LETTRE III. — LA LITTÉRATURE ANCIEX*E
et des mieux instruits, et de Tainilié duquel je m'honore, ancien ministre des travaux publics, qui, au sortir des affaires, cherchant dans les lettres cette douceur et cette lumière dont parle l'orateur romain, se mit à lire de suite et d'un bout à l'autre, dans le latin môme, toutes les œuvres de Cieéron1.
De môme que ses orateurs, les historiens de Rome s'étaient formés sur les Grecs. Je vous parlerai, quand le temps en sera venu, de ceux de ces historiens, César, Tite- Live, Salluste, Tacite, dont je conseille encore, et instamment, la lecture aux hommes du monde; car le grand style de l'histoire est là.
Tels sont donc ceux des auteurs anciens qu'il faut absolument relire, dès qu'on a compris le charme et l'intérêt des sérieuses études littéraires. Mais quelle méthode suivre pour cette lecture?
Je vous le disais, mon ami, dans ma première lettre, et c'est sur quoi d'abord j'insisterai encore ici. 4° Donc je voudrais au moins qu'on n'oubliât pas ce qu'on a déjà su, qu'on reprît ce qui a été déjà étudié. Cet oubli, celte perte de tout le travail fait pendant sept ou huit années d'études serait vraiment trop regrettable. Car, en définitive, c'est avec les princes, avec les chefs-d'œuvre de la pensée et de la parole humaine, qu'on a vécu pendant les sept ou huit
1 M. le comfe Jaubert. — Et ici je suis heureux d'adresser publique* ment l'hommage de ma reconnaissance à M. le comte Jaubert, auquel mon petit Séminaire de La Chapelle, outre tant d'autres marques de généreuse bienveillance, doit sa belle collection botanique et sa collection d'histoire naturelle. Remercié par nos élèves en vers latins, M. le comte Jaubert leur fit la charmante surprise de leur adresser une spirituelle épître, également en vers, qui montrait que le docte membre de l'Institut sait parler la langue de Virgile et d'Horace aussi bien que celle des sciences.
LETTRES A UN HOMME l»U MONDE.
années des éludes classiques; mais alors on était trop jeune pour en goûter toutes les immortelles beautés; on épelait plutôt qu'on ne lisait ces livres incomparables; on les expliquait lentement, péniblement, par fragments, par lambeaux, jamais dans leur ensemble et leur harmonieuse unité. Qui a jamais lu dans ses classes les vingt-quatre chants de V Iliade ou de YOdyssée, ou même les douze chants de YEneide? Quand, avec un esprit mûri par Pâge, avec une pensée fortifiée par tant d'études parcourues et de connaissances acquises, on revient à ces grands maîtres, ce qu'il faut, c'est de les reprendre d'un point de vue supérieur, les lire avec réflexion, à loisir, du commencement à la fin; s'attacher non plus seulement à la langue, à la forme, mais au fond même dos choses, aux pensées, aux sentiments, à l'élude des caractères, à la conception générale, et en même temps étudier de plus près toutes les beautés de détail : alors quel profit nouveau, et aussi quel charme !
Voilà donc le premier conseil que je donne à ceux qui auront la sage et courageuse pensée de rouvrir leurs vieux classiques, de revoir toutes ces vieilles connaissances, tous ces auteurs plus ou moins chéris ou maudils autrefois : c'est de les lire sérieusement et jusqu'au bout, et je leur réponds qu'à ce prix ils y trouveront un attrait nouveau et surprenant.
2° Et cela, s'il se peut, dans le texte môme, ce qui a toujours infiniment plus de charme et de profit que dans une traduction. Et qu'on ne s'effraie pas de ce que je conseille ici : ce retour aux langues anciennes est beaucoup plus facile qu'on ne le croirait; car on les connaît déjà, on les a vues de près, quand on a fait ses études. On les connaît mal, dites-vous. Sans doute; mais ce qu'on en a su aide singulièrement à les rapprendre, et j'affirme qu'il n'y a pas un seul homme, quelque incomplètes qu'aient été ses pre-