DE LA DÉLIVRANCE
La grossesse n'étant terminée qu'après l'expulsion du produit de la conception, fœtus et annexes, l'étude de la délivrance rentre aussi dans notre sujet.
Le plus souvent le décollement des annexes se fait normalement et la délivrance se fait comme dans tout autre accouchement.
Quelques observations signalent le fait de l'intervention de l'accoucheur pour le décollement du placenta. Il ne faudrait pas vouloir accuser le kyste ovarique de toutes les difficultés de la délivrance. Si le placenta est un peu plus adhérent que d'habitude, il n'y a là rien qui puisse dépendre de l'existence d'un kyste ovarique. Mais une tumeur de ce genre peut compliquer le temps de l'expulsion. Une tumeur pelvienne a été refoulée, le fœtus s'est engagé, l'expulsion a eu lieu. Le décollement des annexes s'est produit, mais l'expulsion se fait attendre parce que la tumeur a regagné son siège primitif, déviant et comprimant l'utérus, le délivre se trouve emprisonné. C'est ce qui s'est présenté dans un cas publié dans le mémoire deLomer {Arch. f. Gyn. , 1882). Voici une observation qui montre bien cette difficulté.
(1) Did. de méd. et de chir. prat., 1829, t. I, p. 527,
(2) Bibl. du méd. pratic, Fabre, t. I, p. 679.
Obsehvation XV.
F. B..., M ans, réglée depuis l'âge de 13 ans, normalement. Trois accouchements antérieurs, le dernier il y a cinq ans. Dans les dernières semaines de la quatrième grossesse actuelle, douleurs lombaires un peu laccentuées. Il y a onze ans qu'elle eut une maladie du bas- ventre qui dura ongtemps. Elle dit que depuis ce moment elle sentit toujours un point dur dans le bas-ventre et qui lui causait de nombreuses douleurs. Le 9 mars, vers le soir, début du travail. Le 10 mars 1882 à 8 h. du malin, état suivant : Utérus, dirigé de la partie inférieure droite vers la gauche et de bas en haut ; tête mobile au dessus de la moitié droite du bassin ; battements redoublés à droite de l'ombilic. Le petit bassin est tellement rempli par une tumeur grosse comme le poing, élastique, occupant surtout le côté gauche que la distance de la tumeur à la commissure postérieure de la vulve est à peine de 2 centim. A droite, un peu plus haut, se trouvait le col utérin ramolli, membranes intactes. Tête en première position du sommet.
Comme par l'exploration vaginale et rectale la tumeur semble être un kyste de l'ovaire gauche, qui est mobile, on vida d'abord le rectum, puis ayant placé la femme dans la position sur les coudes et sur les genoux on essaya le refoulement de la tumeur en employant deux doigts introduits dans le vagin. Au milieu de douleurs assez fortes, la tumeur glissa à gauche du prémontoire, brusquement dans le grand bassin. La femme garda encore quelques instants la même position, puis se retourna lentement sur le côté gauche.
Il survint ensuite de fortes douleurs et, à 10 heures, il se fil un accouchement spontané d'un enfant à terme.
Léopold qui était de retour à 11 heures, trouva que le médecin traitant n'avait pu encore extraire le délivre. On trouva encore le même état que précédemmenl, l'utérus placé à droite dans le bassin. L'utérus se contractait incomplètement, et le placenta ne pouvait s'engager sous l'influence des pressions. Entre le-rectum et le vagin, on trouvait de nouveau cette tumeur tendue qu'on refoula de nouveau avec la moitié de la main introduite dans le vagin; l'utérus put alors descendre et le placenta sortir par expression.
Dans un cas de Breil {in th. de Jetter), l'expulsion de l'enfant se fit normalement, puis une tumeur tomba dans le petit bassin gênant ainsi l'expulsion du délivre. On en fit le refoulement et la main alla extraire le placenta.
Dans le cas de Lefholz on a vu aussi la délivrance se faire attendre en raison de la déviation de l'utérus déterminée par un kyste.
Rémy. ^
Nous devons encore signaler la difficulté créée par un kyste dans le traitement des hémorrhagies qui accompagnent parfois .la délivrance. On ne peut pas toujours, surtout avec les gros kystes, sentir l'utérus qui peut être masqué par la tumeur; on ne pourrait dans ces cas frictionner le fond de l'organe ou le comprimer, et on serait privé de ces moyens précieux qui sont mis en usage contre les hémorrhagies de la délivrance.