‹ De la guerre et des armées permanentesChapitre 8 sur 36 · XXI · texte numérisé non relu

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Awtricbe, île 1808 à 1811.

De son côté. Napoléon signifie au Portugal son intention de lui déclarer la guerre, s'il ne chasse les Anglais de ses ports et ne se saisit de leur comnœroe. La

ACCROISSEMENT Dfô IlIlMéfiS PERMANENTES 4St

réponse ne lui ayant point para asset hamble, il dépossède la maison de Bragance, de eoncert avec le gonvernement espagnol, qui ne tardera pas à expier eette lâcheté. L'armée^ commandée par Junot, entre dans Lisbonne, et le régent se réfugie au Brésil.

Lors de son couronnement, Napoléon avait promis au pape Pie VII de lui rendre les Légations. Non-seulement il n'exécuta pas cette promesse, mais il eiiva,hit les duchés de Bénévent et de Ponte^orvo, sous pré* texte que les Anglais y travaillaient les esprits contre lui. Le pape le menaça d'excommunication. Napoléon répondit en envahissant Rome et son territoire, qu'il réunit à Fempire (1808). Pie VII, qui était ainsi dignement récompensé des complaisances qu'il avait eues pour le nouveau Constantin, fut enlevé de soft palais, et conduit au fort de Savone, et de là à Fontaineyeau.

La cour d'Espagne était tombée à cette époque dans un état d'avilissement qui servait à merveille les vues ambitieuses de Napoléon. A la suite des plus scandaleuxdéméiésavec son fils, Charles IV abdique, et Ferdinand VH est proclamé. Napoléon, qui déjà, lors de la guerre du Portugal, avait, sous prétexte de garantir l'Espagne des tentatives de l'Angleterre, occupé les citadelles de Barcelone, Pampelune, Saint-Sébastien et autres points, donne à Murât l'ofdre de s'emparer de Madrid. U ofte au vieux roi et à son fils d'^re TaTbitre de leurs différends, et les appuie à cet effet à Bayonne où ils se rendent, comptant sur sa bonne loi. Lorsqu'il les a en son pouvoir, il les faitprisonniers, et envoie Charles à Gompiègne et Ferdinand à Valmçay .

Il donne la couronne d'Espagne à son frère Joseph, roi de Naples, et la couronne de Naples à son beaufrère Murât (1). L'Espagne poussa un cri d'indignation qui retentit dans toute l'Europe. Napoléon s'avance avec une armée de près de 100,000 hommes, et entre victorieux à Madrid. Il essaie en vain d'attirer à lui le parti libéral en lui parlant des libertés qu'il lui réserve, et le parti du clergé, soit séculier soit régulier, en feignant de respecter ses superstitions. Toutes les classes de cette nation énergique et fière, justement irritée d'avoir été jouée avec tant de mépris, se réunissent contre lui, et lui vouent ainsi qu'à ses malheureux sol-

(1) Un de no8 plus brillants écrivains^ Chateaubriand^ appelait cela une seène de l'Italie du moyen âge, inspirée par Machiavel. Il ajoutait : « La pièce eût été prodigieuse si elle en eût valu la peine. Mais « de quoi et de qui s'agissait-il? D'un royaume à moitié envahi^ de « Charles et de Ferdinand. Que Charles reprit la couronne à son « fils, afin de l'abdiquer de nouveau en faveur du souverain qu'il « plairait au conquérant de nommer» c'est du drame pour le plaisir « de jouer le drame. Il n'est pas besoin de monter sur des tréteaux « et de se déguiser en histrion lorsqu'on est tout-puissant et qu'on « n'a pas de parterre à tromper. Rien ne sied moins à la force que « l'intrigue. Napoléon n'était point en péril; il pouvait être firanche- « ment injuste, et il ne lui en aurait pas plus coûté de prendre l'Es- « pagne que de la voler... Entre Joseph^ son frère^ et Joachim^ son « beau-frère, il lui plut d'epérer une légère transmutation : il prit la « couronne de Naples sur la tète du premier et la posa sur la tête « du second; celui-ci céda à celui-là la couronne d'Espagne. Bona- « parte enfonça d'un coup de main ces coiffures sur le front des deux « nouveaux rois, et ils s'en allèrent, chacun de son côté, comme « deux conscrits qui ont changé de schako par ordre du caporal « d'équipement. » {Congrès de Vérone ^ Paris, 1838.) Tout cela est dit avec autant de vérité que d'esprit. Mais il est à regretter que Chateaubriand, qui jugeait si bien la guerre de 1808, ait jugé si mal celle de 1823, qu'il conseilla, et qui, ayant pour but de dépouiller la nation espagnole de ses droits essentiels au profit d'un despote inepte, n'était pas moins criminelle.

dats une haine inextinguible et qui recourra à des moyens de vengeance souvent atroces. Des juntes insurrectionnelles s'organisent de toutes parts. Ce qui restait à Cadix de la flotte française est obligé de se rendre. Les Français, qui voient massacrer impitoyablement ceux des leurs que l'on a pu surprendre sur les routes, exercent de cruelles représailles. Le général Dupont saccage Cordoue. Le général Caulincourt livre Guença au pillage. Les Espagnols sont défaits par Bessières à Rio-Seco, où ils ont 10,000 morts et 6,000 prisonniers. Dupont, défait à Baylen, signe une capitulation humiliante^ et Moncey est battu au siège de Valence. Joseph s'enfuit de Madrid. L'insurrection se communique au Portugal, où elle est secondée par un débarquement de 10,000 Anglais. Battuà Vimeiro par Wellesley, Junot évacue le Portugal. Dans l'espace de quelques mois, les Français venaient de perdre dans la Péninsule plus de 20,000 hommes. Loin de profiter de cette leçon, Napoléon fait de nouvelles levées de soldats. L'ensemble de ses armées, réparties sur divers points de l'Europe, s'élève à 900,000 hommes. Depuis plusieurs années, il anticipait, à chacune de ses coupes réglées d'hommes, sur la conscription de l'année suivante. C'est ainsi qu'il venait de prendre en 1808 la conscription de 1809 (1). Il rentre en Espagne. Au siège

(1) n avait fait publier, en 1805, un recensement de la population, donnant un chifEre de 29,107,425 âmes, qui» rectifié sur les relevés des états civils, ne donne qu'un chiffre de 27,922,289 âmes, et qui présente par conséquent un écart, dans le sens de l'exagération, de 1,185,136 âmes. Il publie, en 1810, un second recensement, donnant un chiffre de 29,092,734 âmes, qui, rectifié sur les relevés des états

de Burgos, les Espagnols ont 2,000 morts ou blessés et un millier de prisonniers. Us sont battus de nou^ veau à Espinosa, à Tudela et à Somo-Sierra. Les troupes auxiliaires anglaises se rembarquent. Madrid, menacé par Napoléon d'être passé par les armes, se rend, et Joseph y fait sa rentrée. Saragosse soutient un siège dans chaque rue et dans chaque maison, et devient ainsi le théâtre d'horribles massacres (1809). La plupart des habitants de cette grande cité périrent par le fer ou rincefti^ie. La prise de cette place coûta 3,000 soldats au vainqueur. Malgré ses succès apparents en Espagne, cette funeste conquête est un trait empoi*sonné que Napoléon portera désormais dans ses flancs. Bientôt on ne trouvera plus, en Europe, où reposer ses regards sans r^icontrer du sang. Au midi, au nord^ partout des sacrifices humains offerts au génie de la destruction. C'est le seul Dieu que semblent adorer les nouvelles générations, et Napoléon en est le grandprêtre.

L'attentat qui avait été la cause première de la guerre d'Espagne avait effrayé de nouveau la cour d'Aukiche, qui depuis faisait des armements. Napo*

cmis^ né émme qu'on chi^e de 28^842^539 âmes^ et qui présenté par coQBéquent un écart de 250^195 âmes. Ce dernier écart est beaucoup moins considérable que le précédent : c'est que déjà l'attention publique était éveillée sur la fraude, qui dès lors crut devoir se modérer. En cifant ces faits, un économiste les accompagne de cette réflexion : « Si un conquérant veut intimider ses ennemis du dehors et en même « temps faire illusion à ses propres sujets sur les pertes de sang « qu'il leur cause, il trouvera des recenseurs complaisants qui enfle- « ront les états de population. » (Guillard, Éléments de statistique humaine, chap. 3, Paris, 1855.)

ACCROISSEMENt DfiS ÂtlMlÊËS t>ERMANENTES 463

léon la somme de désârmei* ou de se résoudre à la guerre. Elle prend ce dernier parti. Jérôme, roi de Westphalie, est chassé de ses États. Napoléon accourt en Allemagne et bat les Autrichiens à Abensberg, à Eckmûhl et à Ratisbonne. Dans ces trois journées, ils eurent environ 10,000 morts ou blessés et autant de prisonniers. Ebersberg est réduit en cendres, et ses ruines recouvrent 8,000 cadavres. Napoléon entre de nouveau dans Vienne. A la bataille d'Essling, l*une des plus meurtrières de ces temps de carnage, les Autrichiens eurent 23,000 morts ou blessés, et les Français 15,000. On ne fit presque point de prisonniers. Les deux partis s'attribuèrent la victoire. La bataille de Wagram ne fut pas moins sanglante : les Autrichiens eurent 24,000 morts ou blessés et 12,000 prisonniers, et les Français 18^000 morts ou blessés. Le ministère anglais tenta de faire ime diversion utile à rAutriche, en envoyant en Hollande une flotte de 37 vaisseaux de ligne, portant près de 40,000 soldats. Le but de cette expédition fut manqué complètement. La ville de Plessingue fut prise après un bombardement de plusieurs jouTB, qui la réduisit presque en c^klres* En y entrant^ les Anglais n'y trouvèrent guère que des ruines et les fièvres des marais leur enlevèrent plusieurs milliers d'hommes. L'Autriche demande la paix : le traité de Vienne la frappe d'une coi^'iiM«tien.deâM millions de francs.

Napoléon répudie Timpératrice Joséphine^ 4e ^ûi il n'avait point d'enfant, et fait endosser la responsabilité de cette action par son Sénat ; il prétexte que Tin-

térêt de TÉtat exigeait qu'il eût un héritier, comme si son trône, construit d'hier, l'eût été pour Fétemité, et que le monde eût été menacé du malheur de voir s'éteindre sa race. En se jouant ainsi des saintes lois du mariage (1), sans s'inquiéter de Teflfet pernicieux que de tels exemples, partis de haut, produisent sur les mœurs publiques, il ne voulait pas seulement un héritier, il lui fallait la fille des Césars : il épouse l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche, François II (1810).

Le brave paysan, André Hofer, ce héros tyrolien, avait commis le crime de soulever son pays contre rinvasion étrangère. Napoléon intime au prince Eugène, vice-roi dltalie. Tordre de le faire juger par une commission militaire et fusiller dans les vingt-quatre heures. On remarquera qu'en formulant ainsi les ordres qu'il adressait à des commissions militaires et qui étaient ponctuellement exécutés, et en dictant lui-même par avance la sentence de condamnation, comme il l'avait fait déjà pour le libraire Palm, il ne constituait plus de véritables juges, char-

(1) Que Ton soit juif ou musulman, chrétien ou déiste, en admettant qae le divorce puisse être permis dans certains cas et pour des motifs très-graves, jamais on ne rangera au nombre de ces motifs l'absence d'héritier direct. Le clergé catholique, en venant bénir ce second mariage, qui constituait Napoléon en état de bigamie, prouvait par là qu'il était prêt à faire bon marché de sa doctrine pour conserver sa position officielle.

Il faut noter que le Gode pénal que Napoléon fit décréter et promulguer (février 1810) l'année même de son second mariage, punit, chez les autres citoyens, de la peine des travaux forcés celui qui se rend coupable de bigamie, ainsi que l'officier public qui lui a prêté sciemment son ministère (art. 340.)

ACGROiSSEMËNT DES ARMÉES PERMANENTES 168

gés de rechercher et de constater, selon leurs propres lumières et leurs convictions, soit la. culpabilité soit rinnocence des accusés, mais bien des séides devant servir lâchement les cruelles volontés d'un maître. H eût été plus simple et moins odieux peut-être de supprimer ces hypocrites simulacres de tribunaux et de commissionner directement des assassins. Il venait de donner le grand-duché de Toscane à sa sœur Élisa. Il donne le Hanovre à son frère Jérôme, roi de Westphalie, et s'empare du duché d'Oldenbourg. Mais, ne trouvant pas son frère Louis, roi de Hollande, assez docile à ses volontés, il le dépossède et réunit la Hollande à la France. Il réunit en même temps à son vaste empire le Valais et les villes hanséatiques.

La guerre de la Péninsule se poursuit. Le maréchal Soult bat les généraux Mendizabal et Ballesteros ; il s'empare de Badajoz et de Murcie (1811). A la bataille de Geborra, les Espagnols perdirent 5,000 hommes. Dans cette campagne, les Français firent plus de 20,000 prisonniers. Suchet livre Tarragone au pillage, après y avoir égorgé 5,000 hommes, et force Valence à se rendre. Pendant ce temps, Wellington forçait Masséna à évacuer le Portugal.

166 PREHIÈKE PARTIE

§ xxn

Vrancei Unssle^ Angleterre, Allemaf^He^ Saè<|e, Ileii](-

SieUei, de 1812 à 181S.

Alexandre, vivement blessé déjà par la spoliation de son parent, le duc d'Oldenbourg, supportait impatienunent le joug du système continental ; il avait renoué des relations commerciales avec FAngleterre, et il faisait des armements. Napoléon lui déclare la guerre (1812), contre Favis de ses ministres et des grands personnages de sa cour, qui, maintenant gorgés d'or et de dignités, ne veulent plus que jouir de leur fortune. Assisté de TAutriche, de la Prusse et de la Pologne qu'il leurre une seconde fois de l'espoir du rétablissement de sa nationalité, il s'avance au cœur de la Russie avec une armée de 500,000 hommes et deâ fourgons pleins de faux billets de la banque de Russie, dont il se propose d'inonder le pays (1). Il s'empare de Wilna et de Wîtepsk. Déjà les vivres commencent à devenir rares, et son armée diminue tous les jours par la faim, les maladies et la désertion. 11 bat l'ennemi à Ostrowno, à Polotzk, à Mohilew, à Smolensk et à la Moskowa : à cette dernière bataille, les

(1} Les billets de la banque russe ayante en Russie, cours légal, sont une véritable monnaie. Il se faisait donc et dans d'immenses proportions, faux mounayeur, crime que notre Code pénal punit des travaux forcés.

Russes eurent 30,000 morts ou blessés, et les Français 28,000, L'armée était déjà réduite de plus de moitié lorsqu'elle entra à Moscou, qu'on trouva presqua désert et qui fut bientôt livré à Tineendie par la main même des Russes. A mesure que ceux-^d s'étàiçat ve^ tirés devant Tannée française, ils avaient enin^iné ave& eux les populations et brûlé les .vill6& et. leftviUages» Ils laissent Napoléon perdre dti teipps à Moscou^ oùil espère recevoir des propositions de paix, et il& atten* dent prudemment Tarrivée de la mauvaise saison, Q'en revenant pas de la surprise que leur cause un aussi habile homme en s'aveuglant à ee po^nt sur les péfUd^ de sa situation. Yers la fin d'octobre, il estlorcé d^eqstécuter cette terrible retraite où la froid et la tsâm Aé^ vorent son armée. Après le passage de la Bérésiiia,, il abandonne ses soldats et revient précipitamment à Paris. Des 500,000 hommes qu'il avait emmenés avec lui, une cinquantaine de mille seulement revirent leur patrie (4). La nation est consternée. Le désen-

(1) Les désastres de la campagne de Russie dépassent tout ce qu'on peut imaginer. Pour «a trouver qui puissent lui être com* parésj il faut remonter aux croisades, ou aux invasions des biir<^ bares, ou aux grandes guerres de l'antiquité. On peitt en lire les détails dans la relation non suspecte d'exagération, d'un témoin oculaire^ grand admirateur de Napoléon {Histoire de ta grande armée pendant l'année 1812, par le général comte de Ségur, Pari», 1825). Je n'en cite rien ici, parce que je ne saurais à quelles pages donner la préférence. J'indique particulièrement au lecteur le liv. VI, chap. vm^ le liv. VII, chap. xii; le Ut. IX, chap. Viï, vni, XI et XIV ; le liv. X, chap. il, vi, vm et ix* le liv. XI, chap. in, vïir et ix; et le liv. XII, chap. i, ii et m. Je renvoie aussi h l'ouvrage intitulé Journal de la Campetgna de Russie en 1S12, Paris, 1850, par le général duc de Fézensae, autre témoin et acteur et également admirateur de Napoléon^ Ce journal a été .reproduit dans l'ouvrage du

chantement est complet. Déjà des trames souterraines s'ourdissent, même et surtout parmi ceux qui avaient le plus contribué à exhausser le colosse. Les rois ses alliés^ attachés à sa fortune par les seuls liens de la crainte, Tabandonnent. Li Prusse se réunit à la Russie et à TAngleterre (1813). Depuis longtemps cette dernière puissance fournissait aux coalitions des subventions considérables, qu'elle se procurait en grande partie par des emprunts. Cette année, les subsides votés par le Parlement s'élevaient à plus de 72 millions de livres sterling (près de 2 milliards de francs) . On verra, dans la seconde partie de cet ouvrage, à quel taux ses emprunts successifs portèrent sa dette publique. Napoléon fait une levée de 300,000 hommes (1) et se remême autem*^ intitulé Souvenirs militaires de 1804 à 1814, Paris^ 1866, où il forme le livre II. La France a dû payer de la vie de plusiem^ centaines de mille de ses enfante l'aveuglement d'un maître qui, habitué à ne plus rencontrer de contradicteurs, s'avise un jour d'exiger foi et hommage des climats.

(1) Il faut avoir vécu dans ces temps désastreux pour en avoir ime juste idée. 11 faut avoir entendu les gémissements des pères, les amentations et les cris des mères et des sœurs, lorsque les villageois et les ouvriers amenaient à la conscription leurs derniers enfants. Il avait promis aux pères de famille qui auraient sept fils d'en prendre un à sa charge : on a dit qu'il avait bien tenu sa promesse, en les prenant tous.

Ces désolations des dernières années de l'Empire sont retracées dans des descriptions des plus saisissantes d'une histoire d'un conscrit (/e 1813, par Erckmann-Ghatrian, Paris, 1864. En voici quelques extraits :

« Et ces grandes fosses où tous les gens du pays travaillent à la « hâte, pour empêcher la peste d'achever la destruction du genre « humain, je les ai vUes aussi du haut de la colline de Gaya, et j'en « ai détourné les yeux avec horreur! Oui, j'ai vu ces immenses « tranchées dans lesquelles on enterre les morts, Russesy Français^ tt Prussiens, tous pêle-mêle, comme Dieu les avait faits pour

met en campagne. Il gagne la bataille de Lutzen, où les alliés perdent 2S,000 hommes. H repousse des pro^

« s'aimer, avant l'invention des plumets et des uniformes, qui les (c divisent au profit de ceux qui les gouvernent. Ils sont là; ils s'em- < brassent, et si quelque chose revit en eux, ce qu'il faut bien espé- « rer, ils s'aiment et se pardonnent, en maudissant le crime qui, « depuis tant de siècles, les empêche d'être frères avant la mort. « Mais ce qu'il y avait encore de plus triste, c'était la longue file « de voitures emmenant les pauvres blessés, ces malheureux dont on « ne parle dans les bulletins que pour en diminuer le nombre, et « qui périssent dans les hôpitaux comme des mouches, loin de tous <c ceux qu'ils aiment

« La pluie avait cessé. Nous fîmes la soupe en cet endroit; mais a rien ne pouvait me réchauffer. C'est là que j'attrapai les fièvres. « J'avais froid à l'intérieur et mon corps brûlait. Je n'étais pas le « seul au batcdllon dans cet état, les trois quarts souffî^aient et dé- « périssaient aussi; depuis un mois, ceux qui ne pouvaient plus (f marcher s'étendaient par terre en pleurant et appelaient leur mère « conmie de petits enfants. Cela vous déchirait le cœur. La faim, les « marches forcées, la pluie et les chagrins de savoir qu'on ne re- « verra plus son pays ni ceux qu'on aime, vous causaient cette ma« « ladie. Heureusement les parents ne voient pets leurs enfants périr « le long des routes; s'ils les voyaient, ce serait trop terrible : <c bien des gens croiraient qu'il n'y a de miséricorde ni sur la terre « ni dans le ciel. A mesure que le jour mcmtait, nous découvrions « à gauche, de l'autre côté de la rivière et d'un grand ravin rem- <c pli de saules et de trembles, les villages brûlés, les tas de morts,. tt les caissons et les canons renversés, et la terre ravagée aussi loin « que pouvait s'étendre la vue, sur les routes de Hall, de Lindentt thaï et de Dolitzch : c'était pire qu'à Lutzen

o Aux environs du pont, des cris épouvantables s'élevaient; les o cavaliers, pour se faire place, sabraient les fantassins, qui leur « répondaient à coups de bayonnette : c'était un sauve-qui- « peut général. A chaque pas de la foule, quelqu'un tombait du « pont, et cherchant à se retenir en entraînait cinq ou six par « grappes. Et conmie la confusion, les hurlements, la fusillade, le « clapotement de ceux qui tombaient, augmentaient de seconde en « seconde, comme ce spectacle devenait tellement abominable qu'on « aurait cru qu'il ne pouvait rien arriver de pire, voilà qu'une este pèce de coup de tonnerre part et que la première arche du pont « s'écroule avec tous ceux qui se trouvaient dessus; des centaines

170 PRBMIÈRE PARTIE

positions de paix qui lui sout faites et qui, s'il lea eut accueillies, pouvaient eueore prévenir sa ohute imminente. L'empereur d'Autriche, après avoir inutilement interposé sa médiation, se joint à la coalition, dont les forces s'élevaient à plus de 800,000 hommes. Napoléon défait à Dresde Schwartzemberg, qui a 20,000 hommes

c( de noalheiureiix diaparaiaMut, dêa masaea d'autres sont estropiés, a écrasés, mis en lambeaux par les pierres qui retombent. Un sa^ a peur du génie Tenait de faire sauter le pont. A cette vue» le cri de c( trahison retentit jusqu'au bout des promenades : nous soumies « perduft, trahis 1 On n'entendait que cela : c'était une clameur <( immense» épouvantable. Les uns, saisis de la rage du désespoir, a retournent à l'ennemi comme des bétes fauves acculées, qui ne (« voient plus rien et qui n'ont plus que l'idée de la vengeance; <f d'autres brisent leurs armes, en accusant le ciel et la terre de leur (c malbeur. Les ofQders à cheval, les généraux sautent dans la ri* « vière pour traverser à la nage; bien des soldats font comme eux, « ils se précipitent sans prendre le temps d'ôter leurs sacs. L'idée qu'on « avait pu s'en aller, et que maintenant, à la dernière minute, il « fallait se faire massacrer, vous rendait fous. J'avais vu bien des (i cadavres, la veille, entraînés par la Partha; mais alors c'était en^ « core plus terrible ; tous ces malheureux se débattaient avec des « cris déchirants, ils s'accrochaient les uns aux autres; la rivière en « était pleine ; on ne voyait que des bras et des tôtes grouiller à la

a surface

« La fatigue, la maladie, tout vous accablait à la fois; le cid était «r gris, il ne finissait plus de pleuvoir; le vent d'automne voua gla- « çait. Comment de pauvres conscrits encore sans moustaches et «c tellement décharnés qu'on aurait vu le jour entre leurs côtes a comme à travers une lanterne, comment ces pauvres êtres pouce vaientrils résister k tant de misères ? Us périssaient par milliers ; a on ne voyait que cela sur les cbimius. La terrible maladie qu'on a appelait le typkui noua suivait à la piste : les uns disent que c'est « ime aorte de peste, engendrée par les morts qu'on n'enterre pas « asseï profondément, les autres que cela vient des souffrances trop « grandes qui dépassent les forces humaines; je n'en sais rien, « mais les villages d'Alsace et de Lorraine, où nous avons apporté « le tjphus^ s'en souviendront toujours. » (N«« XV^ XVUI, XiX, XX et XXL)

tués OU blessés et 10,000 prisouuiers. Mais ses géué* raux Ney, Macdoaald, Oudinot et Yandamme essuient plusieurs dé&ites, A la bataille de Katzbach, Macdouald avait eu 10,000 morts et 15,000 prisoimiers. La confédération du Rhin se dissout. Les Saxons, les Wurtembergeois et les Bavarois font défection. Battu à Leipsick, où il perd 40,000 bonunes, Napoléon est contraint de rentrer en France avec les restes d'une année désorganisée. Le Sénat lui accorde, en murmurant tout bas, une nouvelle levée de 300,000 hommes. Mais les muets du Corps législatif recouvrent tout à coup la parole et se dédommagent de leur long silence. Qs demandent l'abandon des pays conquis btlerétablis^ sèment de la liberté* Napoléon congédie ces serviteurs malavisés, qui ont attendu le jour de l'adversité pour , prendre avec lui de grands airs libéraux^

La France était menacée sur toutes ses frontières (1814). Les Anglais, maîtres de l'Espagne et conduits par Wellington, franchissaient les Pyrénées. Les Au*trichiens, maîtres de l'Italie, menaçaient Test. Berna» dotte, que le roi de Suède, Charles XIII^ avait désigné pour son successeur, et qui oubliait tout Ce (]u'il de^ vait à Napoléon, s'avançait en Belgique* Les Prussiens, les Russes et les Autrichiens, commandés par Schwartzemberg et Blûcher, pénétraient en Champagne. Napoléon court arrêter ces derniers : il les bat à Champ- Aubert, à Montmiraili à Château^Thierry , à Yauchamps et à Montereau. Mais leé Anglais étiûent à Bordeaux et les Authchieiis à Lyon ; Bemadottê joignait Blfleher en Champagne. Pour comble de misère, Muj^at, ce

beau-frère de Napoléon, roi de Naples de sa façon, s'unit contre lui à la coalition. Pendant que Napoléon se porte sur Saint-Dizier, dans le dessein de fermer à ses adversaires la sortie de Ja France, ceux-ci s'avancent sur la capitale. La population parisienne était, comme le reste de la France, lasse et dégoiitée de la guerre. Les armées confédérées, après avoir eu à soutenir une dernière résistance sous les murs de Paris, où elles perdirent iS,000 hommes, entrèrent dans la capitale. C'était maintenant le tour des plus hauts dignitaires de l'Empire de se montrer impunément lâches. Inspiré par Talleyrand, ce fossoyeur des gouvernements, qui avait l'odorat si fin qu'il sentait avant tout le monde le moment où ils entraient en décomposition et où il devait se mettre à sa besogne, le Sénat appelle Napoléon iyran et le déclare déchu du trône. Celui-ci abdique en faveur de son fils. La coalition exige une abdication absolue et lui donne en échange la souveraineté de l'île d'Elbe. La France est réduite à ses limites de \ 792. Le Sénat rappelle les Bourbons, en ayant soin de stipuler le maintien de ses pensions. Louis XVIII est solennellement proclamé roi de France et de Navarre. Avec lui s'abattent sur le pays une nuée d'hommes de Tancien régime, qui parurent ne rien savoir de ce qui s'était passé en France depuis vingt-cinq ans, et qui firent si bien que, lorsque Napoléon s'échappa de sa prison et remit le pied sur le sol français, la masse de la nation n^en éprouva pas ^ce sentiment d'eflfroi qu'elle eût ressenti si elle eût pu prévoir tout ce qu'allait lui coûter cet acte de suprême

démence. Toutefois Napoléon fait d'inutiles efforts pour ranimer les sympathies de la France. Le mot de liberté lui revient à la mémoire; mais il le prononce mal, comme un mot désappris depuis trop longtemps, et Y Acte additionnel aux constitutions de l'Empire dit assez clairement au pays ce que serait, une fois le danger passé, cet amour tardif de la liberté. Il se débat en vain contre la nécessité de la chute définitive dont l'heure va sonner : rien n'y fait, pas même la comédie du Champ de Mai, où il paraît avec ses frères sous un costume chevaleresque, en toque emplumée et en manteau d'or et de soie, et où il jure sur les évangiles. La coalition se remet en marche. Murât, voulant se débarrasser du remords de sa trahison de l'année précédente, avait attaqué prématurément les Autrichiens en Italie. Son armée est battue et dispersée et son trône renversé. On sait sa fin misérable. Napoléon, après avoir refait sa dernière armée avec de grandes difficultés, car on ne voyait plus guère alors en France que des vieillards et des enfants, s'avance à la rencontre des alliés. Il venait de les battre à Ligny, dans un combat des plus meurtriers (1), lorsque le

(1) « Alors s'engage, dans le village entier, une des luttes les plus « acharnées dont l'histoire ait gardé le souvenir. Prussiens et Fran- « (îais sont confondus dans la plus effroyable mêlée, donnant et re- « cevant la mort sans que nul ne songe à demander quartier* « Les officiers eux-mêmes ont pris le fusil. Ce n'est pas un « combat, ce sont mille combats qui se livrent à la fois. Chaque « rue, chaque bâtiment, chaque clôture est attaquée et défen- « due avec fureur. On se fusille, on se déchire à la bayon- « nette, on s'assomme à coups de crosse, sur les degrés des maice sons, dans les chambres, dans les étables ; on se poursuit, on se

grand drame se dénoue â Waterloo, où 60,000 morts ou blessés des deux armées couvrent le sol (181 S). Le champ de bataille demeure aux Anglais, commandés par Wellington.

La défaite de Waterloo est, après les désastres de la campagne de Russie, la plus înide leçon qui pouvait être infligée à Napoléon, si quelque leçon profitait jamais à des hommes atteints à ce degré de la frénésie militaire. Ce jour*-là, quelques heures seulement avant de tomber au plus bas de sa fortune, il montrait une gaieté inaccoutumée et qui fut remarquée par ceux qui Tentouraient. Peu d'instants avant de donner à ses cuirassiers cet ordre d'attaquer le plateau de Mont- Saint- Jean, qui fut le signal de sa déroute, il se croyait tellement sur du succès, qu'il expédiait à Paris un courrier chargé d*annoncer qu'il avait gagné la bataille» A Sainte-Hélène, il écrivait encore que, s'il l'avait perdue, il devait la gagner : ce n'était pas lui qui s'était trompé, c'était ce qu'au temps de ses prospérités, dans son matérialisme superstitieux, il appelait

(( tue jusqu'au milieu des incendies qui éclatent à chaque instant. « La bravoure est devenue de la férocité.... L'aspect de ce théâtre « de carnage était hdrrible^ ont dit lee témoins oculaked. Dans les « ruea^ les maisons^ les jardim, les eadavres étaient par monceaux, a La principale rue de Ligny était encombrée de débris humains, fc écrasés^ broyés sous les roues de l'artillerie, qui avait passé au « galop sur les morts et les mourants ; des rives du ruisseau au « moulin de Bussy, on se heurtait^ à chaque pas^ aux cadavres et « aux blessés. » (Le lieutenant-colonel Charras, Histoire de la cam^ pagne de 1815, che^. 8 et 11, Bruxelles» 1857.) Cet auteur évalue le Bomtee des morts de la bataille de Ligny à 29,000 homme», dont 18,000 Prussiens et 11,000 Français. 1

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son étofle. M. Thiers, en décrivant là bataille de Waterloo, soutient cette thèse que, si Napoléon l'a pei*due, ce fut par suite des fautes stratégiques de Ney, de d'Erlon, de Grouchy^ et d'autres encore. Si Napoléon eût été vainqueur, personne, et M. Thiers moins que personne, ne se itd aperçu de ces causes de défaite ; la fougue de Ney, les hésitations de d'Erloh, les lenteurs de Grouchy eussent passé pour «ataât de traits de génie et pour avoit contribué au succès. U n'est pas jusqu'au violent orage qui vint tout à coup détremper les terres argileuses de Moût-Saint-Jean, qui n'eut partagé l'honneur du triomphe. Dan» d'an* très temps, le héros avait eu à essuyer et il avait sttr^ monté bien d'autres contraiîétés, soit de la part defl hommes eoit de celle des éléments. La sdence mili*^ taire de ses lieutenants» s'il est permis d'appliquer à pareille chose le beau nom de sdénee^ ne hii a pas plus fait défaut que la sienne propre à Waterloo. La vraie cause de son dénier désastre et de sa chute défi' nitive est ailleurs ! il était inévitable que la France^ dont il avait depuis quinae ans détourné toutes les for-» ces au profit de son ambition pei^sonnelle^ finit par se lasser et par l'abandonner ; mais il était juste en aièine temps que l'Immense orgueil de l'homme et llmmense faute de la nation qui s'était laissé enivrer pâff hû de vaine gloire et lui avedt fait litière de touâ ses droitd et de toutes ses libertés si chèrement conquis^ il était juste, dis-je, que tout cela reçût enfin sa récompense ; et si, après plus d'un demi-siècle écoulé, cette nation, se laissant aveugler de nouveau, oublie une aussi ter-

rible leçon, il faudra bien qu'elle en reçoive encore de plus terribles peut-être (1).

Napoléon rentre à Paris, où les deux Chambres le forcent à abdiquer. L'armée coalisée envahit de nouveau la capitale, et Louis XVIII vient se rasseoir sur ce trône vermoulu, qui devait encore s'écrouler deux fois avec fracas. La France paya cher (2) cette courte

(1) Comme on doit être équitable envers ses adversaires aussi bien qu'envers ses amis, j'ajouterai que, malgré tout l'encens que M. Tbiers prodigue à son idole, la force de la vérité lui arracbe par moments des aveux qui sont en pleine contradiction avec l'esprit général de son livre, et qu'on pourrait lui opposer comme réfutation. C'est surtout dans son dernier volume que ces retours tardifs de libéralisme viennent contraster avec les dithyrambes dont ils ne sont souvent séparés que par quelques lignes. Je citerai comme exemple de ce louable amendement les passages suivants, quoique j'eusse encore plus d'une expression à en retrancher : t II y avait (à Wa- « terloo) un homme extraordinaire, un guerrier incomparable, que « tout son génie ne put sauver des conséquences de ses fautes po- « litiques ; il y eut un géant qui, voulant lutter contre la force des (( choses, la violenter, l'outrager, était emporté, vaincu comme le (( plus faible, le plus incapable des hommes... Ce sage devenu fou, (( fou d'une autre folie que celle de 93, mais non moins désasc( treuse, immolait un million d'hommes sur les champs de bataille, « attirait l'Europe sur la France qu'il laissait vaincue, noyée dans « son sang, dépouillée du fruit de vingt ans de victoires, désolée « en un mot, et n'ayant poinr refleurir que les germes de la civili- « sation moderne déposés dans son sein. Qui donc eût pu prévoir « que le sage de 1800 serait l'insensé de t8i2 et de 1813? Oui, on « aurait pu le prévoir, en se rappelant que la toute-puissance porte « en soi une folie incurable, la tentation de tout faire quand on (( peut tout faire, même le mal après le bien. Ainsi dans cette « grande vie, où il y a tant à apprendre pour les militaires, les ad- « ministrateurs, les politiques, que les citoyens viennent à leur tour « apprendre ime chose, c'est qu'il ne faut jamais livrer la patrie à « un homme, n'importe l'homme, n'importent les circonstances. » {Histoirg du Consulat et de l'Empire, livres 60 et 62, tome XX, Paris, 1862.)

(2) « Elle se voyait maintenant occupée pour cinq années ; elle

visite de Napoléon et l'honneur d'avoir de nouveau un roi par la grâce de Dieu et des bayonnettes étrangères.

Napoléon se réfugia, à Rochefort, sur le Bellérophon, après avoir écrit au régent que, nouveau Thémistocle, il venait demander l'hospitalité à l'Angleterre. La comparaison était plus spécieuse que juste. Lorsque le vainqueur de Salamine vint demander un asyle au roi de Perse , il ne lui faisait pas la guerre ; et puis sa présence en Orient n'avait rien de menaçant pour la paix du monde d'alors. Le gouvernement anglais, trouvant qu'il n'y avait pas une exacte parité, et jugeant que le repos de l'Europe ne permettait pas qu'on laissât aller en liberté celui qui y mettait si opiniâtrement obstacle, ainsi que venaient de le démontrer les derniers événements, déclara Napoléon prisonnier de la coalition et le transporta à Sainte-Hélène. Il n'y avait là qu'une mesure de prudence, et nullement un acte de cruauté et de déloyauté, comme on Ta

4t perdait Landau en Alsace, Sarrelouis en Lorraine, Philippeville et « Marienbourg dans le Hainault, Versoix dans le pays de Gex ; elle (( consentait & la démolition de Huningue et à rendre à la Savoie; « et aux Pays-Bas le territoire que nous avait assuré le traité de « Paris de 1814. Elle livrait pour cinq ans 16 forteresses sur lafron- « tière, s'ohligeant à y entretenir une armée d'occupation de « 480,000 hommes. Une indemnité de 500 millions fut stipulée, et « 12,040,000 fr. de rentes furent créés pour l'extinction des dette» « particulières contractées hors de notre territoire actuel. En ajou- (c tant à ces sacrifices la perte causée par le passage et le séjour des « troupes étrangères, on estime que chacun des cent jours a coûté a à la France 30 millions ; total des cent jours : 3 milliards, frais <r d'une marche de Bonaparte. » (Chateaubriand^ Congrès de Vérone, Paris, 1838.)

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répété si souvent après lui. Je ne reproche donc point au gouvernement anglais un exil que méritait trop bien celui qui le subissait (!)• Mais voici ce que je lui reproche. Dans Tadversité, qui est la pierre de touche des grandes [âmes, et où Napoléon pouvait trouver

(i) « We adnûre notbing more in Bonaparte than the effirontery « with which he claimed protection from the laws of nations. That ic a man, who had set tbese laws at open défiance, should fly to them <f for fihelter; that the oppressor of the world should claim its sym- « pathy as an oppressed man, and that bis claim should find advo- « cates; thèse things eire to be set down among the extraordinary <x eyenta of thia extraordinary âge. Truly, the buman race is in a <c p^tiable state. It may be trampled on, spoiled, loaded like a beast a of burden, made the prey of rapacity, insolence and the sword ; « but it mu8t not tôuch a bair, or disturb the pillow of one of its a oppressors, unless it can find chapter and verse in the code of « national law, to authorize its rudeness towards the privîleged « o£fender. For ourselves, we should rejoice to see every tyranl, « whether a usurper or hereditary prince^ fastened to a lonely rock « in the Océan. Whoever gives clear, undoubted proof that he is <t prepared and sternly resolved to nif^ the earth a slaughterfaouse « and to crash every will adverse to^own, ought to be caged Uke « a wild beast... Dur sympathies in this particular are wayward and a untractatable. When we would carry them to that solitary island, « and fasten them on the illustrions victim of British cruelty^ they « will not tarry there, but take their ilight across the Mediterra- « nean to Jaffa, and across the Atlantic to the platform where « the duke d'Enghien was shot, to the prison of Toussaint^ and to o fields of battle where thousands at bis bidding lay weltering in « blood. When we strive to fix our thoughts upon the sufferings of « the injured hero, other and more terrible sufferings, of which he « was the cause, rush upon us; and bis complaints, however loud and « angry, are drowned by groans and exécrations which fill our ears « from every région which he traversed. We bave no teara to spare a for fallen greatness, when that greatness was founded in crime, « and reared by force and perfidy. We réserve them for those on « whose min it rose. » (William Chaimingi Bemarks on the life and eharaçter of Nc^leon Bonaparte^ part, i, the Works, vol. I, Boa« ton, 1843.)

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l'occasion de se réhabiliter aux yeux de TEurope, il s'est au contraire montré misérablement petit, jusqu'à faire pitié à ses plus chauds partisans, et cela seul suffirait pour montrer combien peu de valeur morale il avait réellement. Eh bien! je dis que le gouvernement anglais ne devait point permettre que ses agents à Sainte-Hélène respectassent aussi peu qu'ils l'ont fait une grande infortune, et qu'en l'irritant et l'aigrissant par ime infinité de petites misères et de tracas-p séries aussi peu dignes qu'inutiles, ils en rendissent le spectacle encore plus triste qu'il ne Tétait déjà par lui-même. Il fallait donc entourer d'égards et de respect l'illustre prisonnier, qui regrettait si fort ses grandeurs passées, et lui laisser la puérile satisfaction qu'il goûtait à faire encore Sa Majesté rEmpereur dans un état d'abaissement où il n'avait pas su trouver la véritable grandeur. Je ferai encore au gouvernement anglais un autre reproche, qui surprendra beaucoup de gens, c'est, après avoir trop peu honoré Napoléon pendant qu'il vivait encore, d'avoir consenti à ce qu'il fût trop honoré après sa mort. Lorsque Louis- Philippe, caressant un stupide engouement, dont il était destiné tout le premier à payer les frais, demanda à TAngleterre la permission d'envoyer prendre à Sainte-Hélène les restes de Napoléon pour les offrir triomphalement à l'idolâtrie populaire^ l'Angleterre devait répondre ; a Ces cendres resteront sur ce rocher c( stérile, au milieu des solitudes de l'Océan, pour sera vir de leçon aux peuples et surtout à ceux qui sont « chargés de les conduire. »

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