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France, Italie, Aatrlehe, Aaslelerre, ^gjpte et Sjrle, RoMle, MoUaBde, de tV^tt * il»».
Jusqu'ici les exploits de Bonaparte s'étaient bornés à mitrailler les royalistes au siège de Toulon et dans l'insurrection du 13 vendémiaire {4octobre). Gen'étaitpasqu ilaimât la République , mais il avait besoin d'elle pour s'élever, et il se réservait de lui témoigner plus tard l'aversion qu'il paraît avoir toujours ressentie pour elle. Le voici arrivé au moment où il sort de l'obscurité pour projeter au loin nn si vif éclat. Le commandement en chef de Tarmée dltalie lui est confié (1 796) . Il gagne les batailles de Montenotte et de Mil-* lesimo, soumet le Piémont en quelques jours, et signe à Gherasco l'armistice que lui demande le roi de Sardaigne. Il traverse le duché de Parme, exigeant 2 millions de contributions , 1 ,600 chevaux, des vivres et vingt tableaux de choix, qu'il envoie à Paris. Ce fut alors qu'il adressa a ses
droit d'être exigeant pour.sa moraUtc. J'ai fait d'inutiles efforts pour me persuader que j'avais jugé Bonaparte trop sévèrement; je me suis demandé souvent, enlre autres choses^ s'il n'était pas de bonne foi lorsque, dans les premières années de sa carrière politique, il affichait di^s sentiments républicains ; car on ne se décide pas facilement à accuser un tel homme de déloyauté. Mais forée m'a bien été de céder à l'évidence des faits. Ses partisans me viennent du reste en aide sur plusieurs points^ dans leurs moments de sincérité. Par exemple, cet orgueil et cette astuce que je lui reproche, voici un de ses plus grands admirateurs^qui en convient : a Cet bomme^ chez lequel Vorgueil était immense, avait toute a l'adresse d'une femme aie cacher... Il affectait dans son langage^ dans « son costume, dans (putes ses habitudes, une simplicité qui surprenait a rimagination des hommes, d (Thiers, Histoire de la Bévolution franfoise, ch. xi^ t. IX, Paris, 1841.)
AGCfiOlSSEMEIiT ]>£8 ARMÉES PERMANENTES. 105
troupes, mais plus encore à la France, cette première et célèbre proclamation , dans laquelle je crois lire toute sa vie ; œuvre de rhétorique dont toutes les phrases sont soigneusement pesées, tous les mots calculés pour enflammer dans des cœurs, d^à trop belliqueux de leur nature, la pernicieuse passion des exploits militaires^.
Toutefois, au milieu àe ce& grâces rendues aux soldats y de ces flatteries dont il les enivre , de cette perspective de nouveaux triomphes qu'il fai tmiroiter à leurs yeux éblouis, de cette excitation même des convoitises grossières, on trouve encore les mots de république et de liberté : l'heure
1 Voici celto curieuse proclamalion :
Q Soldats, vous avez remporté en quinze jours six victoires, pris 21 dra- « peaux, 55 pièces de canon^ plusieurs places fortes^ et conquis la partie c la plus riche du Piémont.* Vous avez fait 15,000 prisonniers, tué au Uessé « plus de iO.OW hommes. Vous vous étiez jusquMci battus pour des rochers « stériles, illpstrés par votre courage, mais inutiles à la patrie. Vous « égalez aujourd'hui par vos services Tarmée de Hollande et du Rhin. « Dénués de tout, vous avez suppléé à tout. Vous avez gagné des batailles a sans canons, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées «t sans souliers, bivouaqué sans eau-de vie et souvent sans pain. Les phae langes républicaines, les soldats de la liberté étaient seuls capables de a souffrir ce que vous avez souffert : grâces vous en soient rendues, sol- « datsi La patrie reconnaissante vous devra sa prospérité; et si, vain- « queurs de Toulon, vous présageâtes Timmortelte campagne de 1793, « vos victoires actu^les en présagent une plus belle encore. Les deux ar- « niées, qui naguère vous attaquaient avec audace, fuient épouvantées « devant vous ; les hommes pervers^ qui riaient de votre misère et se « réjouissaient dans leur pensée des triomphes de vos ennemis, sontconc fondus et tremblants. Mais, soldats, vous n*avez rien fait, pmsquHl vous « reste à faire. Ni Turin ni Milan ne sont à vous ; les cendres des vain^ « queurs de Tarquin sont encore foulées par les assassins de Basseville! « On dit qu'il en est parmi vous dont le courage mollit, qui préféreraient a retourner sur les sommets de TApennin et des Alpes? Non, je ne puis « le croire. Les vainqueurs de Montenotte^ de Miliesimo, de Dego^ de « Jtfondovi, brûlent de porter au loin la gloire du peuple français, »
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n'est pas venue de les supprimer. L'époque où il se donne pour le simple serviteur de la République, qui ne fait que se défendre, est la plus belle de sa vie. A partir du moment, qui ne tardera pas beaucoup à venir, où il sera le mattre, presque toutes ses expéditions seront injustes, parce qu'el-les seront offensives. Pendant qu'il veut bien encore se dire républicain , suivons-le donc avec intérêt , mais ne Tadmirons qu'avec réserve. Les Milanais , espérant qu'il les délivrera du joug de rAutriche, le reçoivent triomphalement. Il les frappe de 20 millions de contributions. U fait une seconde proclamation qui commence ainsi : « Vous « vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Ace pennin, etc.» , proclamation encore plus boursouflée que la première, où il parle aux soldats de leurs amantes^ et dans laquelle perce le désir manifeste de soulever les populations de Rome et de Naples contre leurs gouvernements; il se dit l'ami des descendants de Brutns ; il veut rétablir le Capitale et réveiller le peuple romain^ engourdi pur plusieurs siècles d'esclavage. En attendant, fidèle aux traditions de ces siècles d'esclavage, il iDcendie le bourg de Binasco, et livre au pillage la ville de Pavie, où s'étaient réfugiés des paysans soulevés par les moines '. U attaque les
^ M. Tbiers parle de cet acte, cligne des temps de barbarie, sur un ton d^ncroyable légèreté et où it est difficile de ne pas voir une intention de justification ou au moins d^excuse : a Bonaparte, pour donner un a exemple sévère^ leur accorda trois heures de pillage. Ils étaient à peine « un millier, et Us ne pouvaient pas causer de grands désastres dans une « ville aussi considérable que Pavie. Ils fondirent sur les boutiques d'or- « févrerie et s^emparèrent de beaucoup de bijoux. L'acte te plus con- <f damnable fut le pillage du Mont-de-Picté ; mais heureusement, en « Italie comme partout où 11 y a des grands, pauvres et vaniteux, les « Monts-de-Piété étaient remplis d^objets appartenant aux plus hautes « classes du pays. » (R^idmnf cta. m, t. VIII.]. Quand on s'attribue le rôle
Autrichieos sur le territoire neutre de Venise, et force cette république à lui fournir des vivres et à lui céder les deux places de Vérone et de Legnago. La nouvelle de ses succès dans la haute Italie effraie le roi de Naples, qui lui envoie sa soumission . Des bandes de partisans interrompaient ses communications sur le territoire de Gènes; il écrit âu sénat : « Je ferai brûler les villes et les villages oii se com- €( mettra un assassinat; je ferai brûler les maisons qui ft donneront asile aux assassins, et punir exemplairement « les magistrats qui les souffriront. Il faut que le meurtre «(^d'un Français porte malheur aux communes entières « qui ne l'auraient pas empêché. » Quelle justice et quel style! Attila et Gengis-khan faisaient plus, parce que le milieu social où ils vivaient ne s y opposait point, mais ils ne disaient pas mieux. Au reste on le verra bientôt, en Orient, procéder à la manière de ces barbares. Ce morceau d'éloquence militaire est sans doute un de ceux sur lesquels les preneurs de Bonaparte se fondent pour admirer sa vive imagination et sa tournure d'esprit orientale. Gênes, comme on le pense, lui promit tout ce qu'il voulut. Il entre dans les États du pape et prononce Tindépendance des légations de Bologne et de Ferrare. Le souverain pontife avait provoqué ce châtiment en se déclarant l'ennemi de la République. Il obtient un armistice au prix de 21 millions de contributions et de cent tableaux ou statues de
si grave d'historien^ il n'est pas (yermis d'en méconnaître à ce point la dignité. Si des étrangers, faisant invasion en France, y montraient ce genre nouveau de modéralionf qui consisterait à pilier les riches^ y compris M. Thiers, de préférence aux pauvres^ je serais curieux de savoir ce que celui-ci penserait et dirait d'un historien qui raconterait ainsi le fait : a Heureusement ils ne volèrent que les hautes classes du « pays. »
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choix . Bonaparte poursuit Wurmser dans le Ty roi et le force à Tenir s'enfermer dans Mantoue , après lui avoir tué ou blessé environ 20,000 hommes et fait autantde prisonniers. Les Français reprennent laGorse sur les Anglais. Ils avaient alors moins de succès en Allemagne : Jourdan était battu parTarchiduc à Wurtzbourg, etMoreau obligé de faire, dans les défilés du Yal-d'Enfer, cette retraite que Ton a comparée à celle des Dix Mille. Bonaparte» malgré les envois de troupes qui lui avaient été faits, voyait son armée réduite par les fièvres et les pertes éprouvées dans lescom* bats. Il demandait sans cesse de nouveaux renforts. «Des c( troupes ! écrivait-il au Directoire, ou lltalie est perdue. » Des troupes l tel sera , pendant près de vingt ans, le refrain de ses triomphes. Il prononce la déchéance du duc de Modène, à qui il avait déjà imposé une contribution de 1 millions, et réunit à ses États les légations de Bologne et de Ferrare pour en composer la république Cispadane. Alvinzy , après lui avoir tué 4,000 hommes, le contraint à se réfugier dans Vérone. Il échappe à cette situation critique par un de ces stratagèmes et une de ces marches hardies qui lui étaient familières. A Arcole , les Autrichiens ont 8,000 morts ou blessés et 5,000 prisonniers.
Une tentative de débarquement en Irlande, projetée par le général Hoche, échoua complètement. L'escadre^ composée dé 40 vaisseaux, frégates ou gabares et de 50 bàti^ ments de transport, portait une vingtaine de mille hommes. Partie de Brest au milieu de Thiver , elle devait débarquer dans la baie de Bantry ; mais elle fut dispersée par la tempête et les croisières anglaises, et regagna les côtes de France dans le plus déplorable état. L'Angleterre avait alors 120,000 marins et 80,000 soldats de terre.
Aux journées de Rivoli et de Mantoue, Tannée autrichienne, composée d'environ 80,000 hommes, eut 20,000 tués ou blessés et un plus grand nombre de prisonniers (1797). Mantoue se rend. L'armée française s'avance alors dans les Etats Romains, dont la conquête ne pouvait l'arrêter longtemps. Le pape demande la paix, qui lui est accordée, à Tolentino, au prix de nouvelles contributions et de la cession du Comtat Yenaissin et des légations. Bonaparte franchit les Alpes Juliennes, malgré l'archiduc Charles, à qui il fait 20,000 prisonniers. 11 adresse à ce prince une lettre par laquelle il l'engage à faire des propositions de paix : « Si l'ouverture que j'ai l'honneur de a vous faire, lui dit-il, peut sauver la vie à un seul homme, « je m'estimerai plus fier de la couronne civique, que je « me trouverai avoir méritée, que de la triste gloire qui ii peut revenir des succès militaires. » Si l'on n'avait d'autre moyen de se former un j ugement que ces belles paroles, on croirait que celui qui les écrivait était le plus tendre des hommes, et que, dédaignant la triste gloire des armes, il reculait d'effroi devant la pensée de faire couler le sang humain. Déjà il l'avait répandu à flots, et Ton peut dire qu'il n'en était qu'à son début, quand on sait tout ce qu'il devait en faire verser encore. L'archiduc inclinait à faire des propositions d'arrangement ; mais le ministère autrichien s'y opposait. Bonaparte s'avance sur Vienne. Il n'en est plus qu'à quelques marches. La cour épouvantée demande enfin la paix, dont les préliminaires sont signés à Léoben , et qui est ensuite définitivement arrêtée à Campo-Formio. L'Autriche cède à la France les Pays-Bas, consent à ce|qu*elle prenne la ligne du Rhin, et renonce à la Lombardie : Bonaparte l'indemnise en lui donnant
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diverses provinces appartenant à Venise. Ce dernier aete, que le Directoire aurait dû refuser de ratifier, était doublement coupable de la part d'un général de République : d'abord c'était imiter ces monarques qui disposent des populations sans s'inquiéter de savoir s'il leur convient ou non de vivre sous tel ou tel régime politique ; en second lieu, Venise étant neutre alors, Bonaparte violait à son égard le droit des gens. Rappelé en Italie par la révolte de Vérone, il prétexte les assassinats commis dans cette ville, et que désavouent les magistrats de Venise, pour déclarer la guerre à cette République, dont il change la constitution et se fait livrer la marine. Il règne maintenant à Millau, et déjà sa femme y tient une cour. Le 14 juillet, jouf de l'anniversaire de la prise de la Bastille, il donne une fête où il jure, par les mânes des héros morts pour la liberté, guerre implacable aux ennemis de la République et de la Con*stitutionj et s'écrie que les royalistes y dès V instant qu'ils se montreront, auront vécu. A cette époque, une conspiration royaliste, fomentée jusque dans le sein des conseils par le général Pichegru, qui venait de se vendre au prince de Condé, donnait de grandes inquiétudes au pouvoir exécutif, et la majorité du Directoire méditait ce coup d'État du 18 fructidor (4 septembre), qui, en invitant les militaires à intervenir illégalement dans les affaires politiques, établissait un précédent que ses ennemis sauraient plus tard tourner contre lui-même. Après avoir formé la république Cisalpine, Bonaparte rentre en France. On lui fait une brillante réception, oii Talleyrand le félicite en prédisant qu'il faudra peut-être un jour faire violence à sa simplicité antique. Les Romains renversent le gouvernement papal, et la Suisse elle-même, entraînée dans ie mouvement ré<^
AGGROISSEMEJIIT DM ARIliES PERMAIfEIfTES. 111
YolutioDDaire> change sa Tieille constitution. Le Directoire pensait à charger Bonaparte de diriger une nouyelle tentative de descente en Angleterre. Mais celui-ci veut aller faire la guerre aux Anglais en Egypte ; il prétend convertir la Méditerranée en lac Françds^ et forcer le commerce de rinde à abandonner le cap de Bonne-Espérance. Il s'embarque avec 40,000 soldats de terre et 10,000 marins (1 798) ; Tescadre, commandée par le contre-amiral Brueys, se composait de 29 vaisseaux ou frégates, de 72 bâtiments inférieurs et de 400 transports. De quel droit allait-il, tranchant du Gambyse ou de TAlexandre, s'emparer de TEgypte, qui dépendait de la Porte^ avec laquelle la France était en paix? Il voulait, disait-il, y détruire la .tyrannie des Mamelouks. Mais les Coptes et les Arabes l'avaient-ils appelé à leur secours, et le sultan Tavait-il chargé d'aller faire la police dans ses États? Les Directeurs, quelque in* térêt qu'ils eussent à se débarrasser d'un jeune général qui avait si souvent, dans la campagne d'Italie, enfreint leurs instructions et méconnu leur autorité, disposant en souverain du trésor de la République et des pays conquis, faisant de sa pleine autorité la paix ou la guerre qu'euxmêmes, d'après la Constitution, n'avaient pas le droit de faire, les Directeurs, dis-je, sentant tout ce que son projet avait d'irrégulier et d'aventureux, s'y opposèrent d'abord; mais à la an ils eurent la faiblesse de céder à une volonté impérieuse et appuyée sur une offre de démission qu'ils auraient dû prendre au mot. Ce fut une faute énorme et qui ne pouvait qu'être funeste à la République : jusqu'ici la France, injustement attaquée, n'avait fait que repousser, ses agresseurs; il fallait donc éviter de lui donner le tort qu'elle reprochait à d'autres États ; il fallait surtout arrêter
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dans ses premières tentatives d usurpation la puissance militaire, essentiellement hostile à la liberté, et personnifiée alors dans une grande individualité dont il était facile de prévoir qu'on ne pourrait bientôt plus arrêter les envahissements. Chemin &isant, Bonaparte s'empare de TUe de Malte, sur laquelle la France n'avait aucun droit de souveraineté à exercer. Maître de Rosette, il y commande d'affreuses exécutions : les Turcs se réfugient dans les mosquées avec leurs femmes, leurs vieillards et leurs enfants; tout est égorgé. Â la bataille des Pyramides, 1,500 Mamelouks sont tués ou noyés dans le Nil. Mais, pendant que, dans les mosquées du Caire, il édifiait les Arabes en récitant leurs prières dans les mêmes postures qu'eux et avec les mêmes balancements de corps et de tète, son escadre était presque entièrement détruite par Nelson, qui Tavait rejointe dans la baie d'Âboukir. Deux vaisseaux seulement et deux frégates échappèrent à ce désastre. Â la réception de cette nouvelle, il adresse à ses soldats, effrayés de se voir ainsi enfermés sur une terre inhospitalière et si éloignée de la patrie, une magnifique amplification, dans laquelle il leur dit que leur destinée est belle. On n'en jugea pas tout à fait de même en France, lorsqu'on y apprit à la fois l'anéantissement de la flotte et la déclaration de guerre que faisait le sultan, justement irrité de ce qu'une nation amie envahissait une de ses provinces.
Vers le même temps, le cabinet anglais décidait Paul I**" îi s'unir à lui, quoique la Russie n'eût aucun grief contre la France. Tout annonçait que les puissances qui avaient • demandé la paix, particulièrement Naples et l'Autriche, n'attendaient qu'une occasion opportune pour reprendre une attitude hostile. Le roi de Naples prend l'initiative
de la rupture des traités. Son armée, forte d environ 50,000 hommes, vient attaquer les Français dans les Etats romains, d*où elle est repoussée, après plusieurs échecs, par le général Ghampionnet, qui marche sur Naples. La cour, après avoir armé les lazzaroni, venait de se sauver en Sicile. Les Français entrent àNaples en vainqueurs (1799), et la république Parthénopéenne y est proclamée. Le Directoire renforce les armées d'une levée de 200,000 hommes. L'empereur d'Autriche reprend l'offensive. Réunies à celles que lui fournit l'empereur de Russie et qui sont commandées par Souvarov, ses troupes montent à près de 300,000 hommes. L'archiduc Charles bat le général Jourdan à Stockach. En Italie, Schérer essuie une défaite à Magnano, et est obligé de battre en retraite. Macdonald est battu par Souvarov, qui le force également à se retirer : Ja bataille, engagée sur ces bords de laTrébie, déjà ensanglantés par Annibal, vingt siècles auparavant, avait duré trois jours, et une vingtaine de mille hommes des deux camps avaient péri. Un pareil nombre succomba à la bataille de Novi, où Souvarov battit également Joubert et Moreau^ et leur fit un grand nombre de prisonniers.
Bonaparte veut ajouter à sa conquête de l'Egypte celle de la Syrie. Il livre Jaffa au pillage et en massacre la garnison. Il bat les Turcs au Mont-Thabor et brûle les villages environnants; mais il est forcé d'abandonner le siège meurtrier de Saint- Jean-d' Acre. Mécontent du peu de succès de son expédition et chassé par la peste, il reprend le chemin de rÉgypte, ravageant toutes les contrées qu'il traverse. Il eut un instant la pensée de se débarrasser de ses pestiférés de Jaffa par une forte dose d'opium. La vérité est qu'il n'insista pas quand Desgenettes lui eut fait cette
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belle réponse '• << Mon métier est de guérir les hpmmes et « non de les tuer. » Mais la proposition seule, quoique non suivie d'effet, dit assez quel cas il faisait de la vie humaine. Il écrit au chef du Darfoùr : « Je désire que vous m'en- « voyiez 2,000 esclaves. » Il extermine à Aboukir une armée turque composée de 1S,000 hommes. C'est après cet exploit qu'il s'embarque pour la France, laissant ses compagnons d'armes exposés aux plus grands dangers. Kléber, dans upe proclamation, voulait qu'il fût jugé militairement. Après deux nouvelles années de souffrances et après avoir livré plusieurs combats dont le principal fut celui d'Héliopolis, où Kléber défit les Mamelouks, la moitié à peine de l'armée d'Egypte put revoir le sol natal. Tel fut le résultat de cette folle et coûteuse expédition. Ce n'est pas sérieusement que, pour la célébrer, on se rejette sur les avantages que h science en retira ; ils pouvaient être procurés plus complets et plus purs par les moyens qu'indique le progrès de la civilisation, et ne demandaient ni le sacrifice d'une flotte et d'une armée, ni le massacre des populations.
La fortune capricieuse des cp^ibats, qui avait, au commencement de la campagne, abandonné les armées françaises, leur était revenue. A Zurich, les Russes, commandés par Eorsakov, eurent 18,000 morts ou blessés ou prisonniers. Masséna chassa Souvarov de la Suisse. De son côté, le général Brune, qu'un débarquement opéré parles Anglais réunis aux Russes avait d'abord repoussé jusqu'à Amsterdam, les avait obligés à évacuer la Hollande.
On venait de recevoir en France la nouvelle de ces succès, lorsque Bonaparte y arriva. 11 sentait tout ce que son retour inattendu et si contraire aux règles de la discipline
ACCROlSSEMEirr DIS AlUffES PERMANENTES. ii8
militaire devait inspirer de défiance au pouvoir exécutif; U avait donc intérêt à le tromper encore sur ses projeta. Aussi un de ses premiers soins tut-il d'aller renouveler auprès du Directoire le serment de ne jamais tirer son épée que pour la défense de la République. A quelques jours de là, secondé par deux hommes de la plus haute capacité en matière d'intrigue et de rouerie diplomatique, Talleyrand et Sièyes, qui avaient le plus contribué au renversement de la monarchie , et qui maintenant travaillaient avec le plus d'ardeur à la reconstruire, il faisait son 48 brumaire (8 novembre), entrait avec ses grenadiers dans l'assemblée des Cinq-Cents et mettait à néant la constitution à laquelle il avait prodigué ses respects. La grande nation avait un maître; de te république, il ne lui restait plus que le mot. Les royalistes, espérant que Bonaparte se bornerait à jouer le rôle d'un nouveau Monck et rétablirait les Bourbons , applaudirent à son coup d'État, surtout quand ils le virent rappeler les émigrés et persécuter ce qui restait encore en France de républicains. M^is ils devinrent bientôt s^s plus implacables ennemis , quand ils s'aperçurent qu'il avait trompé leur calcul. Cela n'empêchera pas un bon nombre d'entre eux de briguer ses sourires et de se mettre à ses gages, en attendant l'époque où il sera précipi|;é du faite des grandeurs et où ils pourront l'insulter et même le calomnier. Il faut dire apssi que , dans ce naufrage presque universel des consciences, on remarquait d*anciens patriotes renégats et sans cœur, et qui n'étaient pas les moins empressés à saluer la nouvelle idole. Dans un premier projet de constitution, rédigé par Sièyes , Bonaparte devait, sous le nom de Grand Électeur, représenter l'Etat et habiter le palais de Versailles avec 6 millions de revenu et ui)e
garde de 3,000 hommes; mais le gouvernement propre* ment dit était con&é à deux Consuls qu'il nommait. II refusa ce rôle ridicule, qui était bien loin en effet de suffire à son ambition, et qu'il appela d'un nom devenu célèbre. Dans la constitution du 22 frimaire (13 décembre), il s'empare de tout le pouvoir exécutif sous le nom de Premier Consul, les deux autres Consuls ne devant avoir que voix consultative. Il institue un Sénat conservateur ^ richement doté , et qu'il charge de choisir les membres d'une assemblée appelée Corps législatif. Âh! j'allais oublier qu'il y avait aussi des Tribuns chargés de faire semblant de discuter les projets de lois, et qui, s'avisant un jour de vouloir prendre leur rôle au sérieux , se feront condamner à parler à huis clos , en attendant qu'on les congédie définitivement.'