NOM
DE l’élève.
NOTES
M. BOHNAFONT.
NOTES Dü PROFESSEUR.
Peecetal . . .
Bouesaolt . .
Ledocx . . . .
^Bertramd. . .
Simonin. . . .
Néant...
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|On peut essayer de noui veau a le faire parler.
On ne peut rien obtenir de cet élève pour, la parole.
Id.
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Id.
Cette expérience clôt la séance.
Le classement établi à la hâte par M. Bonnafont a été d’accord avec celui de l’établissement, sauf 5 élèves mauvais qui devront quitter la classe d’articulation, et 3 qui en avaient été exclus et qui seraient susceptibles d’y rentrer.
D’après cette statistique, on voit que, sur 25 élèves examinés, 2 ont été notés excessivement bons, 9 très bons, â bons, 5 passables et 5 mauvais; et que, parmi les élèves que M. Blanchet a choisis pour ses expériences, 2 appartiennent aux excessivement bons, 8 aux très bons, 3 aux bons, 2 aux passables et 1 seulement aux mauvais; mais il est essentiel de faire observer que ce dernier avait parlé jusqu’à l’âge de neuf ans, et que les deux passables ne sont devenus sourds, l’un qu’à l’âge de six ans, et l’autre qu’à trois ans et demi, circonstances qui doivent donner plus d’espoir de leur faire recouvrer la parole. Du reste, tous ces élèves avaient suivi depuis plus ou moins de temps le cours d’articulation.
Je doute qu’il soit possible d’arriver à une appréciation plus rigoureuse de divers degrés de surdi-mutité. Ces expériences confirment aussi plus que jamais ce que j’ai avancé dans mon premier
DISCUSSION DO RAPPORT- 163
travail, à savoir qu’il n’y a que les sourds qui s’entendent qui soient aptes à prononcer quelques phrases satisfaisantes.
Ceux qui ne s'entendent pas meuvent les lèvres, et. malgré tous leurs efforts ne font sortir de leur bouche que des sons rauques et désagréables.
La seconde objection de M. Piorry est plus grave : elle attaque un point de physiologie important, et sur lequel j’appelle toute l’attention de l’Académie. Le savant rapporteur prétend que, par l’apposition du diapason sur le crâne, les sourds doivent éprouver une sensation sans doute, mais une sensation à laquelle le nerf auditif reste étranger.
Tous les physiologistes sont d’accord jusqu’à présent pour donner au nerf auditif seul la faculté de percevoir le son. Aucun autre organe de la sensibilité ne saurait le remplacer dans cette fonction. Il semblerait pourtant, d’après la question posée par le ministre à l’Académie, et par la réponse de la commission, dans sa neuvième coDclusiou, que le nerfs de sensibilité générales seraient susceptibles de recevoir l’impression des sons, et d’aider ainsi puissamment le nerf auditif.
C’est là une proposition plus que douteuse et à laquelle l’Académie ne peut donner son approbation sans plus ample informé.
Les nerfs de sensibilité générale, comme l’a fait observer le savant professeur de physiologie de la Faculté de médecine, M. Bérard, ne peuvetil recevoir que l’impression des vibrations des corps, et nullement le son qui en émane, à moins que les ondes sonores ne soient très intenses, comme cela peut arriver par l’acoumètre de M. Blanchet; mais alors le son arrive directement à 1 oreille, ou est transmis par les parties solides avec lesquelles le corps sonore est en contact.
Exemples : Ayant appliqué un diapason sur la pulpe des doigts des sourds-muets, qui l’entendaient bien sur le crâne et le thorax, quelques uns ont acxusé aussitôt une sensation, mais qui ne ressemblait nullement à celle qu’ils éprouvaient lorsque l’instrument était appliqué sur la tête. Un autre élève de M. Dubois, qui entendait bien le petit diapason à 2 centimètres de distance de l’oreille gauche, ne l’entendait pas du tout, même appliqué sur les différentes parties du crâne, du côté droit; preuve évidente qu’aucune autre partie des organes de la sensibilité générale ne saurait remplacer le nerf auditif absent
Dans le fait rapporté pour la première fois par notre illustre et regrettable maître, le baron Larrey, concernant l’invalide qui entendait le son par une perforation des os de la tète, ainsi que
dans les recherches de Savart sur la propagation du son par la voûte du crâne, il n’est jamais venu à l’esprit de ces expérimentateurs célèbres de penser que le nerf auditif fût étranger à cette perception.
Nous devons aussi dire deux mots en réponse à une objection de M. Jules Guérin. Nous avons admis en principe que, pour parler, il est nécessaire qu’on s'entende parler, et personne, même les sourds-muets, ne peut se soustraire à cette vérité physiologique. M. Guérin, qui ne croit pas cette condition indispensable pour que les sourds parlent, nous a reproché de n’avoir cité qu’un fait à l’appui de notre opinion. Il est vrai que nous n’en avions qu’un il y a quelque temps, mais aujourd’hui nous en possédons plusieurs. Nous avions dit qu’un individu, entendant et parlant, devenant assez sourd pour ne plus s'entendre parle)', arriverait graduellement à un mutisme dont la gravité serait en raison de la perte plus ou moins complète de l’ouïe. Plusieurs sourds-muets de l’établissement impérial et de l’institution de M. Dubois étant devenus sourds, les uns à l’âge de quatre ans, les autres de six à dix ans, et cjui par conséquent avaient entendu et parlé, sont entrés pourtant dans ces établissements affectés d’un mutisme complet chez la plupart, et moins prononcé chez quelques autres. Soumis à l’action du diapason, ces derniers ont montré que leur surdité était beaucoup moins avancée, et qu’ils pouvaient retirer un grand bénéfice de l’éducation orale.
Citons encore la guérison du sourd-muet, relatée par Fontenelle. Ce jeune homme avait entendu et parlé jusqu’à l’âge de huit ans, et tout à coup il perdit l’ouïe et insensiblement l’usage de la parole, d’où il résulta un mutisme complet. A vingt-quatre ans, il fut assez heureux pour recouvrer l’ouïe, et peu à peu la parole lui revint. On trouve encore plusieurs faits de ce genre dans tous les ouvrages spéciaux. M. Deleau, qui est grand partisan de l’articulation orale, et (lui, un des premiei-s, en a fait l’application en France, avoue aussi qu’elle ne peut profiter qu’aux sourds-muets qui entendent assez pour syllaher.
Or, je demande a l’honorable académicien comment il est possible d’expliquer la perte de la parole autrement que nous ne le faisons, lorsque surtout aucune altération appréciable n’a pu exister dans l’appareil vocal.
Nous devons aussi faire remarquer que c’est dans la catégorie de ceux que nous avons trouvés aptes à parler que M. Biancliet a choisi les élèves pour faire ses expériences avec l’acoumètre, et que dès lors il n’est nullement étonnant qu’il ait obtenu quelques résultats.
DISCOSSION Dü BAPPORT. 165
Mais que M. Blanchet ne se fuisse pas illusion sur la valeur de ses instruments pour améliorer l’ouïe. Un instrument sonore, si bruyant qu’il soit, et n’importe les parties du corps où on l’applique, ne saurait exercer aucune action sur le nerf auditif. Si donc notre confrère a été assez heureux pour obtenir quelques succès, il les doit à la bonne qualité de ses élèves et aux soins qu’il a pris pour les exercer à parler; succès auxquels le professeur d’articulation de l’établissement doit bien avoir sa part, puisque ces élèves n’ont pas cessé de suivre son cours, mais auxquels, suivant nous, l’acoumètre est resté totalement étranger.
Au reste, que ces bons résultats aient été obtenus par M. Blancbet ou par M. Volquin, ils démontrent suffisamment qu’avec delà persévérance et des exercices fréquents bien dirigés, on peut dépasser les limites si étroitement tracées par M. Menière. Pour arriver à ce but, une chose semble manquer à l’établissement impérial des sourds-muets : c’est un nombre suffisant de répétiteurs, ou mieux, comme l’a si bien dit l’abbé de l’Épée, de manœuvres de la parole agissant sous la direction du professeur d’articulation qui, malgré tout son zèle, ne peut suffire à un si grand nombre d’élèves. On sait que le fameux Portugais Pereira, le propagateur de la parole, déclarait ne pouvoir instruire que trois élèves à la fois.
M. Baudelocque m’a fait voir un jeune sourd-muet qu’à force de soins et de patience il est parvenu à faire parler et même chanter passablement. Les membres de la commission qui ont vu cet enfant, ont pu s’assurer de ce résultat. Mais en examinant la sensibilité des nerfs auditifs, j’ai constaté que le petit diapason était entendu appliqué sur le crâne et à la distance de 2 centimètres de l’oreille; que par conséquent cet enfant était apte à parler, et qu’il devait entendre la parole même à une certaine distance. Bien que cette cure fasse le plus grand honneur à notre conbère, elle a été faite dans la catégorie des jeunes infirmes qui jouissent d’un degré suffisant d’audition pour apprendre à parler et pour entendre la parole. Eh bien, à peu de chose près, tous les élèves choisis par M. Blanchet appartiennent à cette catégorie. L’Académie ne saurait se contenter de pareils résultats; il faut que ceux qui ont la prétention de faire parler et entendre les sourds-muets lui présentent des succès obtenus sur des sujets dont la cophose sera telle, que les diapasons ne seront nullement ou que très faiblement perçus sur le crâne.
Quant à l’efficacité d'un traitement médical, voici quelle est notre opinion, et je prie l’Académie de la prendre en sérieuse considération, parce qu’elle est basée sur des tentatives nombreuses de
moyens curatifs après plusieurs années d’expériences. Toutindividu atteint de cophose congéniale ou accidentelle, s’il n’entend le diapason qu’appliqué sur le crâne, sera rebelle à tout traitement ; si cet instrument est entendu à distance de l’oreille, il y aura peut-être quelques chances d’obtenir de l’amélioration ; mais si, au lieu d’un diapason, le sourd peut entendre le tic-tac d’une montre appliquée seulement sur le crâne (1), la guérison de la surdité sera presque certaine, parce que la perception du tic-tac de ta montre accuse l’intégrité des nerfs auditifs, et donne en même temps la certitude que la cause de l’infirmité siège dans une des parties de l’oreille moyenne, et devient par conséquent accessible aux bienfaits d’une médication rationnelle. Tous les sourds-muets qui se trouveront dans cette dernière condition seront donc susceptibles de guérison : il est à craindre seulement qu’il n’y en ait qu’un trop petit nombre.
Disons maintenant quelques mots sur la direction qu’il conviendrait, selon moi, de donner à l’éducation des sourds-muets. 11 faudrait, je crois, envisager leur position par rapport à eux-mêmes, à leur famille, à la société, et considérer ensuite dans laquelle de ces trois positions ils sont le plus généralement appelés à vivre.
Quoi qu’on fasse, tant que le muet ne parlera pas distinctement, et qu’il restera assez sourd pour ne pas entendre un peu la parole, il formera un homme exceptionnel dans la société. Privé des deux facultés les plus nécessaires aux relations sociales, il bornera, par instinct et par raison, les siennes à ses parents et à quelques amis.
Le sourd-muet est donc voué à une existence très sédentaire. Eh bien, dans cet état, vaudra-t-il mieux qu’il sache prononcer péniblement quelques phrases di.ssonnantes et décousues, difficiles à comprendre, et qui constitueront pour lui le moyen le plus habituel de transmettre sa pensée, souvent si féconde? et n’est-il pas préférable de lui apprendre le langage des signes, plus facile, moins fatigant, et au moyen duquel il traduira aussi bien que les personnes qui parlent, toutes ses impressions ?
(<) J’ai le regret de ne pouvoir partager cette opinion de M. Bonnafoat. Tous les médecins auristes emploient une montre pour apprécier le degré de surdité de leurs malades, mais lequel d'entre eux n’aura pas remarqué que certains individus, entendant très bien le tic-tac d'une montie, ne comprennent pas la parole, tandis que d'autres, qui entendent bien la parole, ne saisissent pas le bruit de la montre, même quand elle est appliquée sur l’oreille, ou, mieux encore, sur la région mastoïdienne? Ce mode d’expérimentation n’a qu’une valeur relative : on s’exposerait à de graves erreurs si l’on voulait s’en rapporter exclusivement à lui, P. M,
DISCUSSION DU RAPPORT
C’est là une'question complexe, dont la solution réclame un sérieux examen, et sur laquelle, avant de prendre aucune décision, l’Académie doit s’éclairer encore, si elle le juge convenable; car il faut qu’elle soit bien persuadée que le jugement qui sortira de son enceinte aura un grand retentissement et qu’il exercera une énorme influence sur le mode d’enseignement ultérieur qui sera adopté dans les établissements.
Pour suivre notre idée, nous allons essayer de montrer un sourdmuet, n’entendant rien, dont l’éducation aura été faite exclusivement par la méthode de l’articulation orale ét de la lecture sur lés lèvres. En quittant l’institution, où il aura parfaitement appris à lire sur les lèvres des professeurs et des autres élèves qu’il était habitué à voir à tout instant, il se trouvera bien certainement déroulé par la difficulté qu’il aura de lire sur les lèvres des personnes avec lesquelles il vivra et qui seront peu exercées à syllaber assez lentement la parole. En supposant même qu’elles se soient familiarisées avec cet exercice, les communications resteront toujours très lentes et très laborieuses; il faudra beaucoup de temps et de patience pour la plus légère explication; et, autre inconvénient, les relations ne pourront jamais s’établir à distance.
Les interlocuteurs seront donc toujours forcés de se tenir rapprochés, le parlant ayant les lèvres parfaitement éclairées et en face du sourd, qui, pour bien saisir les sens du discours, sera obligé de prêter une attention soutenue, et pour peu que le mouvement des lèvres sur lesquelles son regard est condamné à rester fixé ne lui soit pas familier, cette contention d’esprit se changera en une véritable torture. Dans cette perplexité, lorsqu’il sera obligé de répondre, et qu’il n’aura à sa disposition que quelques mots ou quelques phrases péniblement accentués, le sourd-muet regrettera bien certainement qu’on ne lui aitenseigné que ce mode de communiquer, et pour peu qu’il connaisse les signes, et il les inventera si on ne les lui a pas appris, il s’en servira pour les substituer fréquemment à l’articulation orale.
C’est probablement parce que les professeurs exclusifs de ce dernier mode connaissent la facilité avec laquelle le sôurd-muet préfère la mimique, qu’ils la proscrivent aussi sévèrement de leurs cours. Mais pourquoi donc le priver obstinément de ce moyen de communication si son intelligence s’en accommode mieux?
A l’appui de ces idées, je demande à l’Académie la permission de lui citer l’opinion de quelques sourds-muets qui à la mimique réunissent l’articulation orale à un degré aussi avancé qu’il soit possible de l’obtenir chez la plupart de leurs co-infirmes. Il me semble
168 DE LA GÜÉRISOS DE LA SÜRDI-MÜTITÉ.
que leur opinion doit bien avoir quelque valeur dans l’appréciation
des méthodes!
Lors de la distribution des prix à l’institution des sourds-muets de Toulouse, le 28 août 1852, M. Valette, professeur sourd-muet, devait prononcer le discours qu’il avait préparé pour cette solennité.
Voici comment M. Norbet-Duclos rend compte de cette fête de famille, dans un journal du pays :
« Le discours d’ouverture était déjà une surprise. C’est un des professeurs sourds-muets, M. Valette, qui en était l’auteur, et qui, chose merveilleuse, l’aurait prononcé lui-même au moyen de la parole artificielle, si l’on n’avait craint à la longue de fatiguer l’auditoire sous l’impression pénible de cette parole mécanique, sourde, heurtée, martelée, qui constitue la voix artificielle que l’on fait parler aux sourds-muets comme à des automates.»
Voici maintenant comment M. Valette lui, sourd-muet, et connaissant pai faitement la valeur de l’articulation orale et de la lecture sur les lèvres, apprécie la langue principale des sourds-muets :
« L’organe de la parole étant frappé d’impuissance chez le sourdmuet , par suite de la perte de l’ouïe, la nature lui devait une réparation. Cette réparation elle l’a donnée : elle a semé des voix inconnues sur les doigts, sur tous les traits de son visage, sur tous les mouvements de son cx)rps, et par ce moyen elle l’a mis en état d’exprimer sans difficulté, sans hésitation et avec une variété merveilleuse, sa volonté, ses passions, ses idées, ses sentiments aussi bien que .ses besoins, et cela par le jeu seul de la physionomie combiné avec l’attitude et le geste. »
Voici encore le fragment d’une lettre que M. Pélissier, professeur sourd-muet, écrivait à M Guersant en 1S42 ;
« Quant à la parole artificielle, je regrette que mon état de sourdmuet ne me donne aucun moyen d’empêcher (pi’on ne prenne mes observations pour des préventions égoïstes: mais lorsque la voix du sourd-muet a quelque chose de lugubre et de soutirant qui vous affecte; lorsqu’il ne peut prononcer un mot, une phrase qu’en faisant des efi’orts inouïs et très fatigants; lorsque le son de sa voix est inintelligible à ceux (jui n’ont pas l’habitude de l’entendre; lorsque enfin étant parvenu, par suite de travaux pénibles, à faire comprendre quelques sons familiers, il ne s’en trouve pas moins dans l’impossibilité de converser de cette manière, puisqu’il n’entendra jamais les réponses qui lui seront faites de vive voix, je demande s’il est sage ou même humain de lui imposer tant de fatigues, de ravir tant de temps à d’autres études bien autrement utiles pour le
DISCUSSION DU RAPPORT. 169
développement de ses facultés intellectuelles et pour la satisfaction de son âme? »
Maintenant je crois devoir rectifier, dans l’intérêt de la vérité, quelques erreurs qui se sont glissées dans la discussion relativement à l’Institution de Paris.
On vous a dit que l’administration avait toujours repoussé l’enseignement de la parole à cette institution. Cependant, si l’on veut se donner la peine de jeter un coup d’œil sur les actes concernant ce mode d’enseignement, on verra que de tout temps des efforts ont été tentés à cet effet, et que les résultats négatifs, pour le plus grand nombre des élèves, ont été pour beaucoup dans sa suspension. Un cours d’articulation existait dans cet établissement depuis plus de vingt ans ; mais il fut suspendu pendant un certain laps de temps, et cela à la suite de la perturbation jetée dans l’école par l’arrêté du conseil d’administration, approuvé par le ministre du commerce sur la proposition deM. Ordinaire, directeur de rinstilution.
Cet arrêté portait que le langage mimique serait exclusivement remplacé par l’articulation artificielle et l’art de lire sur les lèvres.
Eh bien, malgré tous les efforts et les louables intentions de M. Ordinaire, cet arrêté ne put être mis en vigueur que pendant peu de jours, tant il rencontra chez les élèves de répugnance à apprendre la parole. Le résultat de cet essai fut, comme cela arrive souvent, d’aller d’un extrême à un autre, d’une mesure absolue à une autre mesure absolue; de faire enfin supprimer le cours d’articulation (août 18.32).
Après le legs de 8 000 francs de rente laissé par Ttard, ce cours fut rétabli, le 2U janvier 18â3, par un arrêté de M. le ministre Ducliàtel, lequel arrêté portait cpie le cours d’articulation aurait lieu tous les jours de neuf à dix heures du matin. Cette classe a fonctionné ainsi jusqu’en 1852, époque où M. Delanneau, directeur actuel de rinsiitution, prit une nouvelle décision par laquelle, reconnaissant l’utilité extrême de l’articulation orale, il prescrivait que cet enseignement serait fait deux fois par jour, le matin de neuf à dix heures, et le soir de quatre heures et demie à cinq heures et demie.
Ainsi, depuis dix-huit mois environ, 70 élèves environ sont exercés à la parole et à la gymnastique labiale, deux heures environ par jour, au lieu d’une fois par semaine, comme l’a dit M. Jules Guérin.
Ce savant confrère vous a aussi beaucoup parlé des succès merveilleux obtenus en Allemagne par l’articulation orale.
Or voici à cet égard l’opinion de M. Kreuse, professeur à l’Institution royale des sourds-muets de Schleswig-Holstein, auteur de plusieurs ouvrages sur l’enseignement, et chargé de visiter 1^ principales institutions de sourds-muets de l’Europe aux frais du gouvernement danois.
M. Kreuse nous a assuré hier que le langage mimique est employé de préférence à la parole articulée dans toutes les écoles d’Allemagne, à l’exception de celle de Leipsick, ainsi qu’à cellede Zurich en Suisse. En Danemark et en Suèile, après avoir tenté infructueusement plusieurs fois ce mode d’instruction, on en est revenu à la mimique.
Toutes les statistiques nous apprennent que les trois quarts des sourds-muets appartiennent à la classe pauvre des campagnes, où ils sont voués aux travaux pénibles des champs ou à ceux d’un atelier, s’ils ont été assez heureux pour apprendre un état ; dans l’une comme dans l’autre condition, les individus ont besoin de communiquera distance. A cette classe de sourds-muets, du moins pour tous ceux qui ne seraient pas susceptibles de parler et d’entendre un peu la parole, mieux vaudrait, bien certainement les initier au langage mimique, langage dont ceux qui entourent les pauvres infirmes apprennent vite la valeur, ce qui leur permet de communiquer avec eux de près comme de loin. Depuis que je m’occupe de cette question, j’ai vu bon nombre de sourds-muets en province, et j’ai été toujours étonné de la facilité as-ec laquelle les parents et toutes les personnes qui avaient des relations fréquentes avec eux se faisaient bien comprendre, et, je le répète, je doute fort que l’articulation orale incomplète et la lecture des lèvres avec ses exigences puissent avoir les mêmes avantages.
Il est une classe peu nom’oreuse de sourds-muets chez laquelle il est possible et préférable, peut-être, de pousser plus loin ce mode d’instruction. Nous voulons parler des jeunes gens appartenant à des parents riches ou aisés. Dans cette condition, en elfet, les jeunes infirmes, entourés de toute la sollicitude de leur famille, seront moins isolés et pourront ainsi jouir du bénéfice de l’articulation orale et de la lecture sur les lèvres.
Si l’une et l’autre de ces méthodes d’enseignement a ses avantages et ses inconvénients suivant les conditions où doivent se trouver les sourds-muets, pourquoi ne pas les confondre, afin de faire disparaître la lacune si grande résultant de l’adoption exclusive de l’une d’elles? J’en demande pardon à mon savant et éloquent confrère, M. Bouvier, qui, partageant les idées admises à ce sujet, s’est prononcé avec tant de force en faveur de l’une à l’exclusion
DISCUSSION DO RAPPORT
de l’autre; mais ne reconnaît-il pas lui-même, et voudrait-il nier l’avantage immense que présentent si souvent les signes sur la parole bien articulée, et à plus forte raison sur celle qui ne s’échappe que par des cris dissonants et souvent incompréhensibles? Pourquoi donc exclure le langage mimique, alors qu’il est bien démontré qu’il constitue le mode le plus facile et le p'us complet d’exprimer sa pensée?
Pour nous, notre conviction est bien arrêtée, et, malgré l’autorité des hommes éminents qui se sont prononcés contre le mélange des deux systèmes, nous persistons à penser qu’ils peuvent et qu’ils doivent même être employés simultanément dans beaucoup de cas, et que ce serait le moyen de rendre l'éducation des sourds-muets beaucoup plus complète; car, possédant le langage oral et celui des signes, ils pourront employer l’iin ou l’autre mode de communication, selon les circonstances où ils se trouveront. Les résultats que nous avons constatés à l’Institution impériale démontrent l’avantage de cette éducation mixte et des secours que l’articulation orale et le langage mimique se portent mutuellement. Partisan du progrès, et le voulant aussi complet que possible, nous pensons qu’l! faut faire pénétrer l’enseignement de l’articulation orale et de la lecture sur les lèvres autant que cela se pourra chez les sourdsmuets ; mais il est des limites devant lesquelles tous les efforts viendront se briser, où la sagesse et l’humanité même vous commandent d’arrêter vos tentatives. L’important donc, comme vous l’a dit mon honorable maître, M. Bégin, c’est de bien préciser ces limites et d’indiquer ceux des sourds-muets qui seront classés en deçà et au delà. Eh bien, c’est ce que j’ai fait et ce que j’ai appris à faire d’une manière mathématique. Or, voici, d’après mes expériences, la proportion des divers degr s d’instruction que pourront recevoir les sourds-muets : Un cinquième environ entendant le petit diapason du sul de la troisième octave à un centimètre ou plus de l’oreille parviendra à parler assez bien ; nn cinquième entendant le diapason du do de la première octave, à la même distance, parlera beaucoup moins bien, la plupart même très mal; chez les autres, on n’obtiendra que des cris rauques et incompréhensibles, très désagréables à entendre. Ce serait donc les deux cinquièmes environ qui seraient susceptibles de recevoir les bénéfices plus ou moins complets de l’articulation orale.
Itard n’en portait le nombre qu’à un dixième, mais tous peuvent être plus ou moins bien initiés à la lecture sur les lèvres, puisque, pour cela, il n’est nullement besoin d’entendre.
Je n’ai certes pas la prétention de marquer ces limites d’une
manière absolue, car l’absolu n’appartient qu’à Dieu; mais, dans l’état actuel de nos connaissances, et d’après la conviction que depuis longtemps j’ai acquise, je ne crains pas de dire que vouloir dépasser ces limites dans l’enseignement oral à l’exclusion delà mimique, est une exagération préjudiciable à un trop grand nombre d’élèves; s’obstiner à faire parler un sourd-muet à qui la nature a refusé cette faculté, alors que par les signes il peut suppléer avantageusement à la parole, c’est étouffer sa pensée dans un cercle de fer, c’est enfin, et permettez-moi cette expression un peu énergique, condamner son intelligence aux travaux forcés à perpétuité !
Nous plaçons ici une seconde lettre de M. Valade Gabel. Elle contient des détails intéressants sur l’éducation des sourds-muets, elle relève des erreurs échappées à plusieurs orateurs qui ont soutenu les conclusions de la commission ; à 31. Guérin, en particulier, et à d’autres encore. L’auteur, en général prodigue de blâme, n’approuve guère que ce qu’il fait lui-même, c’est son droit, mais nous nous réservons le droit de discuter ses projets et de montrer ce qu’ils ont de vague et d’incertain.
A monsieur le Président et à Messieurs les membres de l'Académie impériale de médecine.
« Messieurs,
» C’est dans l’acte de la parole que réside l’une des plus éclatantes manifestations de l’alliance intime, de l’influence réciproque du physique et du moral ; aussi la question de surdi-mutité qui s’agite devant vous ne saurait-elle recevoir de solution sérieuse que par une double appréciation, une connaissance approfondie des fonctions qu’étudie le médecin et des facultés morales que le philosophe analyse et que l’instituteur dirige.
•U Tous ceux qui se dévouent à la cause des sourds-muets s’applaudissent de voir vos savantes discussions s’élever et s’agrandir à mesure qu’elles se prolongent.
» Ce n’est pas d’aujourd’hui, comme paraissent le croire quelques-uns de vos orateurs , que date l’attention donnée par la médecine aux moyens employés pour instruire ces natures exceptionnelles. Les travaux de Pierre de Castro, de Van Helmont, de Conrad Amman, attestent les services qu’elle leur a déjà rendus.
* Si votre savante compagnie se fait maintenant une juste idée de l’importance et de l’extrême difficulté des questions dont la solution lui est demandée, si elle se trouve actuellement à l’abri de toute surprise, elle n’a cependant pas encore réuni toutes les données du problème.
DISCUSSION DD RAPPORT
» Vous pardonnerez, messieurs, à un homme qui a consacré sa vie entière à l'élude des questions ardues sur lesquelles vous êtes appelés à répandre de nouvelles lumières, d’oser, pour la seconde fois, vous soumettre quelques observations.
» J’accepte la devise que prend, pour le corps médical, l’honorable M. Guérin : Medicus sum ; nihil a me medici alienum pulo ; mais vous ne trouverez pas mauvais que nous, instituteurs, nous explorions à notre point de vue une partie de ce vaste domaine , et que , dans la dualité humaine, nous revendiquions au profit de l’âme le rôle qui lui appartient. — Vous nous permettrez également, messieurs, de réclamer contre des usurpations flagrantes, et de montrer qu’à une question complexe de sa nature vous serez inévitablement amenés à faire une réponse multiple.
» A quoi servirait de le nier? La perfection des sens de relation est une condition qui, dans l’enfance, favorise merveilleusement le développement des facultés intellectuelles et l’acquisition des idées; mais l’intelligence peut s’exercer et s’étendre par des voies autres que l’ouïe, par exemple, et, quand elle a pris toutes ses forces, acquis toute son activité, elle remédie, dans une certaine mesure , au défaut de perfection du système sensoriel.
» Je proteste donc énergiquement, et tous les philosophes spiritualistes protesteront avec moi (t), contre l’arrêt que M. le docteur Menière n’a pas craint de prononcer : Non, l’enfant qui apporte, en venant au monde, une certaine faiblesse d’ouïe, n’est pas irrévocablement condamné à rester sourdmuet. — Pour l’ouïe, comme pour la vue, l’attention et la perspicacité peuvent, ainsi que nous l'avons dit, remplir les lacunes qui existent dans la perception des signes de la pensée.
» A des dénégations hasardées je réponds par des faits positifs. Dans la famille X., de Bruxelles, se trouvent deux enfants très intelligents qui, restés sourds jusqu’à l’âge de six et huit ans, ont recouvré partiellement l’audition, et consécutivement la parole; enfin, je connais à Paris quatre sujets demi-sourds dont l’instruction , grâce au dévouement maternel, se fait avec un plein succès par l’écriture et la parole perçue exclusivement par l’oreille.
(4) Nous ne comprenons pas bien le motif de celte apostrophe. M. Valade-Gabel, en se plaçant parmi les philosophes spiritualistes, nous relègue sans doute parmi les matérialistes , mais de quel droit et sur quel fondement s’appuie-t-il pour opérer ce classement arbitraire ? Nous disons qu’avec une certaine faiblesse d’ouïe , l’enfant nouveau-né restera .sourdmuet. Cette proposition n’a rien de téméraire. Prouvez que vous guérissez cette surdité, que vous donnez à l’enfant ce qui lui manque, et nous serons dvotreavis. P. M.
17i DE LA GtÉRlSON DK LA SÜRDI-MDTITÉ.
» Itard a déclaré « que les sourds au troisième degré jouissent d’une » audition pour le moins égale à celle qu’ont conservée nombre de per- » sonnes devenues accidentellement sourdes dans le cours de la vie, et qui » n’en restent pas moins aptes à saisir le langage parlé, quand la parole ® leur est adressée à haute voix et directement. On conçoit la différence, « ajoute t-il.
» Pour ceux-ci la perception de la moitié d’un mot, et même d'une » phrase, fait deviner le reste ; mais nos demi-sourds natifs ne sachant » rien , ne peuvent rien supposer , et ce qu’ils n’entendent pas compléte- » ment n’a pas de sens pour eux (< ). »
* Tout cela est d'une irréprochable exactitude. Qu’en conclure, sinon que, pour racheter ces pauvres enfants, il faut leur faire acquérir , après l’affaiblissement de l’ouïe, ce que les premiers se sont approprié antérieurement ?
» Itard n’a donc pas désespéré, lui, de rendre à la plénitude des relations sociales les sourds au premier et au deuxième degré ; évidemment le sort des enfants atteints de surdité au troisième degré dépend d’une pédagogie plus avancée que la pédagogie contemporaine de votre illustre confrère.
» Après avoir protesté contre des assertions erronées (2) qui prennent une haute gravité de la position officielle de leur auteur, souffrez, messieurs, que je signale les conséquences inexactes que le savant et honorable M. Bousquet a déduites du rapprochement opéré entre le sourd-muet qui recouvre la sensibilité auditive, et l’aveugle qui est remis en possession de la vue. Pour que le rapprochement soit juste, il doit être complet. A la double fonction , passive d'abord, ensuite active, que remplissent l’œil et l’oreille, fonctions rendues par les mots voir et regarder, entendre et écouter, vient s'ajouter l’action intelligente de l’œil sur la main, de l’oreille sur l’instrument vocal. Or, l'honorable M. Bousquet semble ne pas se douter que la langue est placée sous la dépendance de l’ouïe au même litre que la main sous la dépendance de la vue.
» Qu’un aveugle de naissance recouvre la vue : bientôt à l’usage direct
(4 ) Deuxième rapport à l’administration sur les sourds-muets incomplets, octobre 182i.
(2) Une semblable protestation a peu de valeur, surtout quand elle s’appuie sur des exemples tout personnels à l’auteur, sur ces demi-sourds de Bruxelles ou de Paris , faits sans contrôle , indiqués à notre admiration, proposés à notre confiance. Il n’y a rien là de scientifique, M. Yalade Gabe! nous permettra d’attendre un plus ample informé. On parle tant de guérisons de sourds-muets, qu’il nous est bien permis de conserver des doutes.
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de ce sens il joindra l’aptitude à régler les mouvements généraux de la main ; il se servira de cet organe pour saisir les objets à sa convenance , pour écarter les objets nuisibles ; nous sommes loin de le contester. Nous accordons même, si l'on veut, qu’il ne confondra pas entre eux les caractères de l’alphabet; mais pour cela saura-t-il lire? saura-t-il s'exprimer par écrit ? quel temps ne lui faudra-t-il pas pour apprendre à reproduire par le dessin les formes des objets, le jeu de la lumière et de l’ombre?
. » Et quand de longs et pénibles efforts nous sont indispensables, à nous, pour apprendre une langue étrangère ,, on veut que le sourd guéri (<), quelles que soient les circonstances qui ont précédé ou qui accompagnent sa guérison , s’approprie en quelques mois , et de lui-même, la connaissance, idées et mots, do la langue maternelle ! On veut qu'en aussi peu de temps il donne à l’appareil vocal engourdi souplesse et dextérité, qu'il rompe avec des habitudes invétérées, qu’il imprime avec succès, aux forces de l’attention, une direction toute nouvelle î — Pour raisonner de la sorte il faut ne voir qu’un fait purement physiologique là où l’activité de l’âme joue le rôle le plus important.
» Vous paraissez unanimes, messieurs, à repousser des théories qui ne tendraient à rien moins qu’à faire considérer comme à peu près impossible tout progrès dans l'art de ramener à des conditions normales les fonctions de l'oreille altérées dans la première période de l’existence.
» Les instituteurs, mes collègues, eux aussi, ont foi aux progrès de leur art, et tous nous comptons sur votre concours. Mais serait-ce hâter la réalisation de ces progrès que de proposer, comme le fait M. Guérin, sans distinguer ni les degrés de surdité et d’intelligence, ni les époques d'invasion , de substituer , partout et pour tous les sourds , l’enseignement exclusif de la parole à l’enseignement par l’écriture et par les signes ?
ï M. Guérin qui , avec tant de verve et de talent, a fait sentir à votre commission la nécessité de se livrer à un examen plus sérieux des travaux de M. Blanchet, par une étrange aberration, sans s’être livré loi-même à l’étude comparée des résultats obtenus par deux méthodes qui,
(4) Personne ne demande l’impossible, mais tout le monde prétend le faire. C'est à ceux qui s'avancent avec tant de zèle à produire ces merveilleux résultats de leurs soins. Lé public, qui se passionne trop facilement pour des choses qu’il ne comprend guère, ne se montre pas exigeant envers les médecins et les instituteurs qui crient miracle' mais il est bien permis aux gens qui savent encore douter, de ne pas accepter sans examen ce qu’on veut lui faire admirer. Faites-nous voir des sourds-muets ayant cessé de l’être, des sourds-muets rendus à la société, et noos croirons alors, mais seulement alors. P. M.
176 DE LA GDÉRISON DE LA SÜRDI-MÜTITÉ.
l’une et l’antre, ont un mérite relatif très réel, M. Guérin voudrait, sur je ne sais quelles assertions avancées par je ne sais qui, rayer d'un trait de plume les travaux , les recherches, le fruit des méditations d une foule d'hommes dont, jusqu’à ce jour, les lumières et le désintéressement n’avaient pas été mis en doute I L’Académie ne se laissera point aller à de pareils entraînements.
» On peut avoir publié de gros volumes sur l’enseignement des sourds de naissance, sans être pour cela le moins du monde eu état d'innover utilement dans celte partie difficile de la pédagogie.
» Que penseriez-vous, messieurs, d’un homme qui annoncerait sérieusement aujourd’hui qu'il vient de découvrir dans le quinquina une action fébrifuge? Ce qu’une telle prétention aurait à vos yeux d’exorbitant et de na'if, ne dépasse pourtant point l’étonnement produit sur les instituteurs de sourds-muets par l’annonce des prétendues découvertes de M. le docteur Blanchet en matière d’enseignement.
» L’excipient dont on fait usage en médecine ne change pas l’action du médicament employé (î). — Quelques modifications introduites dans les procédés de l’enseignement ne constituent pas davantage une nouvelle méthode.
» Les ondes sonores font sur la sensibilité une impression qu’on a depuis longtemps utilisée pour donner les signaux qui règlent, dans les institutions , l'emploi de la journée ; l'acte de la phonation profluit aussi an toucher des sensations qui servent à faire apprécier le jeu des parties de l'instrument vocal non accessibles à la vue; aucun instituteur ne l’ignore, et tous ceux qui enseignent l’articulation ont mis cette observation à profit. Si donc M. Blanchet annoncequ’il a l'intention de tirer parti de ces sortes d'impressions, c’est qu’il se propose d'en faire la base d’une langue nouvelle ou, tout au moins, d'un moyen régulier de communication. Pour le coup, M. le docteur Blanchet peut être sûr que personne ne lui disputera l’honneur de la découverte.
t L’Académie ne tardera pas a le reconnaître : ce n’est pas assez d'avoir établi que M. le ministre de l'intérieur demande avec la solution d'une question médicale la solution d’une question de haute pédagogie; la question de pédagogie, elle-même, doit être subdivisée. Suivant que le mutisme est la conséquence d’une surdité congéniale ou d'une surdité acquise postérieurement au développement de la parole ; suivant que la surdité est
{<) C’est là une grosse erreur que relèveront tous les pharmaciens. Tel excipient anéantit l'action d’un médicament, tel autre l’exalte, tel autre la change complètement. Pourquoi parler une langue que l’on ne sait pas, pourquoi chercher des comparaisons dans une science qu’il faudrait avoir apprise? P. M.
DISCUSSION DD RAPPORT
complète ou incomplète, suivant que l’intelligence domine l’organisme ou est dominée par lui, il y a quatre voies différentes à suivre pour l’instruction des enfants dont le sort vous préoccupe à juste titre. C’est là, je pense, la principale cause du peu d’accord qui semble régner entre les instituteurs, comme aussi de la diversité des opinions qui se sont produites parmi vous. Catégorisation préalable des différents cas de surdité et de mutisme , tel doit être, si je ne me trompe , le point de départ du progrès si impatiemment attendu.
» J’ai l’honneur d’être, messieurs, avec les sentiments d’une respectueuse considération, votre très humble serviteur.
» Valade-Gabel ,
i> Direct, honor. de l’Instit. impér. des sourds-muets de Bordeaux, ancien professeur de l’École de Paris.
» t7 mai -1853. »