‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 70 sur 107 · LETTRE XXIII. — NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA RELIGION · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII. — NÉCESSITÉ D'ÉTUDIER LA RELIGION

importance pour les hommes du monde à l'étude de la religion, surtout dans les temps de matérialisme et d'indifférence où nous sommes. J'entends au contraire que nulle étude n'est plus belle, et en même temps plus nécessaire à notre époque, et qu'il y a ici pour tous une particulière et pressante obligation de combler les lacunes de la première éducation sur ce point, lacunes souvent-si profondes, même quand cette éducation a été chrétienne.

Je dirai donc, même à (Êux qui n'auraient pas assez de temps ni de goût pour les diverses études dont j'ai parlé précédemment, je leur dirai : « Quant à celle-ci, quant à l'étude de la religion, elle vous est nécessaire; dussiezvous négliger toutes les autres, celle là, vous ne la pouvez pas négliger; et n'en fissiez-vous pas d'autre, cette seule étude-là peut les suppléer toutes, dans une certaine mesure, car en réalité, elle les contient. »

La littérature, la philosophie, l'histoire, en effet, et la plus riche littérature, la plus haute philosophie, l'histoire du plus grand intérêt, sont incluses dans l'étude de la religion. Oui, étudier sa religion, avec les grands esprits qui ont traité delà religion, tels que Pascal, Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, et d'autres encore, avec la sainte Écriture surtout, c'est s'ouvrir les plus grands horizons ; c'est appliquer sa pensée aux questions les plus belles et les plus hautes.

Cette seule étude pourrait occuper un homme toute sa vie ; elle pourrait au moins remplir, et de la manière la plus agréable et la plus utile, les heures de loisir : faite avec suite, elle suffirait pour donner à un esprit la culture et la valeur la plus élévôe.

En tout cas, il s'agit ici non plus d'un simple conseil, qu'on peut accepter ou non, sauf à subir les conséquences de son refus : il s'agit d'un devoir. Car qui ne sent que l'étude de la Religion pour elle-même « est nécessaire, « comme disait d'Aguesseau, à tout homme qui veut avoir

i08 LETTRES A UN HOMME DU MONDE.

• une foi éclairée, et rendre à Dieu ce culte spirituel, cet

• hommage de l'être raisonnable h son auteur, qui est le

• premier et le principal devoir des créatures intelli- « gentes? »

La religion, en effet, est la première des choses ici-bas, la plus haute comme la plus importante : son objet est nonseulement le plus élevé et le plus grand de tous; mais il n'en est aucun sur lequel il soit plus indispensable à tout homme d'être fixé. « Notre premier intérêt et notre premier

• devoir, dit Pascal, est de nous éclairer sur ce sujet, d'où

• dépend toute notre conduite... Toutes nos actions et nos i' pensées doivent prendre des routes si différentes, selon « qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est < impossible de faire une démarche avec sens et jugement, c qu'en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre « dernier objet. »

Cependant, où en est-on, généralement, à cet égard?

S'il y a une chose qui parfois me contrisle profondément, et m'alarme pour l'avenir religieux de ce pays et le salut éternel des âmes, c'est de voir le peu qu'on sait et le peu qu'on fait pour savoir sa religion ; c'est de voir tant de chrétiens môme ne pas comprendre assez ni l'intérêt de premier ordre d'une étude comme celle de la religion, ni la rigoureuse obligation que nous imposent sur ce point capital le malheur des temps et les luttes présentes.

Je ne craindrai pas de le dire pour l'avoir expérimenté trop souvent : il y a, aujourd'hui, parmi nous, en matière de religion, une ignorance déplorable. Combien de fois n'ai-je pas rencontré, pour ma part, môme chez des hommes très-instruitsd'ailleurs,même chez des personnes chrétiennes et pratiquantes, de véritables profondeurs d'ignorance à cet endroit!

On ignore souvent tout de sa religion : on ne sait rien ou presque rien deNses enseignements quelquefois les plus

Page 1