‹ De la guerre et des armées permanentesChapitre 6 sur 36 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Hollande, de 1996 à 1999.

Jusqu'ici les exploits de Bonaparte s'étaient bornés à mitrailler les royalittes au siège de Toulon et dans

« Aux habitants du Gaire, l«r uît^o an VU (Si dôoembre 1798).

« Cbén£i| Ulématy orateurs des mosquées, faites bien coaoattre « au paaple qjo» oeux qui de gaieté de cœur se déclareraient mes « «anémiai n'auront de refuge ni dans ce monde ni dans l'autre. « y aurai^il un bomme aises aveugle pour ne pas voir que le des- € tin lui^^mème dirige toutes mes opérations ? Y aurait-il quelqu'un « «sses incrédule pour révoquer en doute que tout, dans ce vaste « univers, est soumis h l'empira du destin ? Faites connaître au « peuple quAi depuis que le^ monde est monde, il était écrit qu'^v»^' « wair détruit Um tfmemii de VUlcamisme^ fait ab^ttn tes itrmx^ je « viaacbraia du fond de l'Occident remplir la tâcha qui m'a été im- « posée. jPaites voir au peuple que, dans /• êoint liwr* du fLoran, « dans plue de vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et oe 4foi

« arrivera ast également axpUqué Je pourrais deaondar «Mnpte

tt è chàom de voua dee sentimenta les plus secrets du «sur, oar /e « MÛ tmdf même ee qtie vous ti^wes dit à ptnonm» Mak un Jour « viendm qua tout le monde verra avec évidenos que /a »m$ con- « dirit pat du otdrês supiriewrs €t ^tu tout in tffort$ humains ne « paiiwM rtM contre Moi. Haureux oeux qui de bonne foi aaroni les s ptemiera à aè mettre a;vec moi i » {Uddem^ tome Y« Paris» i«60w)

« Qnartiar généra, à Jaffa, i9 ventAse m VII (9 man 1799).

a Aux Cheiks, Ulémas et babitairts ' des provinces de fiaaa, a Kamiehetialla.

a tl est bon que y<ms sacbiat que tous les eiforts bumains ao&t « inntileB contre moi, car tout ce que j'entreprends doit réussir, « Ceux qui aè déolare&t tues amis prospèrent. Ceux qui se «ttcla- « rent mes «snamis pdrtesaDt. L'exemple qui vient d'emvm' à « JaJIa et k data 4oit vcm ttA» eonnaltie que, ai je sala

l'insurrection du 13 vendémiaire (4 octobre). Ce n'était pas qu'il aimât la République^ mais il avait besoin

« pour mes ennemis, je suis bon pour mes amis et surtout miséri- « cordieux pour le pauvre peuple. » {Ibidem.)

tt Quartier général El-Ramftnyeb^ 3 thermidor an VII ( 21 juillet 1799).

« Au divan du Caire.

« Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu^ et Mahomet est son prophète.,.* « Il y a sur cette flotte (la flotte mouillée à Aboukir) des Russes, « qui ont en horreur ceux qui croient à l'unité de Dieu, parce que, « selon leurs mensonges, ils croient qu^il y en a trois. Mais ils ne « tarderont pas à voir que ce n'est pas le nombre des Dieux qui « fait la force. » (Ibidem,)

Plus un homme est éminent par l'intelligence, plus on a le droit d'être exigeant pour sa moralité. J'ai fait d'inutiles efforts pour me persuader que j'avais jugé Bonaparte trop sévèrement ; je me suis demandé souvent, entre autres choses, s'il n'était pas de bonne foi lorsque, dans les premières années de sa carrière politique, il affichait des sentiments républicains ; car on ne se décide pas facilement à accuser un tel homme de déloyauté. Mais force m'a bien été de céder à l'évidence de tant de faits qui nous le montrent travaillant de bonne heure à la ruine de cette république à laquelle il était redevable de tout ce qu'il était, et finissant par l'étoufTer comme un enfant dénaturé et ingrat étouffe sa mère. Ses partisans me viennent du reste en aide sur plusieurs points, dans leurs moments de sincérité. Par exemple, cet orgueil et cette astuce que je lui reproche, voici un de ses plus grands admirateurs qui en convient : « Cet homme, chez lequtl Vorgueil était immense, avait toute « l'adresse d'une femme à le cacher.... Il affectait dans son langage, « dans son costume, dans toutes ses habitudes, une simplicité qui sur- « prenait l'imagination des hommes. » (Thiers, Histoire de la Révolih tion française, ch. 11, tome IX, Paris, 1841.) « Ce profond capitaine, ce « sage législateur, cet administrateur consommé fut le politique « nous dirions le plus fou, si Alexandre n'avait pas existé. Si la « politique n'était qu'esprit, certes rien ne lui eût manqué pour « surpasser les honmies d'État les plus raffinés* Mais la politique « est caractère encore plus qu'esprit, et c'est par là que Napo- « léon pèche. Ah! lorsque jeune encore, n'ayant pas soumis le « monde, il est obligé et résigné à cbmpler avec les obstacles, il tt se montre aussi rusé, aussi fin, aussi patient qu'aucun autre. Des- « cendant en 1796 en Italie avec une faible armée, ayant à s'atta-

d'elle pour s'élever, et il se réservait de lui témoigner

« cher les populations, il protège les prêtres, ménetge les princes, quoi m qiien puissent dire les républicains de Paris, Transporté en « Orient, ayant à craindre l'antipathie musulmane^ il cherche à « s*attirer les scheiks arabes, leur fait espérer sa conversion, quoi « qv^en puissent dire les dévots de Paris^ et réussit ainsi à se les K attacher complètement. Plus tard, appliqué à une œuvre bien « différente, celle du concordat, il s'applique, par un prodigieux « mélange é^adresse et d'énergie, à vaincre les préjugés de Rome, et « ce qui les vaut bien, les préjugés des philosophes. Tout ce /|u'il « lui fallut en cette occasion de finesse, d'art, de constance^ de « force, nous l'avons exposé ailleurs, et de manière à prouver que ff rien ne lui manqua en fait de génie politique. Mais il n'était pas le « maître alors, il se contenait. Devenu tout-puissant, il ne se con- « tint plus, et du politique il ne lui resta que la moindre partie, « l'esprit : le caractère avait disparu. » (Le même, Histoire du Consulat et de VEmpire, livre 62, tome XX, Paris, 1862.) En lisant ce passage, on ne sait de quoi il faut s'étonner le plus, du défaut de sens critique ou de l'absence de haute moralité que l'on y remarque, et l'on se demande lequel du héros ou de l'apologiste ces définitions du génie politique honorent le moins.

Un auteur américain qui a poussé l'admiration pour la puissante individualité de Bonaparte jusqu'à des appréciations qui blessent le sens moral le moins délicat, termine ainsi son apologie : « Bonaparte was singularly destitute of gênerons sentiments. The « highest-placed individual, in the most cultivated âge and popu- <c lation of the world, he bas not the merit of common truth and <c honesty. He is unjust to bis gênerais, egotistic and monopo-

« lizing He is a boundless liar. The officiai paper, bis Moniteur,

« and ail bis bulletins are proverbs for saying what he wished « to be believed, and worse, he sat, in bis prématuré old âge, in « bis lonely island, coldly falsifjring facts and dates and characters,

c< and giving to bistory a theatrical éclat He was thoroughly

« unscrupulous. He would steal, slander, assassinate, drown and

« poison, as bis interest dictated In short, when you hâve

« penetrated through ail the circles of power and splendour, you « were not dealing with a gentleman at last, but with an impostor « and a rogue, and he fully deserves the epithet of Jupiter scapin <f or a sort of scamp Jupiter,» (R. W. Emerson, Représentative men, VI, Napoléon or the man of thé vjorld, Londres, 1860.)

Le lieutenant-colonel Gharras a publié, à Bruxelles, en 1867, un

plus tard Taversion qu'il pardt avoir toujours ressentie pour elle. Le voici arrivé au moment où il sort de Tobscurité pour projeter au loin un ai vif éclat. Le commandement en chef de Tannée d'Italie lui est con*

livre intitulé Histoire de la campagne de 1814, où il juge Bonaparte encore plus sévèrement que je ne le fais moi-même. Il va jusq[u'à effeuiller la couronne que les admirateurs du grand stratégiste lui avaient tressée^ et que je lui laisserais volontiers comipe signe de la pkva détestable des capacités quand elle n'est pas mise uniquement au service de la légitime défense.

Mais écoutez le terrible jugement que, par anticipation sur celui de rhistoire, portait, dès 1828, de l'autre côté de rAtlantique, un sage d'une nation qui était loin de partager les sentiments bai^eux que Napoléon avait soulevés partout en Europe contre le nom Français : cr Of this moral greatness, '^n^cb throws ail otber forms « of greatness into obscuritj, 'we see not a trace in Napoléon. « Thougb clotbed witb tbe power of a god, tbe thougbt of conse- (f erating bimself to tbe introduction of a new and bigber era, to « tbe ^altation of tbe cbaracter and condition of bis race, seeins « never to bave dawned on bis mind. The spkit of disinterestQdness « and self- sacrifice seems not to hâve waged a moment's war yrith « eelf-will and ambition. His ruling passions, indeed, were sin^p;- « larly at variance with magnanimity. Moral greatness bas too mucb « beurtiness, to live an bour for wbat Napoléon always lived, to (( make itself tbe thème, and gaze, and wonder of a dazzled world*..f « To us there is something radically and încreasingly sboclông in « tbe thougbt of one man'swill becoming a law to bis race; in tbe t( thougbt of multitudes, ofvastcooEimunitieaiSurrenderin^ conscience* « intellect, tbeir affections^ their rigbts, tbeir interests to tbe stern (( mandate of a fellow-creature. Wben we see one word of a frail « man on tbe throne of France tearing a bundred tbousand sons « from tiieir homes, breaking asunder tbe sacred ties of domestic « life, sentencing myriads of tbe young to make murder tbeir calt( ling and rapacity tbeir means of support^ and extorting £cQm « nations tbeir treasures to extend this ruinous sway, we are ready « to ask ourselves, {s not this a dream? And wben tbe sad reality « comes home to us, we blush for a race wbicb can stoop to sucb « an abject lot. » (William E. Ghanning, Remarks on the life and cha^ racter of Napoléon Bonaparte, part. 1^ Jhe Works, vol. I, Bo^toUf 1843. Cet ouvrage, rare en France, a iH^ traduit en frftOÇaj» par M» Van Meenen, Bruxelles, 1857.)

fié (1796). Il gagne les batailles de Montenotte et de MîllesimOj soumet le Piémont en quelques jours, et signe à Cherasco l'armistice que lui demande le roi de Sardaigne. B exige du duc de Parme 2 milIi(Mis de contributions, 1,200 chevaux, des vivres et vingt tableaux de choix, et du duc de Modène 10 miUions et vingt tableaux. Ce fut alors qu'il adressa à ses troupes, mais plus encore à la France, cette célèbre proclama*tion, dans laquelle je crois lire toute sa vie ; œuvre de rfaéiorique dont toutes les phrases sont soigneusement pesées, tous les mots calculés pour enflammer dans des cœàrs, déjà trop belliqueux de leur nature, la pernicieuse passion des exploits militaires, pour se faire adorer des soldats et les façonner en autant d'instru'^ ments avec lesquels il pourra tout entreprendre (1)4

(1). VMci ^elqiies extraits de eetie curieuse proclamation : « Saldatoy voue ava? an q«iiuse jpwr9 r^nporCé ^ix ^toiraa» luris n 21 drapeau:^, 56 pièces de canou^t plusiems places fortes^ conquis « la partie la plus riche du Piémont; vous avez fait 15^000 prison- <t niers^ tué ou blessé plus de 10^000 hommes. Vous vous êtes jusqu'ici « battus pour des rocher» stériles, illustrés par votre courage mais « inutiles à la patrie ; tqus égalez aujourd'hui par vos services l'armée a conquérante de Hollande et du Rhin. Dénués de tout, vous avez « suppléé à tout; vous avez gagné des batailles sans canons^ passé des « ilviëres sans ponts, fait des marches forcées sans souliers^ bivouac( que sans eau-de-vie et souvent sans pain. Les phalanges républi- <n cames, les soldats de la liberté étaient seuls capables de souffrir ce <t que vous avez souffert : grâces vous en soient rendues, soldats ! La « patrie reconnaissante vous devra en partie sa prospérité^ et si, a vainqueurs de Toulon, vous présageâtes l'immortelle campa- « gne de 1793, vos victoires actuelles en présagent une plus belle « encore. Les deux armées qui naguère vous attaquaient avec au- « dace, fuient épouvantées devant vous; les hommes pervers, qui « riaient de votre misère et se réjouissaient dans leurs pensées des « triomphes de vos ennemis, sont confondus et tremblants. Mais,

Toutefois, au milieu de ces grâces rendues aux soldatSf de ces flatteries dont il les enivre, de cette perspective de nouveaux triomphes qu'il fait miroiter à leurs yeux éblouis , de ces louanges abrutissantes pour avoir tué ou blessé 10,000 de leurs semblables, de cette excitation même des convoitises grossières, on trouve encore les mots de république et de liberté : Theure n'est pas venue de les supprimer. Il se donne encore pour le serviteur d'une nation qui ne fait que se défendre; mais, à partir du moment, qui ne tardera pas beaucoup à venir, où il sera le msdtre, presque toutes ses expéditions seront injustes, parce qu'elles seront offensives. Pendant qu'il veut bien continuer de se dire républicain, suivons-le donc avec intérêt, mais ne l'admirons qu'avec réserve. Les Milanais, espérant qu'il les délivrera du joug de l'Autriche, le reçoivent triomphalement. Il les frappe de 20 millions de contributions. Il fait une seconde proclamation qui commence ainsi : m Vous vous êtes précipités comme

« soldats^ il ne faut pas vous le dissimuler^ vous n'avez rien fait puis^ H quUl vous reste encore à faire. Ni Turin ni Milan ne sont à vous; « les cendres des vainqueurs des Tarquins sont encore foulées par les <c assassins de Basseville!... En est-il d'entre tous dont le courage « 8*amollisse? En est-il qui préféreraient de retourner sur les som- <c mets de l'Apennin et des Alpes essuyer les injures de cette soldo" m tesque esclave? Non, il n'en est pas parmi les vainqueurs de Mon- « tenotte^ de Dego et de Mondovi; tous brûlent de porter au loin la « gloire du peuple français. Tous veulent humilier les rois orgueilleux « qui osaient méditer de nous donner des fers. » (Moniteur du 28 floréal an IV [17 mai 1796].)

Suivent de fort belles recommandations de respecter le paya conquis et de s'abstenir d'y exercer les ravages habituels de la guerre^ recommandations par lesquelles il «herche à attirer à lui les Italiens et que sa conduite démentira constamment.

« un torrent du haut de l'Apennin, etc., » proclamation encore plus boursouflée que la première, où il parle aux soldats de leurs amantes^ et dans laquelle perce le désir manifeste de soulever les populations de Rome et de Naples contre leurs gouvernements ; il se dit \ami des descendants de Brutus; il veut rétablir le Capitale et réveiller le peuple romain, engourdi par plusieurs siècles d'esclavage. En attendant, fidèle aux traditions de ces siècles d'esclavage^ il incendie le bourg de Binasco, et livre au pillage la ville de Pavie, où s'étaient réfugiés des paysans soulevés par les déprédations de ses soldats (1). Il attaque les Autrichiens sur le territoire neutre de Venise, et force cette république à lui fournir des vivres et à lui céder les deux places de Vérone et de Legnago. La nouvelle de ses succès dans la haute Italie effraie le roi de Naples, qui

(1) M. Thiers parle de cet acte^ digne des temps de barbarie^ sur un ton d'incroyable légèreté et où il est difficile de ne pas voir une intention de justification ou au moins d'excuse : « Bonaparte^ pour « donner un exemple sévère, leur accorda trois heures de pillage. Ils « étaient à peine un millier, et ils ne pouvaient pas causer de grands « désastres dans une ville aussi considérable que Pavie. Ils fondirent « sur les boutiques d'orfèvrerie et s'emparèrent de beaucoup de <f bijoux. L'acte le plus condamnable fut le pillage du Mont>de- « Piété; mais heureusement, en Italie comme partout où il y a des c( grands, pauvres et vaniteux, les Monts -de-Piété étaient remplis « d'objets appartenant aux plus hautes classes du pays. » (Histoire de la Révolution française, ch. 3, t. VIII.) Quand on s'attribue le rôle si grave d'historien, il n'est pas permis d'en méconnaître à ce point la dignité. Si des étrangers, faisant invasion en France, y montraient ce genre nouveau de modération, qui consisterait à piller les grands, y compris M. Thiers, de préférence aux petits, je serais curieux de savoir ce que celui-ci penserait et dirait d'un historien qui raconterait ainsi le fait : « Heureusement ils ne volèrent que les hautes classes du pays. »

lui eavoie sa soumission. Des haïuies de parti^»ans intertompaîent ses communications sur le territoire de G:âne&; il écrit au Sénat : « Je ferai bràler les villes et « le& villages où se commettra un assassinat ; j« ferai « brûler les maisons cpai donneront asile aux assassins^ d et punir exemplairement tes xaagistrats qui les sotti» a friront. Q &ui que le meurtre d'un Franeak po^e a Bialbeiir aux communes entière» qui ne Ta^^mieai ce pa& empêcké. )». Quelle justice et quel style ! Attila etGengis-kkan faisaient plus, parce que le milieu so* ciâl' où ils vivaient ne s'y opposait point, m^is ils ne £sa4ent pas mieusc. Au reste on le verra bientôt, en Orient, procéder à la manière de ces barbares. €e moffceaà d*élequence militaire est Mns doute un de ceux mxr lesquels les prôneurs de Bonaparte se fondent peur adsftirer sa vive imaginaticm et sa tournure d'esprit orientale. Gênes, comme on le pense, lui promit l^ut ce qu^il voulut. U entre dans les Étaits du pape et prononce l'indépendance des légations de Bologne et 4e Ferrare. Le souverain pontife avait provoqué ce ehÂëment en se déclarant l'ennemi de la République* Il obtient uii armistice au prix de 21 millions de contiibutions et de cent tableaux ou statues de choix. Bo-* ftçiparte poursïiit Wurmser dans le Tyrol et le force a venir s'enfermer dans Msmtoue, après lui avoir tué ou blessé environ 20,000 hommes et fait autant de prisonniei^. Les Français reprennent la Corse sur les Anglais, lis avaient alors moins de succès en Allemagne : Jourdan était battu par l'archiduc à Wurtzbourg, et Moreau, obligé de faire, dans les défilés du Val-d'En-

ACCROISSEMENt DES ÀftarÉES ftCRMANENTES l3f

fer, cette retraite qiïe Fon a comparée à celle des Dix Mille. Bonaparte, rùalgré les enVois de troupes (fm lui avaient été faits^ voyait son armée réAiîte pat* les fièvres et les pertes éprouvée^ dans 1^ combats . Ef demandait sans cesse de nouveaux Renforts. « Dtes tronci pes ! écrïvait-il auDfrectoirè, ou FïtatKe est perdue. » Des troupes I ïel sera, p'endatri ptès dér vhîrgt ans, îe refrain dé ses triomphés. Il pi'ononxje la décïréaïice diï duc de Modène, â qui il avait déjà imposé une contribution de 1 (y millions , ef réunît àt se^ États les légations de Bologne et die Fer^are pour en composer la: république Cispadane. Alvmiy, après M avoii" tué 4,000 hommes, le contracînt à se réfiïgîer disttis Vérone. H échappe à cette situation critrqtie paï ûû de ces stratagèmes et une de ces marches^^ hardîes qtii lui étaient familières. A Arcole, les Atitrrchicils ont ^,000^ motfs ou blessés et 8,000 prisonniers.

Une tentative de débarquement en Irlande, commandée par le général Hoche, échoua: complètement. L'escadre, composée de 30 VâÎBseaui, frégates ou gffbajes et de bâtiments de transport, portait 15,000 hotnmes. Partie de Ôrest &ii mîÈetï de l'hiver, elle devait débarquer dans la baie de Rantry ; mais elle fut dispersée par là tempête et les croisières anglaises, et regagna les côtes de France dans le phis' déplorable état. L'Angleterre avait alors 120,000 marins et 80,000 soldats de terre.

Aux journées de Rivoli et de Maiitoûe, l'armée autrichienne, composée d'environ 80,00û hommes, eut 20,000 tués ou blessés et un plus grand nombre de

132 PfiEMIÈRE PARTIE

prisonniers (1797). Mantoue se rend. L'armée française s'avance alors dans les États romains, dont la conquête ne pouvait l'arrêter longtemps. Le pape demande la paix, qui lui est accordée, à Tolentino, au prix de nouvelles contributions et de la cession du Gomtat Yenaissin et des légations. Bonaparte franchit les Alpes Juliennes, malgré l'arcliiduc Charles, à qui il fait 20,000 prisonniers. Il adresse à ce prince ime lettre par laquelle il Tengage à faire des propositions de paix : a Si l'ouverture que j'ai l'honneur de vous « faire, lui dit-il, peut sauver la vie à un seul homme, « je m'estimerai plus fier de la couronne civique, que « je me trouverai avoir méritée, que de la triste gloire « qui peut revenir des succès militaires. » Si l'on n'avait d'autre moyen de se former un jugement que ces belles paroles, on croirait que celui qui les écrivait était le plus tendre des hommes, et que, dédaignant la triste gloire des armes, il reculait d'eflfroi devant la pensée de faire couler le sang humain. Déjà il l'avait répandu à flots, et l'on peut dire qu'il n^en était qu'à son début, quand on sait tout ce qu'il devait en faire verser entore. L'archiduc inclinait à faire des propositions d'arrangement ; mais le ministère autrichien s'y opposait. Bonaparte s'avance sur Vienne. Il n'en est plus qu'à quelques marches. La cour épouvantée demande enfin la paix, dont les préliminaires sont signés à Léoben, et qui est ensuite définitivement arrêtée à Campo-Formio. L'Autriche cède à la France les Pays- Bas, consent à ce qu'elle prenne la ligne du Rhin et renonce à la Lombardie : Bonaparte l'indemnise en lui

donnant diverses provinces appartenant à Venise. Ce dernier acte, que le Directoire aurait dû refuser de ratifier, était doublement coupable de la part d'un général de République : d'abord c'était imiter ces monarques qui disposent des populations sans s*inquiéter de savoir s'il leur convient ou non de vivre sous tel ou tel régime politique ; en second lieu, Venise étant neutre alors, Bonaparte violait à son égard le droit des gens. Rappelé en Italie par la révolte de Vérone, il prétexte les assassinats commis dans cette ville et que désavouent les magistrats de Venise, pour déclarer la guerre à cette République, dont il change la constitution et se fait livrer la marine.

n règne maintenant à Milan, et déjà sa femme y tient une cour. Le 14 juillet, jour de l'anniversaire de la prise de la Bastille, il donne une fête où il jure, par les mânes des héros morts pour la liberté^ guerre impla^ cable aux ennemis de la République et de la Constitution^ et s'écrie que les royalistes^ dès l'instant qu'ils se montreront^ auront vécu, A cette époque, une conspiration royaliste, fomentée jusque dans le sein des conseils par le général Pichegru^ qui venait de se vendre au prince de Condé, donnait de grandes inquiétudes au gouvernement exécutif, et la majorité du Directoire méditait ce coup d'État du 18 fructidor (4 septembre), qui, en invitant les militaires à intervenir illégalement dans les affaires politiques, établissait un précédent qui devait plus tard tourner contre lui-même (1).

(1) Dans les Mémoires sur Camot par son fils^ tome II, l'« partie, Paris, 1^63, à propos de l'offre que vint lui faire un jeune officier,

t34 pasaiiÈRE partie

Aftèi^ BYOJSt ianoé la république Cisalpine, Bonaparte rentre em France. On lui fait une brillante réception, où TaUeyrand le félicite en prédisant qu'il faudra peutnêtre un jour faire yiolence à sa simplicité anliopie. Les Romains renversent le gouvernemen.t papal, et la Suisse elle-même, entraînée dans le mouvement ré¥olutii)nnaire, change sa vieille constitu-tion. Le Dired;oû*e pensait à charger Bonaparte do diriger une nouvelle tentative de descente en Angleterre. Mais celui-ci veut aller faire la guerre auK Anglais en Egypte; il prétend convertir la Méditerranée en lac françak^ et forcer le commerce de l'Inde à abandonner le cap de Bonne-Espérance* Il s'embarque avec 28,060 soldats d^ terre et 10,000 marins (1798); l'escadre, commgmdée par le conire-amirai Brueys, se composait de 27 vaisseaux ou frégates, de 72 bâtiments inférieurs et de 400 transports. De quel droit allait- il, tranchant du Cambyse ou de l'Alexandre, s'emparer de l'Egypte, cpii dépendait de la Porte avec laquelle la France était en paix? Il voulait, disait-il, y détruire la tyrannie des Mamelouks. Mais les Coptes et les Arabes l'avaient-ils appelé à leur secours, et le sultan l'avait-il chargé d'aller faire la police dans ses États? Les Directeurs, quelque intérêfqu'ils eussent à

ia YâiUe du 18 fructidor, de poiguarder Barras, on lit la note suivante ; « La proposition d'assassiner Barras et Rewbell fut faite a aussi à Matthieu Dumas. Celui-ci, causant plus tard avec Napo- « léon, lui raconta qu'il avait, comme Carnot, refusé ce moyen de « faire tourner les événements au profit de son parti : Vous fûtes un « imbéciie, luji répondit l'Empereur; vous n'entetuiez rien aux révo-^ a. lutions, n

se débafrasser d'un jeune général qui avait si souvent, dans la campagne d'Italie, enfreint leurs instructions et méconnu leur autorité, disposant en souveraiii du trésor de la République et des pays conquis^ faisant de sa pleine autorité la paix ou la guerre qu'eux-mêmes, d'£q)rè8 la Constitution, n'avaient pa^ le droit de faire> les Directeurs, dis-je, sentant tout ce que son projet avait d'irrégulier ou d'aventureuXj s'y opposé • rent d'abord ; mais à la fin ils eurent là faiblesse de «éder à une volonté impérieuse et appuyée sûr une offre de démission qu'ils auraient dû prendre au mot. Ce fut une faute énorme et qui ne pouvait qu'êtte funeste à la République. Jusqu'ici la France, injustement attaquée, n'avait fait que repousser ses agresseurs : il fallait donc éviter de lui donner le tort qu'elle reprochait à d'autres États; il fallait surtout arrêter dans ses premières tentatives d'usurpation la puissance militedre, essentiellement hostile à la liberté, et personnifiée alors dans une grande individualité dont il était facile de prévoir qu'on ne pourrait bientôt plus arrêter les envahissements. Chemin faisant, Bonaparte s'empare de l'île de Malte, sur laquelle la France n'avait aucun droit de souveraineté à exercer. Maître de Rosette, il y commande d'afeeuses exécutions : les Turcs se réfugient dans les mosquées aveè leuï*s femmes, leurs vieillards et leurs enfants; tout est égorgé. A la bataille des Pyramides, 1,300 Mamelouks sont tués ou noyés dans le Nil. Mais, pendant que, dani^ lés mosquées du Caire, il édifiait les Arabes en récitant leurs prières dans les mêmes postures qu'eux et avec

les mêmes balancements de corps et de tète, son escadre était presque entièrement détruite par Nelson, qui Tavait rejointe dans la baie d'Aboukir. Deux vaisseaux seulement et deux frégates échappèrent à ce désastre. A la réception de cette nouvelle, il adresse à ses soldats, effrayés de se voir ainsi enfermés sur ime terre inhospitalière et si éloignée de la patrie, une magnifique amplification, dans laquelle il leur dit que leur destinée est belle. On n'en jugea pas tout à fait de même en France, lorsqu'on y apprit à la fois l'anéantissement de la flotte et la déclaration de guerre que faisait le sultan» justement irrité de ce qu'une nation amie envahissait une de ses provinces.

Vers le même temps, le cabinet anglais décidait Paul I" à s'unir à lui, quoique la Russie n'eût aucun grief contre la France. Tout annonçait que les puissances qui avaient demandé la paix, particulièrement Naples et l'Autriche, n'attendaient qu'une occasion poiu» reprendre une attitude hostile. Le roi de Naples prend l'initiative de la rupture des traités. Son armée, forte d'environ 50,000 hommes, vient attaquer les Français dans les Etats romains, d'où elle est repoussée, après plusieurs échecs, par le général Championnet, qui marche sur Naples. La cour, après avoir armé les lazzaroni, venait de se sauver en Sicile. Les Français entrent à Naples en vainqueurs (1799), et la république parthénopéenne y est proclamée. Le Directoire renforce les armées d'une levée de 200,000 hommes. L'empereur d'Autriche reprend l'offensive . Réunies à celles que lui fournit l'empereur de Russie et qui sont

ACCBOISSEBfEKT DES ARMÉES PERMANENTES 137

commandées par Souvarov, ses troupes montent à près de 300,000 hommes. L'archiduc Charles bat le général Jourdan à Stockach. En Italie, Schérer essuie une défaite à Magnano , et est obligé de battre en retraite. Macdonald est battu par Souvarov, qui le force également à se retirer : la bataille, engagée sur ces bords de la Trébie, déjà ensanglantés par Annibal, vingt siècles auparavant, avait duré trois jours, et une vingtaine de mille hommes des deux camps avaient péri. Un pareil nombre succomba à la bataille de Novi, où Souvarov battit également Joubert et Moreau, et leur fit un grand nombre de prisonniers.

Bonaparte veut ajouter à sa conquête de TÉgjrpte celle de la Sjrrie. Il livre Ja£Ea au pillage et en massacre la garnison (i). Il bat les Turcs au Mont-Thabor et brûle les villages environnants; mais il est forcé d'abandonner le siège meurtrier de Saint- Jean-d* Acre. Mécontent du peu de succès de son expédition et chassé

(1) n Au Directoire exécutif, 23 ventôse an VII (13 mars 1799}.

« A cinq heures nous étions mattres de la ville (Jaflfa)^ qui, pen- « dant vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les hoT" « reurs de la guerre, qui jamais ne vrCa paru aussi hideuse, 4,000 hom- <E mes de troupes de Djezzar ont été passés au fil de Vépée; il y avait

« 800 canonniers. Une partie des habitants a été massacrée J'ai

« été clément envers les Égyptiens autant que je Tai été pour le « peuple de Jaffa, mais sévère envers la garnison qui s'est laissé « prendre les armes à la main. » {Correspondance de Napoléon /«', tome V, Paris, 1860.)

« Au général Berthier, 19 ventôse an VII (9 mars 1799).

« Vous ordonnerez à l'adjudant-général de service de conduire « tous les canonniers et autres Turcs, pris les armes à la main à « Jaffa, au bord de la mer, et de les faire fusiller, en prenant ses « précautions de manière qu'il n'en échappe aucun, » (Ibidem.)

par la peste, il reprend le chemin de l'Egypte, rayagéant toutes les contrées qu'il traverse. 11 eut la pensée de se débarrasser de ses pestiférés de Jaffa, par une forte dose d'opium, ce qui donna lieu à une réponse souvent citée et qui partout ailleurs paraîtrait tellement simple de la part d'un médecin, que personne ne penserait à l'admirer. La proposition seule dit assez quel cas il faisait de la vie humaine (i). Rentré en Egypte, il

(1) Dans les deux premièreB éditions de cet ouvrage^ je disais <|iie cette proportion n'avait pas été suivie d'effet. J'étais dans l'errenr. Bonaparte ne renonça pas à son idée; cela résulte du témoignage suivant, que j'extrais de l'ouvrag» de Desgenettes, Bittoire médicale de farmée d'Orient, 2« édition, Paris, 1830, note h, page 345 : « Le général Bonaparte m'avait fait appeler le même jour (27 flo- « rèal an VII), de grand matin, dans sa tente, où II était seul « avec son chef d'état- major. Après un court préambule sur notre « situation sanitaire, il me dit : A votre place, je terminerais à la « fois les souffrances de nos pestiférés, et je ferais cesser les dangers « qui nous menacent, en leur donnant de l'opium. Je répondis sim- « plement : Mon devoir à moi c'est de conserver. Alors le général dé- « veloppa sa pensée avec le plus grand calme, en disant qu'il con- « seillait pour les autres ce qu'en pareil cas il demanderait pour « lui-même. Il me pria d'observer aussi qu'il était, avant qui que ce <( fût, chargé de la conservation de l'armée, et par conséquence d'em- « pécher nos malades délaissés de tomber vivants sous le cimeterre « des Turcs. Je ne cherche pas, continua-t-il, à vaincre vos repu - « gnances, mais je crois que je trouverai des personnes qui apprécie- « ront mieux mes intentions. Le général Berthier resta muet pendant « cet entretien j meus il me témoigna un instant après qu'il approu- « vait mon refus. Ce ne fut au reste qu'à notre retour à Jaffa et « nulle part ailleurs que je puisse attester, que l'on donna à des « pestiférés, au nombre de 25 à 30, une forte dose de laudanum. « Quelques-uns le rejetèrent par le vomissement, furent soulagés, « guérirent et racontèrent tout ce qui s'était passé. » On voit que, si Bonaparte n'insista pas pour vaincre la résistance du médecin en chef de l'armée, il trouva en effet des personnes appréciant mieux ses intentions. Les principes moraux de Desgenettes n'étaient pourtant pas d'une élévation exagérée, comme on peut en juger par ce

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distribue des ordre» de fusiller et d© trancher des têtes sans forme de procès. Il achète des eselaves (4). Il extermine à Aboukir une armée turquecomposéede 7,000 hommes. C'est après cet exploit qu'il s'embarque pour la France (2), laissant ses compagnons d'armes exposés aux plus grands dangers, Kléber, dans une proclamation, voulait qu'il fut jugé militairement. Après deux nouvelles années de souffrances et après avoir livré plusieurs combats dont le principal fat celui dBéliopoliS) oùKléber défit les Mamelouks, la moitié à peine de l'amiée d'Egypte put revoir le sol afttal. Tel fat le résultat deeette folle et coûteuse expédition. Ce n'est pas sérieusement que, pour la célébrer, on se rejette sur les avantages que la science. en retira; ils pouvaient

qu'il dit du sanssacre d6 JsSa. : « La garnison passée au fil de Tépée « présenta l'une de ces scènes d'horreur que justifient les lois néces- « saires et terribles de la guerre. » {Ibidem, page 46.) Les lois de la ^erre ne nécessitent et ne justifient nullement l'immolation des défenseurs d'une ville prise d'assaut. De pareilles exécutions sont des actes d'exécrable barbarie, et l'on ne saurait les flétrir trop énergiquement. Lorsque vos compatriotes défendent Si outrance une place assiégée^ vous les exaltez comme des Ixéros, et vous égorgez ceux de vos adversaires qui les. imitent! Quelle féroce inconséquence!

(1) « Au général Desaix.

« Quartier général au Gaire^ 4 messidor an Vil (22 juin 1799).

« Je désirerais, citoyen général, acheter 2 ou 3,000 nègres ayant « plus de 16 ans, pour pouvoir en mettre une centaine par baie taillon. » (Correspohdanee de Napoléon J^^, tome V, Paris, 1860.)

(2) « Au général Kléber.

« Quartier général, Alexandrie, 5 fructidor an VII (22 août, 1799).

« Il est ordonné au général Kléber de prendre le conunandement « en chef de l'armée d'Orient, le gouvernement m'ayant appelé auprès « de lui, » {Ibidem,}

être procurés plus complets et plus purs par les moyens qu'indique le progrès de la civilisation, et ne demandaient ni le sacrifice d'une flotte et d'une armée, ni le massacre des populations.

La fortune capricieuse des combats, qui avait, au commencement de la campagne, abandonné les armées françaises, leur était revenue. A Zurich, les Russes, commandés par Korsakov, eurent 18,000 morts ou blessés ou prisonniers. Masséna chassa Souvarov de la Suisse. De son côté, le général Brune, qu'un débarquement opéré par les Anglais réunis aux Russes avait d'abord repoussé jusqu'à Amsterdam, les avait obligés à évacuer la Hollande.

On venait de recevoir en France la nouvelle de ces succès, lorsque Bonaparte y arriva. Il sentait tout ce que son retour inattendu et si contraire aux règles de la discipline militaire devait inspirer de défiance au pouvoir exécutif ; il avait donc intérêt à le tromper encore sur ses projets. Aussi im de ses premiers soins fut-U d'aller renouveler auprès du Directoire le serment de ne jamais tirer son épée qaepour la défense de la République. A quelques jours de là, secondé par deux hommes de la plus haute capacité en matière d'intrigue et de rouerie diplomatique, Talleyrand et Sièyes, qui avaient le plus contribué au renversement de la monarchie, et qui maintenant travaillaient avec le plus d^ardeur à la reconstruire, il faisait son 18 brumaire (8 novembre), entrait avec ses grenadiers dans l'Assemblée des Cinq-Cents, violait la représentation et la souveraineté nationales, et mettait à néant cette

constitution à laquelle il avait prodigué ses respects et ses serments (1). La grande nation avait un maître ; de la République il ne lui restait plus que le mot, et puisqu'elle avait pu souffrir une telle violence, elle méritait cet excès de honte. Les royalistes, espérant que Bonaparte se bornerait à jouer le rôle d'un nouveau Monck et rétablirait ies Bourbons, applaudirent

(1) a Napoléon^ it is said, seized the reins, where, had he let them « slip, ihey would hâve fallen into other hands. He enslaved France « ai a moment when, had he spared her, she would hâve found « another tyrant. Admitting the truth of the plea, what is it but the « reasoning of the highwayman, who robs and murders the tra- « veller, because the booty was about'to be seized by another hand, « or because another dagger was ready to do the bloody deed? We « are aware that the indignation with wbich we regard this crime « of Napoléon will find a response in few breasts; for to multitude a « throne is a temptation which no yirtue can be expected to with- « stand. But moral truth is immovable amidst the sophistry, ridicule « and abject reasonings of men, and the time will come when it will « find a meet voice to give it utterance. Of ail crimes against society, « usurpation is the blackest. He vho lifts a parricidal hand against « bis country's rights and freedom; who plants his foot on the necks ff of thirty millions of his fellow-creatures; who concentrâtes in his « single hand the powers of a mighty empire; and who wields its « powers, squanders its treasures, and pours forth its blood like « water, to make other nations slaves and the world his prey, this « man, as he unités ail crimes in his sanguinary career^ so he should « be set apart by the human race for tbeir unmingled and unmea- « sured abhorrence, and should bear on his guilty head a mark as <f opprobrious as tbat which the first murderer wore. We cannot « think with patience of oue man fastening chains on a whole peo- « pie and subjecting millions to bis single will, of whole régions <i overshadowed by the tyranny of a frail being like ourselves. In « anguish of spirit we exclaim : How long will an abject world kiss « the foot which tramples it? How long shall crime find shelter in « its very aggravations and excess? » (William Ghanning, Remarks on the lifé and character of Napoléon Bonaparte, part. I, the Works, vol. 1, Boston, 1843.)

à son conp d'État, surtout quand ils le vireirt rappeler les émigrés et persécuter ce qui restait encore en France de républicains. Mais ils devinrent bientôt ses plus implacables ennemis, quand ik s'aperçurent qtt'il avait trompé leur calcul. Cela n'empêchera pas un bon nom*bre d'entre eux de briguer ses sourires et de se mettre à ses gages, en attendant Fépoque oii il sera précipité du faîte des grandeurs et où ils pourront l'insulter et même le calomnier. Il faut dire aussi que, dans ce naufrage presque universel des consciences, on remfiurquait d'anciens patriotes rené^ts et sans eœaat, et qui n'étaient pas les moins empressés à saluer la nouvelle idole. Dans un premier projet de constitution, rédigé par Sièyes, Bonaparte devait, sous le nom de Grand Électeur, représenter l'État et habiter le palais de Versailles avec 6 millions de revenu et ime garde de 3,000 hommes ; mais le gouvernement proprement dit était confié à deux Consuls cpi'il nommait, n refusa ce rôle ridicule, qui était bien loin en effet de suffire à son ambition, et qull appela d'un nom devenu célèbre. Dans la constitution du 22 fiimaire (13 décembre), il s'empare de tout le pouvoir exécutif sous le nom de Premier Consul, les deux autres Consuls ne devant avoir que voix consultative* Il institue, sous le nom de Sénat conservateur, un corps de serviteurs titrés et richement dotés, et qu'il charge de choisir les membres d'une assemblée appelée Corps législatif. J'allais oublier qu^il y avait aussi des Tribuns chargé» de faire semblant de discuter les projets de lois, et qui, s'avisant un jour de Vouloir prendre

leur r^« an sérieHX, se feront mutiler et tojÈàsimÊiw à p^er à kuid clos, en atteigKiant q^'oa tes eoagééio 4é« fiintivemeiït,

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