‹ De la grossesse compliquée de kyste ovariqueChapitre 4 sur 21 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Pour qu'il y ait grossesse il faut la réunion de l'élément mâle avec l'élément femelle. L'ovule provient de l'ovaire, il est donc nécessaire que le tissu ovarien contienne des follicules de Graaf. Dans la période de la vie génitale de la femme, et même en dehors, on voit assez souvent se produire des affections de l'ovaire. Des tumeurs envahissent la glande femelle qui ne renferme plus que plus ou moins de tissu sain. L'affection atteint un ovaire mais aussi quelquefois les deux ovaires présentent des altérations de nature semblable ou même des altérations différentes.

Malgré cela, la conception est souvent possible, et nous en trouvons la preuve dans les nombreuses observations publiées dans les annales de la science. Souvent, après une constatation faite par le médecin d'une tumeur siégeant sur l'un des ovaires, on voit se produire une grossesse. Il est bien évident que l'ovaire sain peut avoir fait les frais de l'ovulation et que dans ces cas les phénomènes intimes de l'imprégnation de l'ovule ont pu se produire comme dans les circonstances habituelles. Ainsi, lavé riflcation anatomique peut dans certains cas nous révéler l'exis tence du corps jaune sur l'ovaire sain.

Mais, même dans les cas où les ovaires ont été tous deux malades on a pu voir survenir une grossesse, c'est ce que démontrent les faits de Holst (1), de Hofer (2), de Hewlett (3), de Spiegelberg (4) (deux cas). Il est bien évident que dans ces cas une petite portion de tissu ovarien sain existait à un moment donné et pouvait fournir l'ovule qui sera fécondé. Spencer Wells estime qu'un petit ovaire supplémentaire peut dans des cas semblables jouer'jUn rôle important.

Si nous trouvons dans cette destruction du tissu de l'ovaire

(1) BeitrUge zur Gijnœk. und Geb., Hft. 2, 1867, p. 156.

(2) Grdcfe's und Wallher's, J. d. C/dr., III, Hft. 3, n» 5, p. 422.

(3) Locock. In Med. chir. Trans., vol. XYII, 1832, p. 226.

(4) Monatsch. f. Geb., XXX, 1832, p. 226. — Ilempcl. Arch. f. Gyn., VII, p. D56, 187D,

une raison qui peut expliquer une diminution dans la faculté de procréer, nous trouverons encore un autre élément de cette diminution dans les dislocations, les déplacements, les adhérences des organes génitaux internes. L'ovaire kystique se place généralement, lorsqu'il est petit, soit vers le cul-de-sac de Douglas, soit dans la fossette rétro'^-ovarienne de Sappey, rarement en avant ; quand il prend un grand développement il s'élève le plus souvent au-dessus du petit bassin. Il se fixe dans].bien des cas, par des adhérences avec les organes du voisinage. li en résulte donc souvent un déplacement utérin, une déviation de cet [organe, antéposition, rétroposition, inclinaison latérale, et d'autre part, une absence de rapport de la trompe avec l'ovaire, toutes causes qui mettront un obstacle à la réunion des ovules avec les spermatozoïdes.

On s'est par conséquent préoccupé de savoir à quel degré on pouvait estimer cette diminution dans la faculté de concevoir. Simpson (1) admet que chez les femmes mariées 1 sur 10 est stérile, dans les conditions ordinaires, tandis que 1 est stérile sur 3 ou 4 femmes atteintes de tumeurs de l'ovaire, c'est-à-dire 33 p. 100 à 25 p. 100. Veit (2) donne la proportion de 34 p. 100 femmes stériles dans les mêmes conditions, Martin (3) 34 p. 100, Olshausen (4) 16,8 p. 100, Howitz 14,6 p. 100. Il est évident que par des statistiques on s'expose à compter comme cas de stérilité due aux tumeurs de l'ovaire des cas dans lesquels existait une cause de stérilité plus ou moins méconnue (stérilité provevenant du mari). Quoiqu'il en soit, les femmes atteintes de tumeurs ovariques procréent moins que les autres ; on a pu cependant chez des femmes atteintes de kystes de l'ovaire voir plusieurs grossesses se succéder pendant que le kyste se développait de son côté. On a même pu voir des grossesses gémellaires comme l'ont observé Park dans un cas d'accouchement prématuré provoqué, et à terme, Merriman, Athill, Sp. Wells, Olier, Kaltenbach ; Rogers une grossesse trigémellaire.

(1) Diseases of women, p. 411.

(2) 0\s,\vdM5&^\Die Krankheiten der Ovariefi. — Hciberg, p. 74.

(3) Zeitsch. f. Geb. und Frauenk, Bd. I. Hft. l,p. 21. — Heibcrg, 74.

(4) Note 2,

La grossesse est donc possible, d'ailleurs le kyste peut se développer pendant une gestation et c'est ainsi que le médecin est quelquefois appelé à constater une grossesse compliquée d'un kyste ovarique.

La présence d'un kyste de l'ovaire pendant la gravidité est une véritable complication parce que le kyste par sa situation, son volume, gêne le développement de l'utérus gravide, parce que dans les dernières heures de la grossesse, dans l'acte final, l'accouchement, le kyste peut créer de grands obstacles, de grandes difficultés. Mais le kyste lui-même se trouve aussi influencé par la grossesse, et ainsi les troubles, les accidents qui sont sous la dépendance de la grossesse, retentissent de nouveau à leur tour sur l'organisme maternel, et sur l'organe gestateur en particulier. Grossesse et kyste se compliquent mutuellement, réciproquement, mais la grossesse en particulier peut être influencée par la présence du kyste lui-même et par les troubles et les accidents qu'elle peut occasionner du côté du kyste dont les connexions avec l'utérus sont d'une importance qu'il ne faut point méconnaître.

Nous devons donc établir l'influence que les kystes peuvent avoir sur la grossesse, les complications qu'ils entraînent. Puis nous verrons comment la grossesse en agissant sur les kystes peut subir le contre-coup de tous ces accidents; nous aurons, ainsi comme nous le pensons, établi comment la grossesse est compliquée parla présence d'un kyste de l'ovaire.

Nous devons diviser notre sujet en deux parties; la raison de cette division se trouve dans notre définition de la grossesse. Nous admettons que la grossesse va du moment de l'imprégnation de l'ovule jusqu'au moment où ce produit de conception est expulsé dans sa totalité : tant que l'œuf est dans la cavité utérine, autant dure la grossesse; la grossesse est terminée quand le fœtus avec ses annexes a abandonné ses connexions avec sa mère et ces connexions durent pendant l'acte de l'accouchement.

Ceci étant établi, il est nécessaire alors de diviser la grossesse en deux temps, et cela se comprend par la diiîérence qui sépare si complètement ces deux temps, et comme nous le verrons plus

tard, par les nouvelles complications, les nouvelles difficultés que le kyste occasionne pendant le travail.

Nous étudierons donc en premier lieu la grossesse (jusqu'au travail) compliquée de kyste ovarique ; puis dans la seconde partie, le travail (dernier temps de la grossesse) compliqué de kyste de l'ovaire.

Mais ces complications demandent de la part du médecin la connaissance d'un diagnostic exact. Ce diagnostic présente des difficultés parfois très grandes. Notre sujet comportera donc l'étude du diagnostic. Étant donné que l'existence d'un kyste de l'ovaire est une véritable complication pour la grossesse, qu'elle entraîne pour la mère et l'enfant des malaises, des dangers parfois très sérieux, le médecin se demandera quelle ligne de conduite il doit suivre dans cette complication et recherchera les moyens de prévenir les dangers, de les écarter quand ils apparaissent, en un mot de protéger et la vie de la mère et celle de l'enfant : c'est la question du traitement.

Il est bon, pensons-nous, de rechercher en premier lieu ce que deviennent les kystes de l'ovaire pendant la gravidité. Nous connaissons les modifications importantes qui se produisent du côté des organes génitaux pendant la gestation. Ces modifications se résument dans les phénomènes d'hypertrophie et d'augmentation de la vascularisation. Elles nous permettent de comprendre que ces tumeurs, «pr ton, doivent recevoir, en raison de leurs connexions avec les organes génitaux internes, un véritable coup de fouet, par le fait môme des modifications gravidiques. Les vaisseaux de ces tumeurs participent à l'augmentation de volume du territoire vasculaire utérin, ils pourront apporter à ces tumeurs plus de fluides nutritifs. Voilà un premier fait que nous devrons vérifier en faisant appel à l'opinion des gynécologistes et aux faits cliniques.

Un deuxième fait que nous devrons examiner, c'est l'influence de l'utérus qui s'élève du petit bassin dans la cavité de l'abdomen en augmentant de volume sous l'influence des progrès delà grossesse.

Enfin, troisièmement, l'ensemble des dispositions gravidiques expose le kyste plus particulièrement à un des accidents que présente parfois ce genre de tumeur.

Ce point établi, nous pourrons comprendre comment les kystes compliquent la grossesse, et par leur présence, leur volume, leur situation et par les accidents qui peuvent les atteindre pendant la grossesse, accidents qui retentiront à leur tour sur la gestation.

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