‹ De la guérison de la surdi-mutité et l'éducation des sourds-muetsChapitre 19 sur 23 · SÉA^'CE DU 21 JUIN · texte numérisé non relu

SÉA^'CE DU 21 JUIN

(Suite de la discussion sur le rapport de M. Piorrjr. )

M. le rapporteur étant absent,M. le secrétaire annuel donne lecture de la quatrième conclusion, conçue en ces termes :

« Les élèves de la première catégorie, c’est-à-dire ceux qui.peuvent encore entendre, doivent être séparés des autres sourds-muets, et il y aurait un inconvénient réel à les réunir dans des classes communes et dans un même établissement. Il en est surtout ainsi de ceux qui, ayant entendu et parlé dans leur enfance, auraient ensuite été frappés de surdi-mutité.

» Quant à ceux qui n’entendent en aucune façon et ne peuvent que lire la parole sur les lèvres, l’expérience n’a pas encore décidé suffisamment entre la méthode française, ou l’éducation par la mimique. et la méthode allemande, ou l’éducation par la parole.»

M. Bouvier cherche en vain, dans cette conclusion, une réponse à la question du ministre. La seule réponse formelle que l’on fasse, c’est que l’on ne sait, c’est que l’expérience ne s’est pas encore prononcée en ce qui concerne l’une des catégories. Sur tous les autres points, la réponse laisse des lacunes. M. Bouvier proposerait de modifier ainsi le membre de phrase qui concerne les élèves de la première catégorie : « II en est surtout ainsi des élèves qui, quoique sourds incurables, ont conservé la faculté de parler. » Si la commission, ajoute M. Bouvier, se rallie à cet amendement, je

discdssion dc rapport.

n’aurai rien à ajouter ; dans le cas contraire, je demande qu’il me soit réservé le droit de développer mon amendement. (Pendant cette courte allocution de M. Bouvier, M. le rapporteur a pris place à la tribune. )

M. Bégin invite M. le rapporteur à donner de nouveau lecture de la conclusion, et après celte lecture, il s’exprime en ces termes :

La commission a été mue par cette pensée qu’elle ne devait pas devancer l’expérience. La commission n’est actuellement, pas plus que qui que ce soit, en mesure de résoudre cette question. Que les sujets reconnus aptes à parler soient mis dans une classe spéciale, à part, et que l’on cesse de les confondre avec les sourds-muets incurables, rien de mieux, tout le monde est d’accord là-dessus; mais il faut borner à ceux-là seulement celte mesure. En restant dans ces limites, la commission est restée parfaitement dans le vrai.

M. LE PRÉSIDENT : Il résulte de ce que vient de dire M. Bégin, que la commission n’accepte pas la proposition faite par M. Bouvier.

M. Malgaigne : Je ne reconnais pas là la véritable pensée de la commission. La conclusion que vient de lire M. Piorry n’est pas celle dont la rédaction a été arrêtée en commission. Je demande, une fois pour toutes, que M. le rapporteur veuille bien lire les conclusions telles qu’elles ont été formulées par la commission et ne point y substituer sa propre rédaction.

M. Piorry : Si je n’ai pas lu la conclusion arrêtée par la commission, c’est qu’elle est écrite de la main de M. Malgaigne et qu’elle est illisible. (On rit.) On jugera, du reste, que les changements que j’y ai introduits n’en altèrent pas le sens. Voici le texte de la conclusion de la commission :

« Les élèves de la première catégorie, c’est-à-dire ceux qui peuvent encore entendre, doivent être séparés des autres sourds-muets, et il y aurait un inconvénient réel à les réunir dans des classes communes et dans un même établissement.

» Quant à ceux qui n’entendent en aucune façon et ne peuvent que lire la parole sur les lèvres, l’expérience n’a pas encore décidé entre l’éducation par là mimique et l’éducation par la parole.»

M. Bégin (pour une motion d’ordre) : L’Académie ne doit pas s’arrêter à discuter des points secondaires. Que l’on mette les sourds de la première catégorie dans un établissement ou dans un autre, ce n’est pas là notre affaire, c’est celle de l’administration. Ce qu’il est important d’examiner pour nous, c’est de savoir quels sont les sourds-muets qui devront être mis à part. Là est le point en discussion. La commission dit que l’expérience n’a pas prononcé à l’égard

S02 DE LA GBÉmSOS DE LA SDKDl-MüTlTÉ.

de ceux de !a deuxième catégorie; M. Bouvier prétend le contraire.

Là doit se borner la discussion.

— M. Bouvier monte à la tribune pour développer son amendement. A l’aspect d’une masse énorme de documents nouveaux, beaucoup de membres de l’Académie se récrient, quelques uns demandent la clôture; mais la parole est donnée à l’orateur, qui s’exprime en ces termes :

Je ne suppose pas, dit-il, que personne ici veuille étrangler la discussion. (Hilarité générale.) Je ii’admets pas que, par fatigue ou par tout autre motif, l’Académie veuille se refuser à discuter et se priver des quelques lumières qui pourraient être répandues encore sur le sujet en litige. Je me suis demandé, en voyant la fatigue de l’Académie et l’opposition que j’ai rencontrée, si je m’étais trompé dans l’opinion que j’ai embrassée, et après l’étude nouvelle quej’ai faite de la question, je suis resté convaincu que je devais persister dans le parti que j’ai soutenu jusqu’ici.

« Faire connaître également s’il y aurait avantage à ce que les « élèves composant les deux catégories ci-dessus désignées, les uns » pour retirer plus de bénéfice du traitement, les autres dévelop- » per leur faculté d'articuler et de lire sur les lèvres, fussent appelés » à recevoir une éducation spéciale donnée exclusivement par des » professeurs parlants, qui les exerceraient plusieurs heures par B jour à l’usage de la parole. »

Votre commission, dans sa première rédaction, répondait qu’il était a indispensable que les élèves des deux catégories qui viennent » d’être signalées, les uns pour retirer plus de bénéfice du traite- B ment, les autres pour conserver et développer leur faculté de parler B et d'entendre, d’autres enfin pour acquérir celle de lire la parole » sur les lèvres et ne pas perdre l’usage du langage articulé, reçus- » sent une éducation spéciale, donnée exclusivement par des prou fesseurs parlants, chargés de les exercer suffisamment à l’articu- B lation. »

La nouvelle réponse à la quatrième question concertée entre la commission etM. Malgaigne établit, dans un premier paragraphe, que « les élèves de la première catégorie, c’est-à-dire ceux qui B peuvent encore entendre, doivent être séparés des autres sourds- B muets, et qu’il y aurait un inconvénient réel à les réunir dans des B classes communes. »

La catégorie d’élèves ici indiquée peut bien comprendre ceux qui sont susceptibles d’entendre par suite du traitement, ainsi que ceux qui entendent à leur entrée dans l’établissement; mais il reste encore les élèves atteints de surdité complète et incurable, ayant con-

DISCOSSION Dü rapport.

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