‹ De la grossesse utérine prolongée indéfinimentChapitre 14 sur 26 · Nouvelle explication des grossesses prolongées · texte numérisé non relu

Nouvelle explication des grossesses prolongées

Nous avons rapporté les observations précédentes pour prouver qu’aussi longtemps qu’on s’est posé des questions comme la suivante : An potest fœtus extra uterum gigni , et qu’on a répondu négativement — negat — on a pu ajouter foi à ces histoires de grossesses utérines prolongées indéfiniment ; mais depuis que l’on sait que la conception peut avoir lieu en dehors de la matrice, et qu’une grossesse peut s’ensuivre, que cette grossesse peut dans certains cas arriver à terme, mais que l’expulsion du produit ne peut pas avoir lieu,, on a découvert l’énigme des grossesses prolongées : elles n’ont été que des grossesses extra-utérines, à la suite desquelles le fœtus mort a pu séjourner un temps trèslong dans la même place et même s’y pétrifier, et rester comme corps étranger dans l’économie jusqu’à la mort de la femme.

A partir de ce moment les exemples de grossesse utérine prolongée sont devenus très-rares. La plupart des physiologistes ont même commencé à douter de la possibilité du séjour prolongé d’un œuf mort dans la cavité utérine. Ce n’est qu’en invoquant l’anatomie comparée, en cherchant des exemples dans la littérature vétérinaire, qu’on a pu étayer ou qu’on a cherché à étayer l’ancienne doctrine, sans faire ressortir que dans les mammifères inférieurs les organes internes de la

génération, l’utérus notamment, diffèrent assez de ceux de la femme pour qu’on ne puisse pas conclure de l’observation sur des animaux à l’existence des mêmes phénomènes dans l’espèce humaine.

Mais tout d’abord on a invoqué l’anatomie pathologique, en affirmant que la dissection soignée de corps de femmes chez lesquelles on avait observé des grossesses prolongées au-delà du terme ordinaire possible, avait appris que l’œuf mort était réellement contenu dans la cavité utérine , sinon en totalité du moins en partie.

Pour montrer quel cas on peut faire de pareilles observations et de pareilles dissections, je vais rapporter ce que dit M. le professeur Stoltz au sujet des grossesses extra-utérines 1 :

<( La grossesse abdominale ne présente presque pas de signes différentiels d’avec la grossesse normale, puisqu’on ne s’en aperçoit d’ordinaire que quand le moment de l’accouchement est arrivé. C’est aussi l’espèce de grossesse extra-utérine qu’on confond le plus facilement avec la grossesse utérine , et qui a donné lieu aux méprises les plus singulières. Ainsi on a vu des médecins s’acharner a vouloir introduire la main pour faire la version, ou le forceps pour l’appliquer sur la tête, alors que la matrice était vide et le fœtus renfermé dans le péritoine ! Tl a déjà été dit que la plupart des grossesses prolongées des anciens auteurs et des modernes n’étaient que des grossesses extra-utérines abdominales. Ainsi, par exemple, W. Lawrence ( Medico-chirurg . Transact ., vol. Y, 181/f) donne l’histoire d’une grossesse utérine qui dura 52 ans (!), temps pendant lequel la matrice s’ossifia avec le fœtus! On pourrait rappeler une foule de méprises de ce genre. »

M. le professeur Stoltz a bien voulu nous communiquer un fait inédit de cette espèce qu’il a recueilli avec soin, de 1830 à 1832. Les anatomistes distingués qui ont examiné les pièces à conviction sont connus du monde savant. Ils ont cru longtemps avoir trouvé un fœtus ou plutôt un œuf entier mort, dans la matrice, et qui y avait séjourné

lNouv. dict. de méd. et de chir. prat. , art. Grossesse, t. XVII , p. 129. 1873

plus d’un an. Or, une dissection soignée de la pièce en question a permis à M. Stoltz de démontrer à ces mêmes anatomistes qu’ils s’étaient trompés, et qu’il s’agissait bien véritablement d’une grossesse extrautérine abdominale.

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