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prennent pas ce qu’on leur dit; mais enfin la vie a repris ses droits, le corps se restaure, les jambes se ralfermissent, et il ne resterait plus que le souvenir de cette horrible maladie si l’oreille retrouvait la sensibilité qu’elle a perdue.
L’affection typhoïde exceptionnelle que nous venons de peindre est de toutes les maladies de l’adulte celle qui produit une surdité plus ressemblante à celle des enfants dont nous avons parlé plus haut. Mais dans bien des cas moins redoutables, sans qu’il y ait complication cérébrale, les membranes muqueuses supérieures sont le siège d’une lésion qui entraîne de fâcheux accidents. La cavité de l’oreille moyenne se remplit de pus, le tympan s’ouvre pour laisser passer ce liquide ; un écoulement abondant s’échappe des oreilles ; les cellules mastoïdiennes participent à cette inflammation, et de là des désordres matériels qui entraînent quelquefois une surdité complète. II ne s'agit plus ici de système nerveux ; c’est une lésion d’une bien moindre importance sans doute, mais enfin les organes contenus dans la caisse peuvent être détruits, les osselets entraînés par la suppuration, la base de l’étrier quitte la fenêtre ovale; dès lors le vestibule ouvert entraîne la perte des fonctions de l’oreille interne proprement dite et l’ouïe est détruite sans retour;
'Les maladies de l’oreille moyenne, quelle qu’en soit la cause, ne donnent jamais lieu à une surdité complète; il faut toujours que la portion labyrinthique soit atteinte pour déterminer la cophose absolue, car les altérations les plus graves du tympan et de la caisse ne détruisent pas l’ouïe quand le nerf acoustique reste intact. C’est pour avoir méconnu celte vérité que tant d’erreui-sde pronostic ont été commises ; c’est là la véritable cause de ces guérisons piiénoménales proposées à la crédulité du public, grand admirateur des choses impossibles.
Nous venons d’indiquer rapidement les principales causes de la surdilé complète; elles appartiennent toutes au système nerveux. Il faut en effet que l’action morbide s’exerce sur le nerf acoustique lui-ménie, soit dans le rocher, soit à son origine cérébrale, pour que la vraie condition auditive soit détruite; Tout ce qui se passe dans les parties extérieures accessoires n’a qu’une importance secondaire, détermine un affaiblissement plus ou moins considérable de l’ouïe, mais ne met pas l'individu dans une condition telle qu’il ne puisse plus apprécier la voix, ses modulations principales; n’empêche pas l’enfant qui en est affecté d’entendre parler, de répéter tes mots, de suivre la conversation, en un mot ne le relègue pas dans la classe des sourds-muets.
Je ne veux pas donner ici des cliiffres que je réserve pour un
autre travail ; il me suffira d’affirmer que parmi les sourds-muets de naissance, parmi ceux qui le sont devenus à la suite de convulsions dans les deux ou trois premières années de ta vie, et ces deux catégories renferment plus des sept huitièmes du nombre total, il ne s’est jamais rencontré un de ces cas de guérison dont on fait si grand bruit. Tous ces sourds-muets offrent le vrai type de la surdité nerveuse, c’est-à-dire dépendant de l’absence de sensibilité spéciale du nerf acoustique. Il y a chez eux absence d’audition, mutisme consécutif, c’est-à-dire impossibilité d’entendre la voix, d’apprendre à parler par imitation spontanée ; et lors même que celte cophose ne serait pas absolue, quand l’organe de l’ouïe percevrait encore quelques vibrations sonores, cela ne suffirait pas pour lui donner la notion du son, pour servir de base à une éducation ordinaire.
Mais arrivons au but. Cette forme de surdité ressemble-t-elle à la surdité nerveuse des adultes, à celle qui se rencontre si souvent dans la pratique et qui résiste trop souvent à tous les moyens de traitement les plus variés, les plus énergiques? Peut-on établir un rapprochement complet entre ces maladies?Nous avons déjà montré quelle difiérence de structure il existe entre le même organe aux divers âges, combien le cerveau d’un nouveau-né peut être facilement modifié par des accidents bien légers en apparence, enfin avec quelle promptitude un sens est aboli alors qu’une cause insignifiante en apparence est venue troubler pour un instant la santé du nouveau-né. Voit-on jamais rien de semblable chez les adultes? En effet, quels sont les cas de surdité complète et subite que l’on observe dans la pratique? Voici ce que je puis dire pour mon propre compte.
Un officier supérieur de l’armée d’Afrique est pris tout à coup de fièvre intermittente pernicieuse, avec délire, coma, etc. Il échappe à ce premier accès. On lui donne coup sur coup du sulfate de quinine jusqu’à la dose de 6 grammes dans les vingt-quatre heures. Un second accès revient; les symptômes cérébraux ne sont pas moins violents que la première fois. Tout s’apaise; le sulfate de quinine est de nouveau prodigué. Le troisième accès manque, mais l’ouïe est perdue. Dix ans sont passés depuis cet événement, et la surdité est restée complète.
Une jeune fille de bonne santé monte, en hiver, sur l’impériale d’une diligence, elle avait ses règles ; le froid était vif, surtout pendant la nuit. Elle arrive àParis après quarante-huit heures de voyage : elle est tout étourdie, chancelante, comme hébétée ; elle se plaint de céphalalgie, de bourdonnements d’oreilles; le flux menstniel a cessé; elle nentend pas, elle distingue à peine le bruit des
paroles; on emploie toutes les ressources de l’art pour remédier à ces accidents divers ; la santé générale se rétablit, mais l’ouïe reste perdue, abolie complètement, et cependant l’exploration la plus attentive de toutes les parties accessibles de l’oreille n’y fait découvrir aucun changement morbide, et depuis plusieurs années le mal a persisté au même degré, en dépit de tout ce qu’on a pu faire pour le combattre.
Un homme de trente ans, ayant toujours bien entendu, éprouye la nuit, pendant son sommeil, une sorte d’accès épileptiforme, le seul qu’il ait jamais eu ; il crie, s’agite, ronfle; il dort plus profondément que de coutume (tous ces renseignements sont donnés par sa femme), et le lendemain il se réveille avec un sentiment de fatigue, de courbature générale, mais sans céphalalgie, et cependant il a perdu complètement l’ouïe; il n’entend plus; il n’a plus entendu depuis, quoi qu’on ait pu faire pour rétablir la sensibilité des oreilles, bien que l’on ait constaté la parfaite intégrité du tympan et de la caisse.
Je pourrais multiplier ces exemples, ceux-ci suffisent pour établir (lue le système nerveux est le seul affecté dans ces cophoses absolues arrivées d’une manière subite. Ce sont la, j’en conviens, des maladies fort analogues à celles qui se rencontrent chez les jeunes enfants; il y a dans ces deux cas rapidité d’action de la cause morbide, il y a absence de lésion appréciable, ou du moins n’a-t on pu encore signaler les conditions matérielles de cet état pathologique; mais est-ce une raison pour dire avec Itard que ce sont des maladies semblables, n’offrant de différences que dans leurs con.séquences éloignées, et devant céder à un même mode de traitement? La rareté de ces dernières, comparée avec la fréquence des autres, n’indique-t-elle pas qu’il y a dans la première enfance des conditions spéciales en vertu desquelles la surdité se développe en quelque sorte sans obstacle, tandis que chez l’adulte, l’organisation plus puissante résiste ordinairement à des causes bien plus énergiques?
Il faut conclure de fout ce qui précède (et nous croyons que cette conclusion paraîtra légitime) que la surdité de naissanccv celle de nouveau né et celle qui survient pendant les deux premières années de la vie, tient à une absence primitive d’innervation, ou à la destruction de la sensibilité nerveuse de l’appareil acoustique; que cette surdité, qui a pour conséquence le mutisme, diffère, sous beau(mup de rapports, des diverses e.spèces de surdité que l’on observe chez l’adulte, et que, quel que soit le degré de rapprochement que l’on veuille établir entre ces maladies, on ne peut être
DB la. GOÉRISON DE LA SÜRDI-MDTITÉ.
autorisé à en conclure la possibilité d’uiie guérison que les faits n’ont jamais démontrée.
On a reproché à cette opinion d’être désolante, fatale en quelque sorte ; de douter de la puissance de l’art, de fermer la porte à tout progrès, et enfin de nier l’évidence. Il s’agit de s’entendre sur ces divers points, et pour aller directement au but, examinons les objections produites par les partisans de la guérison de la surdimutité.
Suivant eux, on a constaté cette guérison un assez grand nombre de fois pour que pareil événement ne puisse être considéré comme un hasard, un cas exceptionnel, un de ces faits que l’on voit, que l’on admire, mais que l’on ne serait pas en droit d’attendre d’un traitement tout empirique. Et pour appuyer cette assertion, on récapitule les histoires plus ou moins authentiques des mémoires de l’Académie des sciences, des recueils offerts à l’avidité des curieux de la nature, on accepte comme irrécusables des récits faits par des gens de bonne foi, instruits même, et l’on part de là pour affirmer que des sourds-muets, complètement sourds, ont été guéris de leur infirmité. Mais comment a-t-on établi le diagnostic de cette maladie? sur quelles preuves s’appuie-t-on pour affirmer qu’elle était certaine? en un mot, quelle confiance peut-on avoir dans des choses aussi légèrement indiquées? 11 faut venir jusqu’à Iiard pour trouver quelque précision dans ces histoires, et encore que d’objections on pourrait faire à ces observations si incomplètes! Jamais il ne dit avec précision si la surdi-mutité est congénitale, originelle, dans quelles circonstances de famille l’enfant est né, si son infirmité est le résultat de mouvements convulsifs observés peu de temps après la naissance; enfin, on ne peut savoir, en lisant l’histoire de ces malades, quelle opinion il faut avoir sur l’espèce de surdité dont ils étaient atteints. On conviendra qu’en pareil cas, il faut apporter une grande dose de bonne volonté pour être satisfait de ces observations. Nous sommes plus exigeants ; nous avons beau relire avec le plus grand soin les huit observations rapportées paritard, il n’en est aucune qui nous semble suffisante, probante ; nous acceptons à peine ces faits comme des renseignements, bien loin d’y voir des preuves en faveur d’une doctrine qui aurait besoin des arguments les plus péremptoires.
Depuis Itard, d’autres médecins ont publié des faits de ce genre, manquant également d’un diagnostic.précis, et, pour ne parler que de ceux qui ont eu le plus de retentissement, nous citerons seulement Honoré Trezel et Eugène Lecomte, soignés par M. Deleau, tous deux vivants, tous deux examinés par des membres de l’Aca-
RÉSUMÉ GÉNÉRAL. S8Î
demie qui ont publié le résultat de cette enquête. M. Bonnafont a vu Eugène Leœmfe; il a constaté qu’il n’entendait pas la parole, qu’il lisait sur les lèvres de son interlocuteur, qu’il saisissait quelques mots, qu’il en répétait quelques uns, d’une manière à peine intelligible et que sa voix était on ne peut plus désagréable (1). De son côté, M. Bouvier a vu Honoré Trezel ; il a examiné ce sujet type, ce sourd-muet guéri, qui, placé sous la main de M. Deleau depuis son enfance, lui sert de spécimen en même temps que d’aide, et M. Bouvier a dit en propres termes, hautement, devant l’Académie: « J’ai vu Honoré Trezel moi-même, il y a peu de jours; son audi- » tion m’a paru moins parfaite, bien qu’elle ne soit pas abolie; il » lit sur les lèvres quand il n’entend pas ce qu’on lui dit; sa pro- » nonciation laisse à désirer, mais il se fait bien comprendre (2). »
Nous ne voulons pas pousser plus loin cette recherche qui serait cependant si instructive, nous renvoyons le lecteur au chapitre VI, page 453, de notre traduction de Kramer (3) ; il y trouvera une analyse détaillée de tous les cas de guérison publiés par la plupart des médecins auristes anciens et modernes , et surtout par Itard, Deleau, Schmalz, Curtis, Cooper et autres. Nous allirmonsde nouveau que pas une de ces observations de guérison de la surdi-mutité n’est à l’abri des objections d’une saine critique, que pas un sourd-muet n’a pu franchir l’éternelle barrière qui le sépare des entendants ordinaires; que toutes les promesses faites par les guérisseurs n’ont jamais été remplies ; enfin, que pareil chef-d’œuvre, qui se résume tout entier aujourd’hui dans la personne de M. Benjamin Dubois , ne consiste que dans un état intermédiaire, utile, remarquable, sans doute, mais dont les avantages sont bornés à la famille, au cercle des amis et connaissances deM. Dubois, et laisse énormément à désirer toutes les fois qu’il s’agit de franchir ces étroites limites pour entrer dans le monde. Pareil chef-d’œuvre, qu’on y prenne garde, ne se rencontre que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, chez un individu qui a entendu et parlé dans son enfance, qui a reçu d'excellentes leçons de maîtres habilès, qui en a profité dans la mesure de son intelligence très développée, qui a trouvé dans sa famille des aides dévoués, qui a poursuivi opiniàtrément ce travail de restauration intellectuelle et physique, qui a multiplié ces ressources d’une éducation spéciale par un exercice
(t) Voyez page 36.
(2) Voyez page 144.
(3) Traité des maladies de l'oreille, par Kramer, traduite! annoté par le docteur Menière. PariS: 1848, Germer Baillière.
388 DE LA GUÉRISON DE LA SLRDl-MUTITÉ.
continuel, qui est devenu lui-même professeur, a parlé sans cesse, a démontré chacune des parties de la science qu’il avait si péniblement acquise, et a fini par devenir le prototype de ce que l’on peut faire en faveur d’un enfant sourd-muet.
Croit-on qu’il soit facile de reproduire un pareil concours de circonstances? Est-il possible de généraliser un fait singulier, phénoménal, en quelque sorte, et de vouloir bâtir tout un système d'éducation sur ce cas exceptionnel ? Mais il ne s’agit ici que de guérison de la surdi-mutité. Nous dira-t-on, en etfet, que M. Benjamin Dubois est guéri, qu’il n’est plus sourd-muet, qu’il est rentré dans la grande famille des entendants et parlants, qu’il ne dilfô' e pas essentiellement des autres hommes, qu’il est une preuve de la puis.sance de r.nrt, et que tous les sourds-muets traités par les mêmes moyens sont capables d’arriver au même point ? Autant dire que tons les aveugles nés peuvent devenir un Pingeon , mon professeur de mathématiques au lycée d’Angers, que tous les sourds-muets peuvent faire des vers comme Pélissier. Ces rares exceptions à la règle commune brillent comme une fleur au milieu du désert, comme une étoile dans une nuit obscure ; la médecine n’a rien à voir dans ces merveilles de patience et d’aptitude. Et la preuve, c’est que les hommes qui sont arrivés à ce sommet de l’échelle n’entendent pas les parlants, ne s’entendent pas eux-mêmes ; ils voient parler, ils comprennent les mouvements d’une bouche connue, ils savent articuler, ou plutôt ils ont perfectionné une faculté (pi’ils possédaient avant de perdre l’ouïe; ils ont un organe vocal flexible, docile, ils parlent, parce qu’ils ont su parler, parce que leurs yeux, remplis de sagacité, reconnaissent sur la bouche de leur interlocuteur les mouvements qui expriment des sons dont ils savent la valeur. Essayez d’amener à un pareil résultat le sourd-muet de naissance , celui qui ii’a jamais entendu, qui n’a jamais dit un mot , qui ignore complètement la voix et la parole, pour qui ces deux choses sont comme si elles n’étaient pas, traitez cet infirme, que vous regardez comme un malade, par tous les moyens curatifs connus, inventez-en d’autres plus actifs, .plus barbares, si c’est possible; couvrez sa tête de moxas, de vé,sicatoires, labourez sa nuque par des sétons, soufflez de l’air dans la caisse, perforez les tympans, trépanez ce crâne obstiné â ne pas entendre ; et lorsque vous aurez constaté, à l’aide des diapasons , des acoumètres, que le cerveau est ébranlé par des vibrations plus ou moins considérables, quand quelques admirateurs passionnés se seront extasiés sur un progrès qu’on observe toujours en pareil cas, mais qu’ils décorent du titre de guérison, livrez alors cet ex-sourd-muet
RÉSUMÉ GÉNÉRAL
aux mains du pédagogue le plus habile, le plus savant, le plus prnfoiidémem enl'oticé dans les nébulosités de sa philosophie spiritualiste { nous ne voyons rietj de spirituel là-dedans), vous verrez échouer ces tentatives; lesorganes rebelles se refuseront à un exercice dont le germe n’est pas en eux , la parole ne pourra jaillir de cette bouche, parce que l’oreille inerte n’aura pas reçu cet ébranlement traditionnel, parce que l’instinct imitateur n’a pas été réveillé par les accents maternels dont M. Gerdy a si finement indiqué la puissance.
Faut-il rappeler que les premières tentatives d’Itard, les plus heureuses assuréinent, puisque sur une douzaine de sourds-muets , il rendit l’ouïe et la parole à six d’entre eux, ne furent le produit d'aucun traitement , d’aucune opération , ainsi qu’il le déclare luimême, et, après lui, M. Husson, dans son rapport; que les sons variés de plusieurs instruments assez grossiers suffirent pour le conduire à un si magnifique résultat, et que jamais ceux qui l’ont imité n'ont osé publier des succès analogues? Si, depuis, ce médecin d’un si excellent esprit, a cru devoir joindre à ces exercices physiologiques de l’ouïe rpielques médicaments intérieurs, quelques applications sur la peau, ou autres agents thérapeutiques pris un peu au hasard ou sur la foi de quelque praticien recommandable, les succès n’ont pas été plus satisfaisants; et quand, après beaucoup de tentatives de ce genre, mon prédécesseur désabusé a vu que ses soins n’aboutissaient à rien, que les simples ébranlements acoustiques sulfisaient pour donner lieu à la même amélioration trop tôt limitée , il a enfin renoncé à faire de la médecine inutile, il a réservé un temps précieux pour des œuvres plus profitables, et nous l’avons vu fonder de ses propres deniers une classe dans laquelle se perfectioïinent le petit nombre d’élèves capables de tirer parti d’un si grand bienfait.
Croira-t-on qu’un homme de cette valeur, un médecin doué à ce point d’une philanthropie éclairée, eût consacré une notable partie de sa fortune à une fondation uniquement pédagogique, s’il eût pensé que la médecine avait un rôle utile.à jouerdans cette œuvre? N’aurait il pas provuijué des recherches nouvelles sur la guérison de la surdi-mutité, s’il eût entrevu quelque succès possible, si la longue habitude de voir ces enfants, si quarante ans passés au milieu d’eux lui eussent laissé l’espoir de mettre un terme à cette infirmité? Itard savait que quelques prétendus sourds-muets avaient été guéris, l’un à la suite de l’écoulement A’une certaine eau par le conduit auditif externe, l’autre par un coup de marteau qui, ayant fracturé l’occipital, avait déterminé une suppuration abondante; celui-ci
390 de la GCÈRiSON I)E LA SUBDl-MÜTITÉ.
par un vésicatoire recouvrant l’oreilie entière, celui-là par quelque moyen de même nature. Mais, de bonne foi, s’imagine t on qu’un médecin aussi éclairé ait pu considérer ces individus comme étant affectés d’une surdi-mutité véritable? Des lésions ne dépassant pas l’oreille moyenne et guéries par des moyens aussi simples n’indiquent-elles pas clairement qu’il ne s’agissait ici que de maladies sans importance, regardées à tort comme des surdités complètes et qui ne s’accompagnaient de mutisme que par des causes accidentelles? Si notre Itard avait cru à l’existence de semblables maladies comme causes productrices de la surdi-mutité, il n’aurait pas manqué de les signaler, de les poursuivre, d’appeler l’attention des médecins sur des faits aussi propres à montrer toute l’efficacité de la science.
Mais il n’est pas tombé dans cette erreur; il a laissé ces faciles triomphes aux moins clairvoyants ; il a considéré les sourdsmuets comme des incurables; il a voulu les instruire et non les guérir; il les a dotés généreusement de tout ce qui peut contribuer à diminuer les inconvénients de leur infirmité ; il a été leur providence et ne s’est pas cru un Dieu capable de produire des miracles. Son successeur immédiat, nous pouvons le dire avec confiance, s’est efforcé de marcher sur les traces de cet homme de bien, évitant comme lui de céder à des entraînements faciles, profitant de l’expérience acquise, confirmant par sa propre expérience les principes qu’aucun fait n’a démentis et qui, jusqu’à nouvel ordre, resteront la base de sa conduite (1).
Nous ne terminerons pas ce travail sans dire quelques mots de la seconde partie du grand programme de la discussion académique, c’est-à-dire du mode d’éducation qui convient le mieux aux sourdsmuets. Ce point eût demandé, pour être traité convenablement, la
(t) Ce passage était imprimé quand nous avons eu connaissance de la thèse inaugurale de M. le docteur Joseph Émile Deleau, intitulée : Du traitement des sourds-muets, et soutenue devant la Faculté de médecine, le 4 août 1853. Nous avons lu ce travail qui reproduit avec détail des faits, des pièces administratives, des lettres et certificats déjà publiés dans la plupart des ouvrages de M. Deleau père. Noos ne craignons pas d’affirmer que cette thèse n’ajoute rien à ce que l’on savait sur la guérison de la surdi-mutité. Le jeune docteur ne paraît pas s'être inspiré des débats de l’Académie; il n’a rien emprunté aux orateurs qui ont fourni les arguments les plus péremptoires en faveur de la possibilité de cette guérison, il n'en a pas inventé de nouveaux, de plus concluants, sans doute parce que la science était, pour loi, toute faite sur ce point.
RÉSUMÉ GÉSÉRAL.
plume savante des hommes spéciaux, MM. Édouard Morel, Vaïsse, Berthier,Valadeou Puybonnieux ; ce dernier chapitre de notre livre en eût reçu un attrait qui ne peut lui venir de nous. Mais on a déjà beaucoup écrit sur ce sujet; les personnes que cela intéresse remonteront aux ouvrages originaux pour avoir une idée exacte de l’état de la science sur cette question difficile. L’Académie a beaucoup entendu parler des méthodes française et allemande ; cette dernière surtout a trouvé de chauds défenseurs parmi les orateurs qui ont soutenu le rapport de la commission, ou plutôt le rapport de M. Piorry. Est-il donc absolument nécessaire de se prononcer entre elles? faut-il donner la préférence à ce qui se fait chez nous ou à ce que font les professeurs d’outre-Rhin? Les arguments fournis par les partisans exclusifs de chacun de ces systèmes d’éducation sont-ils dénaturé à entraîner une conviction telle qu’il n’y ait plus qu’à adopter celle-ci et à proscrire celle-là? Bien habile qui pourrait résoudre ce problème! Nous n’avons pas mission de porter un arrêt définitif. Il ne nous paraît pas nécessaire d’en venir là ; nous croyons, au contraire, qu’il faut conserver ces deux modes d’instruction ; nous voudrions qu’il en existât un troisième, un quatrième. Plus on aura multiplié ces ressources, plus nous pensons que les sourds-muets auront à s’en applaudir. Le malheur qui les frappe est de telle nature qu’on ne peut le compenser que parle plus grand nombre possible de moyens artificiels ; il faut prodiguer les équivalents afin de donner à ceux qui n’entendent pas, et qui ne peuvent parler, l’écriture ordinaire, la dactylologie, les signes naturels, la mimique rationnelle, l’articulation des sons, la lecture sur les lèvres et d’autres procédés encore s’il en existe. L’industrie humaine ne peut s’en tenir à ces créations restreintes, elle s’agite, elle travaille, elle produit des artifices merveilleux à l’aide desquels la pensée se communique sans l’intermédiaire des moyens que nous venons d’indiquer. En veut-on un exemple? Voici un fait que je tiens de l’honorable M. Gueneau de Mussy, qui en a été témoin.
Un jeune sourd-muet, élevé dans sa famille, avait appris à parler et s’en acquittait fort bien. Il ne lisait pas sur les lèvres, mais son père lui communiquait toutes ses pensées en lui prenant la main, en faisant sur cette main des attouchements méthodiques qui avaient une signification convenue, tellement précise, qu’un discours tout entier pouvait être transmis du père au fils. Ces deux personnages avaient assisté à l’office religieux de Saint-Sulpice, un sermon avait été prononcé, et au retour de l’église, en présence deM. Gueneau de Mussy, le père, tenant la main du jeune homme
et agissant comme nous l’avons dit, put en quelque sor'e dicter mot à mut le discours du prédicateur à son fils, qui le traduisait en langage ordinaire. 11 y avait entre eux un moyen de communication tout particulier, une de ces inventions, fruit de la nécessité, qui naissent et meurent dans le sein des familles affligées par la présence d’un sourd-muet, que le liasard fait découvrir et dont le génie d’un abbé de l’Épée saurait bien tirer parti.
Faudrait-il proscrire une si belle découverte, si chère à celui qui en profite, comme certains novateurs voudraient proscrire la mimique, sous prétexte qu’elle empêche les sourds-muets de recouvrer l’ouïe, qu’elle est un obstacle à la guérison de la surdi-mutité? Voilà pourtant ce que nous avons entendu dire par des hommes qui prétendaient parler au nom de l’humanité, qui considéraient notre réserve comme un crime, qui nous accusaient de mutiler, c’est leur mot, les infortunés que quelques soins méthodiques devraient rendre à la vie commune. A les entendre, ces chauds partisans de la méthode allemande, il faut soumettre tous les sourdsmuets à l’articulation et à la lecture sur les lèvres. Bien que la seconde conclusion du rapport ait affirmé que tous les sourdsmuets étaient capables de recevoir ce genre d’éducation (on n’a pas dit d’en profiter), nous ne sommes pas convaincu delà justesse de celte allégation. Il suffit d’avoir assisté à deux séances de la classe de.M. Voiquin pour acquérir la preuve qu’un assez bon nombre de ces enfants sont dépourvus de voix, ou bien en ont une tellement rauque, tellement sauvage, que tout succès dans ce genre de travail leur est interdit. Personne, même parmi les plus ardents champions de cette cause, ne songea faire peser sur ces malheureux une condamnation aussi sévère : le niveau n’est pas inflexible. A Zurich on renvoie les gosiers absolument réfractaires; en Allemagne on élimine peu a peu les sujets dont ou ne peut rien obtenir, et l’on montre ensuite les plus heureusement doués comme un échantillon pris au hasard dans la foule. Ou sait trop ce qu’il faut pen.ser de ces exhibitions artificielles. Les hommes les plus compétents, les plus consciencieux, disent depuis longtemps que parmi les sourdsmuets de naissance, ou trouve rarement quelques enfants capables d’apprendre à articuler certains mots; que parmi ceux qui ont perdu l’ouïe dans les premières années, trop jeunes pour avoir appris à parler, et n’entendant pas du tout, il est également très rare de rencontrer des sujets organisés d’une manière assez heureuse pour arriver à parler un peu correctement; enfin, que ces succès, dont on fuit si grand bruit, ne se voient que chez les entants qui sont devenus sourds plus tard, lorsqu’ils savaient déjà parler, lors-
RÉ5CMÉ GÉSÉRA[,.
que leurs organes vocaux, façonnés à cet usage spécial, se trouvaient flans les mei le ires conditions pour couiinuer un exercice qui leur était en quelfpie sorte familier.
Nous partageons entièrement ces opinions fondées sur une longue expérience; nous sommes convaincu que cette manière de comprendre le rôle d’instituteur de sourds-muets est la seule vraie et bonne. Dans nos écoles publiques, là où les élèves n’entrent qu’après dix ans révolus, lorsqu’il ne peut rester de doute sur la nature de leur infirmité, il ne s’agit plus d’un traitement médical qui ne peut leur être utile, il faut classer ces enfants suivant le degré de leur infirmité, suivant la cause qui l’a produite ; il faut rechercher ceux qui conservent un peu d’audition , ceux qui ont su parler , qui parlent encore, et à ceux-là donner une éducation qui se rapproche davantage de la méthode allemande ; il faut cultiver les restes d’audition et d’articulation, perfectionner par tous les moyens possibles ces facultés précieuses, en tirer parti avec empressement et persévérance, mais ne pas se borner à ce genre d’instruction, car il se trouvera des circonstances où le sourd-muet aura besoin d’autre chose. Le langage mimique, fournissant plus d’idées, est une ressource précieuse ; la dactylologie méthodique n’est pas non plus à dédaigner, car cette écriture en l’air a toute la correction désirable et supplée à l’imperfection de la parole. Enfin, il ne fiiut négliger aucun des moyens de communication, tous peuvent avoir leur utilité dans un cas donné, et l’éducation d’un sourd muet ne sera complète que quand il les possédera tous.
Quant aux enfants tout à fait sourds, chez qui la perte de l’ouïe est congéniale ou à peu près, qui n’ont jamais entendu parler, ceux-là ne peuvent être condamnés à l’articulation sans injustice, sans cruauté, car beaucoup d’entre eux sont absolument incapables de réussir dans ce travail ingrat. A ceux-là vous prodiguerez l’enseignement mimifiue et l'écriture, tout en essayant d’y joindre la lecture sur les lèvres et les rudiments de l’articu'ation, si par hasard ces enfants ont un gosier assez souple, une voix assez facile; et alors vous aurez rempli votre tâche.
Que si, dans une famille offrant toutes les conditions désirables, il se rencontre un sourd-muet intelligent, attentif, heureusement organisé sous tous les rapports, le précepteur particulier de cet enfant pourra tenter une de ces éducations exceptionnelles qui prouvent tout autant de zèle de la part du maître que d’aptitude et de courage de la part de l'élève ; il parviendra à rétablir la parole, à donner surtout le talent de la lecture sur les lèvres, et l’on retrouvera là un de ces rares exemples de ce que peut
produire une application soutenue pendant des années. C’est en pareil cas que triomphe l’amour maternel, c’est alors que l’on surmonte tous les obstacles, qu’on invente des procédés nouveaux, que le sourd-muet au sein de sa famille, dans son cercle habituel, ne paraît plus alfecté de surdité, de mutisme, tant il communique facilement sa pensée, tant il comprend bien la pensée des autres, tant cet échange mutuel est prompt et complet. Mais il faut le reconnaître, la médecine et la musique n’ont contribué en rien à ces résultats merveilleux : ce n’est pas en donnant un p(;u plus d’audition à ces infirmes, que l’on est parvenu à perfectionner leur éducation , puisque l’on obtient un pareil succès chez des individus qui n’entendent absolument rien; il faut seulement que l’enfant ait entendu et parlé, que ses organes vocaux aient possédé cette science première, fruit de l’imitation instinctive ; que cette faculté précieuse, développée par la pratique, puisse, à l’aide de soins intelligents, non pas naître, non pas être créée, ce qui serait trop d’ambition, mais se perpétuer, ce qui est beaucoup plus facile.
Enfin nous dirons avec 31. Édouard 3Iorel, avec 3f. Vaïsse, et quelques autres professeurs expérimentés, qu’il se rencontrera parfois des enfants affectés de surdi-mutité incomplète, chez lesquels la médecine poum intervenir avec un certain avantage. Nous traiterons la maladie comme doit le faire tout médecin consciencieux ; nous guérirons le malade, si cela est en notre pouvoir, heureux de rendre inutile la tâche de ces maîtres habiles, et d’ouvrir les portes du monde parlant à ce pauvre enfant, pour qui elles semblaient devoir être fermées à jamais.
Nos lecteurs ont pu voir (page 338) une série de notes recueillies par M. Volquin sur un certain nombre d’élèves cités dans le dernier discoui-s de 31. Bouvier. Ce sont la des documents authentiques destinés à servir de base au jugement des personnes qui voudront prendre la peine d’examiner sérieusement l’affaire de la surdimutité. Ces fragments d’un travail assez étendu avaient pour but de réfuter quelques assertions hasardées ; la suite, que nous imprimons aujourd’hui à la fin de ce recueil de pièces, n’aura pas moins d’importance que le commencement. C’est une réponse adressée aux personnes qui nous ont reproché d’abandonner les sourdsmuets à eux-mêmes, d’attendre du hasard les bénéfices à retirer de tel ou tel mode d’instruction , sans tenir compte du degré d’infirmité de ces enfants, de leur aptitude plus ou moins grande à la
NOTES sua LES SOURDS-MUETS.
paroi». Les renseignements suivants que nous aurions pu étendre davantage suffiront pour démontrer que les habitudes de notre maison n’omettent aucun des soins qui peuvent conduire ces enfants à recueillir le plus grand avantage possible de leur séjour dans l’Institution impériale des sourds-muets de Paris.
Relevé des notes concernant chacun des élèves qui composent la classe d^articulation.
Beaccé. — Élève de cinquième année, sourd-muet de naissance, n’entendant absolument rien. Il a de l'intelligence, il est assez avancé dans la connaissance de la langue. Il parle assez bien, quoiqu’il soit gêné par un bec de lièvre. Il peut articuler tous les sons.
Bochain. — Cinquième année ; devenu sourd à trois ans, à la suite d'une affection typhoïde, entend encore un peu, mais pas assez pour distinguer les sons de la parole. Il est assez intelligent, son instruction est passable ; il a parlé juscju'à dix-huit mois. Il ne parlait plus du tout quand il est entré aux sourds-muets; maintenant il articule assez bien, mais sa voix est rauque.
Delandre. — Cinquième année ; sourd-muet complet de naissance ; intelligence et instruction passables. Il a toujours montré peu de dispositions pour la parole et cependant il articule un peu.
Desch. — Cinquième année. Devenu sourd à deux ans, par suite de convulsions causées par la sortie des dents. Il est complètement sourd. Beaucoup d'intelligence; instruction fort avancée; il est le premier de sa classe. Très peu d'aptitude à parler, néanmoins il articule un peu, mais son professeur seul peut le comprendre. Il n’a pas de voix; peut-être se développera-t-elle plus tard.
Imbert. — Cinquième année. Pas de renseignements, mais tout porte à croire qu'il n'est pas sourd de naissance; il entend même assez bien pour distinguer les sons et la parole quand celle-ci est émise fortement près de son oreille. Traité depuis son entrée aux sourds-muets par le docteur Blanchet, il avait une olorrhée abondante à gauche. Son intelligence et son instruction ne sont pas remarquables. Il parle assez bien, mais bas; les sons aigus ne sortent pas; il ne peut être entendu à plus de deux mètres de distance.
Lavoisé. — Quatrième année. Sourd-muet complet de naissance. Intelligence ordinaire, son instruction va bien ; il articule passablement, mais sa voix de tête est criarde et très désagréable.
Lenaüî. — Quatrième année. Sourd-muet complet de naissance. On a prétendu que celte infirmité était le résultat des accidents survenus pendant l’accouchement laborieux de sa mère. L’intelligence et l’instruction sont
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dans la moyenne ; i’arliculation est assez bonne, mais cependant peu facile
à comprendre.
Cochet. — Quatrième année. Devenu sourd a l'âge de deux ans et demi, à la suite d’une fièvre cérébrale avec délire. La surdité est complète. Il est intelligent et très avancé dans son instruction. Articule un peu, mais sa voix de tête est très fatigante à entendre.
Sebot. — Quatrième année. Devenu sourd à deux ans et demi par suite d’une 6èvre cérébrale. Il n’entend pas du tout; il est intelligent, mais peu avancé; il a été souvent malade, ce qui explique sa nonchalance Cinq mois après sa fièvre cérébrale, il avait oublié tous les mots qu’il savait. Il commence à articuler, mais faiblement.
Bertband. —Troisième année. Sourd de naissance, entend un peu les cris, les grands bruits, mais non les vibrations. Son intelligence est faible, il comprend lentement ; il commence à articuler et montre des dispositions,
Perboite. —Troisième année. Sourd-muet complet de naissance. Intelligent, mais très étourdi; pourrait apprendre facilement, s’il voulait travailler. On a eu beaucoup de peine à le décider à articuler ; ou croit qu’il réussira.
PiGNET. — Troisième année. Devenu sourd à trois ans, à la suite d'une affection typhoïde; il lui reste encore un peu d’audition. Il a de l'intelligence, mais pas d’attention, pas de goût pour le travail. Il a perdu la parole aussitôt après sa maladie. Il commence à articuler un peu ; il est probable qu’il réussira.
SiHONsm. — Troisième année. On croit que le refroidissement qu’il a éprouvé en naissant a été la cause de sa surdité. Il n’entend pas du tout. Très intelligent, il travaille et deviendra un bon élève. Il n’a jamais parlé, mais il commence a articuler un peu ; il a des dispositions.
Bersabd. — Deuxième année. Sourd-muet complet de naissance ; il a eu une maladie intestinale qui a été considérée comme la caute de son infirmité. Instruction peu avancée. Une grave maladie plus récente l’a empêché de profiter de la classe d’articulation.
Gagné. — Deuxième année. Sourd-muel de naissance; entend quelques grands bruits. Son instruction est peu avancée; il articule.un peu et montre des dispositions |K)ur la parole.
Collet. — Classe de première année Sourd-muet de naissance, il est très rachitique; fracture avec aplatissement du nez dans sa première enfance; n’entend pas du tout. Peu d’intelligence, peu d'instruction, montre peu de goût pour la parole ; aussi ne l’exerce-t-on pas beaucoup, vu l’état de sa poitrine.
Humsiel. — Sourd-muet complet. Pas de renseignements sur son
NOTES SL'R LES SOÜRDS-MCETS. 397
compte. Beaucoup d’inlelligence, apprend bien ; il peut articuler, et réussira dans cet exercice.
Ligot. — De deuxième année. A l’âge de sept ans et demi, cet enfant a éprouvé une maladie typhoïde des plus graves. Traité par des applications d'eau froide sur la tête, on croit que sa surdité est le résultat de cette médication. Très intelligent, il est le premier de sa classe. 11 avait complètement oublié la parole, il commence à articuler, mais il ne réussit pas mieux que la plupart des sourds-muets de naissance. Il a été tourmenté par lies bourdonnements d'oreilles, son sommeil en était troublé. N’entend pas du tout.
Massé. — Première année. Sourd complet, de naissance, dit-on ; mais une lièvre typhoïde éprouvée à l'âge de vingt-six mois semble la cause de celte in&rniité. Il a de l’intelligence, travaille assez bien ; il articule un peu et probablement réussira dans cet exercice.
Paradt. — Première année. Fièvre typhoïde à deux ans et demi. Symptômes cérébraux très graves; l’ouïe a disparu dès le commencement de la maladie, cependant l’oreille gauche perçoit encore les cris aigus, les bruits forts. Son intelligence est ordinaire, cependant il est assez avancé dans sa classe. Il a peu de dispositions pour la parole; voix très faible.
Penlan. — Première année. Sourd-muet complet de naissance Pas de renseignements. Intelligence fort ordinaire, peu avancé; articule très mal, et probablement ne pourra continuer utilement cet exercice.
Révot. — Deuxième année. Devenu sourd à l'âge de trois ans par suite d’une affection typhoïde ; il est très intelligent et fort avancé (lour son âge ; il a très peu d'aptitude à parler, moins qu’un sourd-muet de naissance.
Peon. — Deuxième année. Une chute grave sur la tête a causé des accidents cérébraux qui, à l'âge de seize mois, ont amené la perte de l’ouïe. Il est très intelligent et très avancé. 11 montre des dispositions pour la parole, mais comme il n’a que huit ans, on peut ailendre. Il entend un peu du côté droit; son oreille est mal conformée, l’orifice est étroit et semblable à une fente.
Renard. — Deuxième année. Sourd-muet complet. Pas de renseignements sur cet enfant trouvé. Il est assez intelligent et apprend bien. Peu de dispositions pour la parole, cependant il articule un peu.
Ronce. — Deuxième année. Cet enfant entend la voix émise avec force près de son oreille gauche; a suivi la classe de M. Blanchet. Il est peu intelligent et peu avancé, mais il a des dispositions remarquables pour la parole et articule déjà assez bien.
Sauvannabd. — Première année. Convulsions à l’âge de trois mois, il a perdu l’ouïe et un œil ; il n’entend pas du tout ; il a peu d’intelligence et est peu avancé. Sa bouche mal conformée est un obstacle à l’articulation, our laquelle il montre peu d’aptitude et de bonne volonté.
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Seliu. — Deuxième année. Affection cérébrale à cinq ans ; convulsions, surdité complète ; assez peu intelligent, il travaille beaucoup et fait des progrès. Il ne parlait pas du tout quand il est entré chez nous, mais il commence à articuler et montre même des dispositions assez remarquables.
Tranxez. — Première année. Convulsions à un an ; on a reconnu la surdité seulement à dix-sept mois. Il entend les cris et les bruits forts même à distance. Sou intelligence n’est pas très vive, cependant il n’apprend pas mal. Il paraît disposé à bien articuler.
Vincent. — Deuxième année. Frayeur très grande à l’âge de deux ans ; il a cessé d'entendre depuis cette époque, bien qu’il ne paraisse pas avoir éprouvé de convulsions. Il est très faible, et entend un peu la parole quand elle est rapprochée de ses oreilles. Il est fort intelligent. A six ans, l’ouïe a paru s'améliorer, et l’enfant apprit à dire quelques mots ; il montre beaucoup de dispositions pour cela, mais son langage est celui d’un petit enfant.
Abe.vha». — Deuxième année. Convulsions pendant tout un jour à l’âge d’un an. Il est complètement sourd; son crâne, aplati latéralement, est très bombé. Il est peu intelligent; son instruction est lente; il a de la disposition à parler et commence à comprendre les valeurs phonétiques.
Bactrt. — Deuxième année. A l'âge de quatre ans et demi chute sur le front ; plaie ; on attribue la surdité complète à cet accident. Il est très intelligent et fort avancé. Il ne parlait pas du tout lors de son entrée aux sourds-muets. Il commence à articuler et montre de grandes dispositions.
Bocghaed. — Deuxième année. Sourd de naissance, il entend un peu de l'oreille gauche; il est très intelligent et très avancé. Il ne pariait pas à son entrée dans la maison; il commence à articuler assez bien.
Bureau. — Première année. Convulsions à l’âge de trois ans ; perte de l'ouïe consécutive; il entend encore un peu de l’oreille gauche. Peu d'ihtelligence. 11 ne parlait pas du tout lors de son entrée ici, il articule un peu.
Desoeet. — Première année. Sourd-muet complet par suite de convulsions à l’âge de trois ans. Peu d’intelligence, mais il a des dispositions à bien articuler.
Desprez. — Deuxième année. Ou attribue la surdité : l'à une vive frayeur éprouvée par la mère pendant la grossesse ; 2“ à des accidents nerveux pendant la dentition ; 3® à une chute sur le sommet de la tête à un an. Quoi qu'il en soit, l’oreille gauche entend encore un peu. Il a assez peu d’intelligence ; il commence à articuler.
Ddchesne. — Première année. Affection cérébrale survenue à cinq ans, la surdité a paru dès le second jour de la maladie, et elle est restée complète. Il est très intelligent, mais son jeune âge, huit ans, ne permet pas de juger son avenir.
NOTES son LES SOURDS-MITÈTS.
Galhard. — Première année. Soard-muet complet de naissance. Assez d'intelligence et assez avancé. Il a quelque disposition à parler et commence à articuler assez bien.
Gillet. — Première année. Convulsions à treize mois. Il n'enlend pas du tout; il a peu d intelligence, mais il travaille beaucoup et fait des progrès. Il commence à articuler passablement.
Girard. — Première année. Affection cérébro-spinale qui l’a rendu complètement sourd à l'âge de six ans. Peu d'intelligence, peu de succès ; il bégayé et parle comme un enfant en bas âge.
Güillermet. — Troisième année. Un refroidissement de la tête, à l’âge de six mois, l'a rendu sourd .à dix-huit mois, disent les parents. Il entend les cris et la parole prononcée avec force. 11 est très intelligent et avancé en proportion, il a parlé étant très petit et son langage actuel se perfectionne.
Heeocard. — Première année. Sourd-muet complet de naissance. Pas de renseignement. Assez d'intelligence, mais il a peu de dispositions pour la parole. Il est à l’essai.
Humbert. — Deuxième année. Convulsions à l’âge de quatre ans. Il entend encore du côté droit quand on lui parle avec force. Fort intelligent et très avancé. Il a beaucoup de disposition pour la parole articulée.
JoLT.— Deuxième année. A l’âge de trois ans, après avoir été vacciné, il est survenu une olorrhée qui a été suivie de surdité, cependant l’oreille droite saisit encore les cris et même la parole quand elle est forte et voisine. Assez peu d’intelligence. Il a cessé de parler après la surdité; il s’y remet et montre quelque aptitude.
Labot. — Première année. Sourd de naissance, mais il peut encore entendre la parole dite fortement près de ses oreilles. Il est peu intelligent, et c’est à cela qu’il faut attribuer le peu de progrès qu'il fait dans l’articulation.
Magnin.— Première année. Convulsions qui ont duré neuf jours ; il avait alors treize mois. I! entend encore un peu du côté gauche. Intelligence ordinaire ; il montre un peu d'aptitude à parler.
Ménageoi. — Deuxième année. Sourd de naissance; mais il entend un peu à gauche. Intelligence ordinaire. Il a fait des progrès ; il a peu de dispositions pour la parole et n'est dans la classe qu’à litre d'essai.
Nestat. — Première année. Sourd-muet complet de naissance. Intelligence ordinaire, peu avancé Très peu de dispositions pour la parole. A l’essai.
Nennig. — Deuxième année. Sourd-muet complet de naissance. Intelligent, assez avancé ; peu de dispositions ; à l’essai.
Nobel. — Première année. Sourd de naissance, entend encore un peu la parole très voisine de ses oreilles. Intelligence ordinaire, péu avancé ; il a quelques dispositions pour la parole articulée.