LETTRE III. — LA LITTERATURE JLXCIEXKE
L'ouvrage de M. Patin, sur les tragiques grecs, est un vrai chef-d'œuvre d'érudition et de critique. Le spirituel et savant professeur , M. Saint-Marc-Cirardm, a écrit aussi plusieurs ouvrages de critique littéraire de premier ordre. Yoi'.àdes écrits que je voudrais voir dans la bibliothèque de tout homme de goût.
M. Egger a publié deux volumes nécessaires à quiconque voudrait étudier plus à fond les lettres antiques : une Histoire de la critique chez- les Grecs, un Essai sur les historiens de 1 Histoire d'Auguste. Un petit essai de Grammaire gèneraie, composé par lui sur la demande d'un ministre de l'instruction publique, est aussi fort utile.
J'ai nommé VAnac/iarsis ; à cet ouvrage, élégamment écrit, et plein de très-bons renseignements pour l'intelligence de la littérature grecque, je joindrai Rome au siècle a" Auguste, par M. Dézobry, travail de si curieuse et si solide érudition
Je ne veux pas vous en dire davantage, mon cher ami, sur l'étude possible et nécessaire de la littérature ancienne pour un homme du monde. — Réapprendre courageusement les langues anciennes pour lire, s'il se peut, les grands auteurs dans leur texte; les lire au moins dans des traductions ; s'exercer soi-même à en traduire avec soin quelques beaux passages ; s'aider, pour celte lecture des grands critiques, soit de ceux qui ont fait la théorie de la littérature, soit de ceux qui ont plus spécialement apprécié et commenté les auteurs : — avec tous ces secours, lire, d'après un plan arrêté d'avance, soit selon l'ordre progressif où ils ont été vus dans les classes, soit selon les genres et les époques littéraires, et d'un bout à l'autre, ces grands génies, qui sont et demeurent les éternels modèles du beau: je dis,
1 J'en ai demandé au savant auteur une édition nouvelle, mais avec tous les textes au bas des pages : ceci serait un secoun admirable, et je voudrais bien que M. Dézobry cédât à ma prière.
mon cher ami, que c'est là une occupation des loisirs aussi utile qu'agréable ; et n'eussiez-vous à faire votre choix qu'entre ces deux grandes littératures de la Grèce et de Rome, dussiez-vous borner là vos études littéraires, certes, il y aurait là plus qu'il n'en faut pour vous sauver du désœuvrement et de l'inertie, et donner à votre esprit une forte et riche culture.
Mais la littérature ancienne n'est qu'une partie de la littérature, et ce vaste champ des Lettres a d'autres sujets d'étude encore à vous présenter ; je vous en dirai quelques mots dans notre prochain entretien.