‹ De la guerre et des armées permanentesChapitre 7 sur 36 · XX · texte numérisé non relu

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Pranee^ Italie, liainf-I^omiiii^iie^ jLni^Ieférre^ ilattle, AO^mmgme, âm 19«0 à 16tt9.

Bonaparte n'a plus rien mainteiiaM qui paisse le gêner dans ses aljures, el; nous le verrons, dans Tes*pace de quatorze ans, s'élever a» plus hw^ àegré de fortune aruquel H soit donaé à un zeiorlel d' arriva*, puis descenc^e au plus bas degré, entraînant a;^^c lui dans un abyme de calamités k Fraace et k plus grande paj*tie de TEurope. Avant d^entrer en campagne il: fit aux gouvernements anglais e?t autrichien des ouvertures de paix, (pi'ii savait dovoir être repoussées^; elles le ftirent par le ministère d'Angleterre en teraies imprudents et <juî soulevèrent de violents orages dans le Parlement, la dépense militaire de l'année s'élevant alors à plus dfe 47 millions de livres sterling. L'Italie était presque entièrement au pouvoir des Autrichiens. Masséna, trompé par Bonaparte, qu'il faisait en vain prier de venir à son secours, enfermé dans Gènes par le général Ott et bombardé par la flotte anglaise^ éprouvait toutes les horreurs de la ftonine, et était enfin forcé de se rendre après avoir perdu la moitié de ses troupea (180Q). BojaapstrtQ^ qui venait de francbir le Saint-Bernard, perd d'abord, puis^ grâce àDesaix, re-

gagne sur le vieux maréchal Mêlas la bataille de Marengo, où les Autrichiens eurent 8,000 morts ou blessés, et les Français 6,000 : on voit que la perte des vainqueurs égalait presque celle des vaincus. Moreau, qui commandait Tannée du Rhin, défait le général Eray à Hochstett et Tarchiduc Jean à Hohenlinden : dans ces deux batailles, les Autrichiens avaient eu 10,000 morts ou blessés et 17,000 prisonniers. Les Anglais s^emparent de Tile de Malte. L'empereur d'Autriche signe la paix de Lunéville (1801). Par un des articles du traité^ Bonaparte, qui s'était précédemment emparé de la Toscane contre toute espèce de droit, la fit ériger en royaume en faveur du duc de Parme, gendre du roi d'Espagne. L'exemple de l'empereur d'Autriche est suivi bientôt par l'empereur de Russie, les rois de Naples et de Portugal et le sultan. La paix est également signée avec l'Angleterre par le traité d'Amiens (1802). Cet événement excita des deux côtés du détroit des transports de joie universelle, mais qui devaient avoir bien peu de durée.

Bonaparte rétablit dans les colonies l'esclavage et la traite des noirs. Il envoie à Saint-Domingue S2,000 honunes pour réduire cette île, qui avait secoué .le joug de la métropole. Saint-Domingue se soumit d^abord (1). Mais, Tannée suivante, la fièvre jaune enleva la moitié de l'armée, et le reste fut presque anéanti par les noirs, qu'exaspéraient les mauvais traitements dont

(1) Voir, dans V Histoire de Napoléon M, par M. Lanfrey, tome II, ch. 8, de quelle odieuse perfidie usa Bonaparte envers le malheureux noir, Toussaint Louverture, mort enfermé au fort de Joux.

ils étaient l'objet. Entre autres atrocités commises dans cette guerre, je me contente de citer le fait suivant : un millier de noirs, retenus prisonniers à bord de plusieurs vaisseaux, furent jetés à la mer, à la nouvelle de l'attaque du Cap. Le prisonnier de Sainte- Hélène se reprochera plus tard l'expédition de Saint- Domingue ; mais il se la reprochera à cause de ses fâcheux résultats» comme une faute seulement et non comme une action mauvaise en principe. Selon son habitude de s'attribuer la meilleure part de ses succès et de rejeter sur d'autres la responsabilité de ses échecs, il prétendra n'avoir fait que céder à l'opinion de son conseil d'État et de ses ministres, comme si les conseillers dont s'entoure un despote lui conseillaient jamais autre chose que ce qu'ils savent d'avance être conforme à ses désirs et à ses projets.

Bonaparte se fait nommer consul pour dix ans, puis consul à vie. n réunit à la France l'Ile d'Elbe, le Piémont et le duché de Parme. Il se fait nommer président de la république italienne. Il entretient des troupes en Hollande, et envoie en Suisse 30,000 hommes pour appuyer l'établissement d'une nouvelle constitution des cantons. Dans un exposé fait à l'ouverture du Corps législatif, il parle de l'Angleterre en termes blessants, et annonce l'intention de porter l'armée à 800,000 hommes. Ces réunions d'États, cette intervention souveraine dans les affaires de pays indépendants, ces préparatifs de guerre en pleine paix et ce langage hautain déplurent à l'Angleterre, qui cherchait du reste un prétexte pour garder Malte, que

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le traité cl' Amiens l'obligeait à évacuer. Elle rappela son ambassadeur (1803), et se prépara à la guerre en mettant sur pied 180,000 hommes de terre et en équipant 78 vaisseaux de ligne et plus de 100 frégates, bricks, etc., le tout monté par 120,000 matelots. La France avait à peine 50 vaisseaux et 60,000 matelots à opposer à cette formidable marine. Deux frégates anglaises ayant capturé des vaisseaux marchands dans la rade d'Àudieme, Bonaparte répond à cet acte d'odieuse hostilité par un acte encore plus odieux, en déclarant prisonniers de guerre tous les Anglais, âgés de plus de 18 ans et de moins de 60, qui se trouvaient alors en France. Voilà donc la lutte, que tous s'applau^ssaient inaguère de voir terminée, qui se ranime lout à coup pour devenir plus acharnée que jamais. Sur qui pèse la responsabilité de cette déplorable rupture? On a beaucoup agité cette question. Presque tous ceux qui Vont discutée, l'ont considérée à travers le prisme de leurs opinions politiques ou de leurs intérêts, et ont donné des réponses passionnées ou exclusives, a Cesl l'Angleterre qui est coupable, ont dit « ceux-ci. — C'est la France, ont dit ceux-là. » Il appartient aujourd'hui aux amis de la paix, juges fort désintéressés dans la question, parce qu'ils voient les choses de plus haut que du point de vue des amoursproprès nationaux, de dire que les torts existaient des deux côtés. Il résulte évidemment, du simple exposé que j*ai tracé tout à ITieure, que la conduite de Bonaparte était faite pour inspirer au gouvernement anglais les plus sérieuses inquiétudes , et pour lui donner la

conviction qu'il n'y aurait aucune paix durable arec un homme d'une humeur aussi impérieuse. Mais il est également incontestable que le refus d^évacuer Malte et r attaque de la rade d'Audieme mettaient du côté du gouvernement anglais les premiers torts formels, sinon les plus nombreux et les plus graves dans le fond. On a dit que, lors même que ces derniers prétextes n'eussent pas existé, Bonaparte en eût bientôt trouvé d'autres. Cela est certain aux yeux de quiconque a étudié le caractère de celui-ci, tel qu'il résulte de l'ensemble des événements déjà consommés et surtout des événements subséquents. Mais cela n^excuse nul-* lement le roi Georges, qui devait attendre et qui n'eût pas attendu longtemps des actes directs d'agression : tel est manifestement le devoir d'un souverain qui tient à avoir pour lui le plein droit de la défense. Cette fois c'est une guerre à outrance que Bonaparte veut faire à l'Angleterre. Il cherche par tous les moyens à faire partager sa haine à cette portion la moins pensante de la nation, qui est toujours en immense majorité. De son côté, le ministère anglais ne demeure pas en reste dans ce rôle détestable, où il est secondé par des émigrés français, qui bâtissent de beaux projets sur les humiliations et les désastres futurs de leur patrie. Bonaparte ne pouvait espérer lutter sur mer avec avantage contre l'Angleterre. Il n'avait donc que deux moyens de lui faire la guerre, ou tenter d'y faire une descente avec des forces considérables, ou lui interdii*e l'entrée des divers ports du continent. Ces deux partis, le dernier surtout, présentaient de grandes

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difficultés, n a recours d'abord au premier. Il emploie 40 millions de francs de dons volontaires des villes, et 80 millions de francs qui! obtient des États-Unis en leur vendant la Louisiane, à construire une flottille composée de 2,000 bateaux plats ou chaloupes canonnières, et destinée à porter 150,000 soldats, 1S,000 matelots, 10,000 chevaux et 400 canons. En attendant^ il s'empare de Télectorat de Hanovre, appartenant au roi Georges. Mais voici une violation du droit des gens, suivie d'un acte de criminelle colère, que la plupart de ses admirateurs mêmes renoncent à justifier : il envoie sur le territoire neutre du duc de Bade un détachement de dragons, avec ordre d'enlever le duc d'Enghien, petit-fils du prince de Gondé, le fait transférer à Vincennes, juger sans défenseur par une commission militaire, condamner sans preuve comme ayant trempé dans la conspiration royaliste de Georges Cadoudal^ et fusiller nuitamment dans les fossés du château (1804).

Peu de jours après cet acte, qui doit être appelé ici de son véritable nom de ténébreux assassinat, le Sénat vient le supplier de se faire empereur : <c Vous « fondez une ère nouvelle, lui dit le président, mais c( vous devez l'éterniser : l'éclat n'est rien sans la durée. <( Notes ne saurions douter que cette grande idée ne vous « ait occupé, car votre génie créateur embrasse tout et « n'oublie rien. Mais ne différez point; vous êtes pressé (i par le temps, par les événements, par les conspira- « teurs, par les ambitieux. » Cette grande idée avait en effet occupé Bonaparte. Le Tribunat et le Corps légis-

lâiif lui exprimèrent le même désir, à Tunanimité moins une voix, celle du tribun Camot, qui eut le courage de protester comme il l'avait déjà fait avec Duchesne, lors de Tinstitution du consulat à vie. Il lui fallut donc céder à Tamour du peuple français. U fat proclamé empereur héréditaire sous le nom de Napoléon, et le pape Pie YII fit tout exprès le voyage de Paris pour venir sacrer celui que son légat, le cardinal Caprara, avait appelé un nouveau Constantin (1). Quand on voit ce concours de bassesse, ce libertinage de servilité^ dont les premiers corps de TÉtat donnaient l'exemple , l'esprit se reporte involontairement vers ces temps d'abaissement extrême qui suivirent, à

(1) « Gatholic6B religionis^ Constantino illi magno nmllimus^ prœ« « sidlum efFectuB. » (Bulletin des lois, n» 218.)

La prospérité avait porté son ambition à un tel degré d'exaltation qu'il se fût volontiers fait adorer et qu'il regrettait d'en être empêché par le progrès des lumières. Voici à ce sujet im témoignage dont la parfaite véracité peut bien être suspectée quant aux détails des expressions ; mais ne saurait guère l'être quant au fond. On lit dans les Mémoires du maréchal Marmont l'anecdote suivante. Le lendemain de son couronnement^ Bonaparte aurait dit à son ministre de la marine : « Je suis venu trop tard; les hommes sont trop <c éclairés : il n'y a plus rien à faire de grand. — Comment^ Sire ! « votre destinée me semble avoir assez d'éclat. Quoi de plus grand <c que d'occuper le premier trône du monde, quand on est parti du « rang de simple officier d'artillerie? — Oui, répondit-il, ma carrière « est belle, j'en conviens; j'ai fait un beau chemin. Mais quelle diftt férence avec l'antiquité ! Voyez Alexandre : après avoir conquis « l'Asie et s'être annoncé au peuple comme fils de Jupiter, à l'ex- « ception d'Olympias, qui savait à quoi s'en tenir, à l'exception d'Ace ristote et de quelques pédants d'Athènes, tout l'Orient le crut. Eh « bien ! moi, si je me déclarais aujourd'hui fils du Père étemel, «t « que j'annonçasse que je vais lui rendre grâce à ce titre, il n'y a « pas de poissarde qui ne me sifflât sur mon passage. Les peuplée sont n trop éclairés aujourd'hui, il n^y a plus rien de grand à faire» »

tâQ PREMIÈRE PARTIE

Rome, la ruine de la liberté, et que Tacite a si énergiquemeut flétris (1).

Jj'eulèvement et le meurtre du duc d'Ëughiea avaient soulevé en Europe une indignation générale. Alexandre, empereur de Russie, s'étant plaint de la violation du territoire germanique du due de Bade, son parent, on lui répondit qu'on s'en expUque?ait avec eeus que cela regardait ; on ajoutait que, si la Russie eût su à une marche de sa frontière les assassins de Paul J", elle n'eût pas manqué d'aller les y prendre. Cette dernière réponse n'était pas plus admissible eomme comparaison que comme raisoimeinent. Le duc d'Snghien n'était pas un assassin, et quand la Russie eût fait arrêter sur un territoire neutre, ne fût-ce qu'à vko» marche de sa frontière, les assassins de Paul ?% ce n'en eût pas moins été, aussi bien que Farrestation du duc d'Enghien, un attentat au droit des nations* Maïs le trait était poignant, et Alexandre le sentit vivement; car, quoiqu'il ne fût pour rien dans le Hieurtre de son père, il en avait profité, et on lui re*

(1) « Ruere inservitium consules, patres^ équités ; quanta quis 11- « lustrior, taoto magis falai ac festinantes... Patres guibus unusmetus « *t intelligere viderentur, in questus, lacrymas, vota effundi.... Me- « moriae proditur Tiberium, quoties curiâ egrederetur, graecis verbis « in buuc modum eloqui solitum : homines ad servitutem paratos ! « Scilicet etiam illum qui libertatem publicam noUet tàm projeetœ <( servientium patientiœ taedebat... Quaeque alia summâ facundiâ « nec minore adulatione servilia fîngebant, securi de facilitate crea deniis».. Nec metu aut amore sed ex libidine servitii^ ut in familiis « priv^ta cuique stimulatio; et vile jàm decus publicum... In senatu « cuncta longis aliorum principatibus composita statixn deeernun- « tur. » {Ànnaiium lib. I, art, 7 et H ; lib. lU, art. 65; lib. XVI^ art. 2. Historiarum lib, l, art. 90; lib. 11^ art. 55.)

ACCROISSEMENT DES ARMÉES PERMANEN1E8 JÇI

pyochait de n^avoir point puni les assassins. Des note? irritantes furent échangées et les ambassadeurs rappelés. En attendant les hostilités prochçûnes et Texpçdition, plusieurs fois différée, de la descente en Angleterre, Napoléon se fait proclamer roi d'Jtalie^ et reçoit à Milan la couronne de fer des Lombards (1805). D donne la vice-royauté à son heau-j&ls, Eugène de Beauharnais, et confère le duché de Lucques et ^e Piombino à sa sœur, Élisa Bacciocbi. Il réunit 1^ ré^ publique Ligurienne à la France. On ne saurait nier que ces envahissements, qui firent naître une ^ouve^e coalition entre la Russie, l'Autriche et l'Angleterrp, ne contrevinssent pour la plupart au traité de JLiunéville, qui avait expressément déclaré, par exemple, l'indépendance des républiques italienne et liguriennp. J'accorde que, n'intéressant pas directement les deux nouvelles puissances qui vinrent alors se joindre ^ l'Angleterre, ils ne les autorisaient point à prendre les armes. Elles eussent mieux fait sans doute d'attendre, ce qui n'eût pas tardé, qu'elles fussent ellesmêmes attaquées sur leur propre terrain. Mais, si l'on considère ce qu'avait de menaçant pour toute l'Europe l'attitude que prenait le nouvel empereur, QU trouvera là, sinon une justification, au moins une excuse k ces frayeurs qui la fixent courir au-devant des calejiiités qu'elle redoutait.

La coalition était en mesure d'opposer à la France 400,000 hommes. A la nouvelle du passage de l'Inn par 90^000 Autrichiens, sous la conduite de l'ajrchiduc Ferdinand , Napoléon entre en Bavière avec

60,000 hommes. Dans ses proclamations aux soldats, il ne pouvait plus se servir, pour exciter leur ardeur, des mots de liberté et de république; il y substitua les mots d'honneur^ de gloire et de patrie^ dont personne n'usa et n'abusa plus que lui. Les malheureux feront désormais consister leur honneur et leur gloire à édifier sa fortune^ et la patrie ne leur apparaîtra plus que dans la personne du maître.

Pendant que Masséna bat l'archiduc Charles à Caldiero^ Napoléon force le général Mack à capituler et à livrer Ulm. Il s'empare de Vienne, va au-devant des Austro-Russes, commandés par les empereurs Alexandre et François, et les met en pleine déroute à Austerlitz, où 20,000 cadavres jonchent le sol et la surface des lacs sur un espace de trois lieues. Il avait défendu à ses soldats de s'arrêter, pendant la chaleur de l'action, à relever les blessés : qu'on juge des effets épouvantables d'une telle défense au milieu d'une telje mêlée ! Dans cette campagne de quelques jours, il avaitfait 30,000 prisonniers. Le traité de paix signé, à Presbourg, avec l'Autriche, réunit les Etats de Venise au royaume d'Italie, crée le grand-duché de Berg en faveur de Murât, beau-frère de Napoléon, et confère le titre de roi aux électeurs de Wurtemberg et de Bavière, alliés de la France. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, excité par Alexandre et d'ailleurs indisposé contre Napoléon, à qui il reprochait d'avoir violé son territoire dans la principauté d'Anspach, avait été sur le point de se joindre à la coalition ; mais, après la bataille d'Austerlitz, il signe, à Schœn-

brunn, un traité d'alliance par lequel il cède ses provinces de Franconie, du Rhin et de Suisse, et reçoit eu échange le Hanovre.

Dans le même temps où Napoléon obtenait ces succès sur le continent, la fortune lui réservait sur mer un cruel échec. Les flottes réunies de France et d'Espagne, composées de 40 vaisseaux, frégates et bricks, et commandées par Villeneuve et Gravina, sont presque anéanties, à Trafalgar, par Nelson qui trouva la mort dans cette bataille meurtrière. Gravina reçut une blessure dont il mourut peu de temps après, et Villeneuve fut fait prisonnier; 18 vaisseaux furent pris par les Anglais ; r Achille sauta, et sur 640 hommes de réquipage du Redoutable^ S22 furent tués ou blessés. Les escadres réunies eurent plus de 6,000 tués ou blessés ou prisonniers, et les Anglais environ 2,000. Les jours suivants, la tempête fit périr une grande partie de ce qui restait des flottes française et espagnole. Napoléon, qui comptait sur leur arrivée pour escorter ses bateaux de débarquement en Angleterre, fut extrêmement irrité en apprenant ce désastre. Il marchait alors sur Vienne. Cette nouvelle empoisonna la joie de ses nouveaux triomphes. Le géant de théâtre imprimait à plusieurs de ses actes un cachet de petitesse, quelquefois même de fausseté de jugement, qui contrastait singulièrement avec cette justesse de vues que d'autres révélaient : il fit défendre aux journaux français de parler de Trafalgar, comme si de pareils événements pouvaient se cacher et que la défense d'en parler ne fût pas un moyen infaillible d'en faire un

sujet d'entretien universel. Tout au plus permettait41 de dire que la flotte avait éprouvé, près du détroit de Gibraltar, quelques avaries, causées par le mauvais temps. Il y gagna, comme cela arrive toujours sous un régime d'asservissement de la presse, qu*ou exagéra ses pertes navales, quoique cela fàt difficile.

A la nouvelle de la défaite de Trafalgar, le roi des Deux-Siciles avait perfidement rompu la neutralité et attaqué les Français. Napoléon donne à son frère Joseph et à Masséna Tordre d'aller, avec 40^000 hommes^ chasser les Bourbons du royaume de Naples. Les Français entrent en vainqueurs dans la capitale, et Ferdinand se réfugie en Sicile (1806). Napoléon donne à Joseph la couronne de Naples, et à son autre frère Louis celle de Hollande. Il distribue à ses généraux des principautés et des duchés. Ces rois, princes et ducs sont ses grands vassaux, et forment en Europe une nouvelle féodalité militaire. Il se charge au besoin de faire luimême la police dans les États conquis, et quelle police ! Par exemple^ en Bavière, il fait saisir, juger par une commission militaire et fusiller un bourgeois de Nuremberg, le libraire Palm, pour avoir refusé de nommer Tautem* d'une brochure qu'il venait de publier contre la domination française. Il se fait Médiateur de la Suisse et Protecteur de la confédération du Rhin. Il vise à la reconstruction de l'empire de Gharlemagne ou plutôt à la monarchie universelle. Des négociations sont ouvertes pour traiter avec la Russie et l'Angleterre. Fox venait de succéder à Pitt, et, sous sa direction, les négociations pouvaient arriver à bonne

ACCROISSEMENT DES ARIIÉES PERMAIVENTES , i^S

fin ; mais, il meurt, et le parti opposé à la paix; repreod le dessus. L'office que Napoléon avait faite ^ TAngle-» terre de lui rendre le Hanovre^ dduié à la Prusse par le traité de Schœnbrunn, devient un siyet de mésintelligence avec cette dernière puissance, Frédéric-Guillaume, poussé par Tirritation nationale, se résout imprudemment à faire la guerre et envahit la Saxe« Les armées de Napoléon s'élevaient alors à environ SGO^O^Ot^ hommes ; mais une grande partie était dissénûnée sur divers points de TËurope. Il s'avance avec 1 9Q,Q00 hom** mes contre les Prussiens^ dont Tannée s'élève à peu près au même nombre. A la bataille dléna^ ce& der^ niers ont 12yOO(^ morts ou blessés, et 13,0041 prisonniers, et à. eelle d'Auerstaedt^ qui se donne le même jour, 9,000 morts ou blessés, et 3,000 prisonniers (1). Ils fuient dans le plus grand désordre. Napoléon entre à Berlin. Il va au-devant des Russes, qui arrivaient au secours des Prussiens, et les écrase à Eylau et à Friedland(1807) (2).La batailled'Ëylausurtout,quelesRusses

(1) Après avoir décrit la bataille d*Iéna^ Tincendie de cette ville et les massacres qu'exécute dans les rues de Weimar la cavalerie de Murat^ sabrant sans pitié tout ce qui n'était pas assez prompt à Jeter ses armes, M. Thiers s'écrie : « Scènes terribles, dont l'aspect serait into- « lérable, si le génies si l'héroïsme déployés n*en rachetaient thorreur, « et si la gloire, cette lumière qui embellit tout, ne venait les enve^ « lopper de ses rayons éblouissants» » {Histoire du Consulat et de l'Empire, liv. 25, t. VII, Paris, 1847.) C'est avec de pareilles phrases que des historiens, aussi faciles à se laisser éblouir que l'est M. Thiers, brouillent dans l'esprit du vulgaire toutes les notions du bien et du mal.

(2) D^As la {proclamation qui suivit la bataille de Friedland, Napoléon disait à ses soldat» : « Dans dix jours de campagne enfin, nous « avons pris 120 pièces de canon, 7 drapeaux, tué, blesaé ou £ait

prétendirent avoir également gagnée et pour laquelle ils chantèrent un Te Deum^ présenta l'épouvantable spectacle de 40,000 morts ou blessés, les trois quarts Russes (i). Napoléon disait dans son bulletin : a Ce (( spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour « de la paix et Y horreur de la guerre. » Quelques jours après, écrivant à son frère Joseph, qu'il félicite d'être dans ce beau pays de Naples, où Von a du vin, du pain, des draps de lit, de la société et même des femmes, il lui dit : < Nous faisons la guerre dans toute son énergie et a son horreur. Au milieu de ces grandes fatigues, tout a le monde a été plus ou moins malade ; pour moi, je a ne me suis jamais trouvé plus fort, et j'ai engraissé. yt Le bulletin officiel pouvait faire supposer que la vue

« prisonniers 60,000 Russes ! Français^ votif avez été dignes de

a vous et de moi. Vous rentrerez en France couverts de lauriers, et « après avoir obtenu une paix glorieuse qui portera avec elle la gain rantie de sa durée. »

(1) « Nous allâmes voir le champ de bataille. Il était horrible et « littéralement couvert de morts. Le célèbre tableau de Gros n'en « peut donner qu'une bien faible idée. Il peint du moins avec une « effrayante vérité l'effet de ces torrents de sang répandus sur la neige. « Le maréchal que nous accompagnions^ parcourut le terrain en si- « lence ; sa figure trahissait son émotion, et il finit par dire en se « détournant de cet affreux spectacle : Quel massacre, et sans résul- « tatl Nous rentrâmes à Eylau^ dont le lugubre aspect ne pouvait « pas adoucir l'impression que nous avait causée le champ de bac< taille. Les maisons étaient remplies de blessés auxquels on ne « pouvait donner aucun secours, les rues pleines de morts^ les habi- « tants en fuite, nous-mêmes n'ayant littéralement rien à manger. « Il faisait un temps épouvantable, et ceux qui ont fait la guerre « savent combien cette circonstance augmente la fatigue et rend « plus sensibles les privations. » (Le duc de Fezensac, général de division, Souvenir^t militaires de 1804 à 1814^ liv. I^r^ chap. 5^ Paris, 1866.)

des scènes de carnage dont il était tous les jours témoin, et qui lui inspiraient Y horreur de la guerre^ lui ôtait Tappétit et le faisait maigrir. La lettre intime nous apprend qu'il n'en était rien. Les loups et les corbeaux qui suivent vos pas, magnifique Empereur, et à qui vous donnez de si splendides festins^ engraissent aussi. Continuez de vous attabler avec eux, puisque votre santé se trouve si bien de ce régime ; hâtez-vous d'en jouir pendant que la fortune vous prodigue encore ses caresses enivrantes. Vous voilà bientôt au plus haut point de vos grandeurs, et le vertige n'a pas attendu ce moment pour vous prendre. L'ascension a été rapide : la descente le sera bien davantage.

L'effectif de l'armée française s'élevait alors à 800,000 hommes. Napoléon accorde la paix de Tilsitt à la Russie et à la Prusse, et les oblige à entrer dans ce système de blocus continental^ qui sera désormais sa marotte et quelquefois aussi son cauchemar. Il dépouille l'électeur de Hesse, le duc de Brunswick et le prince d'Orange, pour créer un royaume de Westphalie à son frère Jérôme. Les Polonais, à qui il avait promis de rétablir leur nationalité, et qui l'avaient aidé à conquérir le grand-duché de Varsovie, comptaient sur sa promesse : il les donne au roi de Saxe.

Le roi d'Angleterre et ses nouveaux ministres, Can* ning et Castlereagh, qui se plaignaient avec raison des violences et des usurpations de Napoléon, commirent alors eux-mêmes un acte de violation du droit des gens qui ne saurait être condamné trop hautement, et qui, je dois le dire à l'honneur de la nation, fut énergique-

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ment blémé dans le Parlement par plusieurs orateurs. Le Danemark s'était renfermé dans une stricte neutralité. Une flotte anglaise de 27 vaisseaux de ligne et d'un grand nombre de frégates et de bâtiments de transport, et portant 20,000 hommes, vient sommer le gouvernement danois de se déclarer contre la France et de livrer sa flotte. Sur un refus auquel on devait s'attendre, la ville de Copenhague est bombardée et en partie incendiée : un grand nombre d'habitants péri* rent dans ce siège. Les Anglais s'emparèrent de tous les bâtiments de la marine danoise. On a là un exem-^ pie effrayant de cette perversion des idées morales à laquelle le régime de la guerre amène insensiblement les nations et leurs gouvernements. Les mots de droit et de loyauté sont encore invoqués contre les adver* saires et dans la rédactidn officielle des actes par lesquels on cherche à les lier, mais on se réserve, dans la pratique, de n'en tenir aucun compte pour soi-même, aussitôt que les intérêts ne paraissent plus d'accord avec les obligations contractées.

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