‹ De la guérison de la surdi-mutité et l'éducation des sourds-muetsChapitre 4 sur 23 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Nous avons cru devoir placer en tête de ce recueil de pièces, non seulement les conclusions du travail de la commission de 1828, mais encore le texte presque tout entier du rapport de 31. Husson. Aucun document ne pouvait jeter une plus vive lu-

mière sur la discussion qui a occupé l’Académie pendant si longtemps; il n’était pas possible de montrer plus clairement la route parcourue par les devanciers de ceux qui se sont montrés si ardents à la parcourir de nouveau. Se figure-t-on l’effet qu’eût produit au quinzième siècle la publication du journal d’un voyageur ayant abordé au Mexique vingt ans avant Christophe Colomb, surtout si l’on eût pu prouver que ce dernier avait eu connaissance de ce journal ? Nous ne tenons pas cette comparaisonpour juste; il faut laisser chaque chose à sa place, les grands hommes dans leur gloire, les pâles imitateurs, nous ne disons pas les plagiaires,-dans leur obscurité; mais il est impossible de ne pas voir dans ces deux affaires académiques l’une datant de 1828, l’autre de 1853, une similitude qui confond l’esprit des observateurs attentifs.

En quoi la tentative récente diffère-t-elle de la première? Quelle nécessité y avait-il de refaire le travail d’Itard et de M. Husson? L’Académie, qui avait approuvé l’œuvre de la commission de 1828 et de son rapporteur, qui avait eu la satisfaction de voir ses vœux accomplis, puisque le ministre avait fait les fonds de la création nouvelle, devait-elle, vingt-cinq ans plus tard, remettre en question ce qu’elle avait souverainement décidé? Fallait-il, après un arrêt si sagement motivé, instruire de nouveau une affaire qui paraissait bien connue et consacrer par d’immenses débats un droit de révision que l’on ne justifiait par aucune découverte récente ? 11 y a là, on en conviendra, de quoi surprendre les meilleurs esprits, surtout si l’on considère qu’en 1828, l’Académie employa une seule séance à la lecture et à l’adoption du rapport, tandis que dernièrement il en a fallu dix pour arriver au même résultat. D’où vient cette différence si considérable? Le sujet est le même, les moyens thérapeutiques ou pédagogiques ne diffèrent en rien d’essentiel, le travail de la première commission se trouve confirmé de tout point par celui de la seconde ; à dire vrai, celle-ci eût pu se dispenser de le recommencer, puisqu’elle n’avait rien de nouveau à ajouter aux pages excellentes de M. Husson.

Nous ne nous chargeons pas d’expliquer cette anomalie. Il suffira sans doute de faire remarquer que, dans le premier cas, l’Académie avait à se prononcer sur l’œuvre d’un de ses membres , Itard, dont le talent et le caractère lui inspiraient une

INTRODUCTION

égale confiance. Il s’agissait d’un travail tout spécial, poursuivi avec une persévérance extrême pendant longues années, dans un but d’utilité publique, par un homme que sa position particulière recommandait à l’estime de tous ; l’Académie ne voulait point discuter des méthodes étudiées par une commission, décrites par un rapporteur, et proposées à son approbation avec toutes les garanties désirables : aussi le vote fut-il unanime et immédiat sur les conclusions qui lui étaient présentées.

Il est évident que les conditions récentes n’étaient plus les mêmes, qu’il y avait lieu, par conséquent, d’examiner cette nouvelle affaire , de la discuter, de soumettre à une révision complète chacun des points du rapport qui a rempli la séance du 19 avril 1853. L’Académie, bien qu’elle ne tienne personne en suspicion légitime, a promptement éprouvé cette sorte d’émotion intérieure, avertissement sympathique qui se fait sentir dans toutes les parties d’un corps délibérant, véritable instinct de conservation en vertu duquel les hommes comme les assemblées se tiennent sur leurs gardes. 11 en est résulté que cette affaire, qui, comme le disait un journal de médecine, semblait devoir arriver au but en un instant, a pris des proportions inaccoutumées, a excité la verve des orateurs les plus habiles, a produit des discours passionnés ; le retentissement de ce débat a été considérable, des personnes étrangères à l’Académie ont cru devoir intervenir, si bien que l’on a vu s’entasser sur le bureau de l’illustre compagnie une masse de documents relatifs à la surdi-mutité, constituant, pour sa bibliothèque, une collection non moins riche qu’inattendue.

Nous avons cru faire une chose utile en recueillant ces matériaux , en plaçant dans un ordre régulier ces travaux divers, destinés (au moins doit-on le supposer) à jeter du jour sur la grande question de la guérison de la surdi-mutité et du meilleur mode d’éducation des sourds-muets. Quelque soin que mettent les journaux spéciaux à enregistrer dans leurs comptes rendus tout ce qui se dit à l’Académie impériale de médecine, même après le Bulletin de l’Académie, organe officiel des actes de cette compagnie, il y a encore beaucoup de choses à recueillir qu’on chercherait vainement ailleurs que dans notre livre. Nous avons voulu présenter dans son ensemble ce grand procès fait un peu l^èrement, il faut en convenir, à un établissement

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