‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 4)Chapitre 9 sur 54 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Wwmmemf Aniiiche» Anfletenre, Kaygne» Italie» J^nuMe,

Corse, 4e IVSS il 1V69.

L'Europe jouissait à peine de quelques années de paix, lorsque la mort de deux monarques vint y rallumer la

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guerre* C'est le sort des l^tats soumis au régime mooar* chique, d'être ainsi dépendants de la n^issaoce, ou de la mort, ou du mariage d*un prince. Louis XV, aysmt inutilement tenté 4e rétablir son beau-père Stanislas sur le trône de Pologne après la mort d'Auguste II (1733)» dé-r clare la guerre à l'empereur d'Autriche, qui avait appuyé l'élection d'Auguste III. Le vieux maréchal de Yillars s'em* pare de MilaQ, et les maréchaux de Goigni et de Breglie gagnent les batailles de Parme et de Guastalla. Pendant ce temps les EspagQoIs envahissent la royaume de Naples. L'empereur demande la paix. Stanislas renonce au trAne de Pologne ; la souveraineté de la Lorraine lui est attribuée avec réversion à la couronne de France (1738).

La guerre de la succession d^Autriche, dans laquelle il n'y avait d'engagés, comme dans la plupart des préeéden? tes guerres, que des intérêts princiers, met de nouveau toute l'Europe en feu. Les principaux États avaient ga^s ranti la pragmatique sanction, par laquelle Charles VI avait assuré son héritage à sa fille aînée, Marie-Thérèse. A sa mort, c^s mêmes États méconnurent leurs engage-r m^ts (1740). L'électeur de Bavière, Charles Albert, et l'électeur de Saxe, Auguste III, prétendirent à la sucées-^ siQu ; Philippe Y, roi d'Espagne, réclama la Bohème et la Hongrie, et le roi de Sardaigne le duché de Milan. Louis XY prend parti pour l'électeur de Bavière, quUI nomma son lieutenant-général, et que \^, diète de Francfort proclame empereur d'Allemagne sous le nom de Charles VII. Le rorde Prusse, Frédéric II, qui venait d'arriver au trône, envahit la Silésie, à laquelle ses prédécesseurs avaient re- ^mi4' Marie?Tbéiésese voyait dans une situation des plus entiques : elle était enceipte, et un instant elle ne sut pas,

▲CCROISSEIIEirr mf ABHIM «UtlIAIfEIfTES. M

ainsi qu'elle ré0ri?ait à sa belle-mèpe, s'il Itti raeterait une ville pouF &iire ses couches. Mais elle parvint, pap sa fev^ meté et avec le seeoiips de rAngleterre et de la Hollande, h dissoudre la ligue qui s'était formée contre elle. En renouvelaut le vieuit serment d* André II et en parlant latin aux magnats assemblés à Presbourg^ elle avait gagné VsS^ fection de cette brave nation hongroise, si maltraitée par ses prédécesseurs et qui ne devait pas Fétre moins par ses successeurs. Les Français remportent quelques avantaa ges en Italie, mais sont battus en Allemagne. Louis voit chasser de toutes parts Tempereur qu'il avait fait à si grands frais. Pendant qu'il prend quelques villes de Flandre, 50,000 Autrichiens passent le Rhin et entrent en AU saee (1744).

Reportons un instant nos regards de Tautre cèté du détroit.

Sur les plaintes plus eupidps quq justes de commer^nts anglais, plaintes très-iusuffîaantes en elles-mêmes pour déterminer à la guerre, mais trop souvent jugées suffisan? tes en Angleterre, Georges II rompt avec TEspagpe (1730). Cette guerre coûtera à l'Angleterre 40 millions de livrer sterling* Une expédition dirigée pjpir Tamiral Vernon dé« truit le fort de Porto-Be)lo. Ce &ible succès et la capture d'un galiop, faite, Tancée suivante, par Tamiral Anson, excitèrent à des armements plus considérables. Une esea* dre de 30 vaisseaui^ de ligne et de plusieurs frégates, et portant environ 60,000 hommes de mer ou de terre, estdi-* rigéesur laNouvelle-Espagne. L^expédition vient échouer ai| siège de Carthagène, et la mortalité causée par le cli-; mat se joint aux revers de la guerre, Georges vient prendre part à la guerre continentale avec 36^000 Anglais ou

Hanovnens. A Dettingen (t743), lesFrançaisperdentS^OOO hommes. L'année suivante, la flotte anglaise, forte de 30 vaisseaux et commandée par Hathews, se mesure, pendant trois jours, près de Toulon, avec les escadres réunies de France et d'Espagne, composées de 26 yaisseaux, et commandées par de Court et Navarro, et s'attribue un succès que Ton a regardé comme fort douteux, ce qui prouve que des deux parts on se fit beaucoup de mal. Dans les Pays- Bas, le maréchal de Saxe bat le duc de Gumberland. A la bataille deFontenoy (1745), les alliés perdirent 12,000 hommes, elles vainqueurs eurent 7,000 morts ou blessés. La mort de Charles YII assurait la succession de Tem* pire à Marie*Thérèse et à son époux, le duc de Toscane, qui fut proclamé sous le nom de François P'. Louis XV avait néanmoins continué la guerre. Il aide Charles- Edouard, fils du prétendant d'Angleterre, dans cette ex-pédition aventureuse, qui, après avoir ranimé les dissensions civiles et fait verser en pure perte beaucoup de sang, échoue misérablement à CuUoden (1746), et fournit au parti vainqueur l'occasion de souiller froidement son triomphe en dressant de toutes parts des écbatauds. Il ne restait alors au roi de France qu'une quarantaine de vaisseaux de guerre : ils sont harcelés et la plupart anéantis par la marine anglaise, qui comptait déjà à cette époque S69 vaisseaux de guerre. Les troupes françaises, renies à celles de l'infant, don Philippe d'Espagne, sont obligées d'abandonner l'Italie, après avoir été battues à Plaisance , où elles ont 8,000 morts ou blessés et 4,000 prisonniers. Les succès de Louis à Lavirfeldt et à Berg-op- Zoom sont balancés par de nombreux revers : en assiégeant cette dernière ville, son armée, campée dans un ma-

récage, àyait été plus que décimée par les maladies. De toutes les parties belligérantes, c'est lui qui désire le plus vivement la paix. Il la propose plusieurs fois en vain. Elle est enfin signée-à Aix-la-Chapelle (1748) ; mais ce ne sera en réalité qu'une trêve de quelques années.

Après avoir envahi la Silésie, le roi de Prusse * se l'était fait céder par le traité de Breslau. Marie-Thérèse, ayant voulu reprendre cette province, fut obligée de la céder de nouveau par le traité de Dresde, après la bataille de Friedberg (1745), où Frédéric tua 6,000 Autrichiens et Saxons et fît 7,000 prisonniers. Mais ces deux puissances continuaient de s'observer d'un ceil inquiet. Frédéric, se croyant menacé par les armements que Marie-Thérèse fait en pleine paix, et par Talliance de cette princesse avec Elisabeth, impératrice de Russie, et avec Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe, se ligue avec le roi d'Angleterre, et

^ Frédéric II est assurément un des plus habiles guerriers des temps modernes. On conçoit que, si nous pouvions faire à quelqu*un un mérite de celte funeste habileté, ce ne serait pas à un roi qui se disait philosophe. Voici en quels termes parle de ce grand capitaine un historien conlemporatn, qui était loin pourtant de ressentir une aussi vive répulsion que nous pour la gloire des armes : « Never was the art of war « carried to such a pitch as by him, and it must be added, ils horrors « also. In this war, Europe sav/ with aslonishement campaigns carried « on in tbe niidst of winter, great and bloody battles fought, yet proie ducing no visible advaniage lo the victors. At no time since the days c of beroism, were such numbcrs destroyed, so many towos laken^ so c many skirmisbes fought, such stratagems practised^ or such intrepidity c discovered. Armies were by tbe german discipline considered ascomc posing one great machine, direcled by one commander, and auimated c by a single^ will. From the commentary of thèse campaigns, succeeding « gênerais will take iheir tessons of dévastation, and improve upou the « arts encreasirig humao calamity. » (Goldsmitb, History of England, ch. L, Georges i/, Londres, 1771.)

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prend rinitiative de l'attaque (1756). Louis XY, je yeux dire M"*^ de Pompadour, piquée au vif par les épigrammes de Frédéric, et servie par Tabbé de Bemis, fait alliance avec TAutriche, et s'engage à lui fournir 100,000 hommes et des subsides. Les rôles étaient bien changés, comme on Yoit : un ami de la France devenait son ennemi, et une ancienne ennemie était transformée en amie apparente. C'est ainsi que le sort des nations peut être livré comme un jouet d'enfant à Thumeur d'une maîtresse de roi et aux intrigues d'un faiseur de petits vers galants. Il n'y avait, pour la France, à peine remise de ses derniers revers, aucune nécessité de prendre part à la nouvelle guerre. La véritable cause qui Ty entraîna fut le besoin qu'éprouvait une courtisane titrée de se venger d'une tête couronnée ; il fallait aussi qu'elle fit un ministre et un cardinal du charmant abbé qui écrivait de si jolis madrigaux : n'estrce pas que les peuples ne%auraient jamais payer trop cher d'aussi grandes choses? Le roi de Prusse, à qui revient, dans cette guerre, la responsabilité des premières hostilités, entre en Saxe avec plus de 100,000 hommes, s'empare de Leipsick et de Dresde , défait l'électeur à Pirna et le force à se retirer dans ses États de Pologne. Il s'avance ensuite contre les Autrichiens, qu'il bat auprès de Prague (1757). Mais il abandonne le siège de cette ville pour aller attaquer le maréchal Dawn, qui lui fait essuyer une défaite signalée. Dans le même temps, le maréchal d'Estrées gagne contre le duc de Cumberland la bataille d'Hastenbeck, et un corps d'Autrichiens entre à Berlin. En ce mo-* ment, les affaires de Frédéric paraissent désespérées ; elles se relèvent tout à coup. ARosbach, il met en pleine déroute les Français, commandés par le prince de Soubise.

ACCROISSEMEIirr 018 AlMlfli nSRMANENTES. tS

Puis il chass6 les Autrichiens et les Russes de la Bilésie et de la Prusse ; à la bataille de Zorpdorf, SO.OOO hommes des deui; eamps restèrent sur le obamp de bataille. Les ' Fraoçais sont battus de nouveau, k Grevelt et à Minden* par le duc de Brunswick ; mais les maréchaux de Broglii et de Gastries battent les Hanovriena , à Corhaob et à Kiostarcamp (1760), Les pertes que la France essuyait sur le continent n'étaient pas les plus considérablet. Les A0« glais détruisirent ses flottes de Toulon et de Brest, et lui enlevèrent successivement la plupart de ses établissements de rinde orientale et de l'Amérique du Nord : oei guerres lointaines se firent des deux cAtés avec un luse de cruautés déshonorantes, La paix de Paris (1763) vint mettre un terme à cette lutte désastreuse, appelée guwr^ (fe 9ept anf ^ et dans laquelle le récit des nombreux combats, des sièges de villes prises et reprises ne fait naître qu'un sentiment de dégoût. Les traités remirent les choses en Allemagne dans Tétat où elles étaient auparavant. Ce fut la France qui perdit le plus, et l'Angleterre qui s'enrichit de ses pertes. Jamais ce dernier État n'avait été plus puissant : il avait alors 412 vaisseaux, montés par plus de 60,000 hommes. Il est vrai, d'un autre côté, que ces avan* tages venaient de lui ooûter plus de 100 millions de livres sterling. Vers la môme époque, profitant adroitement des divisions des petits souverains de llnde, il y fonda cet immense empire, qui semble assurera son com« merce et à son industrie une prospérité intarissable, mais qui, prenant une extension indéfinie et par des moyens que la morale n'approuve pas toujours, accumule peutêtre plus d'un péril sur l'avenir de la Grande-Bretagne, Un an après la paix de Paris, Louis XV, qui déjà avait

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plusieurs fois aidé la république de Gènes à contenir les Corses, race généreuse, mais rude et barbare, qu'il fallait civiliser au lieu de l'opprimer, envoyait, sur la demande du sénat génois, de nouvelles troupes, qui devaient se* joumer dans File pendant quatre ans. Ce temps expiré, les Génois, rebutés par les révoltes incessantes de leurs indomptables sujets, vendirent la Corse à Louis (1768), comme on vend un domaine, terres et bétes, au moment même où un de sesnobles enfants commençait à la policer en même temps qu'il lui apprenait à secouer le joug de ses tyrans. Telle est l'origine très-peu honorable de la souveraineté de la France sur la Corse. C'est, du reste, la même origine que celle de beaucoup d'autres souverainetés, qui ont été achetées quand elles n'ont pas été obtenues par la violence. Voltaire dit, en parlant de ce marché : « Il res- « tait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d'au- « très hommes ; mais c'est une question qu'on n'exami-» <x nera jamais dans aucun traité '. » N'en déplaise au prophète railleur, qui aimait la vérité et qui savait la dire plus éloquemment que personne quand il n'avait pas quelque intérêt à la taire, un temps viendra, et il n'est pas éloigné, où Ton examinera au contraire avec grand soin cette question dans les traités. Quelques lignes plus loin, Voltaire fait cette étrange réflexion, qui sent bien le gentilhomme de la chambre du roi et le protégé de M™^ de Pompadour : ce Le duc de Choiseul ^, qui dirigea toute cette

^ Précis du siècls de Louis XVy ch. xl, t. IV, Paris, 1836.

* On sait que ce ministre fat disgracié par les soios de H"^* du Barry, pour avoir représenté au roi que cette femme ne méritait pas qu'il descendu jusqu'à elle. Des historiens ont vanté celte hardiesse. S'il eût osé dire au prince qu'il devait à ses sujets l'exemple du respect des mœurs , à

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« entreprise, eut la glaire de donner au rai ion tMAîre « une province qui peut aisément, si elle est bien cultivée, « nourrir 200,000 hommes, fournir de braves soldats, et « faire un jour un commerce utile. » Comment peutrii y avoir de la gloire (j'entends de la vraie gloire, et Voltaire était tenu de s*y connaître) à diriger une vente honteuse ? Aux yeux de la multitude ignorante et passionnée, peutêtre ; mais est-il permis à un écrivain, qui prétend au beau titre de philosophe, d'en juger ainsi? Paoli ne pouvait lutter avec succès contre les nouveaux maîtres. Il fit un dernier effort à la bataille du Golo (1769), où il fut défait par le général de Vaux. Ainsi fut étouffée la liberté naissante d'un peuple qui méritait de sortir de la barbarie où il est encore à moitié plongé.

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