‹ De la Greffe Ollier-ThierschChapitre 35 sur 37 · PQ + PE · texte numérisé non relu

PQ + PE

Le lendemain et les jours suivants, il ne se produisit aucun incident, le malade ne souffrait pas, il n’y avait aucune élévation thermique. Ce ne fut qu'au bout de huit jours que le premier pansement fut levé : une fois les lames de protective retirées avec beaucoup de précaution, et en les soulevant lentement d’un bord à l’autre, on découvrit la surface greffée : toutes les bandelettes étaient prises ; à peine l'extrémité de quelques-unes, ou deux ou trois des petits segments intercalés, s'étaient-ils mortifiés. Le reste des lanières adhéraient, leur coloration était normale, leur surface était seulement recouverte d'un semis blanchâtre indiquant une desquamation de la couche superficielle de l’épiderme. |

Je refis le même pansement, qui ne fut levé encore que le huitième jour. Le résultat était dès lors acquis ; la surface du vaste ulcère élait recouverte tout entière, à part les quelques languettes bourgeonnantes qu’on avait laissées lors de la transplantation. ; | l

Des pansements fort simples etla continuation du séjour au lit achevèrent la cicatrisation, et au bout d'un mois le malade partait pour Vincennes, complètement guéri. Pr

Depuis, le hasard m'a fait rencontrer mon ancien malade : il est cocher de fiacre, il travaille depuis sa sortie de l’asile de Vincennes, et sa jambe reste intacte : aucune trace d’ulcération nouvelle n’a paru.

OBservarTION II

Due à l'obligeance de M. Halipré interne de M. le professeur Le Fort.

Le nommé P... P..., âgé de 45 ans, cocher, entre le 14 novembre 1891 dans le service de M. le professeur Le Fort.

Il y a dix ans, à la suite d’un traumatisme, amputation de la jambe droite au tiers moyen par M. Verneuil. Le malade marche sur un pilon prenant appui sur le genou fléchi à angle droii,

- Varicés très’ accentuées, surtout à la jambe gauche.

‘Hi y à dix-huit mois, à la suite d’un léger choc sur la jambe gaüche, il vit se développer une ulcération qui grandit rapideménñt ét atleignit les dimensions d'une pièce de cinq francs.

Le malade dut prendre un repos absolu de trois mois.

Güéri il reprit sés occupations. Mais sous l’influence de la marche, l’ulcère reparut et s’étendit en quelques mois à toute la région du tiers moyen de la face antéro-externe de la jambe.

De plus, le malade ayant heurté légèrement l'extrémité de son moignon, une ulcération apparut de ce côté.

La marche devient bientôt très difficile et le malade ce dans nos salles.

Etat actuel. — Sur la face antéro-externe de la jambe Etbtie existe une large ulcération irrégulièrement ovalaire. D’une hauteur maxima de 15 centimètres, sa largeur atteint cinq centimètres. Les bords en sont irréguliers, déchiquetés. Le fond est grisâtre, suintant.

Varices très développées sur le trajet de la saphène interne.

L’ulcération du moignon est grisâtre, atone. Bords arrondis, réguliers. Elle occupe l'extrémité du moignon se prolongeant sur son bord antérieur et sa face antérieure sur une hauteur de 3 centimètres environ.

L’ulcération atteint dans son ensemble les dimensions de deux pièces de 5 francs. Suintement léger.

Quelques ganglions cruraux peu douloureux.

Traitement. — Un pansement humide est appliqué pendant quelques jours.

On propose ensuite au malade uue intervention qu'il accepte.

20 novembre. — La plaie est recouverte de compresses imbi bées de liqueurs de Van-Swieten. ,

22 novembre. — Nous pratiquons la greffe Ollier-Thiersch.

Après anesthésie chloroformique le pansement est levé et la plaie désinfectée aussi complètement que possible.

Râclage des deux surfaces ulcéreuses avec la curette de Vol-

bre

ckmann, compressions avec tampons phéniqués des surfaces cruentées. pe + Taille des lambeaux dermo-épidermiques suivant, la méthode de Thiersch, L’ulcération de la jambe et du moignon sont recouvertes en totalité.

. Pansement. Lame de protective recouverte de gaze salolée et d’ouate hydrophyle. Compression régulière avec une bande de tarlatane.

OBservaTION III

M. Jalaguier. Bull. de la Soc. de chir., 1889.

Il s’agit d’un jeune homme de 16 ans, qui, le 9 octobre 1886, ayant mis le feu aux draps de soa lit, se fit de vastes et profondes brûlures au cou, à l'épaule et à tout le membre supérieur droit. Du 10 octobre 1886 au 26 juin 1887, il fut soigné à la Charité dans le service de M. Trélat. Le 28 juin 1887, il entra à Ja Pitié, dans le service de M. Verneuil.

Tous les moyens de traitements avaient été essayés sans succès ; le jeune homme s’affaiblissait progressivement et la cicatrisation de la plaie ne faisait plus aucun progrès. Au commencement d'avril, la surface suppurante mesurait environ vingt centimètres carrés : elle s’étendait de deux travers de doigts audessous de l’apophyse mastoïde jusqu'à l'empreinte deltoïdienne, et dans le sens antéro-postérieur du défaut de l'épaule, au bord spinal de l'omoplate.

Le 7 avril 1888, influencé par les heureux résultats obtenus par M. Monod et communiqués à la Société de chirurgie le 28 mars, je fis le grattage à la curette de tonte cette vaste plaie, et j'en recouvris un tiers environ avec des lambeaux dermo-épiderques pris sur Ja cuisse. Je pus constater au moment du râclage des bourgeons charnus que, au niveau de l'articulation de l'é-

RTE PECR

paule, le deltoïde était complètement détruit et que les bourgeons charnus reposaient immédiatement sur la capsule articulaire. Les greffes prirent presque toutes et les parties de la plaie qui n’avaient pas été recouvertes perdirent leur aspect fongueux et blafard.

Le jeune homme fut envoyé à Vincennes où il fit un long

séjour qui améliora singulièrement son état général. Au mois de septembre il vint me trouver. Je lui fis une nouvelle application de greffes. |

Au bout de 15 jours il fut renvoyé à Vincennes. Enfin le 27 septembre 1888, j'achevai de recouvrir ce qui restait de la plaie.

En janvier 1889, le jeune homme retournait à Vincennes à peu près complètement guéri.

Il a été revu, à la Pitié, au mois de septembre 1889, la cicatrisation était parfaite, il se servait facilement de son bras.

J'ai mesuré chez lui approximativement l'étendue des lambeaux dermo-épidermiques que j’ai transportés de ses cuisses à son épaule ; en additionnant toutes les greffes successives, j'ai trouvé une longueur de 105 centimètres sur une largeur de 2 centimètres, soit, environ, une surface quadrilatère de 15 centimètres de côté.

OBSERvATION IV

Jalaguier. Bull. de la Soc. de chir., 1889.

C’est un petit enfant de dix ans qui fut brûlé par ses vêtements enflammés le 10 avril 1888. Les brûlures sont profondes aux membres, aux bras, aux mains, à l'épaule, à la hanche et surtout au côté droit du thorax. L'enfant fut soigné chez lui jusqu'en mai 1889 ; à cette époque, toutes les brûlures étaient cicatrisées, sauf au niveau du thorax, où se trouvait une vaste plaie à peu’ près quadrangulaire de 14 centimètres sur 17. Cetle plaie était fon-

gueuse, saignant abondamment au moment des pansements, qui étaient très douloureux.

L'enfant entra à l’hôpitat Trousseau le 29 mai 1889 ; pendant

tout le mois de juin, malgré les pansements les plus soigneux, aucune modification favorable ne se produisit, et à la fin de juin, je recouvris environ la moitié de la plaie avec des greffes prises sur la cuisse. | | - Elles prirent bien, mais à cause de la région et de l’indocilité du malade, elles glissèrent un peu, et se séparèrent les unes des autres ; néanmoins le résultat fut très satisfaisant. Je me préparais à faire une nouvelle série de greffes, quand une épidémie de diphtérie qui éclata dans une salle, m’obligea à renvoyer le petit malade chez ses parents.

- Le 21 septembre. — Je recouvris complètement les surfaces non encore cicatrisées ; comme la première fois, l’enfant ayant remué, malgré toutes les précautions prises, elles s'écartèrent un peu les unes des autres et le 26 octobre il restait encore à cicatriser six petits îlots de la grandeur d’une lentille à celui d’une pièce d’un franc. Quelques cautérisations au nitrate d'argent et la substitution d’un pansement quotidien avec le vin aromatique, aux pansements rares avec l’iodoforme et le salol, employés jusque-là, amenèrent une cicatrisalion rapide et complète.

Le résultat est des plus satisfaisants, la cicatrisation est souple et très mobile ; on reconnaît encore la mosaïque formée par les lambeaux dermo-épidermiques transplantés ; au niveau des points où les greffes se sont écartées, on remarque un aspect un peu différent ; il y a là du tissu cicatriciel véritable.

Page 1