VINGT-DEUXIÈME LETTRE
Étude de l'agriculture.
Mon cher ami,
Peut-être serez-vous étonné du sujet que je choisis pour ma lettre aujourd'hui : ce sujet ne semble guère pouvoir entrer dans le plan que je me suis tracé : c'est de l'agriculture en effet que je me propose de vous parler. « L'agriculture! direz-vous; mais quelle place peut occuper l'agriculture dans les études qui conviennent aux loisirs d'un homme du monde? L'agriculture n'est pas une étude. Ce n'est qu'un travail manuel. »
A cela, j'ai deux choses à répondre : \° ce travail est une grande, noble et féconde occupation, qui vaut mieux certes que l'oisiveté et la nullité où tant de jeunes hommes passent leur vie ; et avant tout, c'est là ce que je veux combattre : le rien faire; 2° à ce travail peuvent être mêlées les plus belles et les plus intéressantes études, pourvu qu'on fasse de l'agriculture d'une façon tant soit peu intelligente et libérale. C'est, j'espère, ce que je n'aurai pas de peine à vous démontrer.
J'ai eu l'occasion, une fois dans ma vie, de dire ma pensée sur l'agriculture, et de mêler, au juste éloge que j'en ai fait, quelques conseils qui pourraient encore n'être pas inutiles à un grand nombre d'hommes de notre temps. Je vous demande la permission, mon cher ami, de mettre sous vos h. É., m. 22
yeux quelques-unes de mes paroles, et tout d'abord de répondre à certains dédains aussi déraisonnables qu'immérités, afin de replacer l'agriculture dans le haut rang, et dans Thonneur et l'estime qui lui sont dus :
« Si J'ouvre en effet, disais-je, les antiques archives du genre humain, à la première page, avant lachute originelle, au temps même de la primitive innocence, je trouve déjà l'agriculture. Dans le séjour bienheureux de l'antique Éden, l'homme innocent dut travailler, et travailla la terre : Posuit in paradiso voluptatis, ut operaretur eum. (Gen. 2.) Ainsi, le travail, avant d'être un châtiment, fut pour l'homme une loi, une condition de son bonheur, de sa dignité, de son existence, un noble et nécessaire emploi de ses facultés et de ses forces.
« IS homme i comme le disait autrefois Job, cet illustre pasteur et agriculteur de l'Idumée, Vhomme est né pour travailler comme l'oiseau pour voler. Et quel fut le premier travail donné par Dieu à l'homme? Le travail des champs. Et, chose digne d'être remarquée, chez les peuples païens eux-mêmes, comme par un souvenir des traditions primitives, une origine divine était pareillement attribuée à l'agriculture : on pensait que l'art qui nourrit les hommes venait du ciel, et qu'un Dieu lui-même avait dû l'enseigner à la terre.
« Aussi, ce n'est pas seulement chez les Hébreux que Partie plus honoré, le premier des arts, était l'agriculture; ce ne sont pas seulement les premiers fils d'Adam qui furent agriculteurs et pasteurs; ni les patriarches, ces hommes si simples et si grands, qui vivaient sous la tente, au milieu des troupeaux et des champs. Ouvrons les histoires profanes : les plus anciens et les plus grands peuples, les Chaldéens, les Égyptiens, les vieux Romains, qu'étaientils? Des peuples guerriers et laboureurs...
« Telle fut l'estime que fit de l'agriculture la sage anti-
qui té! Et, certes, l'antiquité avait raison de penser ainsi de l'agriculture; car l'agriculture est le fondement môme de la vie humaine : l'agriculture est la nourricière du genre humain. Si donc la véritable grandeur, si la réelle noblesse, c'est de servir à quelque chose ici-bas, c'est d'être utile, qu'y a-t-il de plus noble et de plus grand que l'agriculture?
« Je sais jusqu'à quel point l'industrie et le commerce nous intéressent ; l'industrie, qui pénètre les entrailles de la terre, s'empare des forces de la nature et les assujettit au service de l'homme ; qui lui soumet l'eau, le fer, le feu, la vapeur ; qui lui fait des tissus, des vêlements, des habitations, des voies rapides; qui le protège, le défend et l'enrichit de toutes manières; lecommerce, qui rapproche les peuples, leur permet d'échanger leurs biens mutuels, et fait profiter chacun di s richesses de tous ; le commerce, par qui l'ancien monde tend la main au nouveau, et le nouveau envoie à l'ancien ses trésors ; le commerce, par qui la bonne foi, l'équité, la franchise, la justice sévère, l'économie, le travail et toutes les vertus fortes et secourables peuvent et doivent s'entretenir parmi les hommes.
* Je sais tout cela ; mais enfin, ce n'est pas l'industrie, ni le commerce, c'est l'agriculture qui ravit au sol la sève de vie renfermée dans son sein ; c'est à elle que l'homme doit ce que les saints livres appellent admirablement robur panis, la force du pain, et puis la joie de l'huile, okum lœtitiœy et cette autre liqueur, dont l'Ecriture n'a pas craint de dire qu'elle est faite pour réjouir le cœur de l'homme, vinum lœtificans cor hominis.
« Le pain, le vin, la vie, eh bien ! c'est à la forte et austère agriculture que nous les devons; c'est par elle que Dieu nourrit l'humanité.
« Et voilà pourquoi on n'a jamais pu, dans aucune langue, à aucune époque, quel qu'ait été l'abaissement des esprits, — car il y a des temps où les esprits s'abaissent, et aussi
les cœurs, — on n'a jamais pu avilir rien de ce qui touche et sert à l'agriculture : la bêche, la charrue, la herse, la faucille, tous les instruments du labourage, seront toujours des noms respectés dans toutes les langues, fidèles interprètes des vrais sentiments de l'humanité. La philosophie, l'histoire, la poésie môme les rediront toujours avec honneur. »
Voilà des choses, mon ami, qui ne sont pas inutiles à rappeler dans une époque comme la nôtre, où certains préjugés sont encore si puissants, où la dignité est souvent si mal comprise, où certains esprits légers et vains, ignorants de leur temps comme de leurs devoirs, ne sentent pas assez que la noblesse du nom et l'honorabilité de la naissance ne confèrent à personne le droit de mépriser les choses dignes de respect ; où, pour le dire en un mot, il y a encore des gens qui croirâient s'abaisser, s'ils s'occupaient d'agriculture.
Certes, Fénelon n'était pas dans ces pensées, quand il écrivait pour les femmes de haute naissance ce que beaucoup d'hommes aujourd'hui feraient bien de méditer: « La plu- « part négligent l'économie comme un emploi bas, qui ne « convient qu'à des paysans et à des fermiers. Surtout les « personnes nourries dans l'abondance et la mollesse sont « indolentes et dédaigneuses pour tout ce détail. Elles ne « font pas grande différence entre la vie champêtre et celle « des sauvages du Canada. Si vous leur parlez de vente de « blé, de culture des terres, des différentes natures de revet nus, de la levée des rentes, de la meilleure manière de « faire des fermes, elles croient que vous voulez les réduire « à des occupations indignes d'elles. » Et Fénelon ajoutait : t Après tout, la solidité de l'esprit consiste à vouloir s'ins- « truire exactement de la manière dont se font les choses « qui sont le fondement de la vie humaine. Toutes les gran- « des affaires roulent là-dessus. La force et le bonheur d'un a Etat consistent non à avoir beaucoup de provinces mal « cultivées, mais à tirer de la terre qu'on possède tout ce
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« qu'il faut pour nourrir aisément un peuple nombreux. »
Un homme qui fait autorité en agriculture, Olivier de Serres, disait également : * La femme est l'âme de l'agricult ture. » — Puis il cite à l'appui de cette parole l'autorité môme de Salomon : « Qui trouvera la femme forte ? s'écrie « Salomon ; sa valeur est bien au-dessus de celle des perles. » Salomon décrit ensuite la femme adonnée à tous les soins du ménage agricole : « Celui qui l'a trouvée, dit-il, a trouvé un « trésor; il le puise dans la bienveillance de Dieu. »
Et Jacques Bujaut disait îi tous, pères ou mères de famille : « Aimes- tu tes enfants, soigne tes terres. »
Qu'on l'entende donc bien : il n'y a personne, ni homme, ni femme, si grand seigneur, si grande dame que ce soit, qui doive craindre de se rabaisser en s'occupant d'un labeur aussi noble, aussi utile que celui de l'agriculture, et, je l'ajoute, d'une importance sociale si grande, au point de vue des mœurs comme au point de vue de la richesse nationale :
En effet, « la société doit à l'agriculture, ce qui n'est pas moins nécessaire à un peuple que le pain matériel et la richesse, des mœurs tempérantes, des vertus fortes et viriles, des races robustes. L'ordre, l'économie, l'activité, la prévoyance, la persévérance, sont nécessaires aux travaux des champs. Les rudes labeurs de la culture imposent une vie sobre et réglée, endurcissent aux fatigues et trempent les caractères en fortifiant les corps. Voilà les vertus que, de tout tem ps, on a remarquées dans la race agricole : ses mœurs plus pures, casta pudicitiam serval domus, comme disait admirablement Virgile; sa patience infatigable aux travaux, patiens operum; sa frugalité modeste, parvoque as&uetajuventus ; son ferme bon sens et sa loyale équité, malgré les finesses dont nous nous plaignons quelquefois, exlrema per illosjustitia, excedens terris, vestigia fecit; enfin son esprit
religieux. C'est pourquoi un auteur ancien, Columelle, qui a beaucoup écrit sur l'agriculture, disait : « La vie des « champs est voisine, sans aucun doute, sinon parente, de t la sagesse :VUa rustica, sine dubitatione, proxima et quasi « consanguinea sapientiœ est. » Et le vieux Caton disait aussi : • C'est parmi les cultivateurs que naissent les meil- « leurs citoyens et les meilleurs soldats. »
« Le travail des champs est essentiellement moralisateur. Cette lutte contre la rude nature, avec ses fatigues et ses périls, a pour nécessaires auxiliaires les plus mâles vertus. Interrogez l'expérience ou la science, l'économie politique ou la bonne routine du village : elles vous disent, avec la religion, que la terre ne vaut que par l'homme, et que l'homme ne vaut que par son âme : intelligence, vertu, instruction, piété, du berger au fermier, du laboureur au propriétaire, voilà le premier capital et le fonds indispensable.
« Ce n'est pas tout : notre époque, on le sait, est profondément tourmentée; eh bien, l'agriculture est une solution large, pratique et pacifique de la plupart des redoutables problèmes qui agitent notre temps.
« L'agriculture est ennemie des troubles publics, nonseulement par son intérêt, mais par sa constitution môme ; elle occupe l'homme loin des villes, loin des théories perverses et des dangereuses utopies ; elle ne le sépare point de sa famille, ni d'aucune des affections et des biens qui lui sont bons et chers ; elle ne l'éloigné que de ce qui est pernicieux à lui-même et à l'État. On s'effraie depuis quelque temps de l'émigration croissante des campagnes vers les villes ; on y entrevoit avec raison plus d'un péril pour la fortune agricole et pour l'état moral du pays : eh bien ! seule de nos jours, l'agriculture ralentit du moins ce mouvement et combat les périls, créés ici par la surabondance, là par le dépérissement... »
Les pensées que j'exprimais dans ces paroles, mon ami,
je les retrouve dans des pages remarquables publiées par un homme qui a quitté une grande carrière industrielle et scientifique pour se vouer à l'agriculture, et dont je suis heureux de citer ici l'exemple et l'autorité. Dans cet écrit, qui a pour titre : Du Progrès agricole, M. Ernest Pépin Lehalleur se demande quelles conséquences a eues chez nous le délaissement des travaux de l'agriculture pour les travaux industriels, et il répond : « Des désordres graves, aussi bien « dans l'ordre moral que dans l'ordre économique. Les « populations se sont à la fois déplacées et déclassées ; elles a ont déserté les campagnes moralisatrices et créatrices « des produits agricoles, pour venir encombrer les villes « démoralisatrices et créatrices des produits industriels. « Par suite, la production agricole n'est plus restée en rap- « port régulier avec les besoins de la consommation; de « rencombrement des villes et des variations trop brusques « dans les conditions générales de l'alimentation sont nées « des crises sociales et politiques qui ont ébranlé les bases « de la société »
Ces périls, du reste, tiennent tellement à la nature des choses, que de tout temps ils se sont manifestés dans les sociétés où les occupations des champs ont été désertées pour les séductions des grandes villes ; et Cicéron, qui vivait comme nous à une époque d'agitation et d'inquiétude sociale, a exprimé, à sa manière, les mêmes pensées que nous exprimions tout à l'heure : « C'est dans les villes que se crée « le luxe, disait-il. Le luxe produit la cupidité ; la cupidité « fait naître l'audace. De là toute espèce de crimes, qui ne « peuvent prendre origine dans les habitudes sobres et la- « borieuses de la vie agricole. L'agriculture enseigne l'éco- « nomie, le travail, la justice. »
Cicéron ajoutait : « L'amour de la patrie, source de tant
1 Du Progrèi agricole, par M. Ernest Pi*pin Lehalleur.
« de vertus, existe au plus haut degré dans les populations « agricoles qui se perpétuent sur l'héritage de leurs aïeux, t C'est parmi elles, — comme l'avait déjà dit Caton, — que « naissent les plus braves soldais. Strenuissimi milites gi- « gnuntur. »
Maintenant, mon ami, au point de vue plus directement religieux et chrétien, qui n'a remarqué que le Sauveur tire sans cesse ses enseignements, ses images, ses paraboles, des choses de la campagne et des travaux mêmes de l'agriculture? « Il se compare lui-même à la vigne, et nous aux branches. Il n'est pas seulement le semeur céleste, il est la semence, il est la tige, il est la sôve féconde. Les apôtres de l'Evangile sont les ouvriers de la vigne du Seigneur ; l'Eglise, c'est un grain de sénevé qui croît et devient un grand arbre. La tâche échue à chacun dans la vie, c'est une journée de travailleur; la récompense après la vie, c'est le salaire après le travail du jour; ce monde où les méchants sont mêlés aux bons, c'est un champ où l'ivraie croît avec le bon grain ; le juge suprême qui fait l'éternelle séparation, c'est le laboureur qui vanne son blé dans son aire, recueille le froment dans ses greniers, et jette la paille au feu. L'homme inutile dans la vie, c'est le figuier stérile; il est maudit, a Je vous ai posés, nous dit le Sauveur, pour que vous alliez a et que vous portiez des fruits. * Comme c'est l'usage de l'homme des champs, il emprunte des pronostics aux vents, au soleil, et lit dans le ciel les signes du temps : il demande aux oiseaux, aux lis des campagnes, de nous parler de la Providence ; il nomme, comme image des vertus et des vices, les boucs et les brebis, les serpents et les colombes, les loups et les renards, et jusqu'à cette race immonde, mais utile, qu'on a heureusement perfectionnée, sans pouvoir néanmoins ennoblir son nom, pas plus que les penchants grossiers dont elle est le triste et expressif symbole. Il parle de la métairie et du fermage, des bonnes et mauvaises terres,
des bons et mauvais serviteurs, de l'économe infidèle. Il n'est pas jusqu'à la basse-cour des demeures rustiques et à ses plus humbles habitants qui ne lui fournissent d'aimables symboles : « Comme la poule, dit-il, rassemble ses petits sous ses ailes, combien de fois n'ai-je pas voulu vous ramener près de moi, et vous ne l'avez pas voulu ! »
« Y a-t-il d'ailleurs, mon ami, je le demande, un travail qui soit plus dans la dépendance immédiate de Dieu, et où l'impuissance personnelle de l'homme soit plus évidente? Que faut-il quelquefois pour détruire le travail et les espérances de toute une année? Fénelon le disait autrefois aux laboureurs des Flandres : « Une nuit froide, un orage, un « rayon de soleil après un brouillard, c'est assez; » telle est l'agriculture. Ah ! dans les villes, au milieu des travaux de l'homme, des merveilles de son industrie et de ses arts, je conçois qu'on se laisse étourdir par le bruit des machines, et que la main de l'ouvrier mortel dérobe aux regards celle de l'ouvrier divin ! Mais l'agriculteur, dans la solitude active et le silence animé de ses travaux, rencontrant Dieu à chaque pas, ne saurait pour ainsi dire penser qu'à lui : la sérénité du jour et le nuage, la sécheresse et la pluie, le conduisent aussi naturellement à la prière que s'en détourne facilement le travailleur asservi et surmené de nos grands foyers, de nos dévorantes fournaises industrielles. Aussi, l'industrie a des dates; l'agriculture n'en a pas: elle est comtemporaine de la création. Que dis-je? elle a été créée par le Très-Haut lui-même : Rusticationem creatam ab Altissimo.
« Par le travail des bras, par les vertus du cœur, par la prière de Pâme, viendront s'asseoir sous le toit du cultivateur, qu'il soit riche, qu'il soit pauvre, la paix, la joie, la forte santé, la calme conscience, le tranquille bonheur, les douceurs de la famille, la simple sagesse, le mens sana in corpore sano, c'est-à-dire les plus précieuses bénédictions
V*i LETTRES A L.N HOMME DL MODE.
Dieu : tous ces biens, qui sont l'apanage et la récompïTific du cultivateur honnête, l'honneur pur de sa modeste pl noble profession, et qu'il sera heureux et fier de transmettre h ses enfants comme un glorieux héritage. Ah! que les cultivateurs, qui ont compris la dignité de leur état, ne rêvent donc pas pour leurs enfants, rêve sitôt suivi de déceptions cruelles, une autre condition, un autre bonheur! qu'ils se gardent de jeter imprudemment leurs fils et leurs filles à la corruption des villes! Mais leur mettant de bonne heure à la main la bêche, la charrue, la faucille, tous ces nobles instruments de la fécondité de la terre, de la légitime Indépendance et du bonheur de l'homme, qu'ils soient fiers de leur dire : « Je vous laisse ce que m'ont laissé mes pères : l*aii natal, le toit, le champ, le travail, des goûts simples, l'amour de Dieu, et la paix du cœur! Précieux patrimoine ! puisse-t-il être gardé! Puissent les enfants comme les pères continuer a manier la bêche, la charrue, la faucille, à travailler aux champs, sous le ciel, sous le soleil, respirant à pleine poitrine l'air vivifiant et la lumière, face à face avec les merveilles de la nature et les beautés de Dieu! Ah ! ouï, cela vaut bien, pour la santé de l'âme et du corps, les rues étroites des cités, les fumées de l'usine, l'air étouffant des ateliers. »
Telles sont, mon cher ami, les vues générales que je voulais mettre sous vos yeux, pour vous rappeler et vous faire bien comprendre la noblesse, la dignité, l'utilité et la sainteté même des occupations agricoles.
Mais un grand malheur que je déplore, pour ma part, presque à l'égal de l'émigration des campagnes vers les villes, c'est l'absence des grands propriétaires, qui ne résident pas dans leurs terres, ou, n'y faisant que de rares apparitions, n'y exercent point l'action heureuse qu'ils
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pourraient y exercer, et abandonnent les paysans à euxmêmes, ou à l'influence souvent désastreuse de la petite ville voisine. C'est pourquoi je disais, et je redirai ici, surtout aux descendants de ces familles qui ont longtemps parmi nous possédé si largement la terre : « Pourquoi, si « l'industrie et le commerce ne vous conviennent point, ne
• seriez-vous pas de nobles, et môme si vous le pouvez, « d'illustres agriculteurs? Au lieu d'émigrer aussi des eam- « pagnes, et d'aller trop souvent traîner à Paris dans les
• clubs, dans les cercles ruineux du jeu et du plaisir, une « vie si peu digne de vous, et jeter le reste de vos biens « dans les abîmes de luxe, ne vaudrait-il pas mieux, pour « vous, habiter honorablement vos terres, et pousser dans i le pays ces racines profondes que les révolutions elles- « mêmes ne sauraient arracher? Oui, soyez fidèles au sol « qui a fait votre nom et votre grandeur, et le sol vous sera « fidèle à son tour, et les populations vous béniront! La « bénédiction de Dieu descendra sur vous, et par vous sur « elles !
« Et Ton ne verra pas se réaliser sur vous et contre « vous cette terrible parole du prophète lAuferetur factio
• lascivieniium : la faction des hommes de plaisirs sera « éternellement inutile, et on en débarrassera la terre. * (Amos, 6.)
En résumé, mon ami, ma pensée est que l'agriculture oflre un débouché admirable aux forces inoccupées, aux intelligences oisives, aux jeunes gens et aux hommes détournés, pour une raison ou pour une autre, des carrières officielles ou des carrières libérales; et mon plus vif désir serait de voir se généraliser parmi nous le goût de ce mâle et noble labeur, qui est d'ailleurs si bien en harmonie avec toutes les vertus domestiques et guerrières, sociales et chrétiennes. J'aimerais que quiconque a des terres, s'il le peut, habitat ses terres, les cultivât on les fît cultiver sous
ses yeux, se plût à la campagne, se passionnât pour l'agriculture, fût des sociétés agricoles, des comices et des concours agricoles, s'occupât à parquer, élever des bestiaux, améliorer les races, les méthodes, les outils, les machines, et provoquât ainsi, par ses exemples et tous les moyens d'influence en son pouvoir, les progrès d'un art qui intéresse à un si haut degré la prospérité d'un pays.
La thèse que je soutiens formellement, mon cher ami, vous le voyez, c'est que l'agriculture, pour les hommes les mieux nés et les plus cultivés, pourrait être, non pas seulement une occupation des loisirs, mais une carrière noble, féconde, rémunératrice, et j'ajoute tout à fait libérale et scientifique.
Nohle, je l'ai assez démontré; féconde, rémunératrice, c'est ce que le simple bon sens conçoit sans peine, et ce que les hommes spéciaux qui s'occupent aujourd'hui en France, avec intelligence et dévoûment, du progrès agricole, ont démontré péremptoirement, et pour ainsi dire mathématiquement; pourvu, bien entendu, qu'on soit un véritable agriculteur, et qu'on ait l'aptitude, les connaissances, et surtout l'application nécessaire pour tirer de la terre ce que la terre peut donner. Je ne veux pas entrer dans tous les détails de cette grande et intéressante question ; mais j'ai ici sous les yeux des pages où M. Pépin Lehalleur, entrant, comme il convient, dans tous les détails techniques et pratiques, prouve avec évidence, par les faits mêmes, et par des faits irrécusables, que « le capital et le « talent peuvent amener la grande culture à produire à « plus bas prix que la petite culture la viande, le blé, la « laine, les plantes industrielles, c'est-à-dire l'huile à brû- « 1er, le sucre, l'alcool, ces articles de grosse consomma- « tion, et conduisent peu à peu la petite culture à créer « plus particulièrement des produits exigeant plus de tra- « vaii que de capital, tels que ceux de la vigne et de l'oli-
« vierpour les contrées méridionales, et pour tous les « climats ceux de la culture maraîchère; » où il prouve que pour le blé en particulier, « la grande culiure est mieux « placée que la petite culture pour obtenir rabaissement « du prix de revient, but du progrès agricole. » Voilà ce que l'expérience démontre, et il n'y a plus à contester de telles vérités.
Si quelqu'un maintenant me disait : « Mais prenez garde! par trop de zèle, vous dépassez vous-même le but. L'agriculture est une chose qu'on ne peut pas faire à demi. Pour y réussir, il faut s'y donner tout entier. Rien n'absorbe davantage. Que deviendront alors les travaux d'esprit et la culture de l'intelligence? L'agricullure tuera l'élude. »
Eh bien! lors même que cela, pour quelques-uns, devrait être, je ne crains pas de le dire : il n'y a pas à hésiter entre un agriculteur et un oisif. Quand un homme ne ferait toute sa vie que de l'agriculture, il aurait employé honorablement et utilement sa vie pour lui et pour les autres.
Mais rien n'est plus contraire à la vérité des choses que de considérer un homme qui s'occupe d'agriculture, comme fatalement exclu de l'étude et des jouissances intellectuelles. Quels que soient les labeurs plus grands que l'agriculture impose à certaines époques, ils n'absorbent pas tellement les loisirs dans tout le cours d'une année, qu'il n'en reste encore pour se délasser de la surveillance, ou même du travail personnel, par quelques études attachantes. Et cela est si vrai que, parmi les hommes mêmes dont je recommande les œuvres littéraires , il en est, M. de Falloux, par exemple, qui s'occupent beaucoup d'agriculture, obtiennent des prix, des médailles, dans les concours, et par là s'honorent aux yeux de la France, comme ils se sont honorés dans d'autres luttes, sur un autre théâtre.
D'ailleurs, il est un moyen bien simple, et même tout à fait nécessaire, de mêler l'étude à l'agriculture : c'est de faire de l'agriculture une étude; car elle est elle-même, tous les grands agriculteurs le savent, une science très-vaste : mille études accessoires s'y rattachent, l'étude des terrains, l'étude des plantes et des arbres, l'étude des races animales; l'étude des produits et du prix des denrées; et aussi des études de commerce, de statistique, même de législation et de finances, même des études morales; en un mot, bien que l'agriculture soit avant tout une science pratique, et qu'il y ait quelquefois un danger à être en agriculture un homme de théorie, il n'en est pas moins vrai qu'il faut beaucoup savoir et beaucoup étudier pour être un agriculteur entendu et faisant autorité. J'en connais, j'en pourrais citer ici, qui, sans rien négliger des détails d'une très -vaste exploitation, prennent aussi l'agriculture par son côté scientifique, et ne craignent même pas de faire de longs voyages pour étudier et comparer les terrains, les méthodes, les résultats : c'est là assurément une manière libérale de faire de l'agriculture.
On peut même dire aujourd'hui que le progrès des sciences physiques et mathématiques, qui a transformé l'industrie, pousse aussi, et nécessairement, l'agriculture dans une voie scientifique.
De même que les sciences s'appliquent à l'industrie et la fécondent merveilleusement, de même elles s'appliquent à l'agriculture, et sollicitent par conséquent l'agriculteur. Oui, l'enseignement des sciences présentent à l'agriculteur les plus précieuses ressources, car presque toutes ont de nombreuses applications à l'art agricole. C'est ce que Tautour de la brochure que j'ai déjà citée démontre également, avec détail et autorité, dans une page que je veux placer tout entière sous les yeux de mes lecteurs. Il y a ici une telle pénétration et expérience des choses, et un tel encou-
ragement aux travaux scientifiques et agricoles, qu'on ne m'en saura pas mauvais gré.
« Lorsqu'il s'agira d'arrêter le plan, la coupe et Péléva- « tion des constructions rurales qui seront le centre de « l'exploitation , le tracé des routes appelées à faciliter a le transport des engrais, la rentrée des récoltes, le plan « des améliorations foncières, telles que drainages et irria gâtions; lorsqu'il s'agira de les mettre à exécution dans « les meilleures conditions de durée et de dépenses, ne « sera-t-il pas très-utile à l'agriculteur d'être familiarisé « avec les connaissances de Yingénieur?
« Lorsqu'il s'agira d'analyser les sols et les sous-sols « d'un domaine, ainsi que les eaux qui, en y circulant, con- « tribuent à l'alimentation des plantes, lorsqu'en raison de « ces analyses, il s'agira d'adopter le meilleur mode d'a- « mendement, de choisir et d'acheter souvent des engrais « commerciaux d'une nature et d'un richesse déterminée, « les notions du physicien et du chimiste ne seront-elles « pas profitables à l'agriculteur?
« Lorsqu'il devra acquérir les instruments destinés à fa- • çonner son sol, soit argileux, soit calcaire; à répartir à « moins de frais et uniformément les semences; à sarcler « les plantes, h les couper, à en extraire les graines, à « les concasser; à hacher les pailles, à couper les racines, « à les distiller, etc., les connaissances du mécanicien ne a lui seront-elles pas d'un grand secours?
« Lorsqu'il devra suivre pas à pas la marche profitable « ou onéreuse de ses diverses spéculations, soit végétales, h soit animales, les connaissances du comptable ne lui de- « vront-elles pas être au moins aussi indispensables qu'elles « le sont au grand industriel?
« Certes, personne ne saurait contredire de semblables « assertions. Mais, à ces notions déjà étendues, l'agricul- « teur progressif devra allier les connaissances quiconsti-
« tuent Yéconomie rurale , c'est-à-dire la science de l'orga- •i nisation du travail agricole, fondée sur un bon choix de « spéculations en harmonie avec le climat, la nature du sol , « son degré de fertilité, les débouchés, les routes et les bras « disponibles, et enfin sur une connaissance approfondie « des lois qui assureront leur succès à l'aide des façons « culturales bien faites en temps opportun, et d'un aména- « gement bien étudié des assolements. »
Certes, après ces démonstrations, M. Pépin Lehalleur avait bien le droit de conclure par ces belles paroles, qui élèvent la question à son vrai et grand point de vue :
« Au drgré d'instruction que devra posséder l'agriculteur « progressif, tout le monde reconnaîtra que de métier « qu'il est encore trop souvent aujourd'hui, l'art agricole « perfectionné devient la plus noble des carrières, peut « offrir à l'homme instruit le théâtre le plus élevé des con- « naissances humaines, la plus noble et la plus indépen- « dante des positions sociales, et rend à l'agriculture la « première place, qu'elle doit occuper dans la position ma- « térielle. »
En soutenant donc que l'agriculture offre aux hommes riches et instruits une carrière, et la plus féconde, et la plus indépendante des carrières, et non pas seulement une occupation secondaire, propre à utiliser simplement leurs loisirs; et en ajoutant que l'agriculture peut et doit s'allier aux études, et que c'est là aussi une carrière libérale et scientifique, je ne crains qu'une chose, non pas d'être dans l'erreur, mais de n'avoir que trop raison, et d'ouvrir là des perspectives qui feront reculer les faibles courages. Mais non, j'ai meilleure espérance de ceux à qui je m'adresse.
Et d'ailleurs, dirai-je aux riches capitalistes ou aux riches propriéiaires, qui ne voudront ni prendre pour eux cette carrière, ni la destiner à leurs fi's, et les préparer en con-
séquence, par les études indispensables : sans vous dévouer entièrement à cette grande et noble occupation, ne pourriez-vous pas choisir telle ou telle branche de l'industrie agricole, et l'étudier, et vous y livrer tout k la fois comme à un délassement intellectuel plein de charme, et à une occupation qui ne serait peut-être pas sans profit?
Une des branches de l'indum'e agricole que je conseillerais le plus volontiers à ceux dont je parle ici, et qui peut les occuper agréablement sans les absorber entièrement, c'est l'arboriculture. Le bon aménagement du jardin potager et surtout du jardin fruitier, la taille et la conduite des arbres à fruit de diverses natures, offrent des avantages immédiats, et initient en même temps aux grands problèmes agricoles qui réclament des études plus étendues et un dévoûment plus complet, et à cette admirable économie des lois providentielles de la végétation, si merveilleuse à étudier de près.
Une branche plus importante encore et non moins attrayante de l'agriculture, c'est certainement la sylviculture. Les bois, qui constituent encore une portion si considérable du patrimoine des familles anciennes et riches, sont en général trop négligés : on s'imagine qu'il suffit de les laisser croître comme ils veulent, el de toucher le prix de leur vente. Rien de plus faux : les bois demandent à être gouvernés, soignés, perfectionnés, élevés tout comme les autres produits de la nature végétale ou animale. Depuis quelques années, la science forestière a fait de grands progrès en France; mais ces progrès sont encore trop restreints, par suite de la noncha»a:.ce d'une foule de propriétaires forestiers. Je ne saurais assez recommander à ceux qui ont confiance en moi les Annales forestières%recuQ\\ mensuel destiné à propager, sous une forme quelquefois un peu
LETTIŒS A UN HOMMK DU MONDE.
trop savante, la théorie et la pratique de l'administration des forêts. La diminution progressive du sol forestier de la France, par suite des aliénations si déplorablement fréquentes des bois de l'Etat, donnerait une valeur chaque jour plus considérable aux bois que les pères de famille prévoyants auront su conserver en sacrifiant les jouissances du présent au profit de l'avenir. Tout propriétaire de forêt devrait, selon moi, s'agréger à la Société forestière dont le recueil que *c viens de citer est l'organe : il s'assurerait ainsi, moyennan une cotisation minime, des conseils utiles, et le concours de gens intéressés à la défense et au progrés de la propriété forestière.
Outre le soin de géreret d'améliorer les forêts existante», il y a celui d'en créer de nouvelles : c'est à quoi peuvent et doivent travailler les propriétaires qui ont des bruyères, des friches, des landes, ou même de mauvaises terres, dont les récoltes, maigres et chétives, ne valent pas le labour ni le fumier qu'on leur prodigue. En semant, en plantant de> arbres conifères sur ces terrains ingrats, ils sont à peu prfc assurés d'augmenter leur patrimoine, et de se procurer en même temps des jouissances aussi légitimes que naturelle. Je connais un grand orateur qui, éloigné un moment de la vie publique, a cherché une distraction en plaçant près d'un million de pins et de sapins, dans le Morvan, sur des terres où ne poussaient que des bruyères. Je suis heureux de nommer après M. de Montalembert un de mes diocésains. M. de Laage, qui a fait dans la Sologne le même essai, avec la môme intelligence. Ils ne s'en sont pas mal trouvés m l'un ni l'autre, sous aucun rapport. Happelez-vous le ver? de La Fontaine :
Mes arriôrc-ncvcux me devront cet ombrage !
Et aussi la coupe des bois, lorsque le temps en viendra. Je puis citer également M. le comte Amédée Des Cars.
auteur d'un fort intéressant traité sur YElagage des arbres (Paris, 1865, chez Rotschild, éditeur), très-élégant petit volume, orné de charmantes gravures.
Je ne veux pas, mon ami, m'étendre davantage sur ce grand et intéressantsujet; ce que j'ai ditsuffit pour appuyer mes conclusions, que je répète en terminant :
i° L'agriculture, par son origine, par sa nécessité, par ses bienfaits, par son influence moralisatrice sur les populations, doit être tenue en haute et universelle estime en lout pays ; et môme, pour emprunter ici la pensée et le langage d'un de nos vieux écrivains : « Le fruit de l'agriculture « étant commun et salutaire à toutes sortes de personnes, « aussi de tous hommes cette belle science doit estrc en- « tendue. » (Olivier de Serres).
2° L'agriculture est une carrière, noble, féconde, rémunératrice, libérale et scientifique, digne de tenter les grands propriétaires, les grands capitalistes, les héritiers des grands noms, et, je l'ajouterai, les pères de familles nombreuses.
Le père d'une nombreuse famille, et, par suite, aisée plutôt que riche, s'il se décide à suivre la carrière agricole, s'en trouvera bien, pour sa famille et pour lui-môme, pourvu qu'il s'y livre avec l'assiduité et le dévoûment qu'exige l'agriculture, pour être convenablement rémunératrice. Et voici comment j'entends la chose. Il préparerait son fils aîné à suivre cette môme voie, et il assurerait ainsi l'avenir de son entreprise agricole; car toute entreprise de cette nature comporte un certain nombre d'années pour sa complète réalisation, nombre d'années variable, bien entendu, selon la nature des améliorations foncières réclamées par le domaine, et aussi selon la .puissance des ressources financières disponibles. — Le père de famille, après avoir formé
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«on fils a!né, et l'avoir mis en possession d'une carrière honorable, retrouverait ensuite plus de liberté. Pendant l'éducation de ce jeune homme, il devrait, les premières années, lui laisser assez de loisir pour toutes les études littéraires, artistiques et scientifiques qui constituent une éducation libérale; il pourrait même lui laisser compléter cette éducation par d'utiles voyages; et plus tard, le fils, devenu capable de remplacer son père, lui rendra la liberté de temps et d'esprit nécessaire pour ses autres devoirs de pérede famille, et pour ses propres études.
3° Je répète que, quand même on ne ferait pas de l'agriculture sa carrière, ce serait encore un agréable et utile emploi de ses loisirs que de se livrer à une des branches de l'industrie agricole, et aux études qui s'y rattachent.
4° Au moins, ajouterai-je, quand on est grand propriétaire, devrait-on s'appliquer à devenir assez entendu en agriculture pour surveiller soi-même la culture de ses domaines, et donner h toute l'exploitation ce coup d'œil du maître que rien ne remplace, et sans lequel tout languit plus ou moins. C'est vraiment grande pitié que de s'en rapporter uniquement et aveuglément à un régisseur payé. « Dans le travail salarié, » dit avec grande raison M Gossin, auteur d'un excellent ouvrage que j'indiquerai plus bas, t on obtient plus facilement des efforts soutenus que delà <« vigilance et de l'attention. La surveillance est donc tout à • fait nécessaire. En agriculture, la surveillance qu'il faut a exercerestde tous les instants. » EtM. Gossin cite àl'appui de ses paroles ce mot de Xênophon : a Un roi avait acheté « un excellent cheval. Voulant lui donner au plus tôt de ■ l'embonpoint, il demande à un habile connaisseur ce « qu'il fallait pour cela. L'œil du maître, répondit cet e homme. Ceci, ajoute Xênophon, s'applique à tout. Avec « l'œil du maître, tout s'embellit, tout prospère. » C'est grande pitié, au contraire, selon un autre ancien, quand
Veeil du maître n'est pas là, et ne peut même pas y être. « Le champ se trouve mal, dit encore Columelle, quand ce « n'est pas le maître qui apprend au serviteur ce qu'il faut « faire, mais quand c'est le serviteur qui l'apprend au « maître. »
L'œil du maître, c'est donc le moins qu'on puisse demander aux grands propriétaires du sol et des riches domaines.
Je ne demande pas qu'on mette soi-même la main à la bêche ou à la charrue, et qu'on travaille huit heures par jour, en sarreau et en sabots, dans un champ ; mais ce que je demande expressément à tout riche propriétaire, c'est de se connaître en agriculture, et pour cela, de s'en occuper sérieusement; c'est de savoir diriger, surveiller, encourager ' ses travailleurs; c'est enfin, pour faire de l'agriculture au point de vue élevé qu'elle comporte, de s'occuper aussi quelquefois des études qui se rattachent à cet art, lequel peut et doit être aussi une science, et par là il aura cultivé son esprit, son âme, en cultivant ses terres. Quitte peut faire cela?
Maintenant, quant aux ouvrages qui se pourraient consulter sur l'agriculture, sans suivre la science agricole dans tous ses détails et dans toutes ses branches, je me bornerai à indiquer les livres suivants :
1° Le Traité des colonies agricoles.
2° Le bictionnaire général de V Agriculture.
3° Le Calendrier du Cultivateur.
4° Le Manuel du bon Fermier.
5° VEconomie rurale en Angleterre et en Ecosse, par M. de Lavergne.
6° L'Economie rurale en France depuis 1789, par le même.
7° V Agriculture française, — principes d'agriculture appliqués aux diverses parties de la France, — par M. Louis
Gossin, ouvrage d'un vif intérêt, et admirablement imprimé et illustré.
Ces divers ouvrages se trouvent à la librairie agricole, rue Jacob, 26, à Paris.