HISTOIRE DES FAITS
On a aussi parlé de la maison Dubo j s , on a vanté le lalen L du , maître et l'in^ ru ction des élèves. Nous ne contestons pas le mérite .du premier; quant à celui des seconds, nous n’avions pas besoin •que la lettre adressée à l’Académie par M. le président de la commission de surveillance (1) vînt nous éclairer sur ce qu’il faut croire ; des éloges qui leur ont été prodigués. M. Bouvier a lu des lettres iqui , malheureusement, ont donné tort aux opinions qu’il professe, en voulant prouver l'état de supériorité des élèves instruits par la parole sur ceux instruits par la mimique : il n'a pas été heureux dans les citations qu’il a choisies. LcsélèvesdeM. Duboissont jugés; disons seulement que nous en rencontrons souvent et qu’ils se servent du langage mimique beaucoup mieux que de la parole que, chez certains, nous avons beaucoup de peine à comprendre.
M. Dubois lui-même, le chef de l'institution des sourds-parlnnts, ne doit l'instruction solide qu’il possède qu'aux soins qu'il a reçus à l'Institution de Paris, où son éducation a été faite par la mimique. Il est vrai que l’on a cultivé en même temps sa facilité surprenante pour la parole (il a perdu l'ouïe à cinq ans); mais, aujourd’hui encore, dans ses relations avec les sourds-muets, il emploie l e langage dont il veut l'abolition .
De tous ces faits, il résulte que l'enseignement au moyen de la mimique produit de bons résultats. Nous avons montré ce que l'on peut obtenir par cette méthode, nous avons cité les noms de tous les professeurs sourds-muets de France comme des preuves vivantes de l’opinion que nous soutenons; d’un autre côté, si nous regardons les résultats obtenus par l'instruction auriculaire, nous voyons des élèves fort au-dessous de ceux qui sortent des écoles de Paris, de Bordeaux , de Toulouse, de Nancy, etc.
r Quant à l'enseignement de la parole, nous l'avons dit et nous le répétons, il faut le donner aux sourds-muets, mais dans les limites du possible : c’est un complément d'instruction , c'est un accessoire, mais ce n’est pas un moyen unique.
Cet enseignement demande : pour le maître, une grande patience, une persévérance sans bornes; pour l’élève, une attentip n son tenu e et un grand d ésir de p osséd er un. moyen de pl us d e communication^ On réussit quelquefois à donner à certains sourds de naissance l’usage de la parole, mais, comme nous l’avons déjà dit , sortis de nos écoles, ils perdent l'habitude de parler, ils reviennent à leurs signes chéris , ils craignent la plupart du temps d'être Ridicu les; puis, la parole articulée ne leur donne aucune jouissance, puisque'
(I) Nous publierons cette pièce importante.
eux-mêmes ne s’entendent j>as parler. Et c'est lii le cas de citer ces mois tirés d’un ouvrage du docteur BJanchet (1) : jiL» parole du i » sourd, dit-il, fruit d'études et d'efforts arides, résultat artificiel /
» de contrainte et même de violence, ne constitue jamais qu'une » acquisition d'emprunt; elle n'est que l'accident , l'anomalie de sa » constitution , et non la conséquence libre du jeu uaturel de scs » organes. » 1
Laissons donc les signes jouer leur rôle dans l'enseignement des sourds-muets. Cette langue, si dédaignée aujourd'hui, a pourtant de chauds admirateurs, même parmi ses adversaires. Qu’on ouvre t encore l'ouvrage du docteur Blanchet, on verra qu'il regrette que l’art de fixer les gestes sur le papier ne soit pas encore découvert ;
« car s'il l’était, dit-il, voyez quel horizon immense s’ouvre à mes » regards! Qui, dès lors, oserait nier l’existence de celle langue » universelle que tant do savants ont rêvée, que Leibnitz entrevoyait *
» dans ses songes, que Descartes ne croyait possible que dans le a pays des romans; langue que, sans aller bien loin, on rencontre I » dans le pays des réalités, qu'on n'a pas besoin de chercher; qui u est partout, qui a été de tous les temps, de tous les lieux, qui » fut connue de nos premiers pères, qui. sera connue de ppsjijy- ,
» niers neveux ; que, savants et ignorants, tout le momie comprend,
» tout le monde parle : le langage des gestes, enlin, la langue d’acu lion, qui peut, aussi bien qu'aucune langue parlée, recevoir et a rendre tous les sentiments qui sont dans le cœur de l’hommo, u toutes les idées qui sont dans son esprit; source des beaux-arts » qui l'ait respirer la toile et le marbre, a laquelle l'orateur emprunte » ses plus sûrs moyens d'entraîner et de persuader, qui inspirait » les pantomimes sur les théâtres de Rome, et à l'aide de laquelle » Roscius se faisait fort de reproduire les plus éloquentes périodes » de Cicéron (2). »
Certes, après une description si magnifique de toutes les ressources du langage des signes, il ne no us appnrl ifipLags d'y rien ajouter ; J disons seulement que sa plus belle prérogative est celle qui en fait l’ iustl'u m entale phis puissant de l'éducation des sourds-muets.
Un dernier mgL 11 est malheureusement prouvé que .. malgré fous les ell'urls de la médecine auriculaire, l'art de guérir les sourdsmuets doit, comme l'a dit un homme compétent, M. le docteur Meuièrc, être r elégu é a u nomb re de» desiderata l es plu s incert ains de la science .^ Nous avons montré que, malgré tous ses efforts, M. Blan-
(t) De la surdi-mutité, vol I", p. St.
(SJ De la surdi-mutité, vol. I", p. 73.