XXI
Praiiee» Angleterre, Portugal, États romains, Espagne^
Anlrlehe, de 1808 Ib t811.
De son côté, Napoléon signifie au Portugal son intention de lui déclarer la guerre, s'il ne chasse les Anglais de ses ports et ne se saisit de leur commerce. La réponse ne lui ayant point paru assez humble, il dépossède la maison de Bragance, de concert avec le gouvernement espagnol, qui ne tardera pas à expier cette lâcheté. L*armée, commandée par Junot, enU'e dans Lisbonne, et le régent se réfugie au Brésil.
Lors de son couronnement, Napoléon avait promis au pape Pie VII de lui rendre les Légations. Non-seulement il n'exécuta pas cette promesse, mais il envahit les duchés deBénévent et de Ponte-Gorvo, sous prétexte que les Ân« glais y travaillaient les esprits contre lui. Le pape le me* naça d'excommunication. Napoléon répondit en envahissant Rome et son territoire, qu'il réunit à l'empire (1808). Pie Vn, qui était ainsi dignement récompensé des corn* plaisances qu'il avait eues pour le nouveau Constantin, fut enlevé de son palais, et conduit au fort de Savoue, et de là à Fontainebleau.
La cour d'Espagne était tombée à cette époque dans un état d'avilissement qui servait à merveille les vues ambitieuses de Napoléon. A la suite des plus scandaleux démêlés avec son fils, Charles lY abdique, et Ferdinand YII est proclamé. Napoléon, qui déjà, lors de la guerre du Portugal, avait, sous prétexte de garantir l'Espagne des tentatives de l'Angleterre, occupé les citadelles de Barcelone, Pampelune, Saint-Sébastien et autres points, donne à Murât Tordre de s'emparer de Madrid. Il promet au vieux roi de lui faire rendre sa couronne , et au fils de le faire reconnaître roi ; puis il leur offre d'être l'arbitre de leurs différends, et les appelle à cet effet à Bayonne où ils se rendent, comptant sur sa bonne foi. Lorsqu'il les a en son pouvoir, il les fait prisonniers, et envoie Charles à Cornpiègne et Ferdinand à Valençay. Il donne la couronne d'Espagne à son frère Joseph, roi de Naples, et la couronne de Naples à son beau-frère Murât *. L'Espagne poussa un
* Un de nos plus brillanls écrivains, Chateaubriand, appelait cela une scène de VUaUe du moy$n dge, inspirée par J^ktchiavel, Il ajoutait : « La « pièce eût été prodigieuse si elle en eût vain la peine. Mais de quoi- et
i 80 PREIOÈIIE PARTIE .
cri dlndignatioD qui retentit dans toute l'Europe. Napoléon s'avance avec une armée de près de 400,000 hommes, et entre victorieux à Madrid. Il essaie en vain d'attirer à lui le parti libéral en lui parlant des libertés qu'il lui réserve, et le parti du clergé, soit séculier, soit régulier, eo feignant de respecter ses superstitions. Toutes les classes de cette nation énergique et fière, justement irritée d'à* voir été jouée avec tant de mépris, se réunissent contre lui, et lui vouent ainsi qu'à ses malheureux soldats une haine inextinguible et qui recourra à des moyens de vengeance souvent atroces. Des juntes insurrectionnelles s'organisent de toutes parts. Ce qui restait à Cadix de la flotte française est obligé de se rendre. Les Français, qui voient massacrer impitoyablement ceux des leurs que l'on a pu surprendre sur les routes , exercent de cruelles repré-
« de qui s*agissalt-ilt D*un royaume à moitié envahi, de Charles et de « Ferdinand. Que Charles reprtt la couronne à son iils, afin de Pabdiquer « de nouveau en faveur du souverain qn*il plsirtit au conquérant de « nommer, c'est du drame pour le plaisir de jouer le drame. Il n*est pas « besoin de monter sur des tréteaux et de se déguiser en histrion lorsa qu*on est tout-puissant et qu'on n*a pas de parterre à tromper : rien « ne sied moins à la force que rintrigue. Napoléon n'était point en péril; « il pouvait être franchement injuste... Entre Joseph, son frère, et Joa* « chim, son beau^frère, il lui plût d'opérer une légère transmutation : il a prit la couronne de Naples sur la tète du premier et la posa sur la tète « du second ; celui-ci céda à celui-là la couronne d'Espagne. Bonaparte « enfonça d'un coup de main ces coiffures sur le front des ieux uonveaui « rois, et ils s'en allèrent^ chacun de son c6té, comme deux conscrits qui c ont changé de schako par ordre du caporal d'équipement. » (Congrès de Vérone, Paris, 1838.) Tout cela est dit avec autant de vérité que d'esprit. Mais il est à regretter que Chateaubriand, qui jugeait si bien la guerre de 1808, ait jugé si mal celle de ISiS, qu'il conseilla, et qni^ ayant pour but de dépouiller la nation espagnole de ses droits, essentiels an proit d'un despote inepte, n'était pas moins criminelle.
AGGR0I8SEMEKT DES ARMAIS PBRMANEirrES. 131
sailles. Le général Dupont saccage Cordoue. Le général Caulincourt livre Guença au pillage. Les Espagnols sont défaits par Bessières à Rio-Seco, où ils ont 10,000 morts et 6,000 prisonniers. Dupont, défait à Baylen, signe une capitulation humiliante, et Moncey est battu au siège de Valence. Joseph s'enfuit de Madrid. L'insurrection se com-^ munique au Portugal, où elle est secondée par un débarquement de 10,000 Anglais. Battu à Vimeiro parWeliesley, Junot évacue le Portugal. Dans l'espace de quelques moiSy les Français venaient de perdre dans la Péninsule plus de 20,000 hommes. Loin de profiter de cette leçon. Napoléon fait de nouvelles levées de soldais. L'ensemble de ses armées , réparties sur divers points de TEurope, s'élève à 900,000 hommes. Depuis plusieurs années, il anticipait, à chacune de ses coupes réglées d'hommes, sur la conscription de Tannée suivante. C'est ainsi qu'il venait de prendre en 1808 la conscription de 1809. Il rentre en Espagne. Au siège de Burgos, les Espagnols ont 2,000 morts ou blessés et un millier de prisonniers. Ils sont battus de nouveau à Espinosa, k Tudela et à Somo- Sierra. Les troupes auxiliaires anglaises se rembarquent. Madrid, menacé par Napoléon d'être passé par les armes, se rend, et Joseph y fait sa rentrée. Saragosse soutient un siège dans chaque rue et dans chaque maison, et devient ainsi le théâtre d'horribles massacres (1809). La plupart des habitants de cette grande cité périrent par le fer ou l'incendie. La prise de cette place coûta 3,000 soldats au vainqueur» Malgré ses succès apparents en Espagne, cette funeste conquête est un trait empoisonné que Napoléon portera désormais dans ses flancs. Bientôt on ne trouvera plus, en Europe, où reposer ses regards sans rencontrer du
sang. Au midi, au nord, partout des sacrifices humains offerts au génie de la destruction.
L'attentat qui avait été la cause première de la guerre d'Espagne avait effrayé de nouveau la cour d'Autriche/ qui depuis faisait des armements. Napoléon la somme de désarmer ou de se résoudre à la guerre. Elle prend ce dernier parti. Jérôme, roi de Westphalie , est chassé de ses États. Napoléon accourt en Allemagne et bat les Autrichiens à Abensberg, à Eckmûhl et à Ratisbonne. Dans ces trois journées, ils eurent environ 10,000 morts ou blessés et autant de prisonniers. Ëbersberg est réduit en cendres, et ses ruines recouvrent 5,000 cadavres* Napoléon entre de nouveau dans Vienne. A la bataille d'EssIing, l'une des plus meurtrières de ces ten^ps de carnage, les Autrichiens eurent 25,000 morts ou blessés, et les Fran* çais 45,000. On ne fît presque point de prisonniers. Les deux partis s'attribuèrent la victoire. La bataille de Wagram ne fut pas moins sanglante : les Autrichiens eurent 24,000 morts ou blessés et 12,000 prisonniers, et les Français 18,000 morts ou blessés. Le ministère anglais tenta de faire une diversion utile à l'Autriche, en envoyant en Hollande une flotte de 37 vaisseaux de ligne, portant près de 40,000 soldats. Le but de cette expédition fut manqué complètement. La ville de Flessingue fut prise après un bombardement de plusieurs jours, qui la réduisit presque en cendres. En y entrant, les Anglais n'y trouvèrent guère que des ruines, et les fièvres des marais leur enlevèrent plusieurs milliers d'hommes. L'Autriche demande la paix : le traité de Vienne la frappe d'une contribution de 200 millions de fr.
Napoléon répudie Fimpératrice Joséphine, de qui il
n'avait point d'enfant, et fait endosser la responsabilité de cette action par son Sénat; il prétexte que l'intérêt de rÉtat exigeait qu'il eût un héritier, comme si son trône, construit d'hier, l'eût été pour l'éternité. En se jouant ainsi des saintes lois du mariage ^, sans s'inquiéter de l'effet pernicieux que de tels exemples, partis de haut, produisent sur les mœurs publiques, il ne voulait pas seulement un héritier, il lui fallait la fille des Césars : il épouse l'archiduchesse Marie-Louise , fille de l'empereur d'Autriche, François II (1810). Il venait de donner le grandduché de Toscane à sa sœur Élisa. Il donne le Hanovre à son frère Jérôme , roi de Westphalie. Mais ne trouvant pas son frère Louis , roi de Hollande , assez docile à ses volontés, il le dépossède et réunit la Hollande à la France. U réunit en même temps à son vaste empire le Valais et les villes hanséatiques.
La guerre de la Péninsule se poursuit. Le maréchal Soultbat les généraux Mendizabal et Ballesteros; il s'em^ pare dé Badajoz et de Murcie (1811). A la bataille de Geborra, les Espagnols perdirent 5,000 hommes. Dans cette campagne, les Français firent plus de 20,000 prisonniers. Suchet livre Tarragone au pillage, après y avoir égorgé 5,000 hommes , et force Valence à se rendre. Pendant ce temps* Wellington forçait Masséna à évacuer le Portugal.
1 Je ne prétends point faire ici de la théologie, mais simplement de la morale. Que Ton soit juif ou chrétien, musulman ou déiste, en admettant que le divorce puisse être permis dans certains cas et pour des motifs très-graves, jamais on ne rangera au nombre de ces motifs Tabsence d'héritier direct. Le clergé catholique^ en venapt bénir ce second mariage, qui constituait Napoléon en état de bigamie, prouvait par là qu'il était prêt à faire bon marché de sa doctrine pour conserver sa position ofiicielle.
134 PRHltaS PASTIS.
§ XXIL
i-mUsSltm, 4e 1819 * 181S.
Alexandre supportait impatiemment le joug du système continental ; il avait renoué des relations eonmierciales avec TAngleterre , et il faisait des armements. Napoléon lui déclare la guerre (1812), contl^ Favis de ses ministres et des grands personnages de sa cour* qui, maintenant gorgés d'or et de dignités, ne veulent plus que jouir de leur fortune. Assisté de l'Autriche , de la Prusse et de la Pologne qu'il leurre une seconde fois de Tespoir du rétablissement de sa nationalité , il s'avaiice au cœur de la Russie avec une armée de 500,000 hommes. Il s'empare de Wilna et de Witepsk. Déjà les vivres commencent à devenir rares, et son armée diminue tous les jours par la faim, les maladies et la désertion. Il bat Tennemi à Ostrowno , à Polotzk, à Mohilew, à Smolensk et à la Moskow^ : à cette dernière bataille, les Russes eurent 50,000 morts ou blessés, et les Français 20,000. L'armée était déjà réduite de plus de moitié lorsqu'elle entra à Moscou, qu'on trouva presque désert et qui fut bientôt livré à Tincendie par la main même des Russes. A mesure que ceux-ci s'étaient retirés devant l'armée française, ils avaient entraîné avec eux les populations et brûlé les villes et les villages. Ils laissent Napoléon perdre du temps à Moscou , où il espère recevoir despropositionsde paix, et ils attendent prudemment l'arrivée de la mauvaise, saison, n'en revenant pas delà surprise que leur cause un aussi habile homme en s'aveuglant à ce point sur les périls de sa situation. Vers la fin d'octobre.
ACGR0I88EMEMT DEI^ ARMteS PERMANENTES. 135
ii est forcé d'exécuter cette horrible retraite où le froid et la faim dévorent son armée. Après le passage de la Bérésina, il abandonne ses soldats et revient précipitamment à Paris. Des 500,000 hommes qu'il avait emmenés avec lui, une cinquantaine de mille seulement revirent leur patrie^. La nation est consternée. Le désenchantement est complet. Déjà des trames souterraines s'ourdissent, même et surtout parmi ceux qui avaient le plu3 contribué à exhausser le colosse. Les rois ses alliés, attachés à sa fortune par les seuls Uens de la crainte, l'abandonnent. La Prusse se réunit à la Russie et à T Angleterre (1813). Depuis longtemps cette dernière puissance fournissait aux coalitions des subventions considérables, qu'elle se procurait en grande partie par des emprunts. Cette année , les subsides votés par le Parlement s'élevaient à plus de 72 millions de livres sterling (près de 2 milhards de francs) . On verra, dans la seconde partie de cet ouvrage , à quel taux ses emprunts successifs portèrent sa dette publique. Napoléon fait une levée de 300,000 hommes ^ i^t se remet en campagne. On
1 Les désastres de la campagne de Russie dépassent lout ce qu^on peut imaginer. Pour en trouver qui puissent lui être comparés, il faut remonter aux croisades, ou aux invasions des Irarbares, ou aux grandes guerres de rantiquité. On peut en lire les détails dans la relation^ non suspecte d*exagération , d*un témoin oculaire^ grand admirateur de Napoléon (Bistoire de la grande armée pendant Vannée iSii, par le général comte (de Ségur, Paris, 1825). Je n'en cite rien ici, parce que je ne saurais à quelles pages donner la préférence. J^indique particulièrement au lecteur le liv. VI, ch. VIII ; le iiv. Vil, cb. xii ; le liv. IX^ ch. vit, viii, XI et XIV ; le liv. X, ch. ii, vi, vin et ix: le liv. XI, ch, m, tiii et ix ; et le liv. XII> cb. i, ii et m. La France a dû payer de la vie de plusieurs centaines de mille de ses enfants Taveuglement d'un maître qui, habitué à ne plus rencontrer de contradicteurs^ s'avise un jour d'exiger foi et hommage des climats.
> Il faut avoir vécu dans ces temps désastreux pour s'en faire une Juste
156 PREMIÈRE PAHTiE.
s'était un peu pressé de croire le liou tout à fdit abattu. Il gagne la bataille de Lutzen, où les alliés perdent ^,000 hommes. L'empereur d'Autriche, après avoir inutilement interposé sa médiation, se joint à la coalition, dont les forces s'élevaient à plus de 500,000 honunes. Napoléon défait, à Dresde, Schwartzemberg, à qui il tue 30,000 hommes et fait 12,000 prisonniers. Mais ses généraux Ney, Macdonald, Oudinot et Vandamme essuient plusieurs défaites. A la bataille de Katzbach, Macdonald avait eu 10,000 morts et 15,000 prisonniers. La confédération du Rhin se dissout. Les Saxons, les Wurlembergeois et les Bavarois font défection. Napoléon est contraint de rentrer en France avec les restes d'une armée désorganisée. Le Sénat lui accorde, en murmurant tout bas^ une nouvelle levée de 300,000 hommes. Mais les muets du Corps législatif recouvrent tout à coup la parole et se dédommagent de leur long silence. Ils demandent l'abandon des pays conquis et le rétablissement de la liberté* Napoléon congédie ces serviteurs mal avisés, qui ont attendu le jour de l'adversité pour prendre avec lui de grands airs libéraux.
La France était menacée sur toutes ses frontières (1814). Les Anglais , maîtres de l'Espagne et conduits par Wellington, franchissaient les Pyrénées. Les Autrichiens, maîtres de l'Italie , menaçaient l'est. Bernadotte, que le roi de Suède , Charles XIII, avait désigné pour son successeur, et qui oubliait tout ce qu'il devait à Napoléon, s'avançait en Belgique. Les Prussiens, les Russes et les Au* trichiens, commandés par Schwartzemberg et Blûcher,
idée. l\ fiiut avoir entendu les gémissemenls des pères, les lamentations et les cris des mères et des sœurs, lorsque les yillageois et les ouvriers amenaient à la conscription leurs derniers fils.*
pénétraient en Champagne. Napoléon court arrêter ces derniers ; il les bat à Ghamp-Aubert, à Montmirail, à Ghàteau-Thierry^ à Yauchampset à Montereau. Mais les Anglais étaient à Bordeaux et les Autrichiens à Lyon ; Bernadotte joignait Blûcher en Champagne. Pour comble de misère, Hurat , ce beau-frère de Napoléon , roi de Naples de sa façon, s'unit contre lui à la coalition. Pendant que Napoléon se porte sur Saint-Dizier, dans le dessein de fermer à ses adversaires la sortie de la France, ceux-ci s'a- ' Tancent sur la capitale. La population parisienne était, comme le reste de la France, lasse et dégoûtée de la guerre. Après avoir eu à soutenir une dernière résistance sous les murs de Paris, où elles perdirent 15,000 hommes, les armées confédérées entrèrent dans la capitale. C'était maintenant le tour des plus hauts dignitaires de l'Empire de se montrer impunément lâches. Inspiré par Talleyrand, ce fossoyeur des gouvernements , qui avait l'odorat si fin qu'il sentait avant tout le monde le moment où ils entraient en décomposition et où il devait se mettre à sa besogne, le Sénat appelle Napoléon tyran et le déclare déchu du trône. Celui-ci abdique en faveur de son fils. La coalition exige une abdication absolue et lui donne en échange la souveraineté de rtle d'Elbe. La France est réduite à ses limites de 1792. Le Sénat rappelle les Bourbons, en ayant soin de stipuler le maintien de ses pensions. Louis X^ll est solennellement proclamé roi de France et d^ Navarre. Avec lui s'abattent sur le pays une nuée d'hommes de l'ancien régime, qui parurent ne rien savoir de ce qui s'était passé en France depuis vingt*cinq ans, et qui firent si bien que, lorsque Napoléon s'échappa de sa prison et remit le pied sur le sol français, la masse de la nation n'en éprouva pas
ce sentiment d'e&oi qu'elle eût ressenti ai elle eût pu prévoir tout ce qu'allait lui coûter cette équipée. Toutefois Napoléon fait d'inutiles efforts poor ranimer les sympathies de la France. Le mot de liberté lui revient à la mémoire; mais il le prononce mal, comme un mot désappris depuis trop longtemps , et VoeU addUiotmel aux consltl»îUms de F Empire dit assez clairement au pays ce que serait, une fois le danger passé, cet amour tardif de la liberté. H se débat en vain contre la nécessité de la chute définitive dont l'heure va sonner : rien n'y fait, pas même la comédie du Champ de Mai, où il parait avec ses frères sous un costume chevaleresque, en toques emplumées et en manteaux d'or et de soie, et où il jure sur l'Evangile. La coalition se remet en marche. Hurat , voulant se débarrasser du remords de sa trahison de Tannée précédente, attaque prématurément les Autrichiens en Italie. Son armée est battue et dispersée et son trdne renversé. On sait sa fin misérable. Napoléon, après avoir refait sa dernière armée avec de grandes difficultés, car on ne voyait plus guère alors en France que des vieillards et des enfonts, s'avance à la rencontre des alliés. Il venait de les battre à Ligny , lorsque le grand drame se dénoue à Waterloo, où plus de 30,000 morts ou blessés des deux armées couvrent le sol (1815). Le champ de bataille demeure aux Anglais, commandés par Wellington. Napoléon rentre à Paris., où les deux Chambres le forcent à abdiquer. L'armée coalisée envahit de nouveau la capitale , et Louis XYIU vient se rasseoir sur ce trône vermoulu , qui devait encore s'écrouler deux fois avec fracas. La France paya cher ^ cette courte visite
i « Elle se voyait maintenant oectt{^ pour dnq annéea; elle perdait M Landau en Alsace, Sarreloois en Lorraine, PliiHppeville el li^rien-
AGGROISSEMEIff DES ARMÉES PERMANENTES. 159
de Napoléon et l'honneur d'avoir de nouveau un roi par la grâce de Dieu et des baïonnettes étrangères .
Napoléon se réfugia, à Rochefort, sur le Bellérophonj en disant que, nouveau Thémistocle, il venait demander l'hospitalité à l'Angleterre. La comparaison était plus spécieuse que juste. Lorsque le vainqueur de Salamine vint demander un asile au roi de Perse^ il ne lui faisait pas la guerre ; et puis sa présence en Orient n'avait rien de menaçant pour la paix du monde d'alors. Le gouvernement anglais, trouvant qu'il n'y avait pas une exacte parité, et jugeant que le repos de l'Europe ne permettait pas qu'on laissât ^ller en liberté celui qui y mettait si opiniâtrement obstacle, ainsi que venaient de le démontrer les derniers événements, déclara Napoléon prisonnier de la coalition et le transporta à Sainte-Hélène. Il n'y avait là qu'une mesure de prudence, et nullement un acte de cruauté et de déloyauté» comme on l'a répété si souvent après lui. Je ne reproche donc point au gouvernement anglais un exil que méritait trop bien celui qui le subissait. Mais voici ce que je lui reproche. Dans l'adversité, qui est la pierre de touche des grandes âmes, et oii Napoléon pouvait trouver
« bourg dans le Hainault, Versoix dans le pays de Gex ; elle consentait « i la démolition de Huningue et à rendre A la Savoie et aax Pays-Bas le « territoire que nous avait assuré le traité de Paris de 18U, Elle livrait « pour cinq ans 16 forteresses sur la frontière, s'obligeant à y entretenir « une armée d'occupation de 180,000 hommes. Une indemnité de « 500 millions fut stipulée et 12,040,000 fr. de rentes furent créés pour « rextinclion des dettes particulières, contractées hors de notre terri- « toire actuel. En ajoutant à ces sacrifices la perte causée par le passage « et le séjour des troupes étrangères, on estime que chacun des Cent « jours a coûté à la France 30 millions; total des cent jours : 3 milliards, « frais d'une marche de Bonaparte. » (Chateaubriand, Congrès de Vérone^ Paris, 1838.)
i 40 PREMIÈRE PAirriE .
Toccasion de se réhabiliter aux yeux de TEurope, il s*est au contraire montré misérablement petit, jusqu'à faire pitié à ses plus chauds partisans. Eh bien! je dis que le gouvernement anglais ne devait point permettre que ses agents à Sainte-Hélène respectassent aussi peu qu'ils Tout fait une grande infortune, et qu'en Tirritant et l'aigrissant par une infinité de petites misères et de tracasseries aussi peu dignes qu'inutiles» ils en rendissent le spectacle en* core plus triste qu'il ne l'était déjà par lui-même. Il (allait donc entourer d'égards et de respect l'illustre prisonnier, qui regrettait si fort ses grandeurs passées, et lui laisser la puérile satisfaction qu'il goûtait à faire encore Sa Majesté l^Empereur dans un état d'abaissement où il n'avait pas su trouver la véritable grandeur. Je ferai encore au gouvernement anglais un autre reproche , qui surprendra beaucoup de gens, c'est, après avoir trop peu honoré Napoléon pendant qu'il vivait encore, d'avoir consenti à ce qu'il fût trop honoré après sa mort. Lorsque Louis-Philippe, caressant un stupide engouement, dont il était des* tiné tout le premier à payer les frais, demanda à TAngleterre la permission d'envoyer prendre à Sainte-Hélène les restes de Napoléon pour les offrir triomphalement à l'idolâtrie populaire, l'Angleterre devait répondre : « Ces « cendres resteront sur ce rocher stérile, au milieu des « soUtudes de l'Océan, pour servir de leçon aux peuples (( et surtout à ceux qui sont chargés de les conduire. »
ÀCCROissEMeirr dss Aiui£es potiUMERTes. 141
§ xxm.
Priipiee» Espacne» iUgérie, Tvn|«le, KhasIc»
«le i91S'* i8S«.
Lorsque la chute de Napoléon amena ia paix de l'Europe, c'était le moment d'opérer un désarmement général. Toutes sortes de motifs» d'intérêt pour le présent et de sécurité pour lavenir, y portaient la plupart des puissances* Mais l'empereur Alexandre leur donna alors le funeste exemple du maintien d'armées nombreuses en temps de paix. Dans ses premières guerres avec Napoléon, son année se composait de 350,000 hommes, non compris les troupes de garnison et Tarmée de Moldavie. En 1814, elle s'éleva à 500,000 hommes. Après 1815, il voulut continuer sans nécessité ce vaste déploiement de forces militaires ^ .
' On se tromperait grandement si Ton pensait qne la Russie supporte facilement le fardeau que lui impose le système militaire d'Alexandre , elle en est au contraire écrasée. Voici ce que nous apprend des résultais de ce système nn auteur qui Ta vu fonctionner : « Quoique Tentretien « des troupes russes coAtAt, en comparaison, beaucoup moins que celui « des autres troupes européennes, les finances de Tempire ne pouvaient « suffire aux nécessités les plus indispensables d*une armée aussi colos* « sale, qui absorbait plus de la moitié de tous les revenus de TÉtat... I| « est inutile d'insister sur les suites funestes qu'une force armée exagérée « doit avoir pour le pays. Un de ses effets pernicieux, par rapport à la « population, se fait tellement sentir que, dans les derniers temps, plutf sieurs localités n*ont pu fournir leur contingent de recrues, faute « d'bommes Valides pour le service... Il est impossible de s'imaginerja « désolation universelle qui règne aux époques de recrutement. Très- « souvent on commence par se saisir des pauvres jeunes gens qui, d'après « toutes les probabilités, doivent être livrés au service ; on les sur-* « veille, on les prive de leur liberté. Ces précautions sont prises afin de
142 PKKHIÈIII FAMtlB*
Les autres monarques Tout malheureusement imité, et ce système s'est soutenu jusqu'à ce jour, quoiqu'il n'y ait rien d'aussi simple que cette idée, qui pourtant n'a pu pénétrer encore dans beaucoup d'esprits, à savoir que, quand les nations augmentent proportionnellement leurs forces militaires, toutes choses demeurent alors dans le rapport où elles étaient auparavant, et qu'ainsi il y a perte pure pour tout le monde. C'est la France qui s'est crue obligée de suivre de plus près la Russie dans cette funeste voie. Cela n'a pas seulement causé des charges financières ruineuses, dont j'aurai à parler bientôt d'une manière détaillée ; mais il en est résulté un plus grand mal encoret celui d'une eicitation continuelle à la guerre. De là cette expédition inique d'Espagne (1823), Tune de celles que It
a les empêcher de se soustraire par la faite aa sort qui les meDaoe. Ge- « peadaut elles sont devenues moins nécessaires dans ces derniers temps, « à cause de la fréquence des recrutements ; il parait que Thomme finit « par s'accoutumer même aux plus affreux malheurs. Les parents des « jeunesgens les accompagnent d*ordinaire quand ilssontoondnitsà la ville « pour être présentés comme recrues. Lé, plus d'une p«uTie mèie, eo en* « teodant ie mot fatal qui lui annonce que son fils est admis, tombe privée « de sentiment et quelquefois sans vie. En génénl, les parents, les amis « do jeune homme, en prenant congé de lui, regardent Tadieu qu'ils lui « adressent comme un adieu éternel; ils pleurent son départ pour le série vice plus amèrement qu'ils ne pleureraient sa mort. » (Tourgueneff, La Bussie et les Russes^ t. II, S« partie, ch. Ti, Paris, 1S47.) Le même historien, que je regrette de ne pouvoir citer plus longuement, raconte, à propos des colonies militaires, le fait suivant : « Les filles de paysans en « Âge d'être mariées étaient obligées d'épouser les soldats qu'on plaçait « dans la maison de leurs parents. Dans un village, on ne trouva rien de « mieux à faire, pour exécuter cette prescription, que de réunir tontes « les filles de l'endroit, et après avoir mis dans un schako les noms des « soldats, d'obliger chacune d'elles k en retirer un an hasard ; elle deveo nait alors la femme de celui dont le nom lui était échu dans cette kn « lerie matrimoniale. » (Ibidem,)
ACCROISSEMENT DES AMiBS PERMANENTES. 145
France ait faites avec le plus de répugnance, et que Louis XYIII, roi constitutionneU entreprit dans le but de rétablir le pouvoir absolu de son parent, Ferdinand VII, qui, redevenu roi en 1813, avait oublié les engagements pris envers ses peuples, et que l'insurrection de l'tle de Léon avait forcé d'accepter une Constitution. De là surtout cette guerre d'Algérie, qui eut pour origine ou pour prétexte un coup d*éventail , donné par un dey à demi barbare sur la joue d'un consul qui s'ingérait impérieusement dans une contestation où il n'avait rien à voir (1830). Voilà pourquoi la France fait, depuis vingt-six ans, contre des populations primitivement inoffensives, qu'il ne faut point confondre avec les anciens pirates algériens, et qui, injustement attaquées , ont défendu avec une admirable énergie leur indépendance, une guerre qui l'épuisé et la fait reculer jusqu'aux temps les plus barbares. Elle permet que ses enfants exercent en son nom d'affreux brigandages, pillant, incendiant, rasant des villages, étouffant dans des grottes des femmes, des enfants et des vieillards, les y enfumant et les y brûlant comme des bêtes fauves '. Et
* « On a renversé les construetions^ incendié les récoltes, déCruii les c arbres, massacré les hommes, les femmes, les enfants, avec une furie « toujours croissante. Les bulletins^ les rapports officiels qui en ont tiré « vanité, existeront à tout jamais comme pièces accusatrices. Groit-on « que la postérité ne nous en demandera pas compte, qu*elle ne nous flé- « trira pas encore plus qu'elle n*a flétri les compagnons de Gortez et de « Pixarre? Du moins ceui-^ci ont eu pour s'excuser la faiblesse de leur « nombre, leur fanatisme religieux et surtout la réufssite, qui efface tant « de du>ses. Mais nous, qui ne sommes point abrités sous ces deux « égides, si en outre nous ne réussissions pas ! Si on pouvait nous ac-* a caser à juste titre d'avoir ainsi massacré par pur passe- temps, sans « avoir Jamais su ce que nous voulions, un peuple défendant sa foi, sa « liberté, son pays! A quelle exécration ne serions-nous pas voués par
i44 PREMliRE PART1E«
elle ose après cela se vanter de sa supériorité sur les Ara<* bes 1 Elle se berce de Tespoir d*iinplanter chez eux une civilisation qu'elle leur a fait détester ! Les choses ODt été
« Il postérité? » (Diivivier, SolutUm de la questkm d^ Algérie, ch. lxxxtii, Pftrii, 1841.) Eftt*ce un écrivain étranger à la profession des armes et par* tageant nos répalsionSi qui sMndigne ainsi des atrocités de la guerre d'Afrique ? Non, c*est un homme qui les a vues sur les lieux mêmes ; c^est un général, encore tout imbu des traditions du métier, comme on peut le voir en plusieurs endroits de son livre, notamment au chapitre txxTiii, où, malgré rélévalion habituelle de son esprit, il n*a pas su se préserver de la vulgarité de ce dédain de mauvais goût que montrent la plupart des militaires pour tout ce qui ne porte pas leur habit.
Ce témoignage du général Duvivier date déjà de plusieurs années. Le même système a continué depuis d*étre en vigueur. J*en citerai deux preuves assez récentes^ que je prends, entre beaucoup d'aulres, dans les documents officiels. Après avoir mentionné les soumissioos de diverses tribus des rives de TOued-Agrioum, qui amenaient leurs otages et appor» taicnt leurs contributions de guerre au général de Mac*Mahon, le Mom^ teuràu 11 juin 1853 ajoutait qu'une fraction des Beni-Merraî, la seule qui ne fût pas encore venue à la date du S7 du mois précédent^ avait eu tous ses villages incendiés, ses moissons détruites, ses arbres coupés, ses guerriers tués ou dispersés au loin. Dans un rapport daté du 3 Juillet 1854, le général Randon, gouverneur de TAIgérie, décrivant plusieurs engagements dans lesquels nos soldats avaient brûlé et entièrement détruit des villages et des vergers, disait que cette expédition faisait le plus grand honneur à nos troupes. J^avoue qu*il n'y aurait pas de quoi être fier d^ôtre Français, si la nation devait porter véritablement la responsabilité de pareils actes.
Cette terre d'Afrique porte malheur à la France. Ce n'est pas seulement en Algérie» mais aussi en Sénégambie que nous retournons à l'état sau-^ ▼âge. On peut voir, dans le Moniteur du 4 décembre 1853^ en quels termes le commandant Baudin, de la station des côtes occidentales d'Afrique, annonçait qu'il venait de soumettre et pacifier toutes les populations du lac d'Ebrié et de la rivière d'Ackba, ainsi que des villages du Grand-Bassani. Cette prétendue pacification avait consisté à chûtier par les armes les populations les plus redoutées et à punir les autres par des contributions de guerre. On sait ce que signifient, en style africain, ces mots châtier par les armes. Mais voici le plus curieux de rex()édition. Ici je laisse parler le journal officiel, pour que le lecteur ne croie pas que je m'amuse à faire irn roman. « Dans d'autres villages, sans prendre
ACX»aiS8£M£lfT 0ES ARMÉES PERMAIIENTËS. 145
conduites de teHe façon qu'elle a, en Algérie, la perspective de renouveler, au •dix-neuvième siècle, l'exemple de cette guerre d'extermination que Ton a si justement reprochée aux Espagnols dans leur conquête de TAmérique. Nous avons perdu en Afrique 150,000 hommes et dépensé 3 milliards, et ce n'est pas fini. Notre colonie algérienne est donc, comme presque toutes les colonies fondées par la violence, une terre maudite que nous arrosons aussi de notre sang et où nous semons infructueusement ua or qui, bien employé, changerait la face de la France,
Les causes qui mettent les nations aux prises sont souvent des plus futiles. On vient d'en voir un éclatant exemple. En veut-on un autre? Un monarque, usant rigoureusement de son droit absolu, substitue une inscription latine à une
c d'otages, le commandant de notre expédition a exigé une cérémonie « qui engage bien plus sérieusement ces populationSi c'est de faire ce a qu'elles appellent le grçmd péUche, Cette cérémonie consiste à réunir (t autour d'un grand plat, rempli d'eau préparée par le grand féticbeur « du pays, tous les chefs^vec lesquels on traite. Après que chacun y a (c déposé une certaine quantité de terre, on y trempe les mains, et à un « signal connu, on se jette à la figure une partie de cette eau. C'est un a acte que ces populations sauvages n'accomplissent qu'en tremblant; car^ « dans leurs idées, après avoir fait le fétiche, le premier qui se rendrait « coupable du moindre acte hostile envers une des autres parties péri- « rait à l'instant même. Tous !es chefs des villages amis, dont quelques* a uns accompagnaient M. le commandant Baudin, ont assuré et répété « dix fois que, du moment que cette cérémonie est faite, on n'avait au- « cune trahison à craindre. »
Se représente-t-on bien un commandant supérieur de la marine française assistant gravement à uue pareille cérémonie, y présidant en quel* que sorte ! Voilà donc comment nous civilisons les populations africaines! Quand nous ne les exterminons pas, nous les fortifions dans leur abrutissement! Nous invoquons pour cela les stupidités de la supcrstiilon et jusqu'aux plus grossières platitudes du fétichisme! Nous prenons pour auxiliaires les enchanteurs, les sorciers du pays!
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inscription grecque d'une église construite dans une de ses provinces. Un autre monarque^ son voisin, se croit ou feint de se croire offensé, et lui dit : « Vous avez dans vos « États des populations qui professent la même religion tt quQ moi. Vous les laissez maintenant, j'en conviens, exerce cer leur culte librement; mais cela ne me suffit pas. Je « trouve inconvenant que des hommes qui professent ma ce religion soient protégés par unautreque fnoi, et j'entends « être déclaré leur protecteur. Il vous sembler^ peut-être « que je prétends par là m'immiscer dans l'administra tion « de vos États et usurper votre fonction. Pensez-en ce que « vous voudrez. La volonté que je viens de vous signifier « est absolue et irrévocable ; si vous refusez de vous y « 30umettre, je vous y contraindrai par la force des armes, « et pour gage de votre obéissance future, je commence « par occuper militairement deux de vos provinces tribu- « taires. » Cette prétention a beau s'entortiller dans les formules polies de la diplomatie, cela ne change rien au fond, qui est exactement tel que je viens de l'exprimer, en le ramenant à toute sa crudité réelle. Le monarque menacé d'être ainsi humilié ou plutôt anéanti ne peut s'y résigner, quelque faible qu'il soit. Il recourt k la guerre et y entraîne avec lui une partie de l'Europe, qui est ainsi menacée de voir renaître la longue lutte du commencement de ce siècle. Je déclare que je ne me sens pas plus de sympathie pour le gouvernement turc que pour le gouvernement russe ; la civilisation musulmane et la civilisation moscovite me paraissent se valoir, c'est-à-dire ne valoir pas plus Tune que l'autre. Mais ceux même qui se sentent le moins de goût pour la religion de Mahomet n'ont pu s'empêcher de reconnaître l'évidente justice de
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la cause de son disciple : Topinion publique s'est pronon* cée à cet égard avec une énergie qui eût fait reculer tout autre qu'un autocrate. Les événements se sont précipités dan$ la voie qui leur était ouverte^ et la guerre a produit ses désastres accoutumés. Les combats et les maladies ont fait périr ou miitilé plus de 200,000 hommes, tant des q]iatfe armées alliées que de Tarmée russe S et de nou-
^ Les épisodes de cette guerre décrient ue le cèdent en rien à ceax de l^l^lierre d* Afrique. Je ii*ea cHerai ici qu*uii petit nombre de ceux qui sont encore présepts à ia oj^moire de tous.
Le Moniteur du S3 février 1854 a publié une teMre d'Omer-Pacba, datée
de Chumia 17/99 janvier précédent, et qui rendait compte de plusieurs
combats livrés en avant de Kalafat^ près du village de Tzitati. On y lit
les passages suivants : « Après iin combat acbarné de trois heures, Ten-
« nemi a été compléiement délogé du villagt?. Les rues étaient encom-
< brées de ses morts : un demi -bataillon russe, coupé et entouré, a été
« passé au fil de Vépée; à peine 600 bommes de ce régiment ont pu se
« sauver... Nos soldats ne faisaient aucun quartier à Vennemi, (Test pour-
a quoi celui-ci a défendu la redoute d*une manière si acharnée. »
Le Moniteur du l*'juin 1855 a publié une dépèpbe du général Pélissier, commandant en chef de Tarmée de Crimée, en date du 30 mai précédent, et dans laquelle on lit : « Tout va bien. L*escadrille alliée est de retour « de la mer d'Aaof. SUe a détn^t 106 navires de commerce à Èer^ « dians^. »
Le 5 juillet 1855, en détruisant le fort abandonné de Swartbolm, des marins anglais^ commandés par le capitaine Yelverton, du vaisseau VArrogantf ont incendié la petite ville iooffensive de Lowisa. Acte barbare et tellement honteux que ses apteurs se défendent dp l'avoir commis sivec intention, quoiqife Tenoemi soutienne qu'ils ont lancé sur la ville même leurs fusées à la congrève.
Une dépèche de Tamiral Penaud, en date du 11 août 1855, était ainsi conçue ; « Le bombardement de Sweaborg a eu un plein succès. Un im- « mense incendie, do six heures de durée, a dévoré la presque totalité des « magasins et les approvisionnements de Tarsenal, qui ne présente plus a que des ruines. » Le Moniteur du 17 du même mois complétait ces ren* seignements en ces termes : < Après quarante-^inq heures d^incendie, « la ville a été réduite en un amas de cendres. En un mot, Sweaborg € n^existe plus. »
veaux emprunts sont venus accroître les dettes publiques. La sécurité, si nécessaire aux opérations comnierciales et aux transactions civiles, est encore ébranlée, et des ruines se sont amoncelées de toutes parts (1856) K On voit comment les destinées de l'espèce humaine sont suspendues par un fil au-dessus d'un abim€ ! Le moment n est-il pas venu de faire cesser un pareil état de choses, et les nouveaux dangers auxquels FEurope vient d'être exposée ne la pressent-ils pas de mettre enfin la main à Tœuvre ? Les guerres de l'Empire, guerres également désastreuses pour tous les combattants, avaient semblé devoir guérir pour toujours les peuples européens de la fureur des batailles, et clore définitivement l'ère de la guerre. S'il leur fallait une nouvelle leçon, que ce soit du moins la dernière !