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Procédés employés pour calculer cette durée

Le coït fécondant est rarement connu chez la femme. Voilà pourquoi on a été obligé de prendre d’airtres points de départ.

La plupart des accoucheurs français, à l’exemple de Levret2, pour

lLehrbuch der Geburtshülfe , p. 78, 5. Aufl. Bonn 1877.

2 «Les femmes sont souvent si incertaines du temps où elles ont conçu, la plupart d’entre elles ont une façon de supputer ces mois si peu exempte d’erreur , qu’il y en a beaucoup qui accouchent plus tôt ou plus tard qu’elles ne croyaient, et dont le mé-

apprécier la durée de la grossesse , comptent neuf mois , en partant de la dernière époque menstruelle , et ajoutent quinze jours, afin de ne s’exposer qu’à une erreur de quinze jours au lieu d’un mois, en admettant que la fécondation puisse avoir lieu pendant toute la durée de la période menstruelle, à la fin du mois aussi bien qu’au commencement.

Les auteurs allemands ont adopté un procédé fondé sur cette opinion que la fécondation n’a guère lieu que dans les quatorze premiers jours de la période menstruelle, et comptent avec Nægele 280 jours, à partir du premier jour de la dernière époque menstruelle , ce qui fait neuf mois et sept jours.

D’autres comptent depuis le dernier jour de V écoulement menstruel, ce jour non compris, et trouvent 274 à 280 jours. C’est ce qu’admet Simpson d’Edimbourg1, d’après les recherches de Merriman, Murphy et Reid.

Duncan2 compte 278 jours, depuis la fin de la dernière menstrua-

compte se trouve quelquefois considérable. — L’expérience nous a appris que le terme le plus ordinaire de la grossesse des femmes est de 9 mois complets de 30 jours chacun ; cependant rien n’est si commun que d’entendre dire aux femmes grosses, que lorsqu’elles sont entrées dans le 9e mois, elles ne comptent plus, et qu’elles peuvent accoucher d’un jour à l’autre. Cette incertitude nous fait prendre ordinairement le parti de partager le différent par la moitié, afin de s’éloigner des extrêmes. Nous comptons donc qu’une femme qui a eu ses règles, par exemple, le 1er de tel ou tel mois, pourra accoucher vers la moitié de celui qui y répondra pour compter les 9 mois de la grossesse, en sorte que, quand le temps de la 9e révolution, de 30 jours chacune, sera arrivé, sans avoir eu ses règles, la femme sera censée à 8 mois et demi seulement et non à 9 mois complets, comme presque toutes le prétendent. Au sujet des 9 révolutions de 30 jours chacune, il ne faut pas s’arrêter aux variétés individuelles, parce que nous avons constamment observé que les femmes qui, hors la grossesse, ont habituellement leurs règles 13 ou 14 fois par an, comme celles qui les ont 10 ou 12 fois chaque année, n’en accouchent pas plus tôt ni plus tard. » (Levret, Nouvelles observations sur l'allaitement des enfants , § V, dans le Journ. de médecine , chirurg., pharm. de Roux, janv. 1772, t. 37, p. 55.)

1 Edinburgh Monthly Journal of Medical Science, p. 50, juillet 1853.

iEdinb. Med. J., nov. 1856.

tion. Les femmes de l’Écosse, dit-il, comptent 9 mois après le dernier jour des dernières règles.

Devilliers1 trouve que sur 103 accouchements, 39 ont lieu du 270e au 280e jour après la fin de la menstruation.

D’autres, comme Mattéi2, pensent que la ponte et, par conséquent., la fécondation, peuvent avoir lieu à toutes les époques du mois, et prennent ce point comme base pour compter les jours que dure la grossesse et prédire celui de l’accouchement. Mattéi conclut de ses recherches qu’en moyenne il se passe environ 265 jours3 entre la fécondation et l’expulsion du produit à terme.

Hecker4 donne ainsi à la grossesse une durée moyenne de 272 jours, Veit5 276 jours, Ahlfeld6 compte 271 jours à partir du coït fécondant, et, à défaut de cette indication, à partir du 7e ou 8e jour après le commencement de la dernière menstruation , ce qui conduit exactement au même résultat que le procédé de Nægele.

Wallichs7 a vu deux fois chez une femme la durée de la grossesse portée à 269 jours à partir de la cohabitation. Depaul8 compte de 265 à 270 jours. Gaston9 trouve 272 jours à partir du coït fécondant, sinon il compte à partir du jour de la cessation des dernières règles. Schmith10, de Varsovie, calcule la durée de la grossesse depuis le milieu de l'intervalle compris entre les dernières règles et le moment où elles auraient dû reparaître, et ajoute 270 jours.

Schwegel 11 trouve que l’espace compris entre le coït fécondant et l’ac-

I Revue médicale de 1847.

5 Mémoires de V Académie de médecine, 14 juillet 1863.

3Et non 285 comme le dit par erreur la thèse de Schmit, p. 12. Paris 1876.

*Klinik d. Geb., p. 33. 1861.

5 Verh . d. Ges. f. Geb. in Berlin, p. 102, Heft 7. 1853.

6M. f. G., XXXIV, p. 180 , 266.

7 Archiv f. Gynœk. , I, p. 162. 1870.

9Leç. de clin, obst., p. 100. 1872-1876.

9 Thèse de Paris, 1875.

^ Revue de thérap., 14, 1857.

II Wiener med. Wochenschrift , n° 44, 1857.

couchement cl’un enfant mur comporte au maximum 260 à 280 jours; entre la dernière menstruation et l’accouchement il trouve au maximum 270 à 290 jours. L’accouchement a lieu au maximum après 9 à 10 cycles menstruels.

D’autres ont cherché à établir une relation entre la durée de la grossesse et les 'périodes menstruelles.

Déjà Harvey1 écrivait en 1651 : «Les matrones expérimentées calculent d’après cette règle et se trompent rarement : elles notent le jour du mois où se montre habituellement le flux cataménial ; et lorsqu’il s’est écoulé dix mois lunaires, elles s’attendent à entrer en douleurs et à recueillir le fruit de la conception le jour même où, sans leur état de grossesse, les règles eussent coulé. »

Stark2, vers la fin du siècle dernier, émet aussi l’opinion que l’accouchement a lieu le plus souvent à l’époque où la menstruation devrait arriver pour la dixième fois après la conception.

Berthold 5 a calculé la durée de la grossesse sur sept femmes dont la menstruation était régulière, et il conclut que le travail débute de onze à quatorze jours avant le retour de la dixième époque à dater de la conception; «mais cela ne peut s’appliquer, ajoute ce judicieux observateur, aux femmes dont la menstruation est irrégulière, et pour établir ce calcul, il faut se reporter au cycle des dix périodes cataméniales précédentes.» *

Hohl4 dit également que l’accouchement a lieu ordinairement pendant la 10e époque menstruelle.

Mattéi, en 1863, dans un mémoire lu à l’Académie de médecine5, pose entre autres conclusions: « Le jour de la fécondation étant ordinairement

lGulielmi Harveii opéra omnia , a Coll. med. Londinensi édita, t. I, de Partu Exercitatio, p. 548, 1766.

* Archiv fur die Geburtshülfe , Bd. II, Stück 3, p. 15. Iena 1789.

’^Ueber das Gesetz der Schwangerschaftsdauer, in-4°. Gœttingen 1844. — Voir Comptes-Rendus de V Académie des sciences, t. XVIII , p. 1003, 1844.

4 Lehrbuch der Geburtshülfe , p. 412. Leipzig 1855.

5 Cité p. 9.

inconnu, on peut dater cette fécondation depuis la dernière apparition des règles et la durée de la grossesse d’après le nombre des menstruations qui manquent; en effet la congestion utérine continue chaque mois quand même il n’y a pas de sang perdu, et c’est ordinairement à une époque cataméniale que le produit est expulsé. — Le moment le plus habituel de l'arrivée de l’accouchement et qu’on peut indiquer d’avance est la 9e époque cataméniale après la fécondation. On peut compter une époque tous les 30 jours ou par mois solaire, quand même les règles ne suivraient pas cette période. » — « Des accouchements dits à terme, plus de la moitié arrive exactement dans le cours de la 9e époque cataméniale qui a manqué après la fécondation. 1 »

et Pour abréger le calcul, dit-il ailleurs2, je compte quatre époques cataméniales en arrière en y comprenant la dernière menstruation venue. Le 1er mois qui a suivi la dernière apparition des règles peut seul varier; les 8 mois suivants sont tous de 30 jours, soit 2/|.0 jours. Si le 1er mois était aussi de 30 jours, la durée exacte de la grossesse serait de 270 ; or, sans compter les juifs, chez qui le coït n’est permis que 7 jours après la cessation des règles, il n’est pas fréquent qu’une femme mariée permette le rapprochement sexuel le lendemain des règles et lorsque les parties sont encore humectées par un écoulement muqueux ou avant qu’elle ait pris un bain de propreté. D’après ma manière de voir donc, dit-il, 270 jours sont la limite extrême des accouchements à terme. Si la fécondation peut se faire dans le cours du mois après la cessation des règles, le terme moyen sera de 265 jours environ. Si la règle religieuse des juifs est observée , aucun enfant ne naît chez eux avant 263 jours, quand il vient à terme. »

Joulin 3 rapporte la même idée : « Il paraît assez probable, dit-il, que, quelle que soit l’époque du coït fécondant, l’union des germes n’a lieu qu’au moment des règles, lorsque l’œuf est expulsé de l’ovaire. Ce point

‘Mattéi, Clinique obstétricale , vol. III, p. 527.

1 Annales de gynécologie , 2e sem. 1876, t. VI, p. 37.

3 Traité d'accouchements, p. 449 et 450. Paris 1867.

établi semblerait permettre de fixer lepoque de l’accouchement à peu près vers le retour d’une période menstruelle : ce serait la 9e si la fécondation a eu lieu immédiatement à la fin des dernières règles, et la 10e si elle ne s’est accomplie qu’au moment où' la lre menstruation qui a fait défaut devait se manifester. Les différentes méthodes qui ont été proposées pour supputer la grossesse aboutissent, en résumé, à choisir l’une ou l’autre de ces époques. »

Cette latitude d’un mois laissée au doute est, ajoute Joulin, un motif qui s’oppose à ce qu’on pronostique avec précision le terme de la grossesse.

Nægele1 s’exprime à ce sujet comme suit : « Si même certaines femmes peuvent indiquer le moment où elles ont conçu, on n’obtient qu’une évaluation approximative en comptant k0 semaines à partir de cette date; l’accouchement se règle sans contredit beaucoup plus souvent d’après la dernière période menstruelle que d’après le jour de la conception, c’est-à-dire qu’il a lieu à la 10e époque cataméniale après que les règles ont manqué neuf fois : ce qui fait juste 9 mois du calendrier et 7 jours. »

Lœwenhardt2 calcule l’époque de l’accouchement d’après la durée de l'intervalle compris entre les deux dernières menstruations qui ont précédé la grossesse. Le temps qui s’est écoulé depuis le 1er jour de l’avantdernière menstruation jusqu’au début de la dernière serait à regarder comme la 10e partie de la durée de la gestation. Selon les différences individuelles des périodes menstruelles, il admet avec Gederskjôld 260, 270, 280, 290, 300 jours, en comptant comme le premier jour de la gestation le premier jour de la dernière menstruation, et le jour de l’accouchement comme le dernier jour de la gestation.

Avec un intervalle de 26 jours entre l’avant-dernière et la dernière période menstruelle, la gestation durerait d’après cela 256 à 265 jours, etc.

1 Nægele et Grenser, Traité pratique de l’art des accouchements , trad. par Aubenas, p. 108. Paris 1869.

2Arch. f. Gyn. , p. 456.

Comme la durée la plus fréquente de l’intervalle est de 28 jours, la plupart des accouchements devraient se faire entre le 276e et le 285® jour, ce qui s’est vérifié 93 fois sur 145 cas, ainsi 38 °/0. L’époque de la fécondation, il croit devoir la fixer du 5e au 8e jour avant la menstruation suivante. Pendant la période menstruelle il ne peut pas y avoir de fécondation.

En Norvvège, Fayeet Vogt avaient fixé à 270 jours la durée moyenne de la gestation à partir du coït fécondant d’après 63 cas où cette date était connue, avec une latitude de 220 à 319 jours, comprenant donc Ô9 jours.

En Danemark, Ravn1 a réuni 31 cas où le jour de la fécondation a pu être fixé. Stadfeldt2en a réuni 34 à Copenhague. Ils prennent comme premier jour le lendemain du coït fécondant quand il avait eu lieu dans la soirée, et comptent jusqu’à la fin de l’accouchement. La durée moyenne pour tous les 65 cas fut de 271,8 jours: pour les 31 cas de Ravn 272,3 jours, pour les 34 cas de Stadfeldt 271,4 jours. Sur les 65 cas il n’y en eut pourtant que 5 dans lesquels la gestation se termina le 271e ou le 272e jour. Dans 32 cas, l’accouchement eut pourtant lieu entre le 270e et le 279® jour. La gestation la plus courte dura 250 jours, la plus longue 293 jours, les extrêmes laissant ainsi un espace de 43 jours.

Mais toutes ces recherches n’ont d’importance qu’au point de vue médico-légal, qui est obligé de partir du jour du coït fécondant, tandis qu’elles en ont beaucoup moins au point de vue physiologique pour la durée de la gestation, puisqu’il n’est pas possible de déterminer quand a lieu la véritable fécondation dans les voies génitales, et que la durée invariable de la gestation normale correspondant à l’évolution de l’œuf ne commence qu’à partir de l’union intime du sperme et de l’ovule.

D’après ses observations, Stadfeldt croit devoir admettre qu’un ovule peut aussi se détacher et être fécondé en dehors du retour régulier des périodes d’ovulation, qu’il peut se détacher en tout temps, quand l’exci-

1 Om Svangerskabets Grândser. Kôbenhavn 1856.

*Nord. med. ark., VII, 4, n° 25, p. 7. 1875.

tation nécessaire, par exemple le coït, arrive à agir sur l’ovaire, tandis qu’autrefois on admettait généralement que l’œuf fécondé se détachait d’ordinaire lors de la dernière menstruation avant la gestation. Récemment des voix autorisées se sont élevées pour faire admettre que ce n’est que l’œuf de la période menstruelle manquante qui est fécondé.

Stadfeldt a donc calculé la durée de la gestation au point de vue phy- . siologique comme suit: 1° depuis la dernière période menstruelle, ce qui lui donna dans 26 cas une durée moyenne de 280 jours ; la plus courte fut de 2/j.Zj. jours, la plus longue de 30/*, donc un intervalle de 60 jours; 2° dans 2/j. cas, où il chercha à fixer l’époque de la première suppression, la durée moyenne calculée à partir de ce jour fut de 25ù jours, la plus courte de 2/fO, la plus longue de 273, donc un intervalle de 33 jours. Si maintenant on admet que la fécondation de l’œuf a lieu 8 à 10 jours avant la première suppression menstruelle, la durée moyenne de la gestation au point de vue physiologique ne pourrait varier, d’après Stadfeldt, qu’entre 260 et 26ù jours.

Tout le monde s’accorde à dire que la menstruation est un phénomène périodique, et le nom de règles que nous lui donnons en est une preuve; mais l’ovulation est soumise à un grand nombre d’influences hygiéniques, individuelles, pathologiques, dont il faut tenir compte : de même aussi la grossesse. Je ne veux certes pas m’exercer à prouver, envers et contre la statistique, que toutes les femmes qui conçoivent le même jour et qui ont leur période menstruelle à la même époque , doivent, au bout de neuf mois, entrer en travail juste au même moment; mais je pense que la grossesse n’est, après tout, que le développement d’un ovule fécondé, que ce développement a une fin bien déterminée, et que le fait même de ce terme accompli est la cause prochaine du début du travail. J’ajoute enfin que cette évolution de l’œuf a une durée fixe, et quand nous observons des déviations de ce type normal, cela tient à des influences dont nous devons pouvoir nous rendre compte; nous en avons d’ailleurs un exemple dans les déviations de la périodicité menstruelle, qui est, comme on sait, le phénomène régulier par excellence.

Nous savons donc extrêmement peu sur la durée exacte de la gestation humaine. Le début de cette fonction nous est si complètement inconnu, que nous ne savons même pas encore si c’est l’ovule éliminé lors de la dernière menstruation qui est fécondé, ou si c’est celui de la période d’ovulation suivante. Cette dernière opinion devient de plus en plus probable.

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