‹ De la grossesse compliquée de kyste ovariqueChapitre 3 sur 21 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'histoire des kystes de l'ovaire est toute moderne. Autrefois on se bornait à localiser les hydropisies dans les organes génitaux, dans l'utérus, c'était le règne des hydropisies de la matrice. Ce fut au xvii^ siècle que, grâce àRiedlin, Morgagni, etc., on reconnut que l'organe hydropique n'était pas autre chose que l'ovaire. En 1685, Th. Schorhopff publiait une thèse sur l'hydropisie de l'ovaire. Depuis ce moment de nombreux travaux ont été'publiés sur cette question; les recherches patientes sur la nature .des kystes, leur structure histologique, leurs variétés, des faits cliniques, divers procédés de traitement ont fait de cette affection de l'ovaire un chapitre des plus complets et des plus intéressants. Mais ce kyste de l'ovaire pouvait à un moment donné compliquer une grossesse; l'utérus pouvait être gêné dans son développement par le kyste qui se développe à ses côtés. Pendant le siècle qui suivit la découverte de cette aifection on ne trouve rien sur cette coexistence possible d'un kyste et d'une grossesse ; les auteurs, s'ils l'ont rencontrée, ils ne l'ont point signalée.

Aussi peut-on dire que l'étude de la grossesse compliquée de kyste ovarique appartient à ce siècle. Au xviii^ siècle on trouve déjà quelques notions sur ce sujet, mais aucun travail sur la question ne surgit. Ce n'est qu'au commencement du xix° siècle que vont apparaître les premiers mémoires sur la question.

La plus ancienne observation (1707), que l'on peut trouver appartient à Schamberg (1), qui relate le cas d'une femme qui mourut pendant le travail, et à l'autopsie de laquelle on trouva un hyste étendu de l'ovaire. Puis en 1765 vient l'observation de Doeveren (2). Celui-ci dans un cas d'accouchement compliqué

(1) Naboth, de sterilitaie, 1707.

(2) Speot, observ, Acad., cap. XII, Qroeningae, 1765.

de kyste ovarique fit la version, mais sans succès, pour la mère et pour l'enfant.

On peut placer, après ces deux premiers documents, l'observation de Baudelocque et Lauverjat qui se place en 1777, rapportée dans le mémoire de Lauverjat sur la nouvelle méthode de pratiquer l'opération césarienne et dans le traité d'accouchement de Baudelocque (1) : la tumeur avait été prise pour une exostose : on ne comptait plus que sur l'opération césarienne quand la version réussit.

Dans les premières années de ce siècle, on trouve encore quelques observations publiées isolément auxquelles on peut ajouter les deux cas indiqués parDenman dans son introduction à la pratique, cas que lui avait communiqués Ford, celles de Walton, de Jarritt, de Burns, de Goley. Ce sont ces cas qui ont fait le sujet de deux mémoires intéressants de Park (2) et de Merriman (3) qui^avait pu déjà réunir dix-huit observations de tumeurs de l'ovaire metttant obstacle àl'accouchement. Burns (4), à son tour, reprend la question si importante du siège occupé par le kyste et étudie particulièrement le traitement.

C'est dans le même sens que Blundell (5) fit ses recherches, surtout au sujet du traitement pour les tumeurs qu'il nomme recto-vaginales, lesquelles neuf fois sur dix, d'après lui, sont d'origine ovarienne. L'observation de M™* Lachappelle, t. III, p. 383, citée par Doumairon, est loin de nous paraître un kyste, puisqu'on trouve à l'autopsie que « les deux ovaires sont tuméfias », ce qui n'a guère de valeur au point de vue anatomo-pathologique. A la page 311 est une observation de kyste dermoïde.

Yelpeau(6), en 1835, traite de cette question toujours au point de vue seul de l'accouchement, et le sujet était encore effleuré en 1819 par Fremery (7) et en 1836 par Hamilton (8).

(1) 3» édit., p. 375, en 1796.

(2) Med. chir. Trans., vol. II, 1813.

(3) Med. chir. Trans., vol. X, 1819, et VOl. III.

(4) Princip. of midwif., p. 35.

(5) The Lancet, 1828, vol. II, p. 516.

(6) Traite, de l'art des accouchements, 1835, vol. II, p. 204.

(7) Diss. Traj. ad. Rhen., 1819.

(8) Pract. observations on varions subjecls relating to Midwifery, Edimh.r 1836, vol. I, p. 71.

Rémy. 2

En 1840,parut à Heidelberg, l'excellenle thèse de Bennone Rudolph Puchelt (1), élève de Nœgele. Cette thèse renferme un chapitre très complet sur la question ; l'auteur a pu réunir vingt-quatre observations dont les dix-sept premières concernen des affections ovariennes bien décrites. Gomme l'indique le titre, l'auteur s'occupe spécialement des tumeurs qui siègent dans le bassin et qui mettent un obstacle à l'accouchement. Il analyse ces observations tirées surtout de la littérature anglaise et en ajoute un cas qu'il a observé. Son travail bien complet a servi de base aux chapitres renfermés dans les traités de l'époque, et il n'est pas un mémoire sur la question qui n'ait tenu un grand compte des recherches de Puchelt.

L'attention était attirée sur ce sujet; bien des accoucheurs s'étaient trouvés aux prises avec les difficultés créées par les tumeurs pelviennes. Aussi voit-on, à partir de cette époque, les observations se multiplier dans les journaux de médecine.

Moreau (2), en 1841, attachait une grande importance à cette question et rapporte un cas très intéressant.

Litzmann (3j, ayant eu l'occasion d'observer un cas, put, en 1852, à cette occasion, rassembler 16 cas, en rapprocha les cas décrits par Puchelt et étudia la question de l'accouchement en se servant de 57 observations. Mais, comme les autres auteurs, il ne s'occupe pas exclusivement des kystes de l'ovaire, son mémoire renferme 6 cas de carcinomes (4) .

En 1854 (5), Hirsch peut réunir 92 cas d'accouchements compliqués de tumeurs de l'ovaire observés chez 75 femmes. Son sujet est déjà plus étendu, il étudie l'influence des kystes de l'ovaire sur la conception, la gravidité et le travail, tout en s'attachant surtout aux complications causées par les tumeurs siégeant dans le bassin. Cependant on voit déjà s'élargir le cadre de la question. Litzmann avait déjà signalé cette complication de

(1) De tumoribus in pelvi partum impedientibus.

(2) Traité pratique des accouchements, 1838, t. II.

(3) Deutsche klinik, 1852, p. 456.

(4) Nous avons fait de vaincs roclierches pour trouver le travail d'EUinger mentionné par Doumairon ; nous croyons qu'il doit y avoir là une erreur.

(5) De cystidum ovarii in conceptioncvi, gravidiiatem, partum efficacilaic. Berl. Diss.)

la grossesse. Jetter (1), en 1861, entre dans la même voie et étudie cette complication de la grossesse avec les observations de 165 femmes qui eurent ensemble 215 accouchements. Cette thèse a été longtemps le travail le plus complet sur la question. Les statistiques qu'elle renferme ont permis d'apprécier la gravité de cette complication ; les difficultés du travail y sont étudiées, ainsi que les difCérents modes de traitement analysés.

Quelques mémoires ont suivi la publication de Jetter, mais ils ne renferment que la description de quelques cas avec les réflexions qui en découlent. Ce sont les thèses de Sucro (1864), Mœller (1869), Miilberger (1872), J. Brons (1873), Herdegen (1876) (2), Briintzel (1882), Nolting (1884), Fetscherin (1884).

Les difficultés du travail ont cependant toujours attiré l'attention des accoucheurs : Playfair, en 1867, communiquait à la Société obstétricale de Londres le résultat de ses recherches sur 51 accouchements compliqués de tumeurs ovariennes siégeant dans le bassin et sur le traitement qui avait été employé.

Lomer, dans un mémoire inséré dans les Archiv fur Gyn., 1882, reprit la question « de la complication de l'accouchement par les tumeurs ovariques », étude très complète où il est fait surtout mention des kystes ovariques. Après lui, Toporsld (.^), en 1884, reprit la question du traitement et s'attacha tout particulièrement à l'étude des tumeurs qui ne peuvent être refoulées et qu'il faut traiter par l'incision.

En France, M. Guéniot, en 1866, étudiait dans le Bulletin de thérapeutique, un sujet qui avait toujours été négligé, en faisant un excellent chapitre sur « les grossesses compliquées et de leur traitement » ; les kystes de l'ovaire y trouvaient tout naturellement leur place. En 1872, il eut encore l'occasion de s'occuper des difficultés du diagnostic dans les cas de grossesse compliquée de kyste ovarique. Doumairon, en 1868, un élève de M. le prof. Stoltz, reprit cette question des kystes dans leurs rapports avec la grossesse, l'accouchement et les suites de couches, et

(1) Dissertation Tubing. Veber den Einfluss der Eierslocksgcschw. auf Concept, bchwanrjnrsdi. Gchurt und Wochenbett.

(2) Voyez Bibliographie. ■ '

(3) Diss. Breslait, 1884.

publia des observations de son maître et celles de M. Kœberlé. La question fut de nouveau traitée au point de vue des tumeurs ovariennes en général par Treille, en 1873. Nous serions entraîné trop loin si nous voulions citer tous les travaux qui, en France et à 1 étranger, ont touché de plus ou moins près h cette question; les indications se trouvant dans le cours de cette étude nous en dispenseront.

Nous devons faire mention tout spécialement de la thèse de Heiberg (1), qui est une étude très bien faite et très complète de la question de la grossesse compliquée de tumeurs de l'ovaire. L'auteur a réuni tous les cas publiés depuis 1860, les a analysés très attentivement. Il y ajoute 10 observations nouvelles.

Olshausen, dans son Traité des maladies des ovaires, avait avant Heiberg consacré un chapitre intéressant à cette question, en y ajoutant les cas de sa pratique.

Jusqu' à présent notre attention, par ces différents travaux, a été attirée principalement sur le temps du travail, sur les difficultés qui s'y rencontrent, le traitement qui doit être dirigé contre cette variété de dystocie. C'est sur ce point qu'ont été publiés les premiers mémoires sur ce sujet.

Mais on devait s'apercevoir que la grossesse, dans la longue période qui précède le temps qui, en raison de phénomènes, nouveaux, s'appelle le travail, pouvait aussi être troublée par un kyste ovarique : Litzmann avait signalé cette complication, Hirsch, Jetter l'ont étudiée. L'augmentation de volume du kyste va devenir la cause d'accidents, tel est le fait qui résulte de ces travaux; aussi bientôt voit-on surgir la question du traitement pendant la grossesse. En présence des accidents qui surviennent parfois, on se demande s'il ne faut pas agir contre la grossesse ou s'il est préférable de s'adresser au kyste, s'il ne faut pas mterrompre le cours de la gestation. Barnes, en 1873, soutiend'-a la légitimité de l'interruption de la grossesse, dans ses leçons obstétricales, opinion qui sera disculée par Treille, Pastoswski, Dunlap, Gros-Fillay, etc. C'est une question sur laquelle nous devrons revenir plus loin. D'autres, au contraire,

(i) Om Ovariesvulsten som Complication ved Svangerskab, Kjobenhaven,

préféreront s'adresser au volume du kyste pour le réduire : Stoltz, Doumairon, Spencer Wells, Rheinstsedter, Duplay , Polaillon, Olshausen, Hegar, Kaltenbach, etc., établirent les indications de cette opération, de la ponction.

Le diagnostic de la grossesse n'est pas toujours facile à établir, surtout quand une tumeur comme un kyste ovarique cache l'utérus et ne permet pas d'en constater le volume et les modifications. Aussi des chirurgiens, méconnaissant l'existence d'une grossesse, vont pratiquer i'ovariotomie pendant la gestation : Burd, Sims, Pollock, Spencer Wells, Withusen vont, pendant des ovariotomies, découvrir l'utérus gravide. Mais les succès obtenus encourageront les opérateurs : on acceptera d'abord cette opération pour les cas où, seule, elle peut sauver l'existence de la femme. Mais peu à peu cette opération trouvera des partisans. Aussi voit-on, en 1877, Spencer Wells porter cette question de I'ovariotomie devant les chirurgiens de Londres, relater le résultat de ses premières opérations. Schrœder, de bonne heure partisan de cette intervention, la soutiendra en 1878 à la Société obstétricale et gynécologique de Berlin. L'année suivante, en 1879, il publie 7 cas d'opérations qu'il a pratiquées avec succès pour la mère. Peu après Wilson soulèvera la même question en Amérique, en 1880. Depuis ce moment, les faits se multiplient. Péan, Laroyenne, Baum, Howitz, Pippingskôld, etc., publient les opérations qu'ils ont pratiquées. M. Polaillon en discute les indications en 1885 devant la Société de chirurgie, et enfin, tout récemment, à la séance du 22 janvier 1886, Stratz, dans un travail sur les tumeurs obstruant le canal de la parturition, rapporte le résultat de 14 ovariotomies pratiquées pendant la grossesse à la clinique de Schrœder (1).

Nous ne pouvons, dans un historique, citer tous les travaux qui ont plus ou moins de rapports avec la question que nous

étudions ; on les rencontrera chemin faisant, h l'endroit oii ils

sont mis à contribution pour éclairer les différents points de la

question.

Comme on le voit, l'étude de la complication de la grossesse

(1) Par Stratz : 14 ovariotomies, 14 guôrisosn, 1 avortcmont.

par les kystes ovariques appartient à ce siècle. Si quelques observations sont publiées déjà dans le siècle dernier, ce n'est que vers 1812 et 1813 que se publient les premiers mémoires sur la question. Les premiers travau;c s'occupent à peu près exclusivement du travail compliqué de tumeurs ovariennes. Toutes les tumeurs de l'ovaire sont confondues dans la môme étude, Puchelt sépare cependant déjà les kystes des autres tumeurs. Avec Hirsch et Jetter, la question n'est plus aussi restreinte, les kystes sont étudiés dans leurs rapports avec la conception, la grossesse, l'expulsion de l'enfant et les suites découches. Les mémoires se multiplient, apportant toujours des faits nouveaux. Mais ces recherches, ces analyses des faits seraient stériles si elles n'avaient pour but d'éclairer le médecin, de le mettre en possession de connaissances qui doivent le diriger quand il se trouve aux prises avec les difficultés. Ces travaux eurent l'immense avantage de lui faire connaître les accidents, les difficultés qui peuvent surgir aux deux périodes de la grossesse, avant et pendant le travail. On s'occupera tout d'abord des difficultés du travail et des moyens à employer pour y remédier. Les malaises, les accidents qui peuvent survenir avant le travail ne devaient pas trouver le médecin désarmé. La question entrait donc dans une troisième phase : l'étude de la conduite à suivre pendant le cours de la gestation, question pleine d'intérêt, difficile à résoudre. L'ovariotomie avec ses heureux résultats devait ouvrir des horizons nouveaux. Faite involontairement d'abord pendant la gestation, elle devrait être de plus en plus acceptée, au point d'arriver à être considérée comme le seul traitement d'une grossesse compliquée de kyste ovarique. Il est vrai que certaines statistiques particulières, comme la dernière de Schrœder, et aussi les succès remarquables (1) obtenus par les ovariotomistes nous permettent d'espérer iDeaucoup de l'avenir*

(1) Lawson Tait. Brit. med. Journ., 15 mai 1886.

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