‹ De la grossesse utérine prolongée indéfinimentChapitre 12 sur 26 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Il n’est pas possible d’ajouter foi aux observations du siècle dernier, surtout à celles où il est dit que des femmes ont conçu de nouveau et ont accouché , alors que le premier fœtus était encore retenu dans la matrice. Qui donc peut croire que la semence de l’homme puisse passer par la matrice fermée, et déjà occupée par un fœtus, autour duquel elle s’est contractée, et parvenir jusqu’à l’ovaire ?

De pareilles observations sont rapportées par Bartholin, Wenckh, etc. Bartholin 1 raconte qu’une femme qui avait porté pendant 6 ans un fœtus mort dans l’utérus, fut de nouveau enceinte pendant ce temps.

1 Histor. anat. rar. Cent. IV, hist. XIV, t. II , p. 238.

Wenckh1 prétend avoir trouvé chez une femme, dans une nouvelle grossesse, des os d’un fœtus plus vieux.

Cela ne peut se concevoir que si l’on avait affaire à un utérus biloculaire, ou si l’on a confondu une grossesse utérine avec une grossesse tubaire, ou bien si l’utérus renfermait deux jumeaux, dont l’un, mort, a été macéré et dissous dans le liquide amniotique.

Les anciens, Hippocrate, Celse, Paul d’Egine, ont parlé de fœtus morts dans la matrice, et putréfiés. Albucasis a le 'premier décrit un cas dans lequel un fœtus est sorti par un abcès de l’ombilic (évidemment une grossesse extra-utérine). Il faut aller jusqu’à Rousset ( Hysterotomo tokie ) pour trouver de nouveaux cas. Daniel Sennert réunit les matériaux existants, et composa son chapitre intitulé : De parta nullo et fœtu in utero mortuo ((Euv. c. , t. III, p. 732,) : grossesses extra-utérines,

quoique l’auteur dise : Si er go par tus nullus fiat, et fœtus mortuus sit,

danda opéra ut, antequam putrescere incipiat, ex utero vel expellatur vel extrahatur. Sennert n’a fait aucune distinction — il écrivait il y a deux siècles — ; mais Sam. Merriman est tombé dans la même erreur dans son mémoire : Dissertation of rétroversion of tlie ivornb. Lond. 1810.

Différentes observations de ce genre sont rapportées par divers auteurs, qui prétendent avoir vu le fœtus renfermé dans la matrice pendant 2 ans (Nigrisoli2), 29 mois (De la Vergne3), 5 ans (Math. Cornax4), 6 ans (Büchner5), 9 ans (Schulz6), 12 ans (Camera-

iMisc. Nat. Cur. Dec. III, Ann. IV, obs. 87.

* Nigrisoli, De romana muliere per biennium utero gerente Guastall. 1665.

3De la Vergne in Journ. de méd., t. XIV, p. 440. 1761.

♦Math. Cornax, Hist. quinquennis fere gestationis in utero. Venet., 1550, in Halleri Bibl. med., t. II, p. 95. — Exsectio fœtus vivi ex mutre viva sine altcrutrius vitœ periculo , etc. a Fr. Rosseto gall. conscripta, Casp. Bauliino, Latio reddita et var. hist. aucta. Adjecta est Jo. Albosii Fœtus per ann. XXVIII in utero contenti et lapidefacti hist., etc., p. 228. Francf. 1601.

5Büchneri, Miscell. 1728, p. 822. — D. Georg. Hanæi Mater infantis mortui vivurn sepulchrum, in Epli. Nat. Cur. Ann. V, p. 352, obs. 174.

6 Schulz in Abhandlungen der schwed. Akademie, Bd. XXIX.

rius1), 13 ans (Hertogius2), 14 ans (Mühlbeck3), 28 ans (Bartholin4), 46 ans5.

C’est la lecture de ces cas qui a dû faire dire à Rœderer6, Fauteur le plus ancien qui parle des rétentions : « In ipso etiam utero fœtus quandoque in lithopaedion durescit. » Voigtel7 dit à ce sujet: « Plusieurs auteurs paraissent avoir observé qu’un fœtus mort était resté longtemps dans l’utérus. Si cela ne repose pas sur quelque erreur (et nous ne pouvons pas en admettre pour toutes les observations de ce genre , quand plusieurs des observateurs sont à ranger parmi les hommes dignes de foi) , il faut pourtant savoir que toujours un obstacle mécanique se trouvait situé à l’orifice utérin , joint à un affaiblissement des forces des muscles de l’utérus. » Il résulte de là que Yoigtel lui-même, quoiqu’il ne fût pas persuadé que ces cas s’étaient comportés comme ils ont été rapportés, admettait pourtant que cela ait pu avoir lieu.

Les accoucheurs et les médecins-légistes du siècle dernier et du commencement de ce siècle jusqu’à Carus, ne parlent pas des rétentions du fœtus dans l’utérus. Est-il permis d’attribuer ce silence à l’ignorance des faits rapportés avant eux ? Ne faut-il pas plutôt penser que ces hommes étaient persuadés que le phénomène en question ne pouvait absolument pas avoir lieu ou qu’il n’en existait du moins pas d’exemple indubitable.

D’après Osiander 8, la grossesse prolongée est très-variable quant à sa durée, suivant que l’œuf est dans la matrice ou en dehors de cet

1Camerarii Memorabil. Cent. XX, Nro. 55.

2 De muliere, quœ annis XIII, in utero gestavit seeletum fœtus mortui, etc., scripta ad M. Cornacem ab. Ægid. Hertogio. Medico in Exsectio fœt. vivi ex maire viva, etc., I. c. , p. 240, liist. III. — Halleri, Bibl. medic., vol. II, p. 85.

3 Abhandlungen der Joseph, med. chirurg. Akademie zu Wien, B. I. p. 225. 1787. * Collectanea de diuturna graviditate. Amst. 1662. — Bartholini, liist. anat. rar.

Cent. II , hist. C.

%Ephem. Nat. Cur., Cent. X, obs. 48.

eElem. art. obstet. 1759, p. 356.

7 Handbuch der pathol . Anat., Bd. 3, p. 518. Halle 1805.

8 Handhuch der Entbindungskunst , 1. Th., p. 340. 1819.

organe. Dans le premier cas, elle peut se prolonger pendant trois mois solaires, dans le dernier indéfiniment. Il ne parle pas d’une manière spéciale du séjour indéfini du fœtus dans la matrice, de sa décomposition, de sa résorption (absorption) ou putréfaction.

Kilian, ajoutant foi aux idées que Carus avait fait revivre et que les Allemands avaient adoptées après lui, croyait à la possibilité du séjour du fœtus dans la matrice pendant des années. Il cite les cas de Praël (28 ans), de Cheston (52 ans). Il en parle dans une note qui fait partie de l’article : Von den verschiedenen Schwangerschaften (T. I , p. 160, note a).

Page 1