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• Conclnaioii de la première partie.
Le lecteur reconnaîtra, j'espère, que les exemples frappants, accumulés dans ce tableau, rapidement esquissé, de Torigine et de l'accroissement des armées permanentes dans l'Europe moderne, confirment pleinement ce |que j'annonçais avant d'aborder ce précis
ACCROISSEMENT DES ARHÉÊs PERMANENTES 193
historique, à savoir que presque toutes les guerres dans lesquelles ont été entrsdnés les peuples européens, qui en payaient les frais toujours croissants, étaient des guerres offensives, injustes, entreprises dans des vues personnelles d'ambition, d'intérêt dynastique, d'oppression religieuse ou politique, et qui pouvaient et devaient être évitées.
J'ai maintenant à faire voir de quoi se compose et ce que coûte le système actuel des armées permanentes.
BEIEYÉ STÀTlSTIOirB DU PERSONNEL ET DU MATÉRIEL DES ÉTABLIS-
' SEHBNTS lOLITÂIRES DE l'EUROPE ; ÉVALUATION DE LA DÉPENSE
- qu'il! NÉCESSITENT ; DÉSORDRES FINANCIERS QUI EN RÉSULTENT.
Dans cette seconde partie, j'ai à faire connaître exactement ou au moins aussi approximativement que possible 1-état des établissements militaires de terre et de mer de l'Europe, la dépense que ces établissements entraînent et le désordre qu'ils jettent dans les finances. Cette partie de ma tâche, quoiqu'elle n'eût pour objet que des documents matériels, n'a pas été la plus facile à remplir; elle exigeait des recherches très-multipliées, très-compliquées, souvent fort délicates. Dans la situation présente des diverses nations européennes, situation inquiète et défiante, il en est plus d'une qui s'entoure de ténèbres et qui craint de révéler les détails de ses armements, même à un ami de la paix, plus encore peut-être à un ami de la paix qu'à tout autre. Les diverses informations que j'ai dû recueillir étaient souvent contradictoires entre elles et rarement accompagnées de l'indication des sources auxquelles on les avait puisées, en sorte qu'il était fort difficile d'acquérir la preuve de leur parfaite authenticité. Malgré tous
STATISTIQUE I»SS ÉTABLlSSElffENTS MILITAIRES 19S
C6S obstacles, je crois néanmoins être arrivé, par des recherches persévérantes, à une connaissance approximative de la réalité. Pour établir le montant de la dépense, j^avais sur certains points des documents officiels, sur d'autres des indications vagues et plus ou moins sincères. Il a donc fallu quelquefois recourir à des évaluations un peu arbitraires : à cet égard j'étais placé entre deux écueils, évaluer trop haut ou trop bas. Dans cette alternative, je me suis toujours tenu éloigné du premier écueil, au risque de donner contre le second, et voici le motif pour lequel j'ai agi ainsL Dans une cause aussi juste que celle dont je prends la défense, il ne faut pas que les adversaires, battus sur le fond et forcés de reconnaître la vérité de nos principes et la légitimité des conséquences que nous en déduisons, puissent s'accrocher à des chiffres et chicaner sur un total, pour refuser de venir à nous. 6i d^ic j'ai commis quelques erreurs sur l'estimatioii des sommes qu'absorbe leur système, j'ai mieux aimé que c^iùt en moins qu'en plus.
Parmi les auteurs. qui, à des points de vue divers» ont calculé le total de la dépense que nécessitent les établissements militaires de terre et de mer, et son rapport avec le revenu public de l'Europe, la plupart évaluent ce total au tiers du revenu général ; les plus hardis vont jusqu'à la moitié. Je montrerai que ces estimations demeurent fort au-dessous de la réalité, et que c'est une somme bien supérieure que dévore la guerre ou, à son défaut, la paix armée. On sera firappé de stupeur en voyant jusqu'où va cette proportion
I9t> DEUXIÈME PARTIE
pour plusieurs États. Je ne me contenterai pas, comme on le fait ordinairement, des seuls documents que les gouvernements ne tiennent pas cachés ; je tirerai, en outre, de l'obscurité où ils les laissent, d'autres éléments qui importent grandement à la question. Pour évaluer le coût réel des établissements militaires, il ne faut pas se borner à constater la dépense du personnel et de l'entretien du matériel; il faut de plus faire en* trer en ligne de compte non-seulement la perte de travail d'une si grande quantité de bras et des plus vigoureux, que la guerre enlève à Tagriculture et aux arts mécaniques, sources premières de la vraie richesse, mais encore et surtout l'intérêt annuel de la dette qu^elle a causée, et enfin l'intérêt des valeurs enfouies dans un immense matériel, soit immobilier soit mobilier, tel que fortifications^ casernes, hôpitaux, prisons, arsenaux, manufactures, artilleiie, chevaux, trains des équipages, objets de campement, vaisseaux de guerre et matériel de la marine militaire, etc.
On comprend que, pour mettre de la clarté et de l'unité dans l'ensemble de mes estimations, en même temps que pour rendre les comparaisons faciles entre les dépenses militaires des diverses nations européennes, j'ai dû me servir d'une seule valeur monétaire ; et puisque j'écrivais en français, il était naturel que je choisisse le système monétaire de France, c^est-à-dire le système décimal du franc. La réduction en d'autres monnaies étrangères sera du reste une opération fort simple à exécuter, pour le cas où cet écrit serait jugé digne d'être traduit en d'autres langues.
Je suis obligé maintenant d'entrer dans des détails de chifiFres et de donner des états qui par eux-mêmes n'ont déjà rien de bien attrayant, et qui par leur répétition deviennent fastidieux. J'aurais à m'excuser de Tennui qu'on pourrait éprouver à les parcourir, s'il n'était évident que c'est là un point capital. On est d'ailleurs amplement dédommagé de la patience que demande l'étude de ces chiffres, quand on arrive au résultat final et aux puissantes conclusions que ce bilan de la guerre permet de tirer. Je donnerai, pour chaque nation, d'abord l'état du personnel et du matériel de son armée de terre et de mer, puis l'état de la dépense. Outre les comptes officiels où j'ai puisé une partie de mes chiffres, j'ai consulté, en les contrôlant les uns par les autres, les documents statistiques qui passent pour les plus autorisés. En comparant les chiffres de cette troisième édition avec ceux des deux premières, on verra que, dans ces quatorze dernières aimées, les armements et les dettes publiques de la plupart des États européens ont pris des accroissements toujours plus menaçants. J'aborde sans autre préambule le plus monstrueux des inventaires.
IM BBOXIÈIIE PARTIE