LETTRE V. — GRANDE LITTÉRATURE CLASSIQUE
ttMement la première et la plus haute puissance de l'Ame;
sans cette raison, tout est vain, tout est creux, tout est dans
le faux et dans les timbres.
La sensibilité et l'imagination peuvent paraître dominer sans doute dans les ouvrages de sensibilité et d'imagination; mais si au fond la raison ne domine pas, si ce n'est pas elle qui suide et soutient mystérieusement l'action de ces deux riches et brillantes puissances, n'attendez pas des beautés vraies, pures et durables: il y aura un vice caché au cœur de l'œuvre.
Quand l'imagination ou la sensibilité s'élance sans la raison, l'élan est nécessairement un écart, la sensibilité un égarement ; la splendeur qui se rencontre par aventure est fausse, et ce qui reste de puissance est une force emportée qui met tout en péril.
On a dit, je le sais, et c'est Pascal : « Le cœur a ses rai- « sons, que la raison ne comprend pas. » Cela n'est vrai que dans le sens où l'a dit Pascal, et il s'agit d'uno raison froide et calculatrice, étroite et superficielle, qui n'est pas, je l'ai dit, la raison, dont je parle ici, car il ne se peut pas que la raison, qui voit le vrai des choses, soit de sa nature en désaccord nécessaire avec le sentiment, quand le sentiment est dans le vrai; il ne se peut pas qu'avec une compréhension complète des choses, les raisons du cœur ne soient pas aussi celles de l'esprit.
Voilà donc le point capital et commo la clé de voûte de la vraie théorie littéraire. La prédominance sur toutes les facultés de l'esprit humain appartient à la raison, et c'est elle qui les soutient toutes, et conserve entre elles l'équilibre et l'harmonie. Et les grandes littératures, et les grandes œuvres littéraires, sont celles où cet équilibre, cette harmonie des facultés dans la raison se sont faits à une plus grande hauteur. Et voilà d'où vient la supériorité incontestable des trois grands siècles classiques. Les hommes de