L'HISTOIRE DB FRANCE. — QUELQUES IXDICATIONS GÉNÉRALES
Les deux grandes divisions de l'histoire, c'est l'histoire ancienne et l'histoire moderne. L'histoire ancienne finit à Jésus-Christ : la croix apparaît au sommet des temps, marquant le point de jonction des deux versants de l'humanité.
11 s a aussi, mêlées à l'histoire profane, l'histoire sainte et l'histoire ecclésiastique ; nous en parlerons à part.
Une question se présente tout d'abord ici. Un homme qui a déjà une certaine connaissance générale de l'histoire, — c'est le point de départ, — mais superficielle, et qui veut enfin apprendre l'histoire sérieusement, doit-il commencer par l'histoire ancienne ou par l'histoire moderne? Pour moi, je réponds sans hésiter: par l'histoire moderne.
Et parmi les histoires modernes, celle qu'avant toutes les autres je conseille de reprendre et de pousser aussi loin qu'on le pourra, c'est l'histoire de France. On le comprend. Comment un Français pourrai-il laisser de côté l'histoire de France? Comment peut-on se résigner à ignorer l'histoire de son pays? Ignorez, s'il le faut, toute autre histoire plutôt que celle-là, C'est manquer à l'un des devoirs du patriotisme, ou plutôt c'est ne pas sentir dans- son cœur cette flamme sacrée, que de rester volontairement dans une telle ignorance. Et cependant telle est la désuétude des études sérieuses parmi nous, qu'il n'est pas rare de trouver des personnes du monde, qui ont une certaine culture d'esprit, et ne sont néanmoins que très-confusément instruites de ttiistoire de leur pays.
« Je vois avec douleur, disait autrefois le bon Rollin, que
l'histoire de France est négligée par beaucoup de personnes, à qui pourtant elle serait fort utile, pour ne pas dire nécessaire. Quand je parle ainsi, c'est à moi-même le premier que je fais le procès; car j'avoue que je ne m'y suis point assez appliqué, et j'ai honte d'être en quelque sorte étranger dans ma propre patrie, après, avoir parcouru tant d'autres pays. Cependant notre histoire nous fournit de grands modèles de vertus, et un grand nombre de belles actions qui demeurent la plupart ensevelies dans l'obscurité, soit par la faute de nos historiens, qui n'ont pas eu, comme les Grecs et les Romains, le talent de les faire valoir ; soit par une suite du mauvais goût qui fait qu'on est plein d'admiration pour les choses éloignées de notre temps et de notre pays, pendant que nous demeurons froids et indifférents pour celles qui se passent sous nos yeux. »
Les regrets exprimés si naïvement par Rollin, accuseraient d'autant plus aujourd'hui les personnes indifférentes à l'histoire de France, que nous avons ce que Rollin se plaignait de ne pas avoir, des historiens. De nos jours, les études historiques se sont relevées parmi nous, et le vaste champ de l'histoire de France a été exploré en tous sens. Les sources ont été reconnues, les documents primitifs consultés. De grand travaux, soit sur l'ensemble, soit sur telle ou telle époque de notre histoire, ont été publiés.
Nous avons de grandes histoires et des histoires intermémédiaires entre les grandes histoires et les abrégés. Nous avons des histoires générales et des histoires particulières ou locales pour certaines époques ou certaines provinces, Nous avons des monographies, des mémoire s, des histoires, par lettres, par leçons, des considérations sur l'histoire, etc Nous avons enfin les sources originales, non pas seulement la grande collection bénédictine continuée par l'Académie des inscriptions, mais la collection des Mémoires jusqu'à la fin du xiiie siècle, publiée par M. Guizot, celle des chroni-
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ques nationales de M. Buchon, celle des mémoires depuis le xiue jusqu'au xviii* siècle, dont une double édition a été donnée par M. Petitot, el par MM. Michaud et Poujoulat ; les Archives curieuses de l'Histoire de France, de MM. Cimber et Danjou ; enfin, pour abréger, la vaste publication des Documents relatifs à VUistoire de France, commencée il y a trente ans, et continuée sans interruption par le ministère de l'instruction publique.
Malheureusement, l'esprit des ouvrages, que notre temps a vu éclore en si grand nombre, est très-divers, et indépendamment des faux points de vue et des erreurs purement historiques, il y en a qui respirent une hostilité déplorable contre 1'Fglise. L'histoire est un des terrains que la presse anti-religieuse contemporaine a choisis de préférence, et qu'elle a le plus exoloités : elle a fait mentir contre nous l'histoire même. Pour quiconque tiendrait à honneur de prendre place parmi les défenseurs que la religion compte même dans les rangs des laïques, il y aurait là bien des erreurs à dissiper, des mensonges h réfuter, des malentendus à éclaircir ; erreurs, mensonges, malentendu» qui trament encore dans une quantité de livres, et que nombre d'érrivains secondaires répètent, sans les contrôler, parce qu'ils les ont lus ailleurs.
Et voilà précisément pourquoi, en présence d'opinions aussi téméraires et funestes qu'incertaines et arbitraires, il importe de se munir d'un solide savoir historique; il importe que l'homme du monde, qui lit simplement l'histoire pour s'instruire, choisisse sévèrement ses auteurs. Je dirai là-dessus nettement ma pensée. 11 y a des écrits manifestement anti-chrétiens, dont je déconseille absolument la lecture aux hommes du monde — sauf les motifs graves qui pourraient permettre à quelques-uns de les avoir entre les mains. Quant aux écrivains qui ont seulement contre nous des préventions fâcheuses et des préjugés d'éducation, mais
qui ne sont pas systématiquement hostiles à l'Eglise et ne craignent pas de lui rendre justice, — et il est en qui se sont honorés par cette haute sincérité, — s'ils ont fait des travaux historiques importants, je pense qu'un laïque instruit, et d'un esprit mûr, peut les lire, mais je lui conseillerais fort de lire concurremment un auteur sûr qui lui permettrait de les contrôler.
Ma prochaine lettre, si vous le permettez, mon ami, entrera dans le détail des indications nécessaires.