‹ De la greffe épidermiqueChapitre 8 sur 9 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1ND1CATJ01NS PAHT1CULIÈRFS DE LA GREFFE.

Maintenant que j'ai analysé la marche de la cicatrice qui naît des greffes et que j'ai fait connaître les propriétés spéciales qu'elle présente, on peut facilement en déduire les indications générales ou particulières que ce procédé peut remplir. Quelquesunes de ces applications ont été déjà utilisées largement; d'autres restent encore à établir par des faits plus nombreux.

J'ai montré dans le chapitre précédent que par la greffe on peut : 1° hâter la cicatrisation; 2° la rendre possible dans des cas rebelles à d'autres traitements, et la rendre plus facile dans ceux où elle est lente et difficile; 3° obtenir la formation d'une cicatrice plus solide, plus souple, et résistant mieux à l'ulcération ; 4* empêcher la soudure de deux surfaces voisines; 5° peutêtre s'opposer à la rétraction. Il est évident que dans un bon nombre de cas plusieurs de ces résultats doivent être recherchés simultanément. Voyons néanmoins à quelles catégories de plaies s'adressent plus particulièrement chacune de ces propriétés de la greffe.

II. — Il est évident qu'il est toujours utile de hâter la cicatri-

(i) Gazette médicale, H nov W71. Trahit de A. Wiener. Medezinisohe wochenschrift, 26 août 187!.

sation d'une plaie, et que, même pour celles qui sont petites, le bénéfice peut être assez grand pour qu'on recoure à un procédé aussi inoffensif que celui que j'ai proposé. Cette indication est donc générale, pourvu que la plaie présente les conditions nécessaires au succès. Je rappelle que si c'est le but qu'on se propose, les lambeaux doivent être aussi nombreux que possible (leur étendue ne compense pas du tout leur nombre) et disposés par séries de façon à diviser et subdiviser la surface.

§ 2. — Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit plus haut des ulcères rebelles, ou des plaies naturellement peu propres à une cicatrisation rapide; j'ai mentionné les grandes brûlures, les grands ulcères, ceux qui sont liés à un état général mauvais, les plaies périarticulaires, les moignons coniques. Souvent dans les plaies rebelles les bourgeons charnus présentent de mauvais caractères; tantôt fongueux ou atoniques, peu vasculaires, tantôt recouverts de fausses membranes ou de produits de gangrène partielle, ils sont peu favorables à la nécessité de la greffe. Il faut alors s'efforcer par tous les moyens connus, par le traitement local et général de les modifier; mais il ne fautpas attendre d'avoir une surface uniformément favorable dans toute son étendue; dès qu'on aperçoit sur cette surface un point, si peu étendu fût-il, qui paraît propre à recevoir une greffe, essayer, quitte à échouer plusieurs fois avant de réussir; si un îlot parvient à se développer, c'est autant de gagné, et quand quelques-uns seront formés il est possible que l'état général et l'état local soient à la fois favorablement influencés. C'est dans ces cas encore qu'on pourrait utiliser le procédé de l'insertion (Pollock).

§ 3. — Une cicatrice souple et solide est toujours désirable, mais particulièrement dans les plaies qui a voisinent les jointures, dans celles des membres inférieurs si exposées aux traumatismes. Une cicatrice résistant à l'ulcération serait certainement un grand bienfait pour les malades porteurs d'ulcères variqueux ou traumatiques de jambe, qui se reproduisent avec une si grande ténacité. Je crois que pour obtenir ce triple résultat, solidité, souplesse et rési à l'ulcéra ion, ii faut couv pour ainsi dire la surface de us< pour qu'elles l'aient

qu'à former des îlots de l'étendue d'une pièce de 20 c. ou de 50 c. avant de se rencontrer; cette manière de faire est surtout utile dans les parties centrales de la plaie, où se forme sans leur secours la cicatrice la plus défectueuse.

C'est encore dans ce cas que le procédé des greffes petites et minces, parfaitement suffisant, permettra plus facilement de multiplier les lambeaux.

§ 4. — Les brûlures des régions articulaires, des extrémités, vie la face et du cou fourniront de nombreuses occasions d'empêcher la soudure de deux surfaces voisines; les auteurs rapportent une foule de cas des difformités hideuses qui peuvent en résulter. Des traumatismes de nature variée dans les mômes régions peuvent amener les mêmes résultats.

Il faut, dans ces cas, placer les greffes au fond du sillon qui tend à s'effacer par soudure; la difficulté c'est de les y bien maintenir, et dans ces cas, peut-être, réussirait-on si la surface est favorable, avec les longues bandelettes dermo-épidermiques de M. Ollier.

Ne pourrait-on pas aussi tenter l'application de la greffe aux plaies des orifices naturels (bouche, paupières, narines, etc.) et de leurs commissures, qui amènent si facilement des rétrécissements; la difficulté serait de maintenir les lambeaux en place: je pose donc cette question sans la résoudre, attendaut des cas propres à ces essais.

§ 5. — Si la moindre rétraction des cicatrices dues aux greffes était parfaitement démontrée, elle serait une fois de plus indiquée dans les plaies qui offrent le plus d'exemples de cicatrices rétrac- ( îles, celles des plis articulaires, et celles de la face. On pourrait en outre l'utiliser pour remplacer à moins de frais quelques opérations autoplastiques. Ne pourrait-onpas alors, comme l'a fait M. Lawson, dans un cas d'ectropion, couper les brides, pratiquer des incisions libératrices, rendre la plaie qui en résulte aussi béante que possible, et une fois cette plaie granuleuse, la couvrir de greffes en nombre suffisant pour obtenir rapidement une large cicatrice ? L'avenir dira si ces explications sont réellement pratiques.

Page 1