‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 62 sur 107 · GG · texte numérisé non relu

GG

Ces grandes choses sont l'amour divin qui sera au ciel la vision béatifique, les affections saintes qui seront au ciel l'union des élus, et enfin le beau qui rayonne déjà ici-bas sur les œuvres de Dieu et sur celles de l'homme, mais qui, un jour, du sein de Dieu, beauté parfaite et infinie,rayonnera sur les âmes bienheureuses, dans ces nouveaux cieuxet ces nouvelles terres, dont la beauté, à la fois spectacle et harmonie, renverra comme un éternel hommage son pur cantique au Créateur.

C'est ainsi que l'amour du beau, le goût de la vie intellectuelle, et les nobles affections, perdent l'infirmité de nature qui s'attache à tout amour humain, et peuvent devenir des amours surnaturels, inébranlables, parce qu'ils sont indépendants de la jouissance qui peut ou non s'y faire sentir, qu'ils reçoivent la consécration du devoir, et au besoin celle de la souffrance.

Ainsi donc, dirai-je aux âmes vraiment capables de l'art divin, il ne faut pas seulement aimer les Lettres et les Arfs comme un moyen de jouissance délicate qui embellit et ennoblit votre vie ; il faut les aimer parce Dieu vous en ayant donné l'intelligence, c'est un devoir pour vous de les cultiver en dehors môme de tout attrait; parce que vous devez réaliser votre vocation intellectuelle comme votre vocation morale ; que l'une prépare h accomplir l'autre, et que ce qui vous manquera dans cet ordre-là par votre faute vous sera imputable au jugement de Dieu.

En dehors de tout intérêt personnel, il faut aimer et honorer les grandes et belles choses, parce qu'elles rapprochent de Dieu, et sont dignes de l'homme, parce que, comme parle un écrivain moderne, elles donnent à la vie une noblesse qu'il faut rechercher plus que le bonheur, et lors même qu'elle détournerait du bonheur, si cela se rencontrait.

S'attacher par devoir à tout ce qu'on aimait par goût,

LETTRE XXI. — LES SCIENCES

voilà une des pensées dignes d'occuper le plus une Ame.

Telles sont, mon cher ami, les quelques vues que j'étais aise de vous exposer sur l'Esthétique. Vous êtes digne assurément de les comprendre, et si vous les prenez pour régie de vos études sur l'art, vous ne tarderez pas fi sentir, je l'espère, combien votre Ame y aura trouvé de charme, d'élévation et de lumière.

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