Observations analogues
Dans le vol. III, p. Ixk (1767), Kelly relate un cas tout à fait analogue au précédent.
Obs. VII. — Une femme qui avait déjà fait trois fausses couches devint enceinte une quatrième fois. Elle n’éprouva rien d’extraordinaire si ce n’est une certaine difficulté d’aller à la selle. Lorsqu’elle fut à terme elle sentit les douleurs de l’enfantement : celles-ci durèrent huit jours, mais l’accouchement ne se fit pas. Kelly, appelé alors, trouva, en explorant, la tète tellement engagée dans l’excavation, qu’il la touchait facilement avec un doigt, mais ce n’était pas à travers l’orifice utérin; celui-ci était situé très-haut, derrière la symphyse pubienne, le museau de tanche dur, proéminent, fermé. C’était donc entre le vagin et le rectum que cette tète était placée, de façon à pouvoir être facilement touchée par le vagin et par le rectum. Tandis que les hommes de l’art réunis en grand nombre, discutaient sur ce qu’il y avait à faire, une sage-femme qui avait été appelée, croyant que les membranes n’étaient pas percées, tenta , mais inutilement, de les déchirer avec les doigts. La femme mourut.
L’ouverture du cadavre, quoique faite à la hâte par Kelly, lui fît voir que la matrice était de grandeur ordinaire, ne contenait rien, que le fœtus était placé dans le ventre, la tête dans le cul-de-sac péritonéal postérieur. Il était à terme, sans signe de décomposition. Le placenta était fortement attaché au côté droit du péritoine, au mésentère et au ligament large. L’auteur conclut que l’œuf est tombé de l’ovaire dans le ventre.
Un cas beaucoup plus récent de grossesse extra-utérine, confondue avec une grossesse normale jusqu’au moment de l’autopsie, est celui qui est consigné dans la Gazette des Hôpitaux de 1846, n° 30, p. 119; mais ce cas se rapporte plutôt à une erreur de diagnostic pendant la vie de la femme.
En 1873, le Dr Touchard, de Sillé-le-Guillaume (Sarthe), a envoyé à l’Académie de médecine de Paris (le 1er juillet) une observation de grossesse terminée par Yenkystement fœtal dans l’utérus. L’Académie ne l’ayant pas publiée, nous nous sommes adressé au Dr Touchard, qui a bien voulu nous la communiquer.
Obs. VIII. — Une femme de Sillé-le-Guillaume (Sarthe), Marie Bellanger, âgée de vingt-quatre ans, mariée depuis six ans, ayant eu un enfant à dix-neuf ans, habituellement très-bien réglée et d’une très-bonne santé, fut prise en mars 1872 de vomissements avec absence de règles et crut à un commencement de grossesse. En mai, je constatai de petites fièvi'es d’accès.
En octobre je fus frappé du développement considérable de son ventre, qui était tel que je crus un instant à une ascite ; la palpation de l’abdomen me permit de constater la présence d’un liquide dans la poche péritonéale. Elle sentit les mouvements de l’enfant depuis la mi-août.
Le 3 décembre elle fut prise de douleurs intermittentes très-vives dans le ventre, dans les reins, et crut qu’elle allait accoucher. La sage-femme la toucha et acquit la certitude d’une grossesse presque à terme, mais le col de l’utérus ne présentant rien d’anormal, elle crut à une fausse alerte. La malade resta trois jours dans des douleurs analogues à celles de l’accouchement, mais pas une goutte de sang ne s’écoula du vagin, qui était le siège d’un écoulement presque continu.
Les douleurs diminuèrent, l’écoulement vaginal s’apaisa et vers la mi-janvier 1872 du sang en petite quantité sortit du vagin. Au dire de la malade, le sang
ne s’arrêta qu’au bout de trois à quatre jours et que «lorsqu’il lui fût sorti du corps de gros morceaux de viande». Au bout de quelques jours elle put reprendre les soins de son ménage. Elle affirme n’avoir pas senti les mouvements de l’enfant depuis la fausse alerte de décembre après laquelle «son lait avait gâté», et qu’elle considérait comme son véritable terme.
Le 24 février, le toucher vaginal , quoique le col fût fermé , me permit de sentir le ballottement dans l’utérus d’un corps solide que je ne pus croire être autre chose qu’un enfant.
Le masque disparut, les seins se dégonflèrent et ne donnèrent plus de lait à la pression ; le ventre diminua de volume et n’était plus comparable (en avril 1873) qu’à celui d’une femme enceinte de six à sept mois, contenant une tumeur mobile. Toute sensation de ballottement avait disparu. Les règles reparurent fin avril.
La femme B. vit encore aujourd’hui (juin 1877); au côté droit du ventre elle porte en bas une tumeur de la grosseur de deux poings, mobile, «qu’on transporte à volonté dans le haut du ventre » , à travers les parois duquel on sent les os de l’épaule et de la hanche. Cette femme a conçu à nouveau en septembre 1875 et est accouchée en juin 1876 d’un superbe enfant qu’elle allaite encore aujourd’hui. L’accouchement s’est fait très-naturellement.
L’auteur conclut que « les morceaux de viande » qu’elle dit avoir perdus en janvier 1873, sont probablement des débris du placenta qui, ayant ainsi privé l’enfant de toute communication vitale avec sa mère , ont fait que celui-ci a fini par s’enkyster dans l’utérus ou en dehors peut-être.
Il est étonnant que M. Touchard ne prononce pas une fois le nom de grossesse extra-utérine , attendu qu’il en a eu sous les yeux les symptômes les plus ordinaires : les « morceaux de viande qui sortirent du corps de la femme » n’étaient que des caillots de sang qu’elle a perdus avec la caduque qui a été expulsée.
Cette observation n’ayant été que mentionnée dans les procès-verbaux de l’Académie de médecine, on pouvait croire que c’était ce que M. Touchard croyait, une inclusion dans la matrice. La suite a prouvé l’erreur, car cette femme s’est bien portée, a conçu et est heureusement accouchée: le corps inégal, anguleux, qui existe toujours encore, est le fœtus extra-utérin.
De pareils faits ne sont pas très-rares. On a même vu des femmes
accoucher plusieurs fois en ayant encore dans le ventre le fœtus extrautérin 1 .
On trouve un certain nombre d’observations de cette espèce dans le recueil de Schenck intitulé : Observationum medicarum rararum, novarum, adrnirabilium et monstrosarum liber quartus. Frib. Brisg. 1596. De fœtibus in utero putrefactis , matribus sœpe perniciosis : aliquando vero salvis, etc., p. 3129 et suiv., mais il est certain que dans plus d’une de ces observations on a confondu des gestations extra-utérines avec la grossesse utérine. Les principales sont tirées du traité de Y Hystérotomotokie de Rousset. Dans la première, des os sont sortis par le rectum, la femme est morte et l’on a trouvé le reste du fœtus nageant dans un bourbier formé parla matrice décomposée... a qui bus ( medicis ) nilnisi ossa putrida et præcipue capitis ossa fuere inventa , idque magna cum admiratione , quomodo in hoc cœno uteri putrefacti subsistere potuerint. Dans la seconde il s’est écoulé de la sanie par le vagin ; après la mort on en a trouvé beaucoup dans le bas-ventre, absque utero (point de matrice2)... fœtus ossa aliquajam putrida, aliqua vero integra erant. Dans le troisième, l’auteur (Plater3) veut avoir fait revenir les règles, et la femme s’en est bien trouvée. Plus tard encore appelé, il lui mit un pessaire, unde mox chorda umbilicalis propendere cœpit. Celui-ci s’en alla par la putréfaction, l’accouchement n’eut pas lieu; une femme, pour Pexciter, lui malaxa le ventre ; il en résulta un écoulement de matières par le vagin. Cependant elle mourut dans la 20e semaine après les 10 mois de la grossesse; la matrice, une portion de l’épiploon et des muscles du bas-ventre étaient réduits en putrilage.
Ces erreurs n’ont pas seulement été commises en des temps où il
iNous remercions M. Touchard de la bonté qu’il a eue de nous communiquer son observation , car autrement , d’après la simple lecture du titre , il aurait fallu croire qu’il avait effectivement raison.
2Voyez une observation analogue, curieuse, dans Mondât: De la stérilité, 3e édit., p. 111. Paris 1829.
3Fel. Plateri, prof, basil. , Observationum, lib. I, p. 211 in § partus defectu. Basile» 1614.
était permis de se tromper en anatomie pathologique, mais elles l’ont encore été dans notre siècle, et l’observation de M. Stoltz prouve que de pareilles erreurs sont très-possibles.
Dans le 6e volume des Bulletins de la Faculté de médecine de Paris (1819), p. 321 l, on trouve une observation intitulée: Sur une opération césarienne spontanée , due à la gangrène , par A. Bertrand, chirurgien à Méry-sur-Seine, observation suivie de réflexions par M. Colin, et un rapport par Desormeaux, qui élève des doutes sur le siège du fœtus dans la matrice et où l’on a évidemment confondu (suivant nous) une grossesse extra-utérine avec une grossesse utérine.
Obs. IX. — Une femme de quarante ans avait accouché sept fois d’enfants vivants. Enceinte une huitième fois, arrivée à huit mois et demi de grossesse,* en faisant des mouvements violents, elle perdit par le vagin de Veau et du sang. Par le repos cet écoulement cessa, et quelque temps après, des symptômes inflammatoires annoncèrent un travail particulier dans le ventre. Puis il parut une tache rouge entre l’ombilic et le pubis, qui se convertit bientôt en eschare dont la chute livra passage à une grande quantité de matières puriformes et au cadavre décomposé d’un foetus qui parut à terme ; la femme guérit.
Peut-on invoquer en faveur de l’opinion contraire à la nôtre, c’est-àdire de ceux qui croient qu’un fœtus peut rester plus que neuf ou dix mois dans la matrice, des observations que l’on a faites sur des brebis qui constatent cette possibilité? D’abord la matrice de la brebis est autrement conformée que celle de la femme; en second lieu existe-t-il chez la brebis un travail mensuel de cet organe comme dans l’espèce humaine? Il est permis d’en douter.
Dans le cinquième volume des Bulletins de la Faculté de médecine de Paris, p. 192 et 19 b, le citoyen Huzard rapporte deux faits. Dans le premier, le fœtus de brebis est resté trois ans dans le ventre de sa mère, dans le second cinq mois après l’époque de l’agnelage. Dans un mémoire qui se trouve parmi ceux de l’Institut (t. 2, p. 295) il a rassemblé tous ceux qui se rapportent au même sujet (en prairial an Y).
‘Voir Journ. <jén. de méd.. de chir. et de pharrn., t. G7, p. 141 (mai 1819).
GG