‹ De la grossesse utérine prolongée indéfinimentChapitre 9 sur 26 · Extrême limite assignée à la prolongation · texte numérisé non relu

Extrême limite assignée à la prolongation

Simpson 4, admettant la possibilité de la prolongation de la gestation humaine au-delà de sa durée normale ordinaire, se pose une autre question : quelle est l’extrême limite de cette prolongation, ou, en d’autres termes, combien de jours au-delà de la période normale de la grossesse est-il possible à une femme de porter un enfant? Je confesse, dit-il, que plusieurs des derniers cas relevés, particulièrement par nos confrères d’Amérique, me semblent dépasser les bornes de cette possibilité. Ainsi, le Dr Meigs, de Philadelphie, a rapporté un cas d’après des « détails » qu’il regarde comme « dignes de foi », où une femme se sup-

1 Clinique obstétricale , p. 73

posa elle-même enceinte en juillet 1839, sentit remuer son enfant le 20 novembre, eut de fausses douleurs le 10 avril, mais l’enfant ne naquit que le « 13 septembre 1840, au matin »; la grossesse, suivant le Dr Meigs, ayant ainsi duré près de 14 mois ou 420 jours1.

Le professeur Atlee, de Philadelphie, a publié deux cas de prolongation de la grossesse qu’il a observés personnellement. Dans le premier, la femme eut ses règles le 22 mars 1832, sentit remuer le 5 août suivant, et fut accouchée par le forceps le 22 mars 1833. C’était sa quatrième grossesse. Dans le deuxième cas du Dr Atlee, la femme vit paraître ses règles pour la dernière fois le 6 août 1833. Le Dr Atlee, qui déclare « n’avoir pas le moindre doute sur la véracité des cas ci-dessus » , imagine, à cause de la date de la sensation des mouvements de l’enfant chez les deux femmes, qu’elles devinrent enceintes peu après leur dernière époque menstruelle, et que, par conséquent, dans les deux exemples, la grossesse dura presque 365 jours.

Le Dr Tucker 2 rapporte avec certains développements l’opinion de la Cour américaine relativement à la possibilité de la prolongation de la grossesse à propos d’un procès en bâtardise à la « Lancaster Quarter Session ». Dans ce cas , la demanderesse assurait que son enfant avait été conçu le 23 mars 1845 et était né le 30 janvier 1846^ ce qui faisait une grossesse de 313 jours, ou 2 jours de plus que la durée attribuée à la gestation — 311 jours — dans l’affaire de la pairie de Gardner. Dans le procès américain, six médecins se prononcèrent plus ou moins positivement contre la possibilité de sa prolongation jusqu’à 313 jours. En s’adressant au jury, le président de la Cour fut d’avis que la grossesse prolongée durant une période de 3J3 jours, «quoique extraordinaire et improbable, n’était pas impossible», et, en conformité de cet avis, le jury déclara coupable le défendeur.

Metzger 3, l’adversaire le plus décidé des naissances tardives , dit :

‘Meigs, Obstetrics, the Science and the Art , p. 230. 1852.

2 Eléments of Midwifery, p. 149.

3Ger. Med. , § 312, Anm. 6.

« Les naissances au terme de dix mois ne peuvent compter que si on veut parler de mois lunaires et non de mois solaires; une addition de quatre semaines est ou bien une fausseté formelle ou un expédient facile pour sauver l’honneur des dames contre la bienséance. Les grossesses de 11, 12 et 13 mois sont des mensonges patents. Celui qui peut soutenir sérieusement une pareille assertion doit avoir peu réfléchi sur la grossesse et l’accouchement. »

Au moyen-âge, l’auteur arabe Ebn Kotaiba1 parle de divers hommes célèbres, qui étaient nés dans le 16e mois et dans la 2% la 3e et la ke année, et les femmes de la descendance de Saidi étaient toutes enceintes de trente mois. Metzger fait la remarque suivante : « Pour de pareilles assertions, on tient compte de l’époque à laquelle elles ont été écrites; elles ressemblent aux contes des Mille et une nuits. »

Hyernaux 2 convient qu’à côté d’observations d’accouchements à onze et douze mois, rapportées par des hommes qu’il croit dignes de foi, il en est d’autres empreintes de trop d’exagération pour qu’on admette que des grossesses utérines aient duré pendant trois, quatre et cinq années.

Pour rendre suspecte la possibilité des naissances tardives, Metzger3 disait : « La naissance retardée est très-suspecte parce qu’elle se présente très-rarement, et n’est prétextée que quand il y a à cacher une cohabitation suspecte ou à attraper un héritage, — de la part de veuves ou de femmes mariées après le départ du mari ou d’enceintes non mariées — tandis que chez d’autres femmes qui peuvent indiquer d’une manière exacte et précise le moment sûr d’une cohabitation unique sans dessein et sans intérêt, le terme ordinaire de la gestation arrive avec la Û0e semaine. »

^eiske, Opusc. med., p. 24, sq.

* Traité pratique de l’art des accouchements, p. 201, 2° édit. Bruxelles 1866.

3Syst. der ger. A. W., § 302.

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