XVIII
«IWM^ JUlMMiiM^ Juvi^stom», M^Uamêmt llaltei E09ii«B0, de 1909 à 19M.
LesPrançab qui airaiont pm part à la guerre d'Ar mérique, ceux mêmes d'entre eux qui apparteaMiUt aux classes privilégiées^ ayaieiit, en foulant une terre d'indépendance, pris le goût des idées et dee institutions libérales, et de retour dans leur patrie, ilsavaient puissamment contribué à aceroitre aierare ce beeoîn de réformes qui s'y faisait déjà sentir. Un foince sîn*' eèrem^it ami du bien public, mais d'un caractère fadble et irrésolu, allait expier les ti»ts amonoBlés de la rieille monarchie et les fautes qu'il y âyovita hb-nême et qui du reste étaient moins son propre eorrage que celui d'une cour aveugle* Dana des eo»** jonctures aussi diffidlea et avec un pareil entourage^ mi roi phis habile et jdus ferme que Louis eût eœixre été exposé à périr*
Ptodaal que le t^uierre grofide à Vhamm et an^ nonce la plus terrible dee tempêtes, N&ktbks et Étafis génértmx (178?-i789), assemMét^ sueeesÂremcoit pow remédier au désoràre dee finaasees, perdent le teaqis à débattre des questions d'étiquette et die privilèges^ Le eltfgé et la nol^esse ds^oent enfin admettre le fien^êktf^ e^est-à-âlre Fîmmense mayorité de la natien^ à <fiscuter avec eux ses propres aftûres« Les SA*
cultes qu'ils avaient faites pour en venir là ne pouvaient manquer de les faire éconduire bientôt. On a dit que c'était parce qu'ils prévoyaient ce résultat qu'ils résistèrent ; mais c'était précisément pour cela qu'ils n'auraient pas dû résister, n est vrai qu'alors ils eussent fait un simple calcul^ et, dans de telles circonstances, ce qu'il faut, ce n'est pas du calcul, mais du dévouement et du sacrifice. Or clergé et noblesse étaient incapables de renoncement volontaire à leurs privilèges et à leur domination séculaire. Il fallait donc s'attendre à les voir précipiter eux-mêmes leur ruine. Les trois ordres paraissent enfin réunis dans une Assemblée constituante , qui procède à la rédaction d'une constitution au milieu des résistances de la cour et des émeutes populaires qu'elles font naître. Le vieil édifice dans lequel s'abritaient les vieux abus tombe pièce par pièce ; mais sur ses ruines demeurait encore un semblant de roi, qui jure solennellement de maintenir le nouvel ordre de choses (1790). La nation parut prendre au sérieux cette comédie du serment de la monarchie expirante. Les princes, le clergé et la noblesse émigrent ; ils vont servir et propager au dehors les intrigues royalistes du dedans, exciter l'étranger à s'armer contre leur patrie, et par là fournir des prétextes à ces excès que les honnêtes gens de tous les partis ne sauraient trop condanmer, mais auxquels, dans des temps de révolution, des hommes pervers poussent toujours une multitude ignorante et passionnée. Peu de temps après avoir prêté serment de défendre la constitution, le roi prend la fuite avec sa
famille ; il est arrêté avant d'avoir pu gagner la frontière, ramené à Paris et gardé à vue.
L'Assemblée constituante est remplacée par l'Assemblée législative (1792). Les émigrés, accourus en foule à Coblentz et enrégimentés par le prince de Gondé, faisaient des préparatifs pour rentrer triomphants en France ; des rassemblements armés se formaient de Tautre côté du Rhin et menaçaient d'envahir le territoire français. Des explications demandées à diverses cours d'Allemagne n'avaient reçu aucune satisfaction acceptable. La cour de Vienne avait osé proposer pour condition de paix le rétablissement de l'ordre de choses antérieur à 89. Ainsi on contestait à la France le droit de changer sa constitution, et quoiqu'elle eût déclaré nettement son intention de respecter l'indépendance des autres nations, elle allait se voir dans la nécessité de se défendre contre une injuste agression. Il est avéré qu'elle devait être incessanmient attaquée. Toutefois elle ne l'était pas encore matériellement, au moment où elle prit l'offensive en Belgique. Il me paraît donc regrettable qu'elle n'ait pas eu la patience d'attendre Tennemi sur le territoire français. Dans la plénitude de so^ droit, elle devait éviter cette faute. Après les malheureuses affaires de Quiévrain et de Tournay, le roi avait secrètement excité les puissances auxquelles il venait de déclarer la guerre à faire une invasion en France. Et l'on s'étonne, après de tels actes^ des malheurs qui peuvent fondre sur la tête d'un roi et sur celle de ses partisans ! On a cherché à justifier ou au moins à excuser cette duplicité de la
114 PREMIÈRK PARTIE
conduite de Louis XYI, en disant que la position violente et l'espèce de captivité dans lesquelles il était retenu depuis son arrestation à Yarennes ne lui laissaient plus la liberté nécessaire à rexercice du pouvoir et le déliaient de ses serments. C'est là une doctrine plus complaisante que juste. Qui avait forcé Louis à fuir honteusement? S'il ne voulait plus être roi cou* stitutionnel, que ne le déclaraii-il à la nation? s'il vou* lait continuer de l'être, qu'allait-il faire à l'étranger, dans la situation où étaient les choses ? Lorsqu'ilavait prêté serment à la constitution, il Tavait fait librement. Si sa conscience répugnait à cet acte, il devait le r^ fuser et subir les conséquences de son refus. Il n'avait alors aucun danger personnel à courir en renonçant à une autorité qu'il eût cru ne pouvoir garder aux con«> ditions qu'y mettait la nation rentrée dans l'exercice de ses droits. A l'époque même où il déclara la guerre à r Allemagne, il pouvait encore, si sa conscience s'y opposait, abdiquer impunément. Mais cette fois il n'était évidemment plus sincère. Il est constant qu'outre ses relations officielles et ostensibles avec l'^ictérieur, il avait ime correspondance particulière qui les démentait. Tiraillé sans cesse en deux sens opposés, d'un edté par les influences de la reine, des princes et des courtisans et par les habitudes de son éducation royale, de l'autre par ses bonnes intentions et ses velléités libérales, il ne sut se décider franchement ni dans un sens ni dans un autre, et, si ce n'est pas là ce qui le perdit, au moins est-il sur que cela ne pouvait le sauver. Nous ne s<»nmes pas les seuls à lui faire
ÀCCBOISSEMENT BES ARMÉES PERMANENTES llS
ce reproche : les partisans des doctrines monarchiques le lui font aussi bien que nous, avec cette difFérence que, regardant tout ce qui avait été fait depuis le commencement de la Révolution comme radicalement illégitime^ ils croient que le salut pour Louis XVI était dans une résistance à outrance et dans le maintien de son pouvoir absolu et des anciennes institutions, tsm-« dis que nous croyons que, slOi eût décidément embrassé, quand îl en était encore temps^ et invariablement servi la cause de la révolution la plus légitime dant son principe et la plus nécessaire qui fut jamais, Thomme sinon le roi^ mais peut-être le roi aussi, eût été sauvé, ou que, s'il eût péri comme d*autres, noble victime, pour établir le règne de la liberté et des Ids, il eût du moins succombé glorieusement.
Les Prussiens sont sur le Rhin, et le roi attend que l'Assemblée législative le force à prendre des mesures pomr les arrêter. La patrie est déclarée en danger^ et des enrêlements volontaires ont lieu de toutes parts. Le due de firunswick lance un m»ûfeste dans lequel il menaee de traiter selon toutes lesrigueurs de la guerre les villes qm oseraient se défendre^ et de Mvrer Paris â une sisàversiôn tokcle^ si la moindre violence est faite au roi et à sa &«iille. Ce manilèste amène riasuJrriBetion du 10 août et la suspension du roi. L'armée fpançaiseï composée alors de 120,000 hommes seulemçutj avait k faire &ee à une armée plus considérable d' Aur trichions, de Prussiens et d'émisés français. La nouvelle de la neddition de Lcmgwy f&ete à ma eomUa rirritation populaire : les magistrats ne suffisent pas à
116 PREBUÈRE PARtn
inscrire ceux qui s'oflfrent pour voler à la frontière. Il fallait être bien aveugle pour ne pas voir qu'une nation animée de tels sentiments ne pouvait être ramenée sous le joug qu'elle venait de secouer. Le bruit^ répandu dans Paris, que sous peu de jours les détenus politiques seront délivrés par les Prussiens et les émigrés, sert de mot d'ordre à ces abominables massacres de septembre, qu'exécute dans les prisons une troupe stupidement féroce, menée par quelques fanatiques et quelques scélérats (1).
L'Assemblée législative venait de céder la place à Idi Convention^ qui ouvrit ses séances le lendemain du jour où Dumouriez repoussait les Prussiens à Yalmy. Cet avantage est bientôt suivi de la victoire qu'il remporte sur les Autrichiens à Jemmapes. En proclamant la République, la Convention, poussée à bout par les audacieuses menées des incorrigibles fauteurs du régime déchu, croit pouvoir la fonder sur la terreur, et répond aux menaces des puissances étrangères (1793) en faisant monter Louis XYI sur cet échafaud où vinrent rouler les têtes de tant de victimes dont un grand nombre étaient, sinon innocentes, du moins loin de mériter une telle peine : exécutions à jamais déplora-
(1) De quelque part que viennent de telles violences et quels qu'en puissent être les motifs, nous les avons également en horreur. H n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que le parti qui était en ce moment victime des fureurs révolutionnaires en envia la honte à ses adversaires aussitôt qu'il put les exercer à son tour. Témoin cette soif de cruelles vengeances qu'il montra en maintes occasions dans le Midi et l'Ouest de la France : témoin en particulier cet afi&eux massacre qu'il fit dans les prisons 46 Lyon, après la réaction thermidorienne» le^5 floréal iT95«
bles ; car les principes de la vraie république prise dans sa bonne acception, tout en exigeant que Ton soit vigilant et fort en face de ses ennemis, imposent le respect de la vie humaine et réprouvent les implacables vengeances.
Depuis quelque temps , le Parlement anglais retentissait des attaques violentes de quelques orateurs contre la Révolution française : parmi ceux qui affectaient le plus de confondre les amis sincères et sages de la liberté avec ses mauvais serviteurs, se faisait surtout remarquer Burke, qui, peu d'années auparavant, avait été un des plus fermes soutiens des doctrines républicaines proclamées en Amérique , et qui maintenant abjurait tous ses principes, tandis que son ancien ami Fox y demeurait fidèle. Le gouvernement anglais avait déjà rappelé son ambassadeur dès la suspension du roi de France. A la nouvelle de Ja mort de Louis, il enjoint outrageusement à Tambassadeur français de quitter le sol de l'Angleterre, et en même temps annonce aux Chambres qu'il va se joindre à TAutricbe et à la Prusse pour faire la guerre à la France. Cette agression, qui n'était nullement provoquée, seyait moins qu'à tout autre au souverain qui était assis sur le trône d'où la nation anglaise avait fait descendre Charles P' pour l'envoyer à Téchafaud. Cette nation avait avec raison trouvé mauvais que d'autres États se mêlassent de ses affaires intérieures et prétendissent l'empêcher de changer de constitution ou de dynastie. Si Louis XIY et Louis XY, en soutenant la cause des monarques expulsés d'Angleterre , avaient eu tort.
118 PBBMliAE PARTIS
Georges Ili ne devait pas les imiter ; si au contraire ils avaient eu raison, la première chose qu*U devait &ire» avant de combattre la Révolution &anQiàs6| était de renoncer à une couronne usurpée sur la dynastie qu'ils avaient défendue. Les adversaires anglais de la République française $ en invoquant contre :elle les principes et les intérêts monarchiquesi s'exposaient donc à être taxés d'hypocrisie et de contradiction ; ils ne pouvaient pas même se rejeter sur les excàs qui accompagnaient l'enfantement de la République; car, indépendamment de ce qu^eUf» éttit innocente du mal qui pouvait se commettre souto son nom^ il n'était presque aiicuno des scènes^ même 4ies plus mauvais jours de notre révûlutioui dont la dévolution anglaise n'eût la premiàrô donné l'exemple à rfiuro|^» Georges fait Un6 levée de 45^000 matelots et augmente de 30,000 hommes sou armée de terrd» La Convention lui déclare la guerre, ainsi qu'à son alliée Guillaume Y, stathouder de Hollande ( foi'ilialité assess vaine^ quand déjà les adversaires ont pris un6 attitude hostile et qu^On ne fait que se défendre. Les forces de la France s'élevaient alors à 230^000 hommes. Dumouriez, aprèsi avdir été battu à Nerwinde, et avoir audacieusément fait arrêter les (^mmissaires qui lui étaient envoyés ]^ la Convention et au nombre desquels se trouvait le ininistre de la guerre lui-même, passe aux Autrichiens, âa trahison faillit être fatale à la R^ublique ; car il avait offert de joindre ses troupes à l'ennemi ^ur marcher . sur Paris* Mais heureuse»ïent il n'avait pu entraîner dans sa défection que des officiers.
et les soldats, meilleurs patriotes que leurs chefs, avaient refusé de les suivre. Pendant que la guerre civile, allumée dans le midi et surtout dans l'ouest de la France, ajoute aux périls de la situation, les alliés assiègent et prennent Condéet Valenciennes, et investissent Dunkerque. EfiBrayée de ces nouveaux revers, la Convention appelle aux armes tous les citoyens adultes. Il est certain que, sans ce prodigieux effort, la France allait être envahie de toutes parts et courait le risque de périr ou au moins de se voir enlever toutes les conquêtes de la Révolution sur l'ancien régime. Elle était alors presque entièrement cernée. Charles IV, roi d'Espagne, et Ferdinand IV, roi de Naples, s'étaient joints à la coalition, déjà composée de l'empereur d'Autriche, des rois d'Angleterre, de Prusse et de Sardaigne, et du stathouder de Hollande. La Convention lance contre l'Europe conjurée plusieurs armées, montant environ à 600,000 hommes (1). Celles de la coalition s'élevaient presque au même nombre. L'Europe présentait donc alors le spectacle de plus d'un million de combattants aux prises sur vingt champs de bataille à la fois. Le général Bouchard gagne la bataille de Bondschoote sur le maréchal Freytag, et force le duc d'York à lever le siège de Dunkerque. Boche et Pichegru repoussent sur le Rhîn le due de Brunswick et le général Wurmser. Toulon,
(1) Des historiens en ont fort exagéré le nombre, en le portant à 1,200,000 hommes. Leur méprise est venue de ce qu'ils ont compté dans Teffectif les hinnmes simplement inscrits et qui devaient être appelés plus tard.
que les intrigues royalistes avaient livré aux Anglais et aux Espagnols, est repris : en se retirant, les escadres ennemies avaient incendié Tarsenal et plusieurs vaisseaux ou frégates (1), A Brest, l'amiral Howe attaque le contre-amiral Villaret (1794). Les Français eurent 4,000 morts ou blessés; 6 de leurs vaisseaux furent capturés, un septième coula, et tout l'équipage, composé de 300 hommes, fut noyé. La Convention venait d'élever ses armées au nombre de 790,000 hommes. Elles étaient ainsi réparties ; armée du Nord, 250,000 hommes; des Ardennes, 40^000; du Rhin et de la Moselle, 200,000; des Alpes, 100,000; des Pyrénées, 120,000; de l'Ouest, 80,000. On ne leur avait guère fourni que des armes et de la poudre. Elles manquaient de vivres, de vêtements, de chaussure et des objets de campement les plus indispensables. Mais elles avaient mieux que tout cela, elles étaient animées de l'enthousiasme patriotique. Jourdan défait à Fleurus les Autrichiens, commandés par le prince de Cobourg. Les Français sont maîtres de presque tous les Pays-Bas autrichiens. Au midi, ils repoussent le roi de Sardaigne et menacent le Piémont. La Corse se soulève et se donne à l'Angleterre, qui l'avait aidée dans sa révolte. Pichegru presse le duc d'York et le
(1) Les renseignements fournis par les historiens sur le nombre de ces bâtiments brûlés ou pris sont peu concordants. Selon Goote, continuateur de V Histoire d* Angleterre de Goldsmith, il n'y aurait eu d'incendiés que 9 vaisseaux et quelques frégates. Selon M. Thiers (Histoire de la révolution française), de 56 vaisseaux ou frégates, il ne serait resté que 7 vaisseaux et il frégates; le reste^ par conséquent 38 vaisseaux ou frégates, aurait été pris ou briUé.
force ainsi que le stathouder à quitter la Hollande, qui ne désirait rien tant que d'en être débarrassée. Le roi de Prusse demande la paix (179S); il est bientôt imité par le roi dIBspagne, qui venait de perdre plusieurs villes dans la Biscaye et la Catalogne. Hoche disperse les armées vendéennes (1).
La Convention est remplacée par les Conseils des Cinq-Cents et des Anciens, et le pouvoir exécutif confié à un Directoire composé de cinq membres. En Angleterre, un parti nombreux, à la tète duquel étaient Fox et Sheridan, désirait la paix, que Pitt s'opiniâtrait à refuser. L'armée de mer avait été portée à 85,000 honunes et celle de terre à 60,000.
Ici commence le grand rôle miUtaire et politique de ce trop habile capitaine, de cet homme extraordinaire,
(1) Le plus beau titre de ce brave général, dont la république eut à déplorer la mort prématurée, fût d'avoir pacifié la Vendée par les voies de la clémence plus encore que par la vigueur de ses opérations stratégiques. Un officier supérieur sous ses ordres s*étant servi, dans une proclamation, des mots menaçants, de Gouvernement militaire. Hoche lui écrivit : k Sachez que, fils aînés de la révolution, «c nous abhorrons nous-mêmes le gouvernement militaire propre- « ment dit : [il est celui des esclaves, et à ce titre il ne peut con- « venir à des hommes qui ont acheté de leur sang la liberté firan- « çaise. » Nobles paroles, citées dans les Mémoires sur Camoty publiés par son fils, tome II, page 78, Paris, 1863. Lorsque, cinq ans plus tard, Bonaparte, premier Consul, acheva de disperser l'insurrection de rOuest, qu'il fut loin d'imiter les procédés de Hoche ! Aux ordres sanguinaires d'extermination il joignit la fourberie : on sait l'ordre atrocement perfide qu'il envoya de fusiller le dernier défenseur de la cause royaliste, le comte de Frotté, qui s'était rendu à discrétion sur les assurances qu'il lui avait fait donner de la générosité du gouvernement. Voir les détails de cette exécution dans V histoire de Napoléon /•% par M. Lanft«y, tome 2, ch. 2, Paris, 18G7.
dont les poissantes facultés, mises au service d'un profond égoïsme et d'un orgueil sans bornes, devait causer un si long retard à la marche de Thumanité. Doué au plus haut degré de cette activité qui flatte le côté fougueux et emporté de notre caractère national, il excella à cacher son astuce italienne sous cette bru^ querie étudiée, que l'étourderie française prenait pour de la franchise et qui l'étonnait et lui plaisait par son étrangeté. Son esprit était vif et brillant, son coup d'œil rapide et pénétrant; mais il avait le cœur sec^ quoiqu'il aioiât à jouer la sensibilité. H méprisait l'espèce humaine> dans laquelle il ne voyait que des instruments à approprier à ses fins. Chez lui enfin« le moral était singulièrement en défaut, et cette observation, loin d'être infirmée, serait au contraire confirmée par ces démonstrations religieuses qu'il fit souvent en public^ et que, dans Tintimité, il donnait pour ce qu'elles étaient, c'est-à-dire pour d'hypocrites calculs. Quand on ne voit dans la religion qu'un moyen de me^ ner les hommes, qu'un ressort de la machine gouvernementale, on n'éprouve aucune gêne a se faire musulman au Caire, ou catholique à Rome, ou quoi que ce soit quelque autre part (1).
(1) Je prie ceux à qui ce jugement pourrait paraître exagéré^ de s'en rapporter au moins au témoignage môme du fîitur restaurateur du christianisme en France, témoignage consigné dans les documents officiels qui suivent:
« Au Cardinal Mattéi.
« Quartier général, Vérone, 3 pluviôse an V (22 janvier 1797).
« Mon soin particulier sera de ne point souffrir qu'on apporte « aucun changement à /« religion de nos pères. » (Correspondance de Napoléon /«', tome II, Paris, 1859.)
ACCROISSEMBirr 9ES AHKÉM PERMANENTES 113