‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 33 sur 107 · LETTRE VII. — LA LITTÉRATURE CORRUPTRICE · texte numérisé non relu

LETTRE VII. — LA LITTÉRATURE CORRUPTRICE

du cœur, comme au cours d'un fleuve enchanté, en dissimulant le gouffre où tout cela va aboutir ; car là, toujours, selon les romanciers, est le grand bonheur de la vie, la félicité suprême : qui ne connaît pas celte félicité, ne connaît rien ; et même, quand elle est troublée, empoisonnée, les joies qu'elle donne sont encore dignes d'être achetées au prix de toutes les souffrances. Au reste, c'est en vain qu'on voudrait combattre ce penchant; il est irrésistible, et les plus hautes puissances de l'âme doivent céder à son empire. C'est ainsi qu'on égare dans des rêves insensés les imaginations et les cœurs ; c'est ainsi qu'on trouble toutes les idées, et qu'on déprave le fond des consciences. Et avec ces détestables sophismes, c'est la vertu qu'on tue dans l'âme; c'est l'institution sacrée de la famille qu'on bat en brèche et qu'on attaque à sa racine ; c'est la société qu'on sape et qu'on frappe au cœur! Voilà la vérilé.

On a été plus loin encore. On ne s'est pas contenté d'excuser, puis d'embellir et de glorifier la passion : on a voulu la sanctifier. Tantôt, par une exaltation délirante, et en mentant à la réalitéet à la nature humaine, on a voulu unir à l'ivresse des sens je ne sais quel platonisme de l'âme, chimère insensée, et on a présenté comme dégagé de la matière ce qui y plongeait tout entier ; tanlôt, par le plus étrange amalgame du sacré et du profane, on a voulu rendre la religion elle-même complice de ces infamies: on lui a emprunté ses voiles pour couvrir de honteux mystères ; on a profané son langage j on a pris les mots de sa langue sainte pour les appliquer à la langue du crime ; on a fait le plus sacrilège mélange de je ne sais quel vague et vaporeux mysticisme, et des entraînements les plus coupables ; on a cru pouvoir unir le plus saint des amours, la charité, l'amour de Dieu, aux plus criminels attachements. Les mêmes cœurs qui brûlaient de flammes impudiques, adultères, ont prétendu s'élever à Dieu par cet amour même,

comme si ce nom sanctifiait tout! les mêmes outrages ont été infligés au sens commun et au sens moral. Je ne connais ï as de perversion plus profonde. Et parce qu'ils auront mis au frontispice de leur livre un litre pieux ou un nom sacré, et qu'ils parleront avec un faux respect de la croix connue d'un ornement mélancolique qui fuit bien sur un tombeau, 1rs auteurs de ces livres corrupteurs se croiront le droit do se poser en hommes religieux : ah! pour moi, je déclare de telles œuvres aussi dangereuses que les œuvres les plus impies; et je ne connais pas, dans la littérature païenne, de livres, je ne dis pas plus impies, mais plus corrupteurs. Ce qui est certain, du moins, c'est que les grands poèmes de l'antiquité, Ylliade, YOdym% YKniidt% ne souffrent pas de comparaison, h cet égard, à Kotre-Datne de l'avis, la Chute d'un ange, Jocelyn, les Confidences^ la Divine tfpopSe ; je dirai même avec Atalael liené% et bien d'autres, que je pourrais nommer.

On appelle quelquefois cette littérature une littérature légère : et certes, pour bien des raisons, elle mérite ce nom, car rien ne va mieux aux esprits vides, et ne dégoûte plus les esprits graves. Toutefois, ces auteurs ont raison aussi de vouloir être pris au sérieux, car telle est leur prétention à tous, romanciers, poètes, et jusqu'aux écrivains de ces feuilles périodiques et éphémères qu'un jour voit naître et mourir : tous veulent faire de Part sérieux ; tous disent que nous sommes à une époque sérieuse; et tous le répètent avec eux, tous, jusqu'aux femmes légères et mondaine*..,, et je l'ajouterai, au nom de la religion qui eu gémit, Jusqu'aux femmes chrétiennes qui lisent ce» livres et s'y corrompent!

Oui, il y a de la philosophie, du christianisme et du sérieux dansées livres ; et sous ce sérieux, Ils sapent avec art et méthode les fondements de toute vertu ; ils brisent lotis les liens du devoir; ils éteignent dans les Ames tout remords

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