Rétention au-delà du terme
Jusqu’ici nous n’avons exposé que des faits en harmonie avec les idées reçues, parfaitement explicables par la science et justifiés par de nombreuses observations. La question que nous allons aborder est loin dffrir les mêmes caractères.
Le fœtus mort peut-il même , dans des cas exceptionnels , être encore retenu si longtemps dans l’utérus que la gestation dépasse le terme normal de la durée de la grossesse, ou même peut-il rester indéfiniment dans l'utérus?
C’est ce que nous ne pouvons admettre. Passons donc en revue les différents auteurs qui ont cru devoir défendre ou au moins accepter cette opinion.
Si nous connaissions ce qui donne la première impulsion à la naissance des douleurs, et pourquoi celles-ci augmentent alors constamment jusqu’à l’expulsion de l’enfant mûr, nous pourrions examiner dans quelles circonstances le fœtus pourrait quelquefois être retenu indéfiniment dans la matrice. En attendant, il faut nous contenter de réunir le plus possible de cas donnés comme tels, pour apprendre s’il y a des conditions qui peuvent permettre la rétention, et jusqu’à quel point on peut les admettre.
Le fœtus ainsi que l’œuf peuvent se comporter dans ces cas de différentes façons, dit Schrœder. Quelquefois le fœtus se ratatine sur lui-même, et l’œuf est expulsé au bout d’un temps plus ou moins long. Il cite Manget1, qui a publié une observation de Langelott, dans laquelle un fœtus mort au 5e mois ne fut expulsé qu’au bout de 12 mois à l’état desséché. Ce cas nous est trop incomplètement connu pour que nous puissions le critiquer.
Johns2, dit-il, a observé deux cas dans lesquels des fœtus de 6 mois ne furent expulsés que 5 ou 6 mois après leur mort. Nous n’avons pu trouver que l’un de ces 2 cas (août 1855) : Dernières règles le 11 juin, accouchement d’un fœtus momifié de 6 mois le 11 avril, donc un retard de 3 semaines seulement, qui peut être expliqué de bien des manières, s’il n’y a pas eu erreur de calcul ou de date.
Olshausen3, dit Schrœder, rapporte un cas où un fœtus de 3 mois momifié fut retenu pendant 8 mois et demi. Olshausen ne dit pas cela; il dit qu’il fut retenu jusqu’à 8 mois et demi après ta conception ; ce qui est bien différent.
Dans le cas d’Andrews (Americ. Journ. of med. sc. 4) , une enceinte
• Bibl. med. pract. , vol. III, p. 814. Genf 1696.
* Dublin quart. J., août 1855, p. 63.
3 Berl. klin. W. , n° 1, p. 7. 1871.
4 Cité in N. Zeitschr. f. Geb., Bd. IX, p. 287.
eut des douleurs et une hémorrhagie au terme normal ; l’accouchement n’eut pourtant pas lieu, il ne se fit que 9 mois après. Ainsi 18 mois après le début de la gestation un fœtus mort fut expulsé. Ce cas nous est trop incomplètement connu pour que nous puissions le discuter.
Nous manquons de détails sur le cas de Madge l, intéressant en ce que la malade qui, après il mois de grossesse, expulsa un fœtus momifié de k mois, était paralytique.
Fr. de Angelis2 a communiqué à VOsservatore medico di Napoli, luglio 1830, l’observation suivante d’un fœtus desséché sorti de l'utérus après 11 mois d’incubation :
Obs. XIV. — Une dame de quarante-cinq ans, qui n’était plus menstruée depuis la septième grossesse, rendit dix mois après la mort de son mari, au milieu de douleurs utérines très-intenses, un « fœtus desséché contenu dans une bourse, sans la perte d’une goutte de sang. Le fœtus, long de 8 pouces, paraissait s’être développé dans l’utérus cinq à six mois, être mort ensuite et resté dans l’utérus quatre ou cinq autres mois.»
D’après ce dernier calcul, cela ne ferait que 10 mois, même 9 et demi. On s’appuie surtout sur ce que l’expulsion n’eut lieu que 10 mois après la mort du mari : ce qui ne prouve rien scientifiquement. C’est donc à tort que Meissner 3 cite ce cas comme grossesse prolongée.
Si le fœtus meurt de bonne heure, continue Schrœder, il peut arriver que le placenta, et en réalité la partie fœtale de ce placenta, les villosités choriales, continuent à recevoir des matériaux nutritifs, à les absorber et à se développer.
Récemment, le Dr Mac-Mahon4 dit avoir observé un cas dans lequel un fœtus de k mois fut, avec les membranes, retenu 18 mois dans l’utérus. La femme était enceinte de k mois lorsqu’elle fut prise d’une hémorrhagie abondante et de douleurs comme dans l’avortement. Tout cela passa,
lBrit. med. J., 16 déc. 1871.
* Annali universali di medicina da Omodei , vol. LVI, p. 196. Milano, Ottobre 1830.
3Frauenzimmerkrankhciten , Bd. III, Abth. I, p. 424. Leipzig 1846.
1 Medico-chirurg . Review , janv. 1870, vol. XLV, p. 278.
et, 2 mois plus tard, reparurent l’hémorrhagie et les douleurs. Puis elle n’éprouva rien pendant toute une année, jusqu’à ce qu’enfin elle rendit un placenta déformé par la compression, qui renfermait un fœtus ratatiné de k mois. D’après son volume, le placenta devait avoir continué à se développer encore après les premiers signes de l’avortement (. Pacific med. and surg. J. 1869).
Il n’est pas question de savoir si cette femme était réglée ou non, ce qui est de la plus haute importance; elle a évidemment du avorter quand elle fut prise d’hémorrhagie abondante et de douleurs à lx mois de grossesse. Dans le courant de l’année elle a dû avoir une nouvelle conception dont le produit avorta encore au bout de h mois et fut expulsé quelque temps après. C’est, du reste, là un fait habituel qu’une femme prédisposée aux avortements n’arrive pas à mener à terme plusieurs grossesses successives et les voie même s’interrompre plusieurs fois de suite vers la même époque.
Un cas de ce genre est rapporté par Schrœder dans les Beitrage de Scanzoni1. Un œuf ratatiné de 2 ou 3 mois a été expulsé; la femme prétendait l’avoir porté pendant 12 mois dans son sein; mais on ne peut se fier, pour l’établir, à la déclaration d’une femme.
Un autre cas de cette espèce est relaté par Dohrn 2. Une femme avait eu ses règles pour la dernière fois au milieu de décembre 1859. Au 6e mois elle cessa de sentir les mouvements de l’enfant, et expulsa un fœtus ratatiné le 12 décembre 1860.
Tous les cas dont nous venons de parler sont donc des cas d’avortement interne avec expulsion à terme; dans aucun il n’y a rien qui prouve une rétention au-delà du terme normal de la gestation.
Mais abordons la question qui forme le fond de notre sujet. Passons en revue les auteurs qui admettent la rétention fœtale et examinons les observations dans lesquelles ils ont cru reconnaître de véritables grossesses utérines prolongées.
1 Würzburg, 7e vol., p. 23. 1870.
- Monatssch. f. G., t. XVIII, p. 151. 1861.