elle ne diffère pas de la peau voisine qui est inflirtrée, dure, adhérente aux parties profondes. Même sensibilité oljtuse.
Le quatrième ulcère tranche par sa couleur jaunâtre; aucune croûte ne le recouvre : sa surface est bien plane : la peau se laisse plisser légèrement et semble supérieure à la peau voisine. En somme, beau résultat, qui peut bien être définitif.
Les plaies d'emprunt sont très effacées et se distinguent difficilement.
Obs. IV (personaelle). — François L..., opéré par M. Pierre Delbet, pour un ulcère de la jambe droite. Guérison en 15 iours. Voici ce que l'on observe 4 mois après le jour de l'opération.
L'ulcère avait la forme d'un L. La branche verticale, haute de i3 cent, et large de 4, est située sur la face interne de la jambe à son tiers moyen ; le bord antérieur longe la crête tibiale. La branche horizontale, plus large, se prolonge sur la face externe et sur la face postérieure jusqu'à 1/2 cent, de la ligne médiane.
Cette grande surface, réparée par les greffes, se distingue nettement des parties voisines, même de loin, par sa coloration rosée et par une espèce d'encadrement brun noirâtre formé par les croûtes qui recouvrent ses bords. La surface est entièrement nivelée; on n'y observe pas de desquamation. Il est possiljle de distinguer trois des anciens lambeaux sur la branche hoi'izontale ; on voit là quatre lignes verticales, saillantes, jaunâtres, à égale distance, qui réunissent les bords de ces lambeaux.
Absence complète de rétraction. Sensibilité diminuée.
Sur la face interne de la jambe la peau adhère à la surface osseuse; elle ne semble pas moins épaisse que la peau correspondante de l'autre jambe. La peau qui recouvre la Ijrancho horizontale est un peu souple. Le résultat n'est pas parfait, la peau ne glisse pas sur les parties sous-jacentes, on ne peut pas en faire un pli, mais, en somme, elle offre le même aspect que la peau voisine ; aucun point ne semble fragile.
Le malade sent très mal les piqûres d'épingles et pas du tout le fi-oid ou le chaud.
Ce résultat laisse, en somme, l'impression difficile à exprimer, d'un succès durable, sinon définitif.
Le tissu de réparation formé par les greffes n'a pas toujours cette apparence de fragilité que j'ai essayé de décrire, et cfui est spécial aux ulcères de jambes ; dans ces cas, il est rare de voir des résultats immédiats qui attirent Tattention : cette peau artificielle qui recouvre
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les ulcères est cependant suffisante, malgré son aspect. Je reviendrai sur ce point.
Il n'en est plus de même quand il s'agit de brûlures, ou autres pertes de substances ; dans ces cas, le résultat immédiat est plus beau : la peau prend vite la couleur de la peau normale ; on peut la voir très souple, nullement adhérente, moins d'un mois après l'opération; la guérison définitive est la règle, surtout dans les cas de plaies fraîches.
Voici l'observation d'une brûlure traitée par les greiïes.
Obs. — V (due à l'obligeance de M. Héresco, interne du service). — Anna R. . . , 50 ans, entre le 12 mai dans le service de M. Nicaise, pour une vaste ulcération de la fesse et de la partie supérieure et externe de la cuisse droite.
21 Mai. On recouvre l'ulcération à l'aide de greffes de Thiersch, prises sur les faces antérieures et latérales des 2 cuisses et sur la face antérieure et latérale externe de la jambe gauche, en laissant des ponts. 22 mai. Pansement. La malade s'est couchée sur le dos ; quelques greffes ont été déplacées. On refait un pansement au machintosh.
2-3 mai. Le machiiitosh étant trop imperméable, la macération est bien plus prononcée qu'avec le plomb. On refait un pansement avec des lames de plomb imbriquées. 26 mai. Sur le milieu de la crête iliaque il s'est fait une petite ulcération longue de 3 à 4 cent, dans le sens transversal, large de 2 cent, dans le sens vertical, occasionnée par la pression . Quelques greffes ont été arrachées, le reste a pris .
4 juin. L'ulcération est parfaitement recouverte.
Certaines parties qui avaient été dépouillées ont végété et se sont recouvertes d'épiderme .
La peau est soupir, nullement adhérente aux tissus sous-aja-, cents .
Il semble par Fétat actuel que la guéri son doive persister. Dans l'observation suivante, la guérison dure depuis 2 ans.
Obs. VI (Service de M. Nica.ise) Achille D. 28 ans, rentre pour un ulcère traumatiquede la jambe droite avec cicatrice circulaire, le 2 juin 1894.
Le 13 juin, autoplastie par la méthode italienne, faite par M. Pierre Delbet. Lambeau de 10 cent, sur o, pris sur la face postérieure du mollet gauche à pédicule latéral.
Le 28 on enlève l'appareil plâtré ; on coupe le pédicule ; le lambeau est parfaitement vivant, mais un peu trop court. La plaie d'emprunt est recouverte par des greffes de Thiersch.
Les greffes ont été parfaites et la plaie d'emprunt est complètement recouverte. La guérison est retardée par 2 petites eschares survenues aux points de pression des deux pieds l'un sur rau.tre pendant l'immobilisation.
Ce malade est revenu nous voir 2 ans après et voici la note que M. Glaisse, interne du service a eu l'obligeance de prendre.
Greffe italienne. Longueur 0,087. Largeur 0,07.
Greffes de Thiersch mêmes dimensions. Souplesse des 3 greffes. Sensibilité au tact à peu près normale sur la greffe italienne ; thermique à peu près nulle, grand retard ; à la douleur presque supprimée.
Greffe de Thiersch. Sensibilité à peu près normale. On voit le contour de quelques lambeaux ; aspect à peu près normal, légèrement ridée, pas de squames .
Greffe italienne. Cette greffe présentait de longs poils q li ont disparu ou sont très atrophiés»
La plaie d'emprunt des greires de Tliiersoh, présente une peau d'aspect normal ; poils, glandes sébacés, entourée d'un liséré un peu jaunâtre.
M. Staniou cite dans son intéressante thèse, présentée à la Faculté enl89J, une observation de M. Manceaux, de Lille, qui montre, de façon saisissante, les qualités du tissu de réparation formé par les greffes. Voici cette observation très résumée. Il s'agit d'un malade briilé par exjDlosion d'un paquet de pétards qu'il portait dans la poche gauche de son pantalon. Ce malade présentait de vastes traînées de brûlures sur la cuisse, jambe et abdomen. La cuisse rétractée formait avec l'abdomen un angle presque droit. La jambe était à angle aigu sur la cuisse. On fit l'extension forcée de la cuisse et de la jambe ce qui détermina la rupture des téguments au niveau du pli de l'aine et du creux poplité. Sur ces plaies fraîches, on fit des greffes de ïhiersch. Je passe sur les détails de la guérison. La surface greffée, deux mois après TopératioU;, se distinguait à peine de la peau normale^ était mobilj sur les tissus sous-ajacents. Quatre mois après Tintervention, la guérison de la difformité cicatricielle, dit Fauteur, persiste dans toute son étendue. Les mouvements de flexion de la cuisse sur l'abdomen se font complètement et sans difficultés. La surface greffée est souple^ nullement adhérente par sa face profonde, les dimensions n'ont pas varié. Au creux poplité le résultat est encore plus beau. La greffe a donné un tégument qui rappelle absolument la peau normale par toutes ses qualités, son aspect extérieur et sa souplesse.
Les mouvements sont faciles et complets. En somme, guérison stable et complète.
Un auteur allemand a publié à Berlin un important travail, dont malheureusement nous n'avons pu prendre connaissance que par une courte notice de la Semaine Médicale (1892) dans lequel sont analysés les résultats de 350 cas. La guérison se maintient pour le plus grand nombre depuis six mois jusqu'à deux ans.
En somme les résultats excellents que donnent les greffes ne peuvent plus être contestés et méritent d'attirer l'attention des chirurgiens qui pourraient encore croire que les greffes ne peuvent convenir que dans les cas où l'autoplastie indienne ou française est inapplicable.
Applications
La greffe de Thiersch trouve à être appliquée dans les cas :
de plaies fraîches ;
de brûlures ;
de rétractions cicatricielles ou autres ; pour des pertes de substance de toute nature (traumatisme, gangrène, anthrax énormes, etc) ; pour combler les pertes de substances chirurgicales : exemple : ajjlation d'un cancer du sein volumineux, ayant laissé une plaie dont les bords ne peuvent pas être suturés ; pour le traitement du lupus ; les grelïes sont appliquées
après extirpation de la plaque. Urban rapporte un grand nombre de guérisons datant de plusieurs mois ;
pour toutes les vastes pertes de substance de la peau ;
pour les ulcères de jambe :
comme traitement de la syndactilie ;
comme complément de Tautoplastie italienne.
Les greffes de Thiersch prennent sur tous les tissus, à l'exception du tissu osseux compact et des cartilages.